La Compagnie des charbonnages de Réty, Ferques et Hardinghen est une compagnie minière qui a exploité la houille dans le Boulonnais dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Créée en 1871, elle reprend l'exploitation des fosses la Renaissance, la Providence et les Plaines, sur la concession auparavant exploitée par la Société de Fiennes, mais la société est fortement endettée et la production reste faible.
Historique
Adjudication de la concession d'Hardinghen en 1870
Le , le Tribunal de Boulogne, sur les sollicitations des obligataires de la Société des Mines de Fiennes et Hardinghen en liquidation, met en vente par adjudication publique, la concession d'Hardinghen seule. La concession de Fiennes est vendue ultérieurement et séparément, le .
Un actionnaire, le sieur Broquet-Daliphard, est déclaré adjudicataire au prix de . Une surenchère est mise par messieurs Bellart et fils, banquiers à Calais, et principaux créanciers. Enfin, le , M. Bouchard, agent général de la société en liquidation, et agissant pour le compte d'un syndicat d'anciens actionnaires, est déclaré adjudicataire définitif moyennant le prix de .
Statuts de la nouvelle Société
Le syndicat d'actionnaires représenté par M. Bouchard, qui s'est rendu adjudicataire de la concession d'Hardinghen, se constitue le en Société, sous la forme anonyme, qui prend la dénomination de Compagnie des Charbonnages de Réty, Ferques et Hardinghen. Le capital est de divisé en de .
Ce capital peut être porté à deux millions de francs, représenté par , suivant une délibération de l'assemblée générale du . Cette augmentation prévue du capital est en effet réalisée, et en , le capital de deux millions est entièrement souscrit. Les opérations de la société commencent le . Sa durée est fixée à cinquante ans, et elle prendrait fin le . Le siège social est à Réty. Les actions sont nominatives ou au porteur. La Société est administrée par un conseil composé d'abord de cinq, puis de sept membres, nommés par l'assemblée générale. Ils ont la possibilité de s'adjoindre quatre membres nouveaux.
Chaque administrateur doit être propriétaire de vingt actions, chiffre qui a été réduit à dix dans l'assemblée générale de 1876. Le conseil d'administration est renouvelé chaque année par cinquième. Il a les pouvoirs les plus étendus. Outre un jeton de présence de vingt francs et le remboursement de leurs frais de voyage, les administrateurs ont droit à 5 % des bénéfices nets.
Il est nommé chaque année en assemblée générale, trois commissaires, associés ou non, chargés de faire un rapport sur la situation, sur le bilan et sur les comptes présentés par les administrateurs. Il est tenu une assemblée générale ordinaire chaque année. Elle se compose de tous les actionnaires propriétaires de cinq actions au moins. L'année sociale expire le . Il est fait annuellement, sur les bénéfices nets, un prélèvement d'un vingtième au moins, affecté à la formation d'un fonds de réserve, jusqu'à concurrence d'un dixième du capital social. L'excédant des bénéfices est réparti aux actionnaires.
Émission des actions
Lors de la constitution de la société, il a été créé de , représentant un capital de . Une décision de l'assemblée générale du , autorise l'élévation du capital à deux millions, et il est émis nouvelles, dont la souscription intégrale est réalisée en . À cette date, il y a donc en circulation.
En 1876, il fut émis un emprunt en obligations de deux millions. Le produit de cet emprunt, joint aux deux millions du capital actions, est complètement insuffisant pour l'exécution des travaux, l'établissement du chemin de fer, l'organisation de l'entreprise et pour compenser les pertes de l'exploitation. Les dépenses s'élèvent au à plus de six millions de francs. Il est dû à cette date deux millions aux banquiers. Aussi, l'assemblée générale du , décide l'augmentation du capital, qui est porté de deux à cinq millions, et le nombre d'actions de à . Toutefois, l'assemblée générale s'en rapporte au conseil d'administration quant aux mesures à prendre et au moment à choisir pour réaliser cette opération.
Exploitation thumb|État des travaux vers 1880. L'achat de la concession d'Hardinghen a eu lieu le , mais la nouvelle Société n'a été constituée définitivement que le . L'exploitation est presque nulle en 1870 ; elle ne fournit que . En 1871, elle fournit , et en 1872, . Malgré la hausse du prix des houilles, l'exploitation perd près de à cause de divers accidents dans l'épuisement.
La Société a dépensé à la fin de 1872 , dont pour l'achat de la concession et les frais, pour les travaux de premier établissement, pour les objets en magasin et le mobilier. La perte sur l'exploitation est de et le capital versé de , il est dû .
En 1873, on installe une nouvelle machine d'épuisement sur la fosse la Renaissance, une machine d'extraction de et un ventilateur puissant sur la fosse la Providence. Ce dernier puits est approfondi en vue d'ouvrir un nouvel accrochage à . L'extraction est de . Au de cette année, le passif monte à , en augmentation de , représentant les dépenses et les pertes de l'exploitation pendant l'année 1873.
En 1874, l'extraction atteint , et donne un bénéfice de , grâce au prix élevé des charbons, qui est de 24 à la tonne. Elle a lieu presque exclusivement au nouvel étage de , celui de ayant été abandonné. Une somme de près de est employée pendant cette année en frais de premier établissement, machines, bâtiments, construction de ... et une autre de à la préparation du nouvel étage d'exploitation.
L'exploitation fournit en 1875, . Malgré ce chiffre relativement élevé, elle donne une perte de plus de , le prix de vente ayant baissé. On continue à dépenser des sommes assez importantes en travaux de premier établissement. Aussi le capital de deux millions est depuis longtemps absorbé, et au , les dettes de la Société atteignent le chiffre de plus d'un million de francs. L'exploitation a lieu en partie en vallée, sur une longueur de , suivant la ligne de plus grande pente, au moyen de deux machines à vapeur établies à la surface, dont une de rechange. Le puits de la Renaissance est guidé, et on y prépare une exploitation qui commence à produire en 1876.
L'extraction atteint en 1876 le chiffre de . Malgré ce chiffre important, et par suite de la baisse du prix des charbons, et aussi de l'élévation du prix de revient, le compte d'exploitation présente au , une perte de . Le bilan établi à cette date se solde par un excédant du passif sur l'actif de . Cette situation ne laisse pas que d'être inquiétante, d'autant plus que le prix de revient était très élevé, et que malgré les réformes apportées, il se maintient encore en à la tonne, tandis que le prix moyen de vente, déduction faite des frais de transport à la gare de Rinxent, n'est que de . thumb|Les concessions du Boulonnais.
En 1877, l'exploitation n'a lieu que par la fosse Providence. Elle produit , mais avec une perte de . Cette perte et les dépenses de chemin de fer et autres, élèvent l'excédant du passif sur l'actif à près de . L'extraction de 1878 est de . Elle a lieu entièrement par la fosse Providence. Malgré une diminution du prix de revient, la baisse continue du prix des charbons donne pour résultat final une perte sur l'exploitation de plus de . Cette perte, jointe aux intérêts des obligations... augmente le passif de plus de , et porte l'excédant de ce passif sur l'actif à bien plus d'un million.
L'exploitation de 1879, avec une production élevée de , donne encore une perte de , parce que le prix moyen de vente s'est encore abaissé, malgré la réduction des frais de transport amenée par le chemin de fer. Aussi, avec les intérêts de la dette consolidée et de la dette chez les banquiers, l'excédant du passif sur l'actif s'élève pendant cette année, de près de , et atteint au , plus d'un million et demi de francs.
En 1880, l'extraction est de , avec une perte de . En y ajoutant les intérêts des obligations, , et les intérêts et commissions de banque, , on voit que l'exercice 1880 se solde par un déficit de , ou, de plus de trois francs par tonne de bouille extraite.
En résumé, la production des Mines d'Hardinghen, de 1870 à 1880, par la nouvelle Société, a été de en 1870, en 1871, en 1872, en 1873, en 1874, en 1875, en 1876, en 1877, en 1878, en 1879 et en 1880, soit un total de .
Production depuis l'origine
Il est assez difficile d'apprécier l'importance de l'exploitation des mines d'Hardinghen pendant le . Elle est certainement peu considérable, et doit rester comprise dans les limites de à par an. En admettant un chiffre moyen de , on peut évaluer la production de ces mines à environ de 1700 à 1800. De 1800 à 1839, la production est un peu plus grande, et a pu varier de à , et on peut admettre qu'elle a été en moyenne de par an, soit . L'extraction totale de 1839 à 1864 s'élève à , et celle de 1865 à 1869, à . Enfin, de 1870 à 1880, elle est de soit un ensemble de . Deux millions de tonnes, telle a été la production du Bassin du Boulonnais, depuis la date de sa découverte à la fin du jusqu'en 1880.
Épuisement des eaux
L'épuisement des eaux dans les nouvelles fosses d'Hardinghen a toujours été une question majeure ; non seulement il a été un sujet de dépenses considérables, venant grever fortement le prix de revient, mais il a donné lieu à plusieurs reprises, par suite d'accidents, à des interruptions d'extraction.
À la fin de 1869, alors que la fosse Providence commence à produire, le bris d'un retour d'eau a amené l'inondation des travaux, et conduit à la liquidation de l'ancienne société. Les embarras financiers n'ont permis de remettre en marche l'exploitation que difficilement et lentement. Ainsi, la production n'est que de en 1870, en 1871 et en 1872.
D'après les rapports aux assemblées générales, pendant les mois d'hiver 1871-72, le chiffre maximum d'eau à épuiser, en , est de , dont par la machine de la Providence, et par la machine de la Renaissance. En , il a fallu faire face à un épuisement qui a parfois dépassé , et cela avec la seule machine de la Providence, celle de la Renaissance ayant, été démontée pour faire place à une nouvelle. La marche rapide des appareils amène des accidents successifs, et une consommation excessive de charbon. Ainsi, dans les cinq mois de décembre à avril de l'hiver 1871-72, la consommation de charbon a été de ; elle atteint pendant les mêmes mois de l'hiver 1872-73.
En 1873, la nouvelle machine d'épuisement de la Renaissance fonctionne. Ce puits étant moins profond que la Providence, on établit une colonne de tuyaux de de longueur, ou siphon renversé, qui prend les eaux à la base du calcaire dans ce dernier puits et les conduit à la Renaissance, d'où elles sont élevées par la machine d'épuisement placée sur ce puits. Quand la machine d'épuisement de la Providence doit fonctionner, la venue d'eau de la Renaissance passe également par le siphon et se déverse dans le premier puits. Les deux machines peuvent épuiser et même d'eau par .
Les venues d'eau maximales des années 1873 et 1874, ont respectivement été de et de par , et on consomme chacune de ces années et de charbon. Grâce à l'amélioration du matériel d'épuisement, on a réalisé en 1874, une forte économie. Cependant, les dépenses d'épuisement sont prévues par M. De Clercq comme devant toujours être très considérables, et s'élever jusqu'à par an. Cette dépense correspond à par tonne pour une production annuelle de . Dans l'hiver 1875, la venue d'eau maximale est de par , ou de de plus que l'année précédente. D'après le rapport des Ingénieurs des Mines, en 1877, l'extraction d'eau est en moyenne de par jour, qui sont élevés par la machine d'épuisement de la Renaissance.
Gisement thumb|Coupe verticale aux alentours du puits La Providence.