thumb|Hamlet contemple un crâne et s'interroge sur le sens de la vie (Sculpture de Lord Ronald Gower, 1888).|307x307px

Le « sens de la vie », formulée pour la première fois en ces termes par Friedrich Nietzsche à la fin du Friedrich Nietzsche par Volker Gerhart, Beck, 1992, ; « Expliquer à quelqu'un le sens premier de la vie terrestre, c'est là le premier objectif » Kritische Stüdienausgabe, tome 7, ; « Qu'est-ce que la doctrine des particules chez les Grecs peut bien avoir à voir avec le sens de la vie ? » (Œuvres posthumes).

Nietzsche est généralement perçu comme un philosophe déniant tout sens à l'existence humaine (Jean Grondin, Le sens de la vie)., désigne l'interrogation sur l'origine, la nature et la finalité de la vie ou plus généralement de l'existence, en particulier de l'existence humaine. Cette interrogation métaphysique se trouve posée sous la forme d'une série de questions : « qui sommes-nous ? », « d'où venons-nous ? », « où allons-nous ? », « pourquoi sommes-nous ici-bas ? » et cetera. Au cours de l'histoire, de nombreux courants religieux, intellectuels, philosophiques, artistiques ou scientifiques ont traité ces questions, donnant lieu à autant d'approches et de réponses différentes. Le philosophe Jean Grondin en parle comme d'une « pensée essentielle » fondant la philosophie : « Que faisons-nous ici, pourquoi et pour qui sommes-nous là, que devons-nous, que pouvons-nous y faire, que nous est-il permis d’espérer ? ». Selon certains courants, notamment l'existentialisme, le nihilisme, la pensée nietzschéenne ou l'absurde camusien, cette pensée serait même inhérente à l'être humain. Bien qu'elle soit ancienne, le désir de « donner un sens à sa vie », à défaut de le chercher, en est une déclinaison plus récente.Donner un sens à sa vie, Jacques Lecomte, Odile Jacob, 2007.

Notion de « sens » Le terme « sens » vient du latin sensus, le « fait de s’apercevoir ou de percevoir », dérivé de sentire, « percevoir par les sens ; saisir par l’intelligence ; juger, avoir une opinion ». Il indique ici la « [s]ignification réelle d’un évènement ou d’un phénomène, qui n’apparaît pas immédiatement, semble masquée ».

La question du sens de la vie se présente comme de facto polysémique : Téléologique : où va-t-elle ? ; Sémiologique : que signifie-t-elle ? ; Axiologique : que vaut-elle ? ; Ontologique : d'où vient-elle ?

Si la religion, puis la philosophie se sont penchées sur cette même question, les réponses qui lui ont été données sont diverses. Jean-Paul Sartre voit en l'homme une « passion inutile »Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant, révélant le « néant » que nous sommes. Il rejoint en cela certaines orientations de la philosophie pour lesquelles les questions métaphysiques sont insolubles voire inutiles. Baruch Spinoza, lui, tout en évoquant également son impression que « les occurrences les plus fréquentes de la vie ordinaire sont vaines et futiles »Œuvres posthumes, 1677, se résout cependant à chercher l'existence d'« un Bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine ». Entre la certitude du Néant et l'espérance d'un Bien souverain, les thèses les plus variées se sont exprimées.

La science se penche également sur le destin de l'univers et les origines de la vie, mais de façon expérimentale.

En religion Si, selon la conviction de nombreuses religions, le corps est le véhicule d'une âme, la réponse de ces religions est que le sens de la vie réside dans la valeur de nos actes dans l'attente d'une forme de « jugement » divin, pouvant se produire après la mort ou à chaque instant de la vie, et déterminant la qualité de la vie après la mort, de la vie éternelle ou de la prochaine réincarnation.

Le scientifique et politique controversé Claude Allègre, dans son ouvrage Dieu face à la science, affirme qu'une approche scientifique aurait des limites face à cette problématique : Claude Allègre, Dieu face à la Science, .

Selon le judaïsme

Dans le judaïsme, le sens de la vie correspond à une marche en avant de l'humanité qui doit emmener l'homme vers la rédemption (Guéoulah en hébreu), ce temps futur où le monde sera témoin d'une entente parfaite entre tous les êtres vivants. Le judaïsme est une philosophie qui considère cette traversée passionnante qu'est l’Histoire comme un passage, un trait d’union entre un paradis d'abord inconscient, puis abandonné (le jardin d'Eden), et un paradis à élaborer de manière consciente et volontaire, et qui sera l'aboutissement de la quête de la liberté (les temps messianiques). Ce passage confronte alors l'être humain à l’impérative rencontre de l’altérité, qui est le vrai sujet de cette initiation qui mène à la liberté, avec comme principe pilier : "tu aimeras ton prochain comme toi-même", tiré du chapitre 18 du Lévitique, (ou en hébreu : Vayiqra  ויקרא, le des 5 livres de la Torah).

La vie est donc une initiation qui nous fait passer de l'état d’objet de Dieu (Adam et Eve avant de consommer le fruit de l'Arbre de la Connaissance du bien et du mal) à l'état de sujet par contrat passé avec Elohim. Ce contrat passé entre les Hommes et Elohim constitue le principe même du Shabbat, qui est réitéré et signé à nouveau chaque semaine.

Le judaïsme est une religion de « l'utopie réalisante »Gérard Bensussan (dir.), « Monde et rédemption : du théologique au politique », in : Franz Rosenzweig. Existence et philosophie, Presses Universitaires de France, « Philosophies », 2000, ., c'est-à-dire d'une humanité qui avance lentement mais sûrement vers ce temps idéal que sera la Guéoulah ; l'humanité dans sa globalité vit mieux aujourd'hui qu'il y a 100 ans, mieux il y a 100 ans qu'il y a 300 ans...

Le Shabbat, ce moment où on laisse se reposer la terre, les végétaux, les animaux, les êtres humains, est une répétition hebdomadaire et à toute petite échelle de ce que sera la Guéoulah. Le Messie arrivera pour confirmer cet état de fait, d'où cette appellation de « temps messianiques ».

Le sens de la vie d'un point de vue individuel est clairement défini dans le Deutéronome : « Et maintenant, ô Israël ! Ce que l'Éternel, ton Dieu, te demande uniquement, c'est de révérer l'Éternel, ton Dieu, de suivre en tout ses voies, de l'aimer, de le servir de tout ton cœur et de toute ton âme, en observant les préceptes et les lois du Seigneur, que je t'impose aujourd'hui, pour devenir heureux »Chapitre 10 - verset 12 & 13..

Selon le christianisme

Selon le point de vue chrétien, l'homme existe pour rencontrer Dieu, par la croyance en la résurrection de Jésus, qui scelle la victoire de la vie sur la mortPère Bernard Sesboüé, « Le sens de la résurrection de Jésus », La Croix, Lire en ligne, et qui est célébrée tout particulièrement le jour de la fête de PâquesQue fête-t-on à Pâques ?, site de l'Église catholique en France.

La vie est considérée, dans le catholicisme, comme un chemin qui doit introduire l'homme dans la béatitude de Dieu. Ainsi, le Catéchisme de l'Église catholique dit dans son premier paragraphe : « Dieu, infiniment Parfait et Bienheureux en Lui-même, dans un dessein de pure bonté, a librement créé l’homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C’est pourquoi, de tout temps et en tout lieu, Il se fait proche de l’homme. Il l’appelle, l’aide à Le chercher, à Le connaître et à L’aimer de toutes ses forces. Il convoque tous les hommes que le péché a dispersés dans l’unité de sa famille, l’Église. Pour ce faire, Il a envoyé son Fils comme Rédempteur et Sauveur lorsque les temps furent accomplis. En Lui et par Lui, Il appelle les hommes à devenir, dans l’Esprit Saint, ses enfants d’adoption, et donc les héritiers de sa vie bienheureuse ».

Thomas d'Aquin a déjà découvert le bonheur comme but ultime de la vie humaine : « comme on appelle la fin dernière le bonheur, il s’ensuit que le bonheur de l’homme [...] si on le considère dans son essence [...] est quelque chose d’incréé »Thomas d'Aquin, Somme théologique, Prima Secundae, question 1.. Ce bonheur, selon lui, « ne peut exister que dans la vision de l’essence divine même »Thomas d'Aquin, Somme théologique, Prima Secundae, question 8..

Ignace de Loyola traduit cette inclination de l'homme vers Dieu dans ses Exercices spirituels : « L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son âme. Et les autres choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l'homme et pour l'aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marquée en le créant ».

L'encyclique Fides et ratio aborde la question du sens de la vie sous l'angle philosophique et des rapports entre la foi et la raison. Dans cette encyclique, Jean-Paul II rappelle que l'objectif de la philosophie doit être tourné « vers la contemplation de la vérité et la recherche de la fin dernière et du sens de la vie »Jean-Paul II, Fides et ratio, § 47. Il constate par exemple que « le scientisme considère comme relevant de l'irrationnel ou de l'imaginaire ce qui touche à la question du sens de la vie. »Jean-Paul II, Fides et ratio, § 90.

Il existe une notion protestante selon laquelle c'est par la grâce, à travers la foi en Dieu, que l'homme est réconcilié avec son créateur (grâce au sacrifice de Jésus-Christ)Le verset Éphésiens 2-9 indique: "Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n'en tire orgueil".

Selon l'Islam Dans l'Islam, l'homme a été créé par Allâh pour l'adorer de façon exclusive. Ainsi, Allah dit dans le Coran (selon la traduction du sens rapproché) : « Et je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent. Je ne cherche pas d'eux une subsistance ; et Je ne veux pas qu'ils me nourrissent. En vérité, c'est Allah qui est le Grand Pourvoyeur, Le Détenteur de la force, l'Inébranlable ».. Ibn Kathîr a interprété ce verset en disant : « Le sens de ce verset est qu'Allâh a créé les créatures afin qu'elles L'adorent sans associer. Ceux qui Lui obéissent seront récompensés par les meilleures récompenses, tandis que ceux qui Lui désobéissent subiront de Sa part le pire des châtiments »..

Cette adoration doit être vouée exclusivement à Allâh, et non pas à quelqu'un d'autre parmi Ses créatures, comme un prophète, un saint, le soleil, les vaches… En effet, Allâh dit également (selon la même traduction) : « En effet, il t’a été révélé, ainsi qu’à ceux qui t’ont précédé : "Si tu donnes des associés à Allah, ton œuvre sera certes vaine ; et tu seras très certainement du nombre des perdants. Tout au contraire, adore Allah seul et sois du nombre des reconnaissants" »..

Selon le bouddhisme et l'hindouisme Les quatre nobles vérités indiquent ce qu'il est essentiel de savoir pour un bouddhiste. Elles énoncent le problème de l'existence, son diagnostic et le traitement jugé adéquat : La vérité de la souffrance : toute vie implique la souffrance, l'insatisfaction ; la vérité de l'origine de la souffrance : elle repose dans le désir, les attachements ; la vérité de la cessation de la souffrance : la fin de la souffrance est possible ; la vérité du chemin : le chemin menant à la fin de la souffrance est la voie médiane, qui suit le noble Chemin octuple.

Il n'y est pas fait mention d'âme ou de jugement mais de nirvana, résultant de la fin de la souffrance incarnée (du cycle des incarnations successives).

Dans l'hindouisme, Purushartha est la notion qui désigne le « sens de la vie »Les Quatre sens de la vie, Alain Daniélou, Éditions du Rocher, 1992.. Elle se décompose en dharma (devoir), artha (prospérité), kama (plaisir) et moksha (libération).

En philosophie vignette|redresse=1.5|D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, tableau de Paul Gauguin (1897-1898).