L est une opération militaire américaine de bombardement menée par l’United States Air Force, l’United States Navy et l'aviation du Marine Corps contre la Jamahiriya arabe libyenne du colonel Kadhafi, le . Aussi appelée « bombardement de la Libye par les États-Unis », elle est menée en représailles de l'attentat à la bombe, dix jours avant, d'une discothèque de Berlin-Ouest fréquentée par des militaires américains. Critiquée par plusieurs pays et approuvée par d'autres, elle a abouti à un accord de compensation monétaire entre la Libye et les États-Unis en 2008.

Origines vignette|gauche|Le président des États-Unis Ronald Reagan consulte des membres du Congrès des États-Unis la veille de l'attaque.

Dans les années 1970 et au début des années 1980, Mouammar Kadhafi est impliqué dans le terrorisme en Europe et ailleurs. Par exemple, il fournit d'armes et d'explosifs à l'Armée républicaine irlandaise (IRA), puis finance l'envoi d'une autre cargaison de , qui sera interceptée par la France, tout comme il soutient l'ETA espagnol et les Brigades rouges italiennes.. Après les attentats des aéroports de Rome et de Vienne en qui ont tué dix-neuf personnes et en ont blessé environ 140 autres, Kadhafi fait savoir qu'il continuera à financer la Fraction armée rouge, les Brigades rouges et l'IRA tant et aussi longtemps que les pays européens appuieraient les Libyens opposés à son régime. Le ministre des Affaires étrangères de la Libye qualifie les massacres d' Patrick Seale, Abu Nidal : A Gun for Hire. Hutchinson, 1992, ..

Après des années d'escarmouches occasionnelles avec la Libye à propos de la possession du golfe de Syrte, les États-Unis envisagent une attaque militaire contre des cibles à l'intérieur de la Libye. En , les États-Unis, s'appuyant sur la limitation, en vertu de traités internationaux, des eaux territoriales à douze milles marins, envoient un navire près de la Libye qui réplique par des mesures militaires le . C'est le début de combats dans le golfe de Syrte.

Le , des agents libyens font exploser une bombe dans une discothèque de Berlin-Ouest, La Belle, tuant trois personnes et blessant 229 autres personnes, plusieurs faisant partie des forces armées américaines. Les États-Unis interceptent des câbles transmis par des agents libyens en Allemagne de l'Est impliqués dans l'attaque.

Après plusieurs jours d'échanges diplomatiques avec des partenaires européens et arabes, le président des États-Unis Ronald Reagan ordonne une attaque contre la Libye le .

Attaque vignette|Le personnel au sol de la RAF Lakenheath prépare un F-111F du 48th Tactical Fighter Wing pour une attaque aérienne contre la Libye.

Cette opération avait été en partie simulée lors d'un exercice en . Le 20th Tactical Fighter Wing stationné à la avait reçu un ordre top secret d'effectuer une simulation le avec dix F-111E armés de de bombes contre un aérodrome situé à Terre-Neuve au Canada au sud de la CFB Goose Bay. L' était en fait la répétition d'une attaque à longue distance contre la Libye. La mission fut un succès, sauf pour un appareil qui ne put larguer les huit bombes attachées à l'une de ses ailes. Les observations lors de l'opération ont été transmises au 48th Tactical Fighter Wing, équipé des plus récents F-111F Warren Thompson, To the Bay and Back, Air Forces Monthly, mai 2010 (publié par Key Publishing Ltd).

Des éléments du , unité utilisant les premiers avions furtifs en service et inconnue du grand public alors, ont été mis en alerte pour réaliser la frappe contre la Libye. Le Tactical Air Command avait déjà reçu plus de 30 F-117, lesquels décollaient depuis des bases secrètes au Nevada. Les commandants stationnés dans les théâtres de l'Afrique et la Méditerranée ignoraient l'existence de ces avions. Une heure avant leur décollage, le secrétaire à la Défense d'alors a rejeté ce plan de peur que plusieurs secrets ne soient dévoilés et a opté pour une attaque avec des avions plus conventionnels. L'existence des F-117 a été révélée quelques années plus tard en et leur premier emploi au combat a eu lieu lors de l'invasion du Panama par les États-Unis.

La France, l'Espagne et l'Italie refusent aux appareils américains qui participent à l'attaque le passage au-dessus de leur territoire, tout comme ils interdisent l'utilisation de leurs bases continentales européennes. Cela oblige plusieurs appareils de l’US Air Force à voler en eaux internationales par le détroit de Gibraltar, prolongeant ainsi leur vol de .

vignette|gauche|Des avions de combat se préparant à décoller de au cours de l'opération. Dix-huit bombardiers stratégiques F-111F du 48th Tactical Fighter Wing, basés à la RAF Lakenheath en Angleterre, appuyés de quatre avions de contre-mesure électronique EF-111A Raven du 20th Tactical Fighter Wing, basés à la en Angleterre, en parallèle avec quinze chasseurs-bombardiers A-6, A-7 et F/A-18 et un avion de guerre électronique EA-6B Prowler, lancés des porte-avions , et stationnés dans le golfe de Syrte et escortés par des F-14 Tomcat, frappent cinq cibles à le (heure locale). L'attaque dure environ et les appareils ont largué environ de bombes sur Tripoli, touchant ainsi un aérodrome, un site d'entraînement d'hommes-grenouilles à l'académie navale et la caserne Bab al-Azizia. Les A-6 et les F/A-18 bombardent des sites de radars et de défense anti-aérienne des forces armées libyennes à Benghazi, avant de bombarder des casernes à Benina et Jamahiriya. Un F-111 qui participe à l'attaque de Bab al-Aziziya est abattu au-dessus du golfe de Syrte par un tir de missile sol-air libyen.

Pendant l'attaque, quelques bombes manquent leur cible, frappant ainsi des sites diplomatiques et civils de Tripoli. Quelques soldats libyens désertent leur poste par peur, alors que les officiers libyens ont tardé à donner des ordres. Les tirs anti-aériens libyens commencent après que les appareils soient passés au-dessus des cibles http://www.globalsecurity.org/military/ops/el_dorado_canyon.htm El Dorado Canyon], Globalsecurity.org..

Les lumières de Tripoli sont restées allumées pendant les vingt premières minutes et aucun avion libyen n'a décollé pour donner la chasse aux avions américains..

Le but officiel de ces destructions est d'envoyer un message et, en même temps, de réduire les capacités de la Libye à aider et à entraîner des terroristes. Ronald Reagan a aussi affirmé que 1986 Year in Review: Strike on Qaddafi.

Forces américaines et cibles vignette|Iliouchine Il-76 libyens ciblés lors du bombardement de l'aéroport de Milaga. +Résultats de l'opération Airpower Versus Terrorism: Three Case Studies, juin 2003, (thèse) Cibles Planifiées RéaliséesAvions BombesAvions Ciblestouchées Ciblesmanquées Caserne de Bab al-Azizia 9 × F-111F 36 × GBU-10 LGB 3 ont bombardé 1 a manqué 4 ont avorté1 perdu 13 3 Camp de Murat Sidi Bilal 3 F-111F 12 × GBU-10 LGB Tous ont bombardé 12- Aéroport de Milaga de Tripoli 6 × F-111F 72 × Mk 82 RDB 5 ont bombardé 1 avorté en vol 60- Caserne de Jamahiriyah (Benghazi) 7 × A-6E 84 × Mk RDB 6 ont bombardé 1 a avorté sur le pont 70 2 Aérodrome de Benina 8 × A-6E 72 × Mk 20 CBU 24 × Mk 82 RDB 6 ont bombardé 2 ont avorté 60 × Mk 20 12 × Mk 82- Réseaux dedéfense aérienne Tripoli 6 × A-7E 8 × Shrike 16 × HARMPremière utilisation au combat Tous les avions ont tiré 8 × Shrike 16 × HARM Benghazi 6 × F/A-18 4 × Shrike 20 × HARM Tous les avions ont tiré 4 × Shrike 20 × HARMTotaux 45 avions 300 bombes 48 missiles 35 ont bombardé 1 a manqué 1 a été perdu 8 ont avorté 227 touchées 5 manquées 48 missiles sur la cible

Défense aérienne libyenne Le réseau de défense aérien de la Libye était étendu. Il comprenait Cold War International History Project : 4 unités de missiles anti-aériens à longue portée SA-5 Vega logées dans 24 lance-missiles. 86 unités de missiles anti-aériens SA-2 Volchov et SA-3 Neva logées dans 276 lance-missiles.

Tripoli était protégée par : 7 unités de missiles anti-aériens SA-2 Volchov. 12 unités de missiles anti-aériens SA-3 Neva. 3 unités de missiles anti-aériens SA-6 Kub logées dans 48 lance-missiles. 1 régiment anti-aérien SA-8 Osa-AK équipé de 16 véhicules lance-missiles. 2 unités de missiles anti-aériens Crotale II installés sur 60 pas de tirs

Pertes Libyennes Les pertes matérielles de ce raid sont de six Iliouchine Il-76, un Boeing 737 et d'un G.222 détruit à Tripoli, de quatre à seize MiG-23, deux Fokker F27 et deux Mi-8 détruits à Benina, des casernes et probablement une dizaine de sites de missiles sol-air endommagés. Durant l' qui eut lieu en , trois navires sont également coulés et un autre endommagé ..

Les attaques n'ont pas tué Mouammar Kadhafi. Un coup de téléphone du premier ministre maltais, Karmenu Mifsud Bonnici, l'aurait averti que des avions effectuaient un vol non autorisé au-dessus du territoire maltais et qu'ils se dirigeaient vers le sud en direction de Tripoli. Kadhafi et sa famille se sont réfugiés au sous-sol de sa résidence à Bab al-Azizia un peu avant que les bombes ne tombent. Selon le politicien Giulio Andreotti, et le ministre libyen des Affaires étrangères de l'époque, Abdel Rahman Shalgham, ce serait le président du Conseil des ministres d'Italie Bettino Craxi qui aurait averti Kadhafi.

Selon du personnel médical d'un hôpital près d'un site bombardé, environ 24 militaires et 24 civils se sont présentés à l'hôpital. Le nombre total de victimes libyennes est estimé à 60 personnes. Plusieurs messages contradictoires ont émané des autorités libyennes. Par exemple, Hannah, la « fille adoptive » de Kadhafi aurait été tuée, mais aucun journaliste n'a jamais entendu parler de celle-ci. Ces messages auraient eu un tel succès que les médias écrits occidentaux auraient rapporté sans sens critique les informations ainsi transmises .. Cependant, au mois d', le quotidien allemand Die Welt révèle dans un article repris en anglais par que Hannah Kadhafi serait en fait toujours vivante. Âgée désormais d'une vingtaine d'années (née le ), la jeune fille aurait passé quelques années à Londres, puis aurait étudié à la faculté de médecine de Tripoli. Devenue médecin, elle occuperait en 2011 un poste au ministère de la Santé dans la capitale libyenneArticle sur Gentside du 11 aout 2011Article sur minutebuzz.com du 11 aout 2011Article de l'Express du 10 aout 2011.. Le , lors de l’émission Mise au point, diffusée sur la télévision suisse romande, l’hypothèse — selon laquelle Hannah Kadhafi serait encore en vie — est implicitement évoquée par Faiza MazegFaiza Mazeg, exilée à Genève depuis 42 ans, est la fille de l’ex-Premier ministre lié à l’ancien régime ayant prévalu jusqu’au coup d’État du septembre 1969. En outre, l’ex-mari de Faiza Mazeg était le bras droit du roi Idris ., qui parle d’un « secret de Polichinelle Invitée : Faiza Mazeg, libyenne en exil à Genève depuis 42 ans, Mise au point, télévision suisse romande, 28 août 2011. L’hypothèse selon laquelle la fille adoptive aurait survécu au bombardement du 15 avril 1986 est implicitement évoquée, à partir du minutage 01:47. ».

Américaines Deux pilotes de l’US Air Force, les capitaines Fernando L. Ribas-Dominicci et Paul F. Lorence, ont été tués lorsque leur F-111 a été abattu, probablement par un missile Crotale, au-dessus du golfe de Syrte. Le , Kadhafi a offert de retourner le corps de Lorence par l'intermédiaire du pape Jean-Paul II. Selon une autopsie menée en 1989 et grâce à sa dentition, le corps a été identifié comme celui de Ribas-Dominicci, mort noyé. La Libye nie détenir le corps de Lorence, mais son frère affirme avoir vu des extraits télévisés où un Libyen tient un casque blanc portant au stylo le mot « Lorence » De plus, le conseiller de Ronald Reagan , qui a inspecté la caserne de Bab al-Azizia, affirme avoir vu deux uniformes et deux casques de pilote, chacun marqué des noms « Lorence » et « Ribas-Dominicci ». Il a également vu la carcasse de leur F-111 William C. Chasey, Pan Am 103: The Lockerbie Cover-Up. chap. 18.

Postérité et conséquences