Jacques-NicolasOu Jean-Nicolas. Billaud puis Billaud-Varenne, surnommé le Patriote rectiligne ou le Tigre., né à La Rochelle le Tables de baptêmes (1730-1759), p.6, paroisse Saint-Barthélémy de La Rochelle sur le site des Archives départementales de la Charente-Maritime. et mort à Port-au-Prince le , est un avocat et homme politique français, député montagnard à la Convention nationale et membre du Comité de salut public. Il est essentiel dans le gouvernement de la France pendant la Terreur.
Malgré son amitié et sa proximité idéologique avec Robespierre, il est un rouage central dans sa chute, le 9 thermidor, pour des raisons encore peu comprises, mais qui ont peut-être à voir avec des conflits idéologiques relatifs à la centralisation du pouvoir pendant la Terreur, Billaud-Varenne semblant vouloir décentraliser le pouvoir exécutif. Il exprime plus tard ses remords pour cette action.
Après Thermidor, Billaud-Varenne fait partie des Crêtois, le dernier groupe de députés montagnards. Il annonce le que le Comité de salut public n'a rien à voir avec les massacres en Vendée, et fait mettre Louis Marie Turreau et Jean-Baptiste Carrier en état d'arrestation pour leurs atrocités en accusant certains députés de .
Il est arrêté par les membres de la Réaction thermidorienne à laquelle il s'oppose frontalement. Déporté à Cayenne sans jugement, il y refuse la grâce de Napoléon et meurt finalement à Port-au-Prince en 1819.
Billaud-Varenne est l'un des personnages centraux de la première partie de la Révolution française, mais il reste encore peu étudié ou peu compris.
Biographie Avant la Révolution Fils de Nicolas Billaud de Varennes (1726-1809Voir Base de Roglo - Jacques-Nicolas Billaud-Varenne), avocat au siège présidial de La Rochelle, et de Henriette-Suzanne Marchant (1727-1804). Jacques-Nicolas Billaud de Varennes est issu d'une famille de notables de La Rochelle. Il a deux frères cadets, Henri (1762-1801)Il laisse une descendance illégitime. Voir . et Benjamin (né en 1768)Il laisse deux filles de son légitime mariage avec Jeanne Auger : Clémentine (1807-1828) et Zélie (1809 - morte jeune). Après la mort de sa cadette, Clémentine sera l'unique héritière de son oncle Jacques-Nicolas. Elle épouse Joseph Bellion (mort en 1852), fils de son tuteur, Gabriel Bellion, libraire à Troyes. Le couple aura deux fils : Gabriel Bellion (1824-1854), peintre paysagiste et qui sera l'auteur d'une Histoire du Comité de salut public, et Julien-Benjamin Bellion (1827-1880), médecin.. Jacques-Nicolas étudie les lettres au collège de l'Incarnation de Niort, dont l'enseignement est fondé sur le latin mais fait la part belle, surtout en rhétorique, à la littérature française des , ainsi qu'à l'histoire profane, puis la philosophie à La Rochelle, établissement sans éclat tenu par des séculiers depuis l'expulsion des Jésuites. Il fait ses études de droit à Poitiers et devient avocat en 1778. De retour à La Rochelle, où il doit succéder à son père, il se serait, selon la tradition, consacré à l'écriture dramatique, sans grand succès : une comédie moralisante présentée à La Rochelle en 1781 aurait connu un échec retentissant.
En 1782, il quitte sa ville natale pour Paris où, faute de moyens, il finit par entrer à l'Institution de l'Oratoire. Admis à l'épreuve le , il est envoyé le suivant, au collège de Juilly, où il occupe les fonctions de préfet de pension et assure la surveillance de la première chambre. Mal noté (le père Mérault de Bizy juge : ), il doit quitter l'Oratoire à la fin de l'année scolaire 1783-1784.
Revenu dans la capitale, il se fait inscrire au tableau des avocats au parlement de Paris, toujours sous le nom de Billaud de Varennes à partir de 1785, mais travaille à des ouvrages contre le clergé et le gouvernement : il fait ainsi paraître anonymement en 1789 Le Dernier coup porté aux préjugés et à la superstition à Londres et Despotisme des ministres de France, combattu par les droits de la nation, par les lois fondamentales, par les ordonnances, par les jurisprudences…, enfin par les intérêts du peuple et l'avantage personnel du monarque à Amsterdam. Il habite alors au numéro 30 de la rue Saint-André-des-Arts.
Le , il épouse en l'église Saint-André-des-Arts à Paris Anne-Angélique Doye (morte à Paris, le ), fille naturelle d'un fermier général, et adjoint Varenne à son nom. Tout de suite après, le couple s'installe au du numéro 45 de la même rue Saint-André-des-Arts, à deux pas de la Cour du Commerce Saint-André, là ou Danton habite et où Marat a son imprimerie, de laquelle il édite son journal L'Ami du Peuple. C'est aussi dans ce passage qu'une entrée discrète donne dans le café Procope, où ils tiennent leurs réunions. Se voulant « écrivain philosophe », il publie plusieurs pamphlets révolutionnaires contre le clergé en 1789. Il habite également au numéro 40 de cette rue Saint-André-des-Arts, et au 4 rue de Savoie.
Le révolutionnaire Début de la Révolution vignette|gauche|Jacques-Nicolas Billaud-Varenne, miniature peinte par Jeanne Doucet de Surigny, musée Cognacq-Jay, vers 1791. Dès la fin de 1789, Billaud-Varenne dénonce la « révolution trahie » dans plusieurs opuscules. Dans Le Peintre politique, il fustige la loi martiale et l'écart existant entre la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et les décisions de la Constituante.
En 1790, il publie un texte sur l'affaire des Suisses de Châteauvieux, également dénommée « affaire de Nancy », dans lequel il attaque violemment les ministres.
Cette même année, il adhère au club des jacobins. Il embrasse avec ardeur les idées révolutionnaires et se lie avec Danton, Marat et Robespierre. Il devient bientôt un des orateurs les plus véhéments du Club des jacobins, ses prises de parole sont nombreuses. Il y attaque le roi, la Cour et s'oppose avec Robespierre à la guerre souhaitée par Brissot et ses amis.
Dans L'Acéphocratie ou le Gouvernement fédératif, il demande la mise en place du suffrage universel et attaque le pouvoir exécutif qu'il juge trop important.
Il propose en de remplacer la monarchie par la république, et doit se cacher après avoir produit une brochure républicaine. Contrairement à la légende c'est lui et non Robespierre qui engage le combat au Club des jacobins contre le bellicisme girondin. Ainsi le , il prononce un long discours très remarqué à la société dont Robespierre s'inspire le Gérard Walter, Maximilien de Robespierre Paris, Gallimard, 1961 et 1989 p. 244-247 après avoir montré le des dispositions bellicistes. Il en prononce un second le , puis un troisième le . Dans cette dernière allocution en particulier, il dénonce la guerre de croisade, et se plaint de ce que les girondins feignent de n'entendre dans ce débat que l'opinion de Robespierre, largement partagée par Danton, Anthoine, Camille Desmoulins, Doppet, Machenaud, Santerre, Panis .
Après le 10 août 1792, il est membre de la Commune de Paris. Nommé substitut du procureur Pierre Louis Manuel, il est témoin des sanglantes journées de septembre 1792, pendant lesquelles il semble encourager les tueurs. Il se rend à Châlons avec le titre de commissaire de la Commune de Paris pour y surveiller les généraux suspects. Il dénonce au passage la municipalité de la ville à l'Assemblée législative qui n'en tiendra pas compte.
À la Convention vignette|Jacques-Nicolas Billaud-Varenne. Estampe à l'eau-forte de François Bonneville (fin du ). Il est élu député de Paris à la Convention, le quatrième avec 472 voix sur 767 votants. Il siège aux côtés des montagnards. Ainsi, il demande l'application de la peine de mort contre ceux qui introduiraient les ennemis sur le territoire national et défend Robespierre contre les attaques des girondins.
Au procès du roi, il vote pour la mort de Louis XVI () .
En , il est envoyé en mission avec Sevestre en Bretagne afin de mater les révoltes paysannes. Pour cela, il demande au Conseil exécutif des renforts qu'il n'obtiendra pas.
Rentré à Paris, il s'oppose à la Commission des Douze, puis demande en la mise en accusation des députés girondins. Le , il obtient l'abrogation de la loi martiale.
Il repart alors en mission dans le Nord et le Pas-de-Calais.
Cette année-là, il publie également les Éléments du républicanisme, dans lequel il expose le programme social des montagnards. Au nom du droit à l'existence, et même si , il estime que la répartition des biens entre les citoyens doit s'effectuer de la manière la plus égalitaire possible.
Le , il soutient les revendications de la Commune de Paris portées par Hébert et Chaumette. Considérant qu'on ne fait pas de révolution avec des « demi-mesures », il soutient la Terreur. Ces prises de positions lui permettent d'être élu au Comité de salut public en même temps que Collot d'Herbois. Il est parallèlement élu président de la Convention pour deux semaines.
Membre du Comité de salut public Au Comité, Billaud est responsable avec Collot de la correspondance avec les représentants en mission.
Farouche partisan du régime de la Terreur, il n'a de cesse de défendre le gouvernement révolutionnaire. Le , il fait ainsi transformer le Tribunal criminel extraordinaire en Tribunal révolutionnaire. Il fait voter la Loi du 14 frimaire an II () instituant une sorte de « constitution » provisoire de la France jusqu'à la fin du gouvernement révolutionnaire, et créant le Bulletin des lois à destination des communes. Le an II (), il présente devant la Convention un rapport sur « les institutions civiles » où il énonce l'idée d'un nouveau lien social « fondé sur un échange journalier de liens réciproques »Soboul, p.123.
Toutefois, le , il rejette la transformation du Comité de salut public en comité de gouvernement : « C'est la Convention qui doit gouverner », déclare-t-il.
Jusqu'au printemps 1794, Billaud-Varenne ne se distingue pas fondamentalement de la politique menée par Robespierre, malgré quelques nuances. Il approuve ainsi l'élimination des hébertistes puis des Indulgents dont il est l'un des adversaires les plus féroces. Dans son discours du (), il maintient son opposition à la guerre de conquête et de croisade, souhaitant la fin de la guerre aussitôt l'ennemi repoussé au-delà des frontièresAlbert Soboul , La Révolution française, Paris, Gallimard, 1982, p.376-377 . Il y exprime également sa crainte du césarisme qu'engendreraient des victoires militaires trop nombreuses Ibid. p. 373 .
Le 9 thermidor Billaud-Varenne se sépare cependant peu à peu de Robespierre. La création d'un bureau de police subordonné au Comité de salut public semble avoir heurté ce pourfendeur du pouvoir exécutif, tout comme la rédaction non-collégiale de la fameuse loi du 22 prairial.
Le 11 messidor (), la rupture entre Billaud et le « triumvirat » Robespierre-Saint-Just-Couthon est consommée : l'Incorruptible est traité de par plusieurs de ses collègues du Comité.. Toutefois, le 5 thermidor (), Billaud participe à la tentative de réconciliation organisée par Barère. Il tente d'amadouer Robespierre : . À l'issue de cette réunion, la crise semble commencer à se dissiper.
Mais le 8 thermidor, Robespierre prononce un discours devant la Convention dans lequel il se montre menaçant envers ses prétendus ennemis. Billaud-Varenne, sans être cité, s'y sent visé et rejoint alors avec Collot d'Herbois la conspiration préparant la chute du « tyran ». Le soir aux Jacobins, Collot et lui sont violemment chassés de la tribune et du club par les membres robespierristes.
Le lendemain 9 thermidor, il prend la parole à la tribune après que Saint-Just a été interrompu par Tallien. Il attaque Robespierre comme aspirant à la dictature, dénonce ses affidés et demande leur élimination : . Plus tard dans la journée, après l'insurrection de la Commune en faveur des robespierristes, il fait prendre des mesures afin d'organiser la défense de la Convention. Il est ainsi un des acteurs majeurs de la chute de l'Incorruptible qui est finalement guillotiné le lendemain, 10 thermidor an II ().