Antoine-Isaac, baron Silvestre de Sacy, né le à Paris où il est mort le , est un grammairien, philologue et un orientaliste-arabisant français.

Biographie Son père, Jacques Abraham Silvestre, est un notaire adepte du jansénisme établi à Paris qui a plusieurs enfantsHenri Deherain, « Le Rayonnement de Silvestre de Sacy », Journal des savants, 1936, p. 264.. Pour se distinguer de ses frères, Antoine-Isaac Silvestre ajoute à son nom celui du village de Sacy. Il reçoit en 1809 le titre de chevalier d’Empire, puis, en 1813 de baron d’Empire.. Par la suite, son titre est confirmé par Louis XVIII.

Encore enfant à la mort de son père, il reçoit de sa mère, Marie Marguerite Judde, une éducation religieuse et manifeste un don précoce pour les langues. Le bénédictin George François Berthereau lui enseigne l'hébreu à l'âge de douze ans en lui faisant lire ses prières dans le texte original.

Après l’hébreu, il apprend presque sans maître le syriaque, le samaritain, le chaldéen, l’arabe, le persan et le turc, puis l’anglais, l’allemand, l’italien et l’espagnol. Après des études littéraires, il étudie le droit. Il est nommé, en 1781, conseiller à la Cour des monnaies.

Tout en remplissant ses fonctions, il continue avec ardeur ses travaux de grammaire comparée. Dès 1780, il commence à publier, dans le Répertoire de littérature biblique d’Eichhorn, des notes sur une version syriaque du Livre des Rois, des traductions de lettres écrites par des Samaritains à Scaliger.

Il est nommé, en 1785, membre libre de l’Académie des inscriptions. Il publie alors dans le recueil de cette compagnie ses Mémoires sur l’histoire des Arabes avant Mahomet, sur l’origine de leur littérature, puis fait des traductions et écrit, de 1787 à 1791, Sur les antiquités de la Perse, quatre mémoires qui attestent autant d’érudition que de sagacité.

En 1791, il devient un des commissaires généraux chargés de surveiller la fabrication des monnaies et, l’année suivante, il est nommé membre en titre de l’Académie des inscriptions.

Hostile aux grandes réformes de la Révolution française, il se démet de ses fonctions de commissaire en 1792 et se retire dans une propriété dans le village d'Ognes, où il continue ses travaux favoris et se livre notamment à des recherches sur la religion des Druzes.

En 1795, à la création d’une école de langues orientales par la Convention, il est appelé à y enseigner l’arabe. Le de cette même année, la Convention crée l’Institut et le savant orientaliste devient membre de la section de littérature et des beaux-arts. Son refus de jurer haine à la royauté ne permet pas de l’admettre dans le docte corps, dont il ne fait partie qu’en 1803. Toutefois, il conserve sa chaire d’arabe et devient, à la même époque, un des rédacteurs du Journal des savants. Les nombreux et importants travaux qu’il fait paraître accroissent considérablement sa réputation et le placent au premier rang des orientalistes qui se sont occupés d’arabe et de persan.

Chargé, en 1805, d’aller à Gênes pour y découvrir des manuscrits orientaux, ses recherches sont infructueuses, et il doit se borner à rapporter des documents historiques intéressants.

Nommé professeur de persan au Collège de France, il enseigne, entre autres, à Étienne Quatremer.. Il entre au Corps législatif comme député de Paris en 1808, y siège jusqu’à la Restauration et reçoit, en 1813, le titre de baron de l'Empire. Silvestre de Sacy applaudit avec enthousiasme au retour des Bourbons. En 1816, par lettres patentes confirmatives, il devient baron héréditaire.

Après les Cent-Jours, il devient membre de la commission d’instruction publique, puis du conseil royal. Nommé, par la suite, administrateur du Collège de France et de l’École spéciale des langues orientales, il devient une figure majeure de la Restauration et la personnalité la plus influente du monde scientifique français de son époque.

En 1822, il fonde avec Abel-Rémusat la Société asiatique. C’est sur son initiative qu’ont été créées des chaires de sanscrit, d’hindoustani, de chinois et de mandchou au Collège de France. Il a néanmoins souvent entravé, pour des raisons politiques, les travaux et la réputation du très républicain Jean-François Champollion, qui a quitté, en 1827, la Société asiatique que présidait Silvestre..

Rallié à la révolution de Juillet 1830, il est appelé en 1832 à siéger à la Chambre des pairs et joint aux fonctions qu’il remplit déjà, celles d’inspecteur des types orientaux de l’Imprimerie royale (1832), de conservateur des manuscrits orientaux à la Bibliothèque royale. Son discours de réception au poste de secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions lui fournit une nouvelle occasion de tympaniser Champollion, en insinuant que certains aspects des hiéroglyphes pourraient bien avoir échappé à ce .

Malgré ses occupations multiples, il n’en continue pas moins à donner jusqu’à la fin de sa vie ses cours d’arabe et de persan. Le , après son cours au Collège de France, un passage aux manuscrits orientaux à la Bibliothèque Royale, il se rend à l'Institut, puis à la Chambre des Paris, où il prononce un discours.. Au sortir de la séance, en sortant du Luxembourg, il est frappé d'une attaque de paralysie au coin de la rue de Condé. Relevé aussitôt par des ouvriers, il est reconduit en fiacre à son domicile qu’il avait eu la force d'indiquer.. Depuis ce moment, il ne reprend pas connaissance et il meurt deux jours plus tard. À l’issue de ses obsèques à Saint-Sulpice, il est inhumé au Père-Lachaise.

Membre, à sa mort, de presque toutes les Académies de l’Europe et grand officier de la Légion d'honneur, il charge, par testament, l’orientaliste conservateur à l’Arsenal , d’établir le catalogue de ses manuscrits orientaux..

L’avenue Silvestre-de-Sacy lui rend hommage dans le .

Jugements

Carrière 1781, conseiller à la Cour des monnaies 1785, membre libre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres 1795, chaire d’arabe à l’École des langues orientales 1806, professeur de persan au Collège de France 1808, député de Paris 1815, membre de la commission d’instruction publique Membre du conseil royal 1823, Administrateur du Collège de France 1824, Administrateur de l’École des langues orientales 1832, siège à la Chambre des pairs 1832, Grand officier de la Légion d'honneur

Publications Œuvres originales Mémoires sur l’histoire des Arabes avant Mahomet, Paris, 1785 Mémoires sur diverses antiquités de la Perse, Paris, 1793 Principes de Grammaire générale, mis à la portée des enfants, et propres à servir d’introduction à l’étude de toutes les langues, Paris, 1799, 1852 (gallica.bnf.fr) Chrestomathie arabe, ou extraits de divers écrivains arabes : tant en prose qu’en vers, à l’usage des élèves de l’École spéciale des Langues Orientales vivantes, 3 volumes, Paris, 1806; . 1826. Dans cet ouvrage, il cite notamment Histoire chronologique des dynasties de Fakhr al-Dïn, historien du . Grammaire arabe à l’usage des élèves de l’École Spéciale des Langues Orientales Vivantes : avec figures, 2 volumes, Paris, 1810 (volumes I et II disponibles sur Gallica) ; . 1831 scans en couleur particulièrement soignés et libres de droit (us.archive.org) d'une réimpression de la seconde édition de 1831 datant de 1904-1905 effectuée par l'Institut de Carthage et revue par L. Machuel : volumes I et II en noir et blanc volumes I et II Mémoire sur les monuments de Kirmanshah ou Bisutun, Paris, 1815 Mémoires d’histoire et de littérature orientales, Paris, 1818 Anthologie grammaticale arabe, ou morceaux choisis de divers grammairiens et scholiastes arabes…, Paris, 1829 Exposé de la religion des Druzes, 2 volumes, Paris, 1838 Vol. I, Vol. II disponibles sur Google Livres.

Traductions (sélection) Mīr Ḫwānd, Histoire des Rois de Perse de la Dynastie des Sassanides, 1793 Aḥmad Ibn-Alī al-Maqrīzī, Traité des monnoies Musulmanes, 1797 Abd-al-Laṭīf al-Baġdādī, Relation arabe sur l’Égypte, Paris, 1810 Bīdpāī, Calila et Dimna ou fables de Bidpai, 1816 Farīd-ad-Dīn 'Attar, Pend-Nameh : ou Le Livre des conseils, trad. et publié par Silvestre de Sacy, Paris, Debure, 1819 Al-Qāsim Ibn-Alī al-Ḥarīrī, Les séances de Hariri, Paris, 1822 Ǵāmi, Nūr-ad-Dīn Abd-ar-Rahmān, Vie des Soufis ou les haleines de la familiarité, Paris, Imprimerie royale, 1831 Yehûdā Ben-Šelomo al-Ḥarîzî, Extrait du Séfer Tahkémoni, 1833 Wilhem Ruland , Légendes du Rhin traduit de l'Allemand, Verlag Von Hoursh & Bechstedt, circa 1913

Notes et références

Archives Les papiers personnels d'Antoine-Isaac Silvestre de Sacy et de sa famille sont conservés aux Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine, sous la cote 361AP : Inventaire du fonds.

Bibliographie Michel Espagne, Nora Lafi et Pascale Rabault-Feuerhahn, Silvestre de Sacy. Le projet européen d’une science orientaliste, Paris, éditions du Cerf, 2014 Silvestre de Sacy (1758-1838) par Georges Salmon, Bibliothèque des arabisants français (1905) T. I, T. II disponibles sur Internet Archive.

Sitographie Dictionnaire biographique Armorial des rues de Paris Deux cents ans d'enseignement de l'arabe à l'école des langues orientales

Liens externes

Annexes

Figure Blasonnement Armes de chevalier de l'Empire (1809)

D'azur, au chevron brisé d'argent, accompagné de trois étoiles du même ; champagne cousue de gueules du tiers de l'écu, chargée du signe des chevaliers légionnaires. Armes de baron de l'Empire (1813)

D'azur au chevron brisé d'argent, accompagné en chef de trois étoiles du même, rangées en fasce ; au franc-quartier des barons tirés des corps-savants.

Catégorie:Grammairien français Catégorie:Orientaliste français Catégorie:Arabisant Catégorie:Historien des Druzes et du druzisme Catégorie:Traducteur français du XVIIIe siècle Catégorie:Traducteur français du XIXe siècle Catégorie:Traducteur depuis l'arabe Catégorie:Traducteur vers le français Catégorie:Député de la Restauration Catégorie:Député de la Seine Catégorie:Député au Corps législatif Catégorie:Conservateur à la Bibliothèque nationale de France

Catégorie:Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres Catégorie:Membre de la Société asiatique Catégorie:Membre de l'Académie bavaroise des sciences Catégorie:Membre de l'Académie royale danoise des sciences et des lettres Catégorie:Membre du Comité des travaux historiques et scientifiques Catégorie:Grand officier de la Légion d'honneur

Catégorie:Président de l'Institut national des langues et civilisations orientales Catégorie:Enseignant à l'Institut national des langues et civilisations orientales Catégorie:Administrateur du Collège de France Catégorie:Professeur au Collège de France

Catégorie:Baron de l'Empire Catégorie:Baron français du XIXe siècle Catégorie:Pair de France (monarchie de Juillet)

Catégorie:Famille Silvestre de Sacy Catégorie:Naissance en septembre 1758 Catégorie:Naissance à Paris Catégorie:Décès en février 1838 Catégorie:Décès à 79 ans Catégorie:Décès dans l'ancien 11e arrondissement de Paris Catégorie:Mort d'un accident vasculaire cérébral Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 10)