vignette|droite|250px|Un casque stéréo utilisant l'ostéophonie. Les deux transducteurs se glissent à l'avant de l'oreille.

Lostéophonie ou conduction osseuse désigne le phénomène de propagation du son jusqu'à l'oreille interne via les os du crâne.

La conduction osseuse est la raison pour laquelle la voix d'une personne lui semble différente quand elle est enregistrée et reproduite. En effet, étant donné qu'une onde sonore à fréquence basse se propage mieux dans les os que dans l'air, nous avons tendance à percevoir notre voix plus basse et plus profonde que les autres la perçoivent.

Histoire D’après les recherches d’Albert Mudry et Anders Tjellström, les premières études sur l’audition osseuse remontent au , cependant c’est seulement à partir de la Renaissance que les découvertes les plus importantes sont faites.

Découverte Au , Jérôme Cardan mène des expériences sur le crâne humain et observe que le son peut être transmis à l’oreille grâce à une tige vibrante placée entre les dents. À la même période, Giovanni Filippo Ingrassia décrit l’histoire d’un patient qui a partiellement perdu l’audition à la suite d’une maladie aiguë, qui obstrue son canal auditif externe. Toutefois, ce dernier a pu entendre le son d’une guitare en plaçant ses dents sur le manche, ou en prenant entre ses dents une tige qui était en contact avec la guitare.

Le physicien Hieronymus Capivacci reprend les résultats des expériences de Cardan, et les utilise pour élaborer un nouvel examen dans le domaine clinique. Pour cela, il relie les dents d’un patient à un sitar grâce à une tige de fer. D’un côté, si le patient arrive à entendre le son transmis du sitar, alors une maladie au niveau du tympan est diagnostiquée, et de l’autre côté s’il n'entend pas, alors la piste d’une lésion du nerf auditif est privilégiée.

Au , Rudolf Jakob Camerarius observe dans ses expériences que les osselets de l’oreille sont similaires aux dents dans la transmission des sons et que ces dernières peuvent donc transmettre le son jusqu’à l’oreille.  

Christian Trautmann cite en 1722 Franz Christ Paullini, où ce dernier décrit un homme qui a perdu l’audition à la suite d’une maladie. Ce malentendant a découvert par accident qu’avec un bâton il arrivait à entendre les conversations. Il est décrit que l’homme plaçait le bâton à une extrémité contre la chaire d’une église, de l’autre à ses dents, et qu’il arrivait à écouter l’orateur positionné dans la chaire. Le même siècle, John Paul Baumer se penche sur l’appareil décrit par Trautmann, et l’améliore en remplaçant le bâton par une tige en verre, acier, cuivre, métal de cloche ou argent, large et plate aux extrémités. Ses recherches ont ensuite été publiées en 1749.

Entre 1799 et 1800, un musicien français, Vidron, invente un système similaire pour aider les malentendants à mieux entendre avec une tige en acier. Une extrémité du bâton est placée sur la table d’un instrument, et l’autre au niveau des dents de la personne sourde. Une seconde tige avec un embout en cuivre est positionnée contre l’estomac de la personne, et parfois même une troisième sur le crâne. En présentant ce système à l’Institut Français, organisme chargé d’étudier la validité de ce genre d’inventions, ce système n’est pas jugé adapté pour les sourds.

Néanmoins, ils ont testé le dispositif en bloquant leurs propres canaux auditifs externes et ont remarqué qu'ils entendaient mieux avec le dispositif. Ils en ont déduit que ce système pourrait être efficace pour traiter la perte d'audition liée à certains types d'obstructions du canal auditif externe, et qu'il est inefficace pour les pertes auditives provenant du nerf auditif ou liées à un problème interne sérieux.

Premiers appareils auditifs En 1821, Jean Itard, explique que le son est conduit à travers les os du crâne et est l’un des premiers à développer un appareil auditif à conduction osseuse : Afin d’améliorer la qualité de la transmission du son, Itard propose d’améliorer le système de Jorissen au niveau de l'extrémité placée dans la bouche de l'orateur en considérant deux modes de stimulation différents : par les dents et plus tard par la mastoïde.

À la fin des années 1870, de multiples appareils utilisant la conduction osseuse et plus précisément dentaire sont inventés pour permettre une avancée dans le traitement de la surdité. Si le phonographe et le téléphone retranscrivent la voix avec une telle qualité, cela est dû au fait que les dents et les os du crâne peuvent atteindre les nerfs auditifs . Les scientifiques en ont donc conclu qu’il était possible de recueillir les vibrations sonores, ils commencent à enregistrer des sons, les bureaux sont plus organisés. Ils n’ont plus besoin d’imprimer tous les messages qu’ils reçoivent, ils ont juste à écouter. Dû à cela, ils ont voulu utiliser ce principe pour les transmettre aux dents pour permettre aux sourds d’entendre.

D’après J. Sterne, vers la fin du et le début du , le son devient progressivement un bien marchand, grâce à la privatisation des espaces acoustiques. Ces espaces acoustiques peuvent être élargis et restreint grâce à de nouveaux appareils auditifs, ce qui permet de faire du son une propriété privée. Les appareils utilisant la conduction osseuse s'inscrivent donc dans cette dynamique de privatisation du son en se focalisant sur l'auditeur, même s'ils sont pour la grande majorité utilisés pour des personnes sourdes..

Interventions au À la suite de cette découverte, des instruments tels que le Fonifero, l’Audiphone, le Dentaphone et bien d’autres ont été inventés. Ces appareils ressemblent souvent à des ventilateurs acoustiques reliés à la deuxième personne grâce à une pièce maintenue entre les dents. En 1939, Albert Jefferis et Erwin Wilson brevètent, pour les personnes avec un dentier, un autre type de Dentaphone. Leur objectif est d’aider les sourds et en particulier les personnes sourdes et édentées.

La même année, Edmund Schwencke invente un récepteur à conduction osseuse dans une pipe à fumer. Au début du , le microphone est développé et permet la construction du vibrateur à conduction osseuse, également appelé oscillateur, qui permet de directement transmettre les vibrations. Il est ensuite réellement breveté par Frederick Kranz à Genève en 1925.

En 1920, Joseph Prenn, de Boston, brevette une oreille mécanique à conduction osseuse . Les otologues commencent ensuite à formellement diagnostiquer la perte auditive puis à avoir de l'intérêt pour les appareils auditifs à conduction osseuse. La promulgation du récepteur à conduction osseuse en 1931 et 1932 donne un élan dans l’industrie des appareils auditifs. La Sonotone Company met au point en 1933 grâce à Hugo Lieber, un petit récepteur à conduction osseuse portable qui peut s’adapter à l’appareil auditif portable. Le récepteur magnétique conçu pour faire vibrer son boîtier au lieu de créer des ondes sonores dans l’air est le plus courant. Le site magnétique se trouve dans une boîte dont la forme est adaptée à l’os mastoïde. Bien que des améliorations aient été faites, il reste difficile de retranscrire les hautes fréquences aussi efficacement que les basses. Cet obstacle est donc à l’origine de la préférence qu'ont les personnes sourdes pour les appareils auditifs à conduction aérienne. Cependant les appareils à conduction osseuse sont généralement favorisés pour une surdité de transmission.

Un autre moyen d’utiliser l'appareil auditif à conduction osseuse est de le fixer sur des lunettes. Déjà utilisée en 1909, cette idée se développe des années 1930 aux années 1950. Elle voit son essor en 1954 lorsque les sociétés Amplivox, Akumed, Otarion, et Oticon commercialisent les premières lunettes à conduction osseuse. Des années 1960 aux années 1990, ces lunettes sont les appareils auditifs à conduction osseuse les plus utilisés, avant de connaître un déclin rapide. Néanmoins, cette technologie reste aujourd’hui convoitée par certains ingénieurs qui continuent de la développer.

L’implantation d’un vibrateur dans l'os mastoïde est née à Göteborg, en Suède, après les travaux pionniers de l'anatomiste Per-Ingvar Brånemark sur la rhéologie osseuse pendant les phases de réparation et après la confrontation à quelques problèmes comme la perte de son dans les tissus mous du crâne. Il a développé le concept de l'ostéointégration d'une vis métallique en titane dans l'os.

Premiers traitements médicaux Au milieu des années 1970, sans le savoir, Brånemark a trouvé le concept que plus tard nous appelons aujourd'hui prothèse auditive à ancrage osseux. En effet, il a essayé de trouver un moyen d'évaluer, par voie acoustique, l'ostéointégration des implants dentaires et en a discuté avec ses collègues ORL, notamment Anders Tjellström. Un vibrateur osseux Oticon a fixé sur un implant dentaire, le dispositif a ensuite été connecté à un audiomètre. Le patient a signalé que le son avait été très clair et très fort, et qu'il était nécessaire de baisser le volume à un niveau très bas. Avec ce montage, il n'a pas été possible d'évaluer le degré d'ostéointégration, mais il est conclu que le son se propage très bien par les os du maxillaire jusqu'à l'oreille interne et qu’il est possible de trouver une application à ce phénomène.

En 1977, les trois premiers patients sont équipés d'une prothèse auditive à ancrage osseux puis l'année suivante, dix autres nouveaux. Tous les patients présentent une maladie chronique de l'oreille de telle sorte qu’ils ne peuvent pas utiliser d'appareils auditifs à conduction aérienne. Ces patients sont ensuite attentivement suivis pendant cinq ans et finalement chacun d’entre eux est très satisfait. En 1983, vingt-troix autres patients sont implantés, et dans les années suivantes, entre 30 et 60 nouveaux patients par an.

En 1986, le premier atelier international sur la prothèse auditive à ancrage osseux (ou implant BAHA) a été organisé à Göteborg et s’est étendu sur une durée de trois jours. Parmi les personnes présentes se trouvent David Proops venant du Royaume-Uni, et Cor Cremers du Pays-Bas. Leurs institutions ont traité plus de chacun.

En 2005, Cochlear, une société leader mondial dans le domaine de l'implant cochléaire rachète l'entreprise et l'a renommée , donnant ainsi une nouvelle dynamique à la production et au développement de nouveaux implants et de nouveaux appareils auditifs plus sophistiqués. D’après les travaux d’Albert Mudry et Anders Tjellström, plus de sont enregistrées dans le monde en . À la suite du concept de l’implant Baha, Oticon montre un nouvel intérêt pour la conduction osseuse directe et a à son tour produit son propre système en 2009, composé d’un nouvel implant..

L'ostéophonie au service de la santé Les multiples essais de diapason développés par Weber, Rinne, Gelle et Schwabach au et étudiés par des scientifiques tels que Wheatstone, Lucae et von Tröltch ont fait entrer la conduction osseuse dans le domaine clinique. Pour la première fois, les otologues disposent d'un outil pour déterminer de manière fiable la position de la lésion auditive. Au début du , les tests de conduction osseuse au diapason sont largement utilisés lors des diagnostics otologiques. Cependant, le plus grand avancement pour le diagnostic auditif se produit avec l'arrivée des instruments électroniques utilisés pour le diagnostic médical, l'un des premiers étant l'audiomètre. Deux inventions extrêmement importantes ont conduit au développement des audiomètres tels qu’ils existent aujourd'hui. L'invention du téléphone par Alexander Graham Bell en 1876 a permis de transposer des signaux électriques en stimuli acoustiques. D’après l’étude de Sterne, le téléphone a participé au , seules les personnes aisées avaient accès à ces nouvelles technologies de reproductions sonores. Ces dernières sont vues comme un moyen de communiquer immédiatement ou comme un fournisseur d’intimité.