La ligue de Délos ou confédération de Délos est une alliance militaire (symmachie) entre cités grecques dominée par Athènes. Elle est créée en 478 après la seconde guerre médique avec pour objectif de défendre la Grèce face aux Perses. Le nom « ligue de Délos » est une désignation moderne ; celle-ci provient du fait que l'île de Délos, dans les Cyclades, a été choisie comme siège officiel de l'organisation. Les Athéniens eux-mêmes ainsi que les sources contemporaines (principalement Thucydide) désignent l'organisation par l'expression « les Athéniens et leurs alliés ». La ligue de Délos devient rapidement l'instrument de la domination (archè) athénienne. Elle est dissoute en 404 à la fin de la guerre du Péloponnèse.
Sources antiques Hérodote fournit des indications sur les origines de la ligue de Délos, dont la bataille du cap Mycale (479 ) marque symboliquement l'acte de fondationHérodote, , 132.. Il offre quelques détails sur les relations entre Athènes et Sparte et renseigne sur un grand nombre de cités du monde égéen. Thucydide décrit l'impérialisme athénien au livre de la Guerre du Péloponnèse. Mais il traite la période de la pentékontaétie — la période de 50 ans entre la fin des guerres médiques et le début de la guerre du Péloponnèse — de manière sélective et brève. Il présente la ligue de Délos comme une confédération initialement volontaire et défensive, sous hégémonie athénienne, dont l'objectif est venger les torts subis par les Grecs durant les guerres médiquesThucydide, , 96.. Il décrit une transformation rapide de la ligue (koinon) en « empire » (archè). Selon lui, les causes de révoltes sont les arriérés de tribut, les manquements aux obligations militaires et la contrainte athénienne, qui rendent les alliés hostilesThucydide, , 99.. Il souligne que cette évolution, motivée par la peur, l'honneur et l'intérêt athéniens, fait de la ligue un instrument de la puissance athénienne, préfigurant les tensions qui mènent à la guerre du PéloponnèseThucydide, , 23.. Sa vision est réaliste et critique : l'hégémonie initiale dégénère en tyrannie, les alliés perdant progressivement leur autonomie. Diodore de Sicile complète le récit de Thucydide au livre de la Bibliothèque historique. Il offre un récit plus continu et narratif de la ligue de Délos et de ses débuts que ThucydideFondation (, 4) ; Campagnes de Cimon (, 60–62) ; transfert du trésor à Athènes (, 70), etc.. Quant à Plutarque, il évoque l'impérialisme athénien dans trois Vies parallèles consacrées à Aristide, Cimon et Périclès.
Les sources épigraphiques sont nombreuses concernant les cités de la ligue. En effet, en plus du versement du tribut (phoros), les Athéniens demandent que le du tribut soit versé par chaque cité au culte d'Athéna. Les Athéniens ont donc dressé des listes annuelles pour le versement de cette contribution. Peu de listes sont complètes, mais lorsqu'elles le sont, ces listes attiques informent sur les modes de perception du tribut de la part de certains alliés : Kéos, Tinos, Naxos, Érétrie, Chalcis, Potidée, etc.
Création de la ligue À la suite de ses victoires sur les Perses durant les guerres médiques, Athènes est devenue la puissance dominante du monde grec. Par ailleurs, ces guerres font naître un sentiment d'unité grecque, avec une volonté de créer une confédération panhellénique (ou koinon) dans le but de s'opposer aux Perses. L'île sacrée de Délos, terre natale d'Apollon et sanctuaire panhellénique, est choisie comme siège de l'organisation en 478 ; c'est là que se réunit le conseil des alliés et qu'est initialement déposé le trésor commun. Délos, sanctuaire neutre et prestigieux, confère donc une légitimité religieuse à l'alliance contre les Perses. Enfin, Délos possède une situation géographique centrale dans les Cyclades.
Parmi les 150 membres (cités ou îles) composant la ligue, on distingue Athènes, les cités d'Ionie, de l'Hellespont, de Propontide, la plupart des îles des Cyclades et l'Égée (comme Chios, Lesbos et Samos). Il s'agit en partie de cités/îles ioniennes (environ 40), mais la ligue intègre également des cités doriennes et éoliennes. Athènes en prend la tête à la demande de ses alliés.
Nature de la ligue Tribut vignette|Fragment d'une liste de tribut versé à Athènes, v. 425-424
À l'origine les principaux membres de la ligue (Chios, Samos et Lesbos) doivent fournir à Athènes des navires de guerre ; mais dès 477 la plupart des cités préfèrent payer un tribut (phoros) en argent, ce qui permet à Athènes de consolider sa propre flotte. Les premières contributions sont évaluées par Aristide le Juste ; elles se seraient élevées à 460 talents, ce qui correspond à la somme nécessaire pour tenir en alerte 200 trières pendant 9 mois. Ce système est probablement calqué sur le tribut payé par les cités ioniennes aux Achéménides. Cette somme annuelle ne varie pas jusqu'à 425, date à laquelle Athènes la double. La tradition affirmant que le tribut a permis de financer les travaux d'embellisement à Athènes, dont ceux sur l'Acropole, peut être remise en cause elle est issue de pamphlets anti-Périclès.
Athènes oblige les alliés à utiliser les monnaies ainsi que les unités de poids et de mesures athéniennes. En outren Athènes centralise le pouvoir de décision et l'autorité judiciaire, formant une domination (archè), souvent traduite par l'expression d'« Empire athénien ». Les alliés ont donc consenti un important effort financier afin de s'assurer de bénéficier d'une protection de la part des Athéniens, à défaut de pouvoir eux-mêmes assurer la production en série de navires de guerre. Un décret sur le monnayage impose aux alliés l'usage de l'étalon monétaire, des poids et des mesures athéniens. Un autre décret impose une harmonisation pour faciliter la perception du tribut. Le montant du tribut varie en fonction de la taille de la cité. Ainsi, les petites cités versent moins d'un talent. Seules les cités payant le plus se sont révoltés, mais sans provoquer de mouvement général.
Trésor Rapidement les Athéniens accumulent de grands richesses grâce au tribut (phoros). Le trésor est initialement entreposé à Délos ; mais en 454 le trésor est transféré sur l'Acropole d'Athènes, sous prétexte de le soustraire à la menace perse. La fonction de trésorier (hellénotame) de la ligue est une charge athénienne. À partir de cette date, le montant du tribut est réévalué tous les quatre ans par la Boulè, à l'occasion des Grandes Panathénées ; mais la perception reste annuelle. Celle-ci fait l'objet d'une procédure soigneusement contrôlée par Athènes afin d'éviter toute malversation, tant des convoyeurs que des contribuables. Le décret de 425 établit une commission élue spécialement pour décider les montants à payer par chaque cité. Cette commission est constituée de . La plupart des cités font appel aux logographes pour négocier le tribut. Ainsi, Antiphon rédige un discours pour les habitants de Samothrace qui s'estiment trop imposés. Les tribunaux athéniens sont également saisis en cas de litige. La perception du tribut évolue. Ainsi, en 442, les cités qui paient le tribut sont regroupées par grands districts. En 440, année de la révolte de Samos, Athènes exige le versement d'un impôt supplémentaire. En 431, une distinction est opérée entre les cités en fonction de la générosité de leurs citoyens. Après le début de la guerre du Péloponnèse, certaines cités omettent de verser le tribut. Athènes envoie en conséquence des percepteurs accompagnés de navires de guerre pour collecter le tribut.
Aspects religieux En 440 , un décret impose aux alliés de fournir une bête de sacrifice et une panoplie pour les Panathénées. En 425, un autre décret indique que les alliés doivent défiler aux Panathénées comme les colonies d'Athènes. Athènes se comporte comme la métropole de ses alliés. En outre, les alliés doivent se rendre à Athènes pour les Grandes Dionysies, au début du printemps. De même, le culte d'Athéna, déesse protectrice des Athéniens, se répand. Il est attesté dans les archipels grecs, à Samos, Cos et en Eubée à Chalcis par des textes difficiles à dater. Seule une borne de sanctuaire abordant ce sujet a pu être approximativement datée aux alentours de 450–446. Ce culte ne semble pas avoir été imposé par la force : il a été institué par certains citoyens athéniens installés dans ces régions par dévotion et loyauté envers leur cité mère.
L'arrivée du culte d'Athéna s'accompagne aussi d'une forte promotion des mystères d'Éleusis, originellement athéniens. Ce culte ésotérique rencontre un vif succès. On sait par Isocrate qu'au , un certain nombre de cités grecques envoient les prémices de leurs récoltes, soit le de la récolte d'orge et le 1/1200 de la récolte de grain, à Éleusis sur ordre de l'oracle de Delphes. Cette pratique datant de l'empire athénien et provenant de sa puissante métropole constitue un phénomène majeur du puisqu'il réussit à avoir un impact sur la démographie athénienne. La dispersion du culte athénien dans les cités devenues vassales constitue une forte tradition, devenant ainsi une part prépondérante des liens unissant les alliés à la démocratie athénienne.
Domination athénienne Sous l'effet de sa protection navale, de l'installation de ses clérouques, de sa puissance économique, de son rayonnement culturel et de l'émigration de ses citoyens, Athènes assimile progressivement les cités alliées à des territoires conquis. Après les guerres médiques, la puissance militaire athénienne est essentiellement navale. Grâce au tribut de la ligue, les Athéniens parviennent à former une véritable thalassocratie en mer Égée. Thasos et Samos possèdent d'importantes flottes mais les perdent après s'être révoltée contre l'hégémonie athénienne, respectivement en 463 et en 440. Après cela, aucune flotte n'est capable de rivaliser avec celle d'Athènes. La région des Détroits, notamment grâce à l'installation de clérouquies est elle aussi particulièrement surveillée afin d'assurer l'approvisionnement en blé depuis la steppe pontique. Les garnisons installées en Ionie assurent également le maintien de l'ordre au sein de la ligue. À la suite de la révolte de l'Ionie dans les années 490 , les Athéniens s'y installent, chassant les tyrans pro-perses et instaurant un régime démocratique, notamment à Milet. Ces nouvelles démocraties sont sous contrôle grâce au grand nombre de citoyens athéniens fidèles à leur patrie implantés sur place. Leur utilité est visible pendant la guerre du Péloponnèse, où, dans des cités comme Byzance et Mégare, des partisans d'Athènes jouent un rôle important pour soutenir les efforts militaires de la métropole. Les proxènes athéniens sont au cœur de ce système de contrôle et de surveillance des alliés de l'intérieur. À Athènes, les proxènes sont des étrangers à qui la cité a accordé des privilèges, à condition qu'ils acceptent de s'occuper de leurs concitoyens étrangers. La proxénie est habituellement utile à la justice et à la diplomatie, mais les Athéniens se servent de leurs proxènes, recrutés parmi leurs partisans, comme agents de renseignement. Ainsi, en 428, les proxènes athéniens préviennent leur métropole de la révolte de Mytilène. L'implantation athénienne se traduit aussi par des investissements de particuliers qui achètent une grande part des terres inoccupées situées en territoires alliés, ainsi que par l'envoi de clérouques, qui fondent des colonies militaires.
Histoire de la ligue de Délos vignette|Principales batailles livrées par la ligue de Délos de 477 à 449 Succès de Cimon