La région Centre a été l'une des quatre collectivités territoriales qui ont subdivisé le territoire d'outre-mer (TOM) français de la Nouvelle-Calédonie durant la période des « Événements » entre 1985 et 1988, servant de prémices aux trois actuelles provinces. Elle a été créée par le « statut Fabius-Pisani » (ainsi nommé en référence au Premier ministre de l'époque, Laurent Fabius, et à son ministre chargé de la Nouvelle-Calédonie, Edgard Pisani) du . Elle a finalement été supprimée, au profit d'un nouveau découpage régional, par le « statut » (en référence au nouveau ministre des DOM-TOM, Bernard Pons) du .

Géographie

thumb|right|325px|Carte des subdivisions administratives de la Nouvelle-Calédonie sous le statut Fabius-Pisani Région Centre 1. Thio 2. Yaté 3. Île des Pins 8. Boulouparis 9. La Foa 10. Sarraméa 11. Farino 12. Moindou 13. Bourail 14. Poya 28. Houaïlou 29. Canala

La région Centre est au cœur de la « Brousse », la partie rurale de la Nouvelle-Calédonie. Elle est la plus étendue des quatre régions du statut Pisani, avec , soit environ les 2/5 de la côte Ouest de la Grande Terre, plus de la moitié de sa côte Est et l'île des Pins.

Cela correspond donc aux douze communes suivantes : 4 sur la côte est : Houaïlou Canala Thio Yaté 5 sur la côte ouest : Poya Bourail Moindou La Foa (chef-lieu régional, déterminé par une délibération du conseil de région du Délibération n° 85-001 du 7 novembre 1985 déterminant le Chef-Lieu de la Région Centre, JONC n°6399, 21/01/1986, p. 123) Boulouparis 2 au cœur de la Chaîne Centrale : Farino Sarraméa Île des Pins

Son point culminant est alors la Table Unio (Sarraméa), troisième plus haut sommet de la Chaîne Centrale et de la Nouvelle-Calédonie avec mètres d'altitude maximale. Elle est enchâssée entre les tout aussi récentes, et tout aussi éphémères, régions Sud et Nord.

Démographie

La région Centre est ruralePopulation des communes de Nouvelle-Calédonie et de l'agglomération nouméenne de 1956 à 2004, site splaf.free.fr, avec une population à peine plus élevée que celle de la région Nord, mais nettement inférieure à celle du Sud. Au recensement de 1983, les communes qui la composent totalisaient , soit 16 % de la population totale de l'archipel répartis sur 40 % de son territoire. La densité y est donc très faible, à .

La partie sur la côte Est comptait (52,7 % sur 53,2 % du territoire régional, ), avec les deux communes les plus peuplées de la région : Houaïlou ( et ) et Canala ( et , la plus dense des communes de la côte Est). Thio est également la quatrième commune de la région sur le plan démographique selon les chiffres de 1983, avec (). La population y est essentiellement mélanésienne, avec 64 tribus. D'autres communautés se retrouvent dans les villages miniers de Thio et Kouaoua (partie de la commune de Canala) qui ont connu également une certaine colonisation d'agriculteurs européens. Cependant, beaucoup des non-Kanak ont été évacués de la côte est après le déclenchement des « Événements » à la fin de l'année 1984 (ce pourquoi les chiffres de 1983 peuvent être considérés comme supérieur à la réalité de 1985). Yaté connaît une très faible densité de population, avec en 1983 sur (commune la plus vaste du Territoire), et donc à peine plus d'.

La partie sur la côte Ouest pour sa part comptait (38,6 % sur 42,8 % du territoire régional, soit ), dont majoritairement des descendants de colons éleveurs-agriculteurs européens, appelés « Broussards ». Il n'y a que 22 tribus kanak sur toute cette portion de la région. La commune la plus peuplée de cette côte (et la troisième de la région) est Bourail, avec (), suivie par La Foa et ses (, la plus dense des communes de la côte Ouest). Ces deux villages se sont développés à partir de l'installation des colons pénaux à la fin du . La densité dans les deux autres communes est beaucoup plus faible : Boulouparis ( et ) et Moindou (378 personnes et ).

Les deux communes montagnardes de Sarraméa et Farino sont très peu peuplées : elles totalisaient en 1983 736 résidents (3,17 % sur seulement 2 % du territoire régional). Elles comptaient respectivement 483 et 253 habitants, soit les et 1 populations les plus faibles du Territoire. Mais, leurs superficies étant également particulièrement réduites, leurs densités sont parmi les plus fortes de la région Centre. Elle s'établit à à Farino (avec une population presque totalement européenne, sans aucune tribu kanak) et à à Sarraméa (quasi exclusivement mélanésienne, avec les trois tribus du district coutumier de Couli).

Enfin, l'île des Pins, qui est à la fois un complexe insulaire, une commune et un district coutumier avec 8 tribus, abritait en 1983 , soit . Il s'agit donc de la commune la plus dense de la région Centre. La population est pratiquement en totalité composée de Kanak.

Compétences

Les compétences des régions sous le statut Fabius-Pisani sont dans un premier temps très étendues, établissant un véritable régime fédéral local : le développement et aménagement régional, l'enseignement primaire obligatoire ainsi des langues et cultures locales, la vie culturelle, la jeunesse, les sports et loisirs, l'action sanitaire et social, le développement rural et la mise en œuvre de la réforme foncière, les infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires, le logement.

Le « statut Pons I » du (qui est en fait surtout une refonte, sans en modifier le cadre institutionnel, de celui « Fabius-Pisani » afin de réviser la politique en matière de réforme foncière et de réduire les pouvoirs des régions), redéfinit ainsi ces prérogatives : la définition des objectifs fondamentaux de la région en matière de développement, de promotion des hommes, de mise en valeur des ressources naturelles et de protection de l'environnement, l'aménagement du territoire régional, l'intervention en matière de développement économique local, l'enseignement des cultures locales et promotion des langues vernaculaires (par le biais de conventions passées avec le Territoire ou l'État pour fixer les modalités d'enseignement de ces langues ainsi que pour les adaptations éventuelles des programmes aux spécificités culturelles locales), la définition et la mise en œuvre de l'animation culturelle.

Institutions et politique

Conseil de région

La collectivité est gérée par un conseil de région de 9 membres, élu au suffrage universel direct à la proportionnelle de liste, selon la règle de la plus forte moyenne. La réunion des quatre conseils de région forment le Congrès du Territoire, l'assemblée délibérante à l'échelle de la Nouvelle-Calédonie. Le statut de 1985 étant de nature transitoire en vue de l'organisation d'un référendum d'autodétermination avant le , la limite du mandat des conseillers de région est fixé à la date d'application de la nouvelle loi qui tirera les conséquences de cette consultation (à savoir celle reconnaissant un éventuel accès à la pleine souveraineté, sinon un texte fixant un statut plus durable au sein de la République française).

Le conseil de région élit en son sein, lors de sa première réunion, un président et deux vice-présidents, au vote uninominal secret à trois tours maximum. Le président prépare et exécute les délibérations du conseil, et peut déléguer certaines de ses attributions à ses vice-présidents. Il est également, avec ses homologues des autres régions et sous la direction du président du Congrès du Territoire, membre du Conseil exécutif chargé d'« assister » le haut-commissaire de la République, délégué du gouvernement, qui assure les fonctions exécutives du Territoire.

Politique

Une seule élection régionale sous ce statut va avoir lieu, le . Les indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) de Jean-Marie Tjibaou, qui boycottait les institutions officielles depuis 1984, y participent. Si les régions Nord et Îles Loyauté ont été créées pour que le FLNKS, qui y est majoritaire, en obtienne le contrôle, et le Sud au contraire en faveur des anti-indépendantistes du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) du député Jacques Lafleur, le résultat dans la région Centre est plus incertain.

En effet, la partie ouest (incluant Farino), majoritairement européenne, est un fief anti-indépendantiste (mais aussi autonomiste, comme en témoigne l'implantation à Bourail de Jean-Pierre Aïfa et de sa Fédération pour une nouvelle société calédonienne FNSC). Quatre maires sont ainsi du RPCR (Justin Monawa à Moindou, Félix Basquin depuis 1984 à La Foa, Michel Magnier depuis 1983 à Boulouparis et Robert Kollen à Sarraméa depuis 1978), un du Front calédonien (FCParti créé en 1983 par des dissidents du RPCR pour critiquer sa « mollesse », combat l'indépendantisme mais aussi les partisans de l'autonomie., Henri Mariotti à Farino) et un de la FNSC (Jean-Pierre Aïfa à Bourail, qui s'est toutefois allié au niveau territorial avec des dissidents indépendantistes modérés de l'Union calédonienne UC, mouvement moteur du FLNKS, pour militer en faveur de la création d'un État associé à la France qui serait baptisé « Opao »). En revanche, la côte Est, majoritairement kanak (avec également Sarraméa), est tenue par les indépendantistes et le lieu d'action principal des Comités de lutte du FLNKS, surtout à Canala et à Thio. Cette dernière commune a connu un véritable siège mené par Éloi Machoro à la fin de l'année 1984, entraînant l'évacuation des populations d'origine européenne après plusieurs morts de part et d'autre, tandis que le maire Roger Galliot, fondateur du Front national local, doit laisser sa place en 1985 à Louis Mapéri, membre du FLNKS et en son sein du Parti de libération kanak (Palika) aux idéaux révolutionnaires marxistes-léninistes. Les autres premiers magistrats de la côte Est sont tous des membres de l'UC : Éloi Boehe depuis 1983 à Houaïlou, Maxime Karembeu depuis 1978 à Canala et Clément Vendégou depuis 1985 à Yaté. À l'Île des Pins, les choses sont plus indécises, des conflits de succession coutumière s'ajoutant aux oppositions politiques : le grand-chef depuis 1979, Hilarion Vendégou, est un cadre du RPCR, mais le maire, Samuel Vendégou (un cousin), avait soutenu contre lui pour accéder à la grande-chefferie dans les années 1970 le défunt Jean-Marie Trouru Vendégou. Pour Poya, le maire était RPCR jusqu'en 1983, avec Jean Delouvrier, avant que la commune ne soit conquise par l'Union progressiste en Mélanésie (UPM), petite composante modérée et axée sur la revendication foncière du FLNKS, de Mickaël Meureureu-Gowé.

Conscient de l'enjeu stratégique de cette région, le sénateur Dick Ukeiwé, tête de liste du RPCR dans le Centre, demande et obtient le retrait du Front national (sans pour autant s'allier avec lui)F. ANGLEVIEL, Histoire de la Nouvelle-Calédonie: nouvelles approches, nouveaux objets, éd. L'Harmattan, coll. « Portes océanes », 2005, p. 216-217. Il doit néanmoins faire face à Jean-Pierre Aïfa et sa liste « OPAO » qui, s'il défend alors une forme d'indépendance-association, conserve une forte base électorale dans sa commune de Bourail.