vignette|Jean Vignaud, Portrait de Franz Liszt enfant, vers 1826 (musée des Beaux-Arts de Nîmes)

L'enfance de Franz Liszt est la période de la vie de Franz Liszt qui va de sa naissance en 1811 à la mort de son père en 1827.

Franz Liszt naît à Raiding le , et grandit dans un milieu familial plutôt mélomane. De 1804 à 1809, son père Adam Liszt été second violoncelle dans l'Orchestre Esterházy. Chargé à partir de 1809 de l'administration du cheptel ovin de Raiding, Adam Liszt organise des soirées musicales avec quelques interprètes locaux.

De santé fragile, Franz Liszt manque à plusieurs reprises de succomber à des fièvres répétées. À six ans, il révèle des dispositions musicales singulières. Son père décide de lui enseigner le piano. En moins de deux ans, Liszt aborde l'essentiel de l'œuvre de Bach, Mozart et Beethoven. Conscient de ces progrès, Adam Liszt souhaite faire de son fils un enfant prodige, sur le modèle du jeune Mozart. Grâce au soutien financier de quelques nobles hongrois, la famille Liszt s'installe à Vienne en 1822. Franz Liszt suit les cours de piano de Carl Czerny et les cours de composition d'Antonio Salieri à Paris. Ainsi préparé il donne son premier concert public viennois à la Landständischer Saal le . Organisé quelques mois plus tard, le concert de la Redoutensaal a inspiré une légende biographique populaire : le baiser de consécration de Beethoven.

Devenu un pianiste reconnu, Liszt entreprend une tournée européenne en 1823. Elle est interrompue par un long séjour à Paris. Échouant à intégrer lÉcole royale de musique et de déclamation, Liszt multiplie les concerts privés et publics. Le , il joue au Théâtre-Italien. Son interprétation séduit la presse parisienne. Il est désormais couramment connu sous le sobriquet de petit Litz. Liszt étudie parallèlement la composition avec Anton Reicha et Ferdinando Paër. Il écrit un opéra, Don Sanche ou le Château de l'amour qui ne connaît qu'un succès mitigé. Il conçoit également une série de douze études, première esquisse des futures Études d'exécution transcendantes.

De 1824 à 1827, Liszt effectue de nombreuses tournées en Angleterre et en France. Au cours de l'été 1827, il tombe malade et séjourne dans une ville d'eau, Boulogne-sur-Mer. Il se rétablit, mais son père meurt. En l'absence de l'autorité paternelle, Franz Liszt met fin à sa carrière d'enfant-prodige.

Contexte familial Fils d'un instituteur, Georg Liszt, Adam Liszt possède une véritable vocation de musicien : p. 43. Il quitte la maison paternelle à quatorze ans pour étudier au Lycée royal catholique de Pressbourg (aujourd'hui Bratislava, la capitale de la République slovaque). Il suit parallèlement les cours de musique de Franz Paul Riegler. Diplômé de cette institution en 1795, il entre dans les ordres. Il intègre le noviciat franciscain de Malacka et se lie d'amitié avec un certain Joseph Wagner en l'an 1840 à Parisp. 44. Dans une étude comparée sur Adam et Franz Liszt, Émile Haraszti, s'étonne de cette étonnante préfiguration de l'amitié Liszt-WagnerEmile Haraszti, Deux Franciscains : Adam et Franz Liszt, La Revue musicale, mai 1937.. Transféré au monastère de Tyrnau, il est finalement renvoyé le , du fait de son p. 45. Abandonnant toute perspective de carrière religieuse, il s'inscrit en philosophie à l'université de Pressbourg. Il abandonne ces études au bout d'un an, faute de ressources matérielles suffisantes. Il obtient un emploi de comptable dans un des domaines des Esterházy. Il souhaite être muté à Eisenstadt, résidence principale du prince Nicolas Esterházy et de l'orchestre Esterházy. En 1801, il envoie au prince un Te Deum de sa composition. Celui-ci accepte sa mutation quatre ans plus tard et le nomme second violoncelle de l'orchestre Esterhazyp. 46. Membre d'une formation distinguée, Adam fréquente de nombreuses notabilités musicales. Il découvre le piano auprès de Johann Nepomuk Hummel et sympathise avec Luigi Cherubini et Joseph Haydn. En 1808, Ludwig van Beethoven vient créer et diriger sa Messe en ut majeur.

En 1809, Adam Liszt est soudainement muté à Raiding. Il occupe désormais un poste d'intendant du cheptel ovin local. Cette situation nouvelle lui déplaît : p. 47. Au cours de l'été 1810, Adam Liszt rend visite à son père Georg à Mattersdorf. Il y rencontre une femme de vingt-deux ans, Anna Lager. Originaire de Krems, elle occupe plusieurs places de domestique à Vienne, puis s'installe chez son frère, fabricant de savon à Mattersdorfp. 50. Adam Liszt l'épouse le à Raidingp. 51.

Petite enfance (1811-1818) thumb|right|150px|Le jeune Liszt par le graveur Gérard René Villain Franz Liszt naît le . Il est baptisé non à Raiding, qui ne dispose alors pas d'une paroisse autonome, mais à Unterfrauenhaid. Son certificat de baptême a été conservé. Il est rédigé en latin, alors seul langue officielle en Hongrie. Adam nomme son fils Franciscus, probablement en hommage aux franciscains ou à l'empereur François d'Autriche. Le parrain et la marraine sont tous deux hongrois : Franciscus Zambothy et Julianna Szalayp. 60.

Problèmes de santé Franz Liszt se révèle de constitution fragile. Dans son journal, Adam Liszt note que son fils est sujet à . À l'âge de trois ans, il est victime d'une crise si violente que le charpentier du village lui construit un cercueil. Tout au long de sa vie, il reste affecté de fréquents accès de fièvrep. 61. Ces problèmes de santé résultent peut-être de l'environnement insalubre de Raiding, localité ouverte sur les marais du Neusiedlersee. Liszt apprend à lire et à écrire auprès du maître d'école local, Johann Rohrer. Ce dernier est bien connu des Liszt : il a servi de témoin lors du mariage d'Anna et Adam. Les conditions d'enseignement sont médiocres. Rohrer fait cours à une soixantaine d'enfants dans une petite classe de . Le programme scolaire s'en tient à un strict nécessaire : ni l'histoire, ni la géographie, ni les sciences naturelles ne sont abordées. Les quelques enseignements dispensés le sont en allemand : l'école ne devient hongroise qu'en 1835Óvári : Ferenc Liszt, p. 78. Par la suite, Liszt se plaignit de cette instruction limitée.

De son côté, Adam Liszt fait face à de multiples difficultés matérielles. En 1812, il reçoit un blâme pour avoir détourné du bois mort à des fins de chauffage. La même année, les troupes françaises endommagent sa maison. Enfin, son piano succombe à l'humidité du climat : il doit céder plusieurs biens et meubles pour en racheter un secondp. 62. Il organise néanmoins des soirées musicales avec quelques amis. De temps à autre, des musiciens d'Eisenstadt viennent les rejoindre. Successeur de Hummel, le maître de chapelle Fuchs passe fréquemment par Raiding.

Initiation musicale À six ans, Franz Liszt chante de mémoire le thème du Concerto en ut dièse mineur de Ries que son père a joué quelques heures plus tôtp. 63. Par la suite, il demande fréquemment à ce qu'on lui apprenne le piano. Craignant pour sa santé, Adam hésite quelque temps avant de s'y résoudre. En quelques mois, son fils fait des progrès remarquables. Assez bon musicien, Adam Liszt lui enseigne non seulement les fondamentaux du solfège, mais également l'improvisation, la transposition, le jeu à vue etcp. 64. De plus, il familiarise son fils avec un répertoire d'envergure. Dans une lettre adressée au prince Esterházy datée du , celui-ci prétend qu'il aurait acheté pour son fils quelque Bogen, soit pages de musique des plus grands maîtres. Au cours des 22 derniers mois, son fils aurait travaillé la plus grande partie de l'œuvre complète de Bach, Mozart, Beethoven, Clementi, Hummel, Cramer, etc.Jung: Franz Liszt in seinen Briefen. En l'occurrence, Liszt s'intéresse tout particulièrement à Beethoven. Il déclare à plusieurs reprises vouloir devenir .

Adam Liszt a vraisemblablement reporté sur son fils unique ses espoirs déçus. Joseph d'Ortigues mentionne qu'il lui adressait souvent l'exclamation suivante : p. 85

Premiers concerts À partir de 1819, Adam Liszt songe à s'installer à Vienne. Les progrès artistiques de son fils et son insatisfaction personnelle l'incitent à quitter Raiding pour la capitale de l'Empire des Habsbourgp. 69. Au cours de l'été, il effectue avec Franz un bref voyage à Vienne. Tous deux se rendent chez Czerny qui juge favorablement l'enfant-prodige et accepte vraisemblablement de devenir son professeurp. 72. Dans son journal, le pédagogue viennois se dit p. 89. Il critique néanmoins son jeu chaotique et ses doigtés aléatoires :

Ainsi conforté, Adam Liszt demande sa mutation à Vienne. Il se heurte au refus initial de son employeur, le prince Nicolas Esterházy. Les places à Vienne sont alors très convoitées et les Esterházy ne les attribuent qu'au compte-gouttep. 70. Jouant de ses relations, Adam parvient à convaincre le prince Nicolas d'écouter son fils. Ce faisant, le prince rend visite aux Liszt le et s'avère convaincu par le jeu de Franz. Il n'autorise pas pour autant la mutation d'Adam, mais lui accorde néanmoins un congé d'un an. Visiblement déçu, Adam refuse ce soutien financier, et renvoie les deux cents florins qui lui sont attribuésp. 71.

Adam renouvelle ses démarches l'année suivante. Il écrit le une nouvelle supplique au prince et y affirme qu'en deux ans son fils a accompli des . Pour être pleinement développés ces dons nécessitent une éducation musicale appropriée qui implique autant l'appui d'un que la fréquentation régulière des concerts et autres représentations musicales. Pour être appliqué, ce programme éducatif nécessiterait une subvention de florins par an.

En octobre 1820, Liszt donne son premier concert public au vieux casino de Ödenburg. Sa présence n'est qu'une attraction supplémentaire : le concert est entièrement dédié à un ancien enfant prodige, alors sur le déclin, le baron von Braunp. 73. Liszt y joue un concerto en mi bémol majeur de Ferdinand Ries ainsi qu'une improvisation personnelle sur des mélodies populaires. Ces deux interprétations rencontrent un certain succès critiquep. 74. En novembre, Adam Liszt emmène son fils à Pressbourg, où la diète se réunissait pour la première fois après une vacance de 13 ans. Le , Liszt se produit au Palais de Pauli de Pressbourg, devant une audience choisie d'aristocrates et de sociétaires. Favorablement impressionné, un groupe de magnats décide de se cotiser pour que Liszt puisse étudier à l'étranger. Il lui verse une pension annuelle de 600 Gulden pendant six ans.

Vienne (1822-1823) La famille Liszt quitte Raiding en et s'installe dans une auberge des faubourgs de Vienne, Zum grünen Igel (Au hérisson vert)p. 84. Adam Liszt manque d'argent et adresse de fréquentes suppliques à son patron, le prince Esterhazy. Ce dernier lui envoie quelques subventions par à-coup. Il profite néanmoins de son absence pour le renvoyer de son emploi à Raidingp. 85. En , les Liszt emménagent dans le centre de Vienne, au 1014 Krugerstrasse, à proximité de Carl Czerny. De santé fragile, Franz Liszt ne supportait plus de faire le trajet qui séparait le Zum grünen Igel de ses professeurs de musique.

Deux professeurs : Czerny et Salieri Comme convenu au cours du voyage exploratoire d'Adam Liszt, Carl Czerny devient le professeur de piano de Lisztp. 78. Assez sceptique vis-à-vis de sa technique pianistique, Czerny ne lui laisse d'abord travailler que d'arides exercices et lui interdit de fait le grand répertoire. Cette pédagogie sévère provoque une certaine tension entre le professeur et l'élèvep. 77. Au bout de quelques mois, Czerny lui permet de jouer des œuvres plus gratifiantes telles que les sonates de Clementi. Afin de développer sa mémoire musicale, il ne lui laisse les partitions que très peu de temps. Le jeune Liszt est ainsi bientôt réputé pour la rapidité de sa lecture à vue.