alt=Photographie d'une femme ayant un goitre, symptôme d'une carence en iode.|vignette|Le goitre est une des conséquences d'une carence en iode.
L'iode est un oligo-élément essentiel à la vie humaine. On appelle le défaut d'absorption régulier et les troubles qu'il occasionne : carence en iode.
En 2007 près de deux milliards de personnes dans le monde (dont un tiers d'âge scolaire) manquent d'iodeIodine deficiency—way to go yet, Lancet, 2008; 372:88, ce qui en fait un des problèmes majeurs de santé publique. Théoriquement facilement évitable, la carence en iode est encore fréquente dans de nombreux pays européens, dont en France. Des façons d'y remédier est l'ajout de sel iodé ou d'huile éthiodée dans le régime de la personne atteinte.
En 2024 en Europe, l'OMS alerte sur un risque accru de carence en iode, notamment chez les femmes enceintes, du fait de nouvelles habitudes alimentaires..
Besoins journaliers Chez l'adulte ils sont estimés à environ 150 µg/j, mais chez la femme enceinte ou allaitante ils seraient de 200 à 250 µg/j (voire 290 µg selon certains auteurs).
Sources d'iode La principale source naturelle d'iode dans l'alimentation se trouve dans les poissons, les fruits de mer et les alguesZimmermann MB, Jooste PL, Pandav CS, Iodine-deficiency disorders, Lancet, 2008;372:1251-1262.
Le sel, y compris le sel marin, ne contient pas naturellement d'iode, ou très peu (à l’état de traces). L’iodation (enrichissement en iode) du sel est donc recommandée par l'OMS. Elle est règlementée en France depuis 1952 mais n'est pas obligatoire. Elle n'est pas autorisée dans les aliments manufacturés.
Mécanisme d'absorption L'iode est absorbé sous forme d'ions au niveau de l'estomac et du duodénum, les ions les mieux absorbés étant les ions iodures. Il est stocké principalement dans la thyroïde et excrété dans les urines.
L'iode sert exclusivement à fabriquer les hormones thyroïdiennes, dont la thyroxine et la triiodothyronine. Une carence en iode rend la fonction thyroïdienne plus vulnérable aux perturbateurs endocriniens.
Troubles Les habitants de certaines régions du globe, en particulier les terres profondes éloignées des mers, les régions montagneuses, n'ont en général pas une alimentation suffisamment riche en iode pour éviter les carences, qui altèrent le système hormonal, mais aussi le développement de l'enfant Bleichrodt N, Born MP. 1994 A metaanalysis of research on iodine and its relationship to cognitive development. In: Stanbury JB, ed. The damaged brain of iodine deficiency: cognitive, behavioral, neuromotor, and educative aspects. New York: Cognizant Communication Corp.; 195–200. Glinoer D, DeMayer P, Delange F. 1995 « » J Clin Endocrinol Metab. 80:258–269..
Certains aliments, dits « goitrogènes », contrarient le métabolisme de l'iode et augmentent les risques de carence. Ainsi, les légumes de la famille des crucifères (choux divers, brocoli, radis, navets, rutabagas, etc) contiennent des thiocyanates, qui accélèrent l'excrétion de l'iode dans les urines.
L'absence d'iode provoque une turgescence de la thyroïde, qui se manifeste par un goitre. La carence en iode entraine un retard de croissance et divers troubles mentaux.
Une carence chez la femme enceinte entraine une « hypothyroxinémie maternelle »Zimmermann MB (2009) Iodine deficiency in pregnancy and the effects of maternal iodine supplementation on the off- spring: a review. Am J Clin Nutr 89:668S–672S. qui au cours du premier trimestre de la grossesse semble être associée à des troubles mineurs du développement psychomoteur du nouveau-né puis de l'enfantPop VJ, Brouwers EP, Vader HL, Vulsma T, Van Baar AL, De Vijlder JJ (2003) Maternal hypothyroxinaemia during early pregnancy and subsequent child development: a 3-year follow-up study. Clin Endocrinol (Oxf ) 59:282–288.Caron P.H, Glinoer D, Lecomte P, Orgiazzi J & Wémeau J.L (2006) Apport iodé en France: prévention de la carence iodée au cours de la grossesse et l’allaitement. In Annales d'Endocrinologie (Vol. 67, No. 4, pp. 281-286) Sept. Elsevier Masson ; une carence importante affecte le fœtus, notamment son développement cérébral.
Populations à risque Populations montagnardes Les régions montagnardes éloignées de la mer sont statistiquement plus à risque de carence en iode en raison du lessivage des sols par les anciens glaciers et les eaux météoriques. La consommation d'aliments cyanogènes tels que le manioc a également été mise en cause dans la carence en iode
En France les cas de difformité et de nanisme étaient ainsi fréquents parmi les populations paysannes alpines. Dans les Alpes, la population isolée des vallées était beaucoup plus souvent atteinte de désordres liés à la carence en iode. La première définition du « crétin goitreux » est donnée dans l'Encyclopédie (1754) de Diderot. L'expression « crétin des Alpes » est usuelle. Le crétinisme est une forme de débilité mentale et de dégénérescence physique en rapport avec une insuffisance thyroïdienne.
Situation dans différents pays Europe Malgré des nombreux efforts, à la fin des années 1990 et au début du XXI siècle, des carences légères (à graves) en iode sont encore assez fréquentes dans 32 pays en Europe, notamment chez les femmes enceintesDelange F (2002) Iodine deficiency in Europe and its consequences: an update. European journal of nuclear medicine and molecular imaging, 29(2), S404-S416 |https://doi.org/10.1007/s00259-002-0812-7 (résumé). 32 pays européens étaient encore affectés par de telles carences, surtout en Europe orientale (dont en Asie centrale) et parfois en Europe de l'Ouest. Selon les enquêtes nationales faites dans 11 pays européens, hormis aux Pays-Bas, la suffisance en iode n'est pas atteinte (mais s'est souvent bien améliorée, dont en Pologne, Bulgarie et Macédoine). Cette carence est responsable d'une hyperavidité thyroïdienne des iodures qui augmente le risque d'irradiation de la thyroïde en cas d'accident nucléaire.
Les ménages ont un meilleur accès au sel iodé dans les pays européens qui étaient les plus déficients (il est passé de 5-10 % en 1990 à 28 % en 1999 mais où en 1999 68 % de la population avait accès au sel iodé (90 % en Amérique latine). selon Delange (2002) .
Belgique Plusieurs études ont montré qu'une partie de la population (enfants y compris) manquait d'iode et présentait une fréquence anormalement élevée de goitres (11 % en 1995 alors qu'on attendait moins de 5 %), même si des progrès importants ont été faits entre 1995 (période où la Belgique ne disposait pas de supplémentation obligatoire du sel en iode) et 1999Delange, F., Van Onderbergen, A., Shabana, W., Vandemeulebroucke, E., Vertongen, F., Gnat, D., & Dramaix, M. (2000). Silent iodine prophylaxis in Western Europe only partly corrects iodine deficiency; the case of Belgium. European Journal of Endocrinology, 143(2), 189-196.. En 2014 le Conseil supérieur de la santé a publié un avis Stratégies visant à augmenter l’apport iodé en Belgique, évaluation et recommandations où l'on apprend que le statut iodé de la population belge est sous contrôle. Seules les femmes qui désirent un enfant ou qui sont enceintes devraient prendre un complément alimentaire iodé et/ou utiliser un sel de cuisine iodé à teneur modérée en iode (10 à ).. Les recommandations belges sont donc : Continuer à informer de manière cohérente et non alarmiste (à l’initiative et sous le contrôle des Autorités de santé) les professionnels de la santé et le public sur le statut iodé actuel en Belgique. Attention particulières des professionnels de la Santé aux femmes qui désirent ou qui portent un enfant afin de garantir, via une consommation d'aliments riches en iode, l'utilisation de sel de cuisine iodé et/ou des compléments alimentaires, un apport journalier complémentaire compris entre 150 et 200 µg d'iode. Garantir l'accessibilité au sel iodé via une diminution de son prix (au même niveau que le sel classique) et un étiquetage correct de sa teneur modérée en iode (10 à ). éviter toute introduction non contrôlée d'iode (secteur agroalimentaire, horeca, etc.) mais, renforcer les programmes existants d'enrichissement du pain en sel iodé. Continuer le monitoring régulier du statut iodé au cours du temps.
France Diverses études ont porté sur les apports nutritionnels des français en iode, dont à la fin des années 1990 sur un échantillon de (femmes de 35 à 60 ans et hommes de 45 à 60 ans) de la cohorte Supplémentation en vitamines et antioxydants minéraux (SU.VI.MAX). Cet échantillon a été considéré comme représentatif de la population nationale en termes de densité géographique et de statut socioéconomiqueValeix P, Zarebska M, Preziosi P, Galan P, Pelletier B & Hercberg S (1999) Iodine deficiency in France. The Lancet, 353(9166), 1766-1767 (résumé). Ainsi que d'autres études épidémiologiques récentes, ce travail montre qu'une carence iodée modérée existe chez la majorité des femmes enceintes de France, notamment et par exemple dans la région de Lyon (où la teneur urinaire médiane était de 81 (8 à 832) microgrammes/Litre, avec 77 % des femmes enceintes présentant un taux urinaire d'iode insuffisant, inférieur à . De plus 11 % des femmes présentaient une TSH anormale, évoquant une hyperstimulation thyroïdienne lors de la gestation)Raverot, V., Bournaud, C., Sassolas, G., Orgiazzi, J., Claustrat, F., Gaucherand, P., ... & Zimmermann, M. (2012). Pregnant French women living in the Lyon area are iodine deficient and have elevated serum thyroglobulin concentrations. Thyroid, 22(5), 522-528 (résumé).. En outre pour des raisons mal comprises, les teneurs moyennes en iode des urines varient beaucoup selon les départements. De nouvelles recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) encouragent une supplémentation iodée systématique en France : '.
Chine
États-Unis En 1955, la carence en iode semblait avoir été éliminée aux États-Unis grâce à l'utilisation domestique du sel de table (, 2008, cité par l'EPA EPA, 2004).
Cependant ensuite, dans les années 1970 une nouvelle tendance au manque d'iode a été observée via les enquêtes épidémiologiques NHANES. Ces dernières montrent que le taux d'américains des États-Unis touchés par cette carence (définie par l'OMS comme une teneur en iode urinaire inférieure à ) a augmenté de 1971-1974 à 1988-1994 Joseph G. Hollowell « » JCEM, oct. 1998; 83 (10): 3401 (résumé). Ce recul semble s'être ensuite stabilisé de 1988 à 1994 selon l'enquête NHANES 2001-2002 (Hollowell 1998 ; Caldwell 2005 cités par l'EPA) ; la teneur médiane () était supérieures à en 1971-1974 (NHANES ), pour passer à en 1988-1994 (NHANES ) et à dans l'enquête NHANES 2001-2002. Dans tous les cas, les femmes étaient à peu près deux fois plus nombreuses que les hommes à être touchées par ce déficit en iode.
Selon Hollowell (1998) cités par l'EPA, aux États-Unis « seuls » 2,6 % de la population (1,6 % chez les hommes et 3,5 % chez les femmes) étaient en 1971-1974 carencés avec des teneurs urinaires en iode de moins de d'iode, mais le nombre de personnes carencées a plus que quadruplé, passant à 11,7 % en 1988-1994 (8,1 % des hommes et 15,1 % chez les femmes). Lors de l'étude NHANES 2001-2002, la concentration urinaire médiane était de 167,8 pour la population totale, 11 % des personnes testées présentaient encore des concentrations inférieures à 50 UI µg/L (6,7 % chez les hommes et de 15,3 % chez les femmes) (Caldwell 2005 cités par l'EPA), ce qui montre une stabilisation, mais non une situation satisfaisante (plus de 15 % des femmes sous et 36,6 % des femmes sous le seuil OMS des , seuil OMS) (Caldwell 2005 cités par l'EPA).
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Iode Crétinisme Sel iodé Teneur en iode des aliments
Bibliographie