La catastrophe de Kychtym est une contamination radioactive qui s'est produite le à la suite d'une explosion au complexe nucléaire Maïak, une usine de retraitement de combustible nucléaire située dans la ville fermée d'Oziorsk en Union soviétique, dans l'actuelle Russie.
Classée rétroactivement au niveau 6 sur l'échelle internationale des événements nucléaires, p. 192, c'est, après la catastrophe de Tchernobyl et celle de Fukushima, le troisième plus grave accident nucléaire jamais connu..
Dénomination La catastrophe a été nommée d'après la ville de Kychtym, seule ville proche connue et visible sur les cartes géographiques accessibles en raison du secret maintenu par les Soviétiques sur les activités du complexe nucléaire Maïak, au sein duquel l'accident a eu lieu.
L'existence même d'Oziorsk, ville nucléaire fermée située dans l'oblast de Tcheliabinsk, au sud de l'Oural, a été tenue secrète. La ville d'Oziorsk, qui abrite le complexe militaro-industriel Maïak est une des 42 villes appelées en russe ZATO pour .. Elle était désignée par l'adresse postale Tcheliabinsk-40 de 1948 à 1966, puis Tcheliabinsk-65 jusqu'en 1994, avant d'être renommée Oziorsk.
Contexte
Une construction à la hâte motivée par la course aux armements Après la Seconde Guerre mondiale, l'Union des républiques socialistes soviétiques accélère sa course au développement d'armes nucléaires grâce à l'espionnage, dont seront accusés en particulier les époux Ethel et Julius Rosenberg. L'URSS fait face à un retard technique sur les États-Unis dans le développement et la mise au point d'armes nucléaires, qui ont été utilisées pour la première fois contre le Japon, à Hiroshima et Nagasaki en 1945. Dans le cadre du projet de bombe atomique soviétique, l'URSS se lance alors dans l'urgence dans un programme de recherche et développement dans le but d'obtenir une quantité suffisante d'uranium et de plutonium de qualité militaire. Le complexe nucléaire Maïak est très rapidement construit entre 1945 et 1948. Les physiciens soviétiques en physique nucléaire chargés du projet prennent des décisions peu judicieuses en matière de sécurité. L'impact écologique de la construction du site n'est, au début, pas non plus pris en compte. Par exemple, les premières années, le complexe ne stocke pas les déchets liquides hautement radioactifs qu'il génère, mais les rejette dans les lacs à proximité et dans la rivière Tetcha., laquelle se déverse dans le fleuve Ob, qui se jette à son tour dans l'océan Arctique. Plus tard, le lac Karachaï sera utilisé comme lieu d'entreposage à l'air libre des déchets radioactifs liquides..
Un site d'entreposage pour déchets nucléaires liquides est construit vers 1953. Il comprend des réservoirs en acier enveloppés de béton, le tout enterré à de profondeur. À cause du taux élevé de radiations, les déchets ont une température élevée qui est provoquée par la chaleur de désintégration (même si une réaction en chaîne n'est pas possible). Pour cette raison, un système de refroidissement de vingt réservoirs est construit autour de chaque dépôt. Mais les systèmes de surveillance et de contrôle des systèmes de refroidissement sont insuffisants..
Une catastrophe qui n'est pas isolée La catastrophe de Kychtym de 1957 est le premier accident nucléaire majeur en URSS, remarquable par l'étendue de la pollution générée par l'explosion. Toutefois, le complexe militaro-industriel Maïak rejette des déchets radioactifs dès sa création. Les déversements de déchets nucléaires dans les eaux et les sols environnants se font progressivement, de manière continue entre 1949 et 1951. Cette contamination prolongée de l'eau employée par le complexe Maïak, avant même l'explosion du , n'est pas moins désastreuse pour l'environnement : .. L'eau du lac Kysyltash, utilisée pour refroidir les cuves contenant les déchets radioactifs, y retourne sans être traitée. À partir de 1951, l'eau polluée est collectée et entreposée dans le lac Karatchaï, connu comme le lac le plus pollué au monde Lenssen, « Nuclear Waste: The Problem that Won't Go Away », Institut Worldwatch, Washington, D.C., 1991: 15..
Plus tard, en 1967, une tempête de sable sur le lac Karatchaï transporte une poussière radioactive dans la région. En 2004, un nouveau déversement de déchets radioactifs, cette fois accidentel, survient à Maïak et contamine la Tetcha.
Explosion Le , le système de refroidissement de l'un des réservoirs, qui contenait entre de déchets nucléaires, tombe en panne. La température du réservoir s'élève, ce qui provoque une explosion chimique des déchets secs (principalement du nitrate d'ammonium et des acétates). L'explosion, dont la puissance estimée équivaut à celle de l'explosion de de TNT, projette dans les airs le couvercle en béton, d'une masse de .
La radioactivité résultant de l'explosion était estimée initialement entre , et a été ensuite évaluée à environ () dont 10 % soit ont été dispersés dans l'atmosphère...
Dans les suivantes, un nuage radioactif progresse vers le nord-est jusqu'à une distance de du lieu de l'explosion. Les retombées radioactives provoquent une contamination à long terme d'une région dont la superficie est de . Les retombées radioactives ont été longtemps considérées comme surtout constituées de césium 137 et de strontium 90, cependant les dernières évaluations donnent une répartition de 66 % de cérium 144, 25 % de zirconium 95, 5,4 % de strontium 90, 3,7 % de ruthénium 106, et 0,35 % de césium 137. Cette région est souvent appelée « VOuRS » (ВУРС, Vostotchno-Ouralskiï Radioactivnyï Sled, soit « Empreinte radioactive de l'Oural oriental »)..
Conséquences et révélations alt=Panneau de signalisation de la zone contaminée.|gauche|vignette|Panneau de signalisation de la zone contaminée.
Dans les jours qui suivent À cause du secret entourant le site, les populations des zones touchées ne sont pas averties de l'explosion et de ses conséquences. Une semaine plus tard, le , une opération d'évacuation commence pour de la région touchée, mais aucune raison officielle n'est donnée. Les personnes . En revanche, des villages comme celui de Tatarskaya Karabolka, pourtant dans la zone irradiée, ne sont pas évacués. Les médecins ont interdiction d'évoquer le sujet dans les rapports médicaux.
Révélations et reconnaissance dans les années 1970-1980 En 1968, le gouvernement soviétique crée la réserve naturelle de l'Oural Est, région inaccessible sans autorisation, qui comprend la totalité du VOuRS.
Ce n'est qu'en 1976 que le biochimiste soviétique Jaurès Medvedev, dissident exilé au Royaume-Uni, révèle, dans un article de la revue New Scientist, les premières informations sur l'explosion.. En 1979, il publie un livre plus détaillé sur ses recherches, Nuclear Disaster in the Urals.. L’Académie des sciences d'URSS reconnaît officiellement l’accident en 1988.
Même si le gouvernement soviétique occulta l'étendue du désastre, certaines personnes parvinrent à estimer que moururent de cancers dus à l'exposition directe aux radiations.. Selon un rapport de Greenpeace de 2017, « jusqu’à personnes sont officiellement considérées comme ayant été affectées par les conséquences de la catastrophe de 1957 et des activités du complexe nucléaire Maïak ». Pour réduire la propagation de la contamination radioactive consécutive à l'explosion, la terre contaminée fut ramassée et stockée dans des sites clôturés qui furent appelés .
Selon Gyorgy., qui a invoqué le Freedom of Information Act américain pour obtenir des informations de la CIA, cette dernière était au courant depuis 1957 de l'explosion, mais avait tenu secrètes ces informations dans le but de prévenir des conséquences fâcheuses sur l'industrie nucléaire américaine naissante. C'est en 1990 que le gouvernement soviétique a déclassé les documents relatifs au désastre..
Évolution de la radioactivité Au début du , le niveau de radiation à Oziorsk même, d'environ par an, est inoffensifSievert#Ordres_de_grandeur_et_réglementation. Cette ville d’environ habitants demeure soumise à un régime spécial en raison de l’existence du site de Maïak : comme une vingtaine d’autres villes en Russie, elle est fermée aux non-résidents. Même si officiellement la région du VOuRS est sûre au plan sanitaire, des méfiances subsistent. Dans le village de Muslimovo, situé à du complexe nucléaire Maïak, le nombre de cancers est 3,6 fois plus élevé que dans le reste de la Russie et les anomalies génétiques 25 fois, selon le rapport établi en 2017 par Jan Haverkamp, expert en énergie nucléaire pour Greenpeace.
Culture populaire La catastrophe de Kychtym est décrite en détail par l'écrivain Stephen King dans son livre Les Tommyknockers paru en 1987. L'accident est évoqué par le héros, Jim Gardener, professeur de poésie contemporaine et militant antinucléairele passage peut être lu en ligne.
La pièce de théâtre de Fabrice Murgia et Dominique Pauwels La Mémoire des arbres raconte cette tragédie.
La catastrophe est également évoquée par Pierre Lemaitre dans son livre Un avenir radieux.
Notes et références
Traductions de
Références
Voir aussi Articles connexes Complexe nucléaire Maïak Émission de Radio .
Liens externes
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