Une librairie de livres anciens et d'occasion est un commerce de détail qui consiste à revendre des ouvrages ou documents peu courants ou retirés du circuit de l'édition courante à des amateurs et collectionneurs. Ce métier remonte aux origines du livre manuscrit et donc bien avant l'invention de l'imprimerie.

thumb|280px|Boîtes d'un des bouquinistes de Paris, à proximité de Notre-Dame : affiches, vieux journaux et livres.

Définitions et limites du métier Si on distingue le livre ancien et le livre d'occasion, la notion de « livre ancien » demeure aléatoire : on ne sait pas exactement ce qui confère à un livre le label d'ancienneté.

Un livre peut devenir "ancien" dès lors qu'il n'est plus disponible chez l'éditeur ni dans le circuit normal de la librairie, et qu'il ne se trouve plus que dans le commerce d'occasionLivre ancien, par Albert Labarre, in Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Cercle de la librairie, 2005, tome II, ..

Une librairie de livres anciens peut posséder un fonds regroupant des documents de diverses natures. Ces documents, suivant leur indice de rareté, sont assimilés parfois à des objets d'art et pour la plupart, il existe une cote.

On y trouve des livres rares voire précieux, des manuscrits, des autographes, des affiches et gravures, des anciennes cartes géographiques, des partitions de musique, ou d'autres documents d'antiquité, comme des périodiques, des vieux papiers, des ex-libris, des objets liés peu ou prou au livre, etcDéfinition, sur ilab.org.. C'est l'endroit de collectionneurs, de bibliophiles, qui vont se concentrer sur tel ou tel édition, période, forme de reliure, auteur, éditeur, etc. Certains ouvrages peuvent atteindre des prix très élevés, c'est le cas des manuscrits antiques et médiévaux, des incunables, mais aussi d'ouvrages publiés aux s.

Une librairie spécialisée dans le livre d'occasion quant à elle se concentre en général sur des ouvrages dits contemporains, fabriqués depuis en gros 1920, ainsi que sur des ouvrages neufs retirés du marché courant dit "des nouveautés". Ceux-ci possèdent un ISBN qui permet leur identification et leur indexation en relation avec des bases de données. « Livre épuisé » est au sens où le libraire généraliste ne parvient pas à le commander pour son client.

Bien entendu, à mesure que le temps passe, des ouvrages fabriqués au siècle dernier, mais à petit tirage ou selon des procédés couteux, par exemple associant des plasticiens, peuvent atteindre des cotes très élevées. Les prix dépendent de l'état du marché du livre ancien.

En France, le livre neuf doit être vendu par un libraire généraliste à prix unique avec une sur le plan de la TVA à 5,5% . En revanche, les personnes qui, dans le cadre de leur activité économique, acquièrent en leur nom propre, en vue de leur revente, des biens d'occasion tels que les livres, sont susceptibles de payer une TVA à 5,5 % et de 20 % en cas de dépôt-venteTVA sur le livre d'occasion, in Syndicat de la Libraire française..

Histoire du métier alt=Livres anciens - Reliures du (Renaissance)|vignette|gauche|Livres anciens - Reliures du (Renaissance) vignette| Un vendeur de livres et son client au Japon, gravure de 1690 (Bibliothèque nationale de la Diète, Tokyo). Les premiers collectionneurs seraient issus de la Mésopotamie ancienne, considérée comme le « berceau de l'écriture » et le terme est également fréquemment associées à des figures comme Aristote, surnommé « le liseur » par Platon ou bien Noé, considéré comme « le premier bibliophile de l'histoire »"Bibliophilie : comment se lancer dans cette passion des livres anciens ?", par Céline Bourdin, le 29 décembre 2022 dans Ca m'intéresse . Ce commerce remonte à l'Antiquité : l'exemple le plus célèbre est rapporté au moment de la constitution de la bibliothèque d'Alexandrie à partir du , quand, moins d'un siècle plus tard, tout autour, se constituent d'importants réseaux et trafics de manuscrits. De folles sommes sont alors consacrées à la quête d'ouvrages considérés comme précieux ; des faux — des rouleaux de textes anciens rafistolés, où l'authentique et l'apocryphe se mélangeaient — surgissent afin de répondre à une demande excitée par l'apparition de bibliothèques concurrentes comme Pergame, Antioche, Rome, AthènesLuciano Canfora, La Véritable Histoire de la bibliothèque d'Alexandrie, Paris, Desjonquères, 1986, ..

La découverte, vers 1752-1754, de la villa des Papyrus située sur le chantier des fouilles d'Herculanum, permit de mettre au jour une bibliothèque privée contenant près de rouleaux : l'achat de manuscrits n'était donc pas l'apanage des centres de recherches. Sans doute faut-il imaginer ce métier au regard de celui du courtier, une personne qui connaît sa clientèle, et part en chasse de l'objet convoité. S'il n'a pas nécessairement une échoppe, il possède en revanche un sens aigu de ce qui plait aux publics lettrés. Au début du , les nombreux centres de savoir qu'étaient les bibliothèques mentionnées ci-dessus disparaissent. Vient alors le temps de lieux marginaux, comme les couvents, ou de copies privées sporadiques, tandis que Byzance, dès 357, devient pour plusieurs siècles, la plaque tournante de ce commerce. Pour se figurer le commerce du manuscrit au Moyen Âge on peut se reporter au roman Le Nom de la rose (1980) écrit par un grand spécialiste de l'histoire du livre et de la lecture, Umberto Eco, dans lequel un enquêteur découvre un complot au cœur d'un monastère et le rôle d'un précieux manuscrit d'Aristote lequel prend la forme d'un gros codex jalousement dissimulé et qui disparaîtra dans les flammes. Cette fiction met en scène l'unicum, le livre le plus précieux qui soit, l'exemplaire réputé unique et que des générations d'individus vont chercher à trouver. Mythe ou réalité, la quête d'un livre rare et précieux par un marchand constitue non seulement le clou de la carrière de celui-ci, permettant ainsi d'asseoir sa réputation, mais aussi l'un des moteurs de l'esprit de collection et de toute bibliothèque de prestige.

Le terme « bibliophilie » est apparu vers 1740. Dans l'Europe du , émerge la notion de « vieils livres » qui correspond au concept moderne de livres d'occasion : on rapporte qu'un prêtre séculier de Rouen consacra vers 1640 en une fois Jean-Dominique Mellot, L'Édition rouennaise et ses marchés (vers 1600-vers 1730) : dynamisme provincial et centralisme parisien, collection « Mémoires et documents de l'école des Chartes », Paris, École des chartes, 1998, .. On se fournit auprès des notaires qui dressent des inventaires de biens après décès et prononce la liquidation, opération dans laquelle la bibliothèque privée figure en bonne place. Des lots d'ouvrages sont en partie rachetés par des libraires qui se spécialisent alors dans ce type de vente. Sous l'Ancien Régime, quand Denis Diderot écrivait dans sa Lettre sur le commerce de la librairie , c’est au libraire-éditeur qu’il pensait, à celui que nous appelons aujourd’hui « éditeur ». Et quand un auteur de cette époque parle de son « libraire », il ne s’agit pas du commerçant à qui il commande des livres, mais de son éditeur. Les acteurs économiques sont en ce temps-là nombreux : l’auteur, le ou les copistes, le libraire-éditeur, le libraire-imprimeur, le censeur (si le livre paraît « avec approbation et privilège du Roi »), le correcteur, le relieur, le marchand-libraire ou le colporteur. Ces deux dernières catégories incluent des marchands de livres anciens, dépareillés, de seconde main, mais aussi des réimpressions libres de circuler sans l'aval de l'autorité et fabriquées sur un papier de moindre qualité« L’auteur, l’éditeur et l’imprimeur à la fin de l’Ancien Régime », par Françoise Weil, in A. Riffaud (direction), L'Écrivain et l'imprimeur, Rennes, PUR, — sur books.openedition.org..

La spécialisation, avec d'un côté des marchands de livres anciens, de l'autre, des librairies proposant uniquement des nouveautés s’est toutefois surtout développée à partir du début du , notamment en raison de la scission à cette époque entre les métiers de libraire, d’éditeur et d'imprimeur.

La principale raison est l'industrialisation croissante de la chaîne de fabrication du livre et de l'imprimé en général : entre 1790 et 1850, des machines de plus en plus performantes vont permettre de produire du papier en grande quantité, d'imprimer des ouvrages à la chaîne sur des presses intégrant même le façonnage.

Ce passage de l'artisanat à l'industrie entraîne une rotation et une circulation plus rapide des ouvrages, le neuf chassant le vieux, au sein d'un nouveau système de distribution dans lequel s'insère le libraire vendant de l'occasion.

En 1804, est signalé à Paris la vente d'une bibliothèque par un libraire mentionnant sur la couverture de son catalogue « livres rares et précieux »Catalogue de vente de livres anciens du 12 avril 1804, Institut de l'histoire du livre.. Durant et après la Révolution française, de nombreuses bibliothèques prestigieuses ont changé de main et ont été dispersées, jetant sur le marché des centaines de milliers d'ouvrages. La place de Londres devient pendant un temps le centre de ce commerce.

Plus tard, l’industrialisation et la baisse des coûts d’impression va considérablement augmenter le nombre de rééditions et ainsi faire évoluer le métier de libraire de livres anciens. Dorénavant, on distingue d'une part le bouquiniste, spécialiste du livre d’occasion c'est-à-dire de seconde main, qui sera revendu moins cher que son équivalent neuf, et d'autre part le libraire de livres anciens. Celui-ci revend des livres « rares ou précieux », soit qu’ils n’aient pas été réédités, soit que l’exemplaire présente une particularité qui lui donne de la valeur (édition originale, dédicacée par l’auteur à l’un de ses proches, élégamment reliée…).

Se voit distinguer parmi les libraires d’anciens ceux qui possèdent un haut niveau de spécialisation (par discipline, domaine ou époque). Certains par exemple ne vendent que des curiosités, d'autres uniquement de vieux livres de poche ou bandes dessinées.

Si la plus grande librairie d'anciens et d'occasions se trouve être le Strand Bookstore. à New York, le site Amazon, de son côté, revendique sur sa page d'accueil être la plus grande librairie en ligne en termes de volumes disponibles, y compris sur le marché de l'ancien.

Un métier structuré et ramifié Réseau de vente du livre ancien et d’occasion vignette|L'étal d'un bouquiniste vendant sa marchandise dans la rue. vignette|L'ancienne librairie de livres anciens de Francis Edwards dans le West End de Londres De façon assez paradoxale, coexistent un grand nombre de libraires importants ainsi que de plus petits libraires très compétents. Ils participent tous d'un important réseau international de libraires spécialisés.

Les pôles de marchés les plus importants de la bibliophilie se situent en Europe de l'Ouest, en Amérique du Nord et au Japon.

En Europe, où s'est développé depuis les années 1980 un réseau de villages du livre dans lesquels se sont installés des commerces de vente de livres d'occasion. les acheteurs sont principalement des collectionneurs privés, alors qu’aux États-Unis ce sont en revanche les bibliothèques qui représentent l’essentiel du marché.

Il existe un commerce international du livre précieux, drainé notamment par les grandes bibliothèques des universités américaines comme la Houghton Library à Harvard, la bibliothèque d'Austin au Texas, ou encore la John Carter Library. Ces universités alimentent leurs fonds d'acquisition grâce à d'importants dons financiers privés.