L’Aunis (prononcé ou ) est une région historique et culturelle française, correspondant à une ancienne province ayant eu pour chef lieu la ville de Châtelaillon (Castrum Allionis) puis La Rochelle à partir du .

Son territoire, qui était pour sa superficie le plus petit des trente-deux gouvernements de France en 1789, correspond de nos jours au quart nord-ouest du département de la Charente-Maritime.

Cet ancien comté mérovingien créé en 778, est redevenu officiellement un gouvernement indépendant de la Saintonge par la volonté du roi de France : « En 1374, Charles V détacha La Rochelle de la Saintonge pour en faire un gouvernement particulier qui comprenait dans sa juridiction Rochefort, Marennes et quelque temps Benon. C'est alors que l'Aunis apparaît légalement comme une province distincte »L. DELAYANT, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. Petit, libraire-éditeur, 1872, p. 141. Comme les trente-deux autres provinces françaises, l'Aunis a disparu en 1790 lors de la création des départements.

Ses habitants sont les AunisiensEdouard Charton, Le Magasin pittoresque, , Paris, 1881. Outre la capitale, La Rochelle, la province comptait les villes de Surgères, Marans, Rochefort et l'île de Ré. Les trois autres îles de l’actuel département de la Charente-Maritime, Oléron, Aix et Madame, appartenaient à la province de Saintonge — mais relevaient administrativement du Gouvernement de « La Rochelle et du Pays d'Aunis » au .

Géographie

vignette|centré|upright=2|La province de l'Aunis au et les communes actuelles.

Toponymie

Le nom de cette petite province de l'Ouest de la France apparaît pour la première fois en 785. À la suite de la partition de l'Aquitaine en neuf comtés, décrétée par Charlemagne en 778, celui d'Aunis est créé et son nom, orthographiée « pagus Alnensis », apparaît alors dans le testament du comte RogerF. de VAUX de FOLETIER, Histoire d'Aunis et de Saintonge, Princi Néguer Editor, 2000, p. 18.

Mais l'étymologie de cette petite province a donné lieu à bien des interprétations différentesMême le grand historien du , L. DELAYANT exprimait, dans son Histoire de la Charente-Inférieure, une attitude prudente sur l'interprétation du nom de cette petite province : . L. DELAYANT, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. PETIT, libraire-éditeur, 1872, p. 54, et même à des fantaisies qui ont encore cours aujourd'huiAinsi, certaines personnes pensent que . Cette interprétation ne tient pas et ne résiste nullement à l'examen, car elle ne s'accorde absolument pas avec les noms originaux pour Aulnay qui, en latin, s'écrivait Odenaco (en 951) ou encore Audeniaco (en 970), alors que l'Aunis, dans son nom le plus ancien qui nous soit parvenu, s'orthographiait « pagus Alnensis » ou encore « pagus Alienensis ». De nos jours, elle ne fait toujours pas l'unanimité parmi les historiens et étymologistesJ.M. CASSAGNE - M. KORSAK, Origine des noms de villes et villages de la Charente-Maritime, éditions Bordessoules, p.8.

Cependant, trois interprétations intéressantes sont émises par les étymologistes, sans qu'il soit possible de trancher :

Selon certains étymologistes, il faudrait lier le nom de la province à ses origines sylvestres, où les aulnes étaient des arbres très fréquents à l'époque médiévale ; ce serait le « pays des aulnes », in J.M. CASSAGNE - M. KORSAK, Origine des noms de villes et villages de la Charente-Maritime, éditions Bordessoules, p.9. Pour d'autres, il faut rapprocher le nom de la province de celui de la tribu des Alains, qui envahit la Gaule en 406L.DELAYANT décrit les idées qui avaient cours en son temps pour lesquelles les Alains se seraient implantés en Aunis : , in L. DELAYANT, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. PETIT, libraire-éditeur, 1872, p. 42. Enfin, la troisième interprétation relie le nom de l'Aunis à l'histoire mouvementée de la ville de Châtelaillon dans sa période médiévale. La première capitale de l'Aunis fut en effet Châtelaillon (aujourd'hui Châtelaillon-Plage), désignée sous le nom de « Castrum Allionis » signifiant « château d'Aunis ». Cette dernière théorie est celle qui semble avoir la faveur d'un grand nombre d'historiensdont le célèbre historien du département, L.DELAYANT, qui n'hésite pas à émettre sa pensée dans son Histoire de la Charente-Inférieure, livre dans lequel il écrit : , in L. DELAYANT, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. PETIT, libraire-éditeur, 1872, p. 54.

Héraldique

Histoire

Longtemps, deux courants de pensées diamétralement opposés se sont heurtés concernant l’histoire ancienne de l’Aunis (L’Aunis antique, un déni d’histoire – Gil Arqué - in : revue Le Picton N°243 – mai- – pp 4-7) :

Le premier, issu d'historiens illustres à partir du , a perduré dans la mémoire collective jusqu’à nos jours. Il peut se résumer en trois phrases :

Le second est résumé dès 1885 par Georges Musset en introduction à son ouvrage sur la préhistoire de la Charente-Inférieure (La Charente-Inférieure avant l’histoire et dans la légende – La Rochelle – 1885 – Georges Musset – pp 1/2) :

« La Saintonge, de l'avis de tous, très anciennement peuplée, a joué un rôle à l’époque gallo-romaine et même gauloise, tandis que l’Aunis aurait été une sorte de Thébaïde, un pays désert, enfiévré, malsain, coupé par des fondrières et des marécages, le refuge de tous les malhonnêtes gens et des déclassés. Ce n’est que tardivement selon tous qu’il se serait peuplé, et l’unanimité des affirmations de cette nature nous dispense de renvoyer à aucune d’elles, tant cette opinion a été celle de tous ceux qui se sont occupés de l’histoire de l’Aunis, sauf peut-être Lesson et Fleuriau de Bellevue. Cette idée nous l’avons combattue plusieurs fois, notamment à l’Association française pour l’avancement des sciences, à La Rochelle. Nous ne recommencerons pas ce plaidoyer. Nous nous contenterons simplement de dire que l’Aunis comme la Saintonge a été peuplé aux époques de la préhistoire, que nous retrouvons dans ce coin de terre les traces de la civilisation de la pierre et du bronze, et que si, toutes choses égales, le nombre des stations découvertes en Aunis n’est pas aussi considérable que celui des stations saintongeaises, la raison en est dans ce fait que l’exploration de l’Aunis, à ce point de vue spécial, ne remonte qu’à peu de temps, et qu’un très petit nombre d’archéologues s’y emploient. »

Celui-ci s'appuie sur un constat : les découvertes archéologiques existent, elles sont nombreuses et contredisent les affirmations précédentes. Si l’ouvrage de Musset présente la liste des traces préhistoriques signalées en Charente-Maritime et notamment en Aunis à la fin du , il faut attendre 1978 pour qu’un état des lieux sur l’Aunis antique soit publié dans les pages de la Revue de la Saintonge et de l’Aunis (Inventaire archéologique de l’Aunis. Période gallo-romaine, par Jean Métayer et Jean Flouret – in : Revue de la Saintonge et de l’Aunis – Tome IV – 1978).

Aujourd’hui, la synthèse des découvertes archéologiques présente de l’Aunis un territoire rural constellé de petites exploitations agricoles, puis de villas gallo-romaines, reliées entre elles par un maillage de chemins secondaires. Depuis la préhistoire, jusqu’au début ou peut-être milieu du Moyen-Âge, la configuration géographique très particulière de cette contrée diffère peu. C’était une presqu’île entourée d’îlots émergents. Les actuels marais (marais poitevin bordant le nord et marais de Rochefort le sud) étaient des indentations maritimes pénétrant profondément le tracé du littoral que nous connaissons aujourd’hui. La carte archéologique démontre une activité humaine importante à toutes les périodes, y compris sur la presque totalité des émergences isolées. (Histoire de l’Aunis et de la Saintonge – Des origines à la fin du – Collectif sous la direction de Louis Maurin – 2007).

Certains signes confirment une activité économique organisée autour d’au moins 3 axes principaux : l’exploitation du sel de mer dès la protohistoire, la viticulture et la pêche. La découverte de très nombreuses monnaies romaines, y compris des trésors monétaires, issues de tout l’empire et couvrant les 4 premiers siècles de notre ère, précise l’importance du commerce local (Le médaillier des musées d’art et d’histoire de La Rochelle – l’empire romain – le trésor monétaire du de « Puy Lizet » découvert sur la commune de La Flotte – Gil Arqué – Archéaunis 2016).

Les sites étudiés sont riches de productions importées démontrant un commerce très ouvert, facilité par les voies maritimes. (voir les travaux et publications de l'association rochelaise ARCHEAUNIS : https://archeaunis.blogspot.fr/ [archive])

La Commune de Saint-Georges-du-Bois a livré deux découvertes d’importance pour l’histoire antique de l’Aunis : Un amphithéâtre estimé à 3000 places et un temple de type « fanum » (Un fanum découvert à Saint-Georges-du-Bois ? par Michel Bernard, Denis Briand et Georges Durand – in : La lettre d’Archéaunis N°33 – 2009 - - pp 2-4), deux lieux de rassemblement qui précisent bien une organisation humaine structurée. vignette|L'église Notre-Dame de Surgères.

Le pagus alnensis pendant le Moyen Âge

C'est pendant le règne carolingien que cette partie de la Saintonge fait véritablement irruption dans l'Histoire.

Son nom, pagus Alnensis, apparaît pour la première fois en 785F. de VAUX de FOLETIER, Histoire d'Aunis et de Saintonge, Princi Néguer Editor, 2000, p. 18. Elle dépendait alors des comtes du Poitou. Vers la fin du , à la suite de l'effondrement du pouvoir carolingien, l'Aunis se détacha de la Saintonge et eut pour première capitale, ChâtelaillonLe Guide des départements, la Charente-Maritime, éditions du Terroir, Tours, 1985, p. 31.

Aux , les comtes de Poitou s'empressèrent d'abord de fortifier le littoral de l'Aunis. Ils érigèrent la puissante forteresse de Châtelaillon avec ses quatorze toursCe site défensif était réputé par sa forteresse appelée « Lisleau », in L. Delayant, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. PETIT, libraire-éditeur, 1872, p. 80, afin de parer à la menace que constituaient les Vikings. Mais les incursions répétées des Normands à l'intérieur des terres, où ils remontaient le cours des fleuves et des rivières, créaient une insécurité encore plus grande. C'est pourquoi le comte de Poitou établit, dans sa petite province, la cité fortifiée de Surgères au Le Guide des départements, la Charente-Maritime, éditions du Terroir, Tours, 1985, p. 32 et p.210 ou encore le castrum de Benon, avec J.L. Flohic, Le patrimoine des communes de la Charente-Maritime (ouvrage collectif), Collection Le patrimoine des communes, Flohic éditions, 2002, (monographie sur la commune de Benon), tome I.

À partir du , les comtes de Poitou commencèrent à s'intéresser à l'arrière-pays de cette petite région, longtemps isolée et délaissée, et décidèrent alors de la mettre en valeur. Tout d'abord, ils encouragèrent l'installation de puissantes abbayes afin de défricher l'antique forêt d'Argenson. Benon accueillit l'abbaye de la Grâce-Dieu, qui fut la toute première abbaye cistercienne à être fondée en AunisLe Guide des départements, la Charente-Maritime, éditions du Terroir, Tours, 1985, p. 62, celle-ci participa activement au mouvement de défrichement. Grâce aux moines défricheurs, de vastes clairières furent ouvertes dans l'antique forêt pour y fixer des villages et des cultures (blé, avoine, orge) et y planter assez précocement la vigne. Ce puissant mouvement monastique, relayé ensuite par les seigneurs laïcs, participa au défrichement de l'Aunis dès le . Mais c'est surtout aux que cette mise en valeur, de ce qui constituera plus tard la plaine de l'Aunis, connaîtra son plein développement.