Giuseppe Sirtori (né à Monticello Brianza le , mort à Rome le ) est un prêtre, homme politique et patriote italien, fervent républicain et défenseur de Venise en 1849. Il est chef d'état-major de Garibaldi durant l'expédition des Mille. Comme général de l'armée royale, il combat à Custoza et il est élu cinq fois député.
Biographie Giuseppe Sirtori nait à Monticello Brianza en 1813 dans une famille bourgeoise avec sept enfants, dans une maison qui existe encore dans la de Casatevecchio, à deux pas de l'institut Greppi.
Initié à la carrière ecclésiastique, il passe avec éloges les examens au séminaire de Monza, et il est ordonné prêtre en 1838. Frère de la congrégation des Oblats de Saint-Ambroise (Institut de prêtres séculiers fondé par Charles Borromée en 1578), il enseigne au Collège de Merate des pères Somasques.
thumb|upright|right|Barricades à Paris en 1848 En 1842, il obtient de l'autorité ecclésiastique et de son père, l'autorisation de se rendre à Paris, grâce à l'aide financière de son père, afin de se perfectionner en théologie et philosophie, matières qu'il abandonne pour la médecine.
En 1840, il est rappelé à Monticello Brianza où il se dispute avec ses frères. Il s'ensuit la décision de renoncer à ses vœux, la conversion de ses droits sur les biens de famille en une maigre rente et le retour dans la capitale française. À la Sorbonne, il s'essaye aux mathématiques, à la biologie, à la chimie mais sans rien porter à son terme.
De ces années, il reste peu d'informations : les documents compromettants sont détruits par lui-même des années plus tard (il atteint une position de général héroïque et garibaldien), et par un parent qui est prêtre (qui tient à protéger la moralité d'un prêtre, même défroqué). Aucune recherche sérieuse n'a été effectuée à Paris.
Mais c'est à Paris, peu avant son départ, qu'il connait la leçon fondamentale de sa vie : les barricades de la Révolution française (22-) qui conduit au renversement de Louis-Philippe I et l'émergence de la Deuxième République. Il est parmi ceux qui contraignent Lamartine à proclamer la République à l'Hôtel de Ville.
Les cinq journées de Milan Son rôle précis à Paris n'est pas connu ni la raison qui l'ont conduit à renter en Italie. Certes, la situation est bouillante : après l'insurrection de Palerme (), la constitution est accordée à Naples, le , le statut le à Florence, le à Turin et le à Rome). L'agité Sirtori, bien qu'âgé de trente-cinq ans, pense à ne manquer l'occasion.
Il ne participe pas aux cinq journées de Milan (18-), qu'il rejoint par la suite. Il y est, certainement, le et se signale comme un fervent mazzinien, et donc opposé à l'union de Lombardie au royaume de Sardaigne. Lorsque le , le plébiscite exprime l'annexion au Piémont, il se comporte en conséquence et demande à entrer dans une brigade de volontaires lombards.
Ces groupes manquent de cadres formés et les officiers sont élus depuis la troupe : Sirtori peut, peut-être, faire valoir son expérience récente à Paris et certainement l'éloquence exercée au cours de ses années de prévôt le font élire capitaine. On lui confie la compatibilité de la brigade, les paies et, plus tard, un poste dans la commission de vigilance des boulangeries et des hôpitaux.
Le bataillon des volontaires lombards est envoyé par le gouvernement provisoire de Lombardie défendre Venise.
Chef des mazziniens à Venise Arrivé à Venise pendant le siège, il se met en avant comme républicain et devient le principal membre de l'opposition au modéré Manin. Par exemple, le , la nouvelle de l'armistice Salasco arrivé (il est signé le par le général Salasco), Sirtori conduit l'assaut contre le représentant piémontais dans la ville, Colli, et il est arrêté de justesse par Manin.
La tension politique est importante, au point que le , la rumeur d'un complot ourdi par Sirtori de livrer la ville aux Autrichiens se répand. Le , lors ce qu'arrive la nouvelle de la proclamation de la République romaine, présidée par Mazzini en personne, Sirtori propose de signer un pacte de solidarité avec la république sœur de Rome et de Toscane. Il n'obtient qu'une lettre d’encouragement.
La majorité modérée du parlement vénitien encourage l'initiative monarchique qui récupère la situation dès le , après la nouvelle de la reprise de la guerre par Charles-Albert le . Le , cependant, l'armée sarde est battue à Novare et la situation retourne dans l'impasse.
La défense de Venise Les Autrichiens, après avoir définitivement vaincu les Piémontais à Novare, reprennent Brescia et «normalise» l'ensemble du pays, ils se tournent alors, contre le seul territoire qui leur échappe, Venise. Sirtori est nommé membre d'une commission militaire, avec Girolamo Ulloa et Baldisserotto, et dont Guglielmo Pepe assume la présidence.
Le , il combat avec les volontaires lombards et les soldats pontificaux pour la défense du camp retranché de la Conche, à l'ouest de Chioggia. Il se retire et le 22, il conduit les survivants de la reconquête, repoussant les Autrichiens au-delà de la Brenta.
Il se distingue dans la défense du fort Marghera et il est parmi les derniers, avec Ulloa, à quitter le fort, assurant le transport des victimes. Peu après, il rejoint le fort San Giuliano évacué en même temps que le fort Marghera, il prépare un piège avec des explosifs qui décime le premier régiment autrichien des chasseurs de Styrie qui pénètrent dans le fort.
Le , il commande une sortie du Fort Brandola qui contraint les Autrichiens à fuir, laissant 200 vaches. Un précieux butin, vu l'état de pénurie que connaît la ville.
Le , il approuve la confiance à la dictature de Manin et le début des négociations de reddition.
L’exil Après la chute de la ville, le , la flotte française évacue environ 600 des principaux membres de la République de Saint-Marc : Sirtori (avec Cosenz, Ulloa, Pepe, Manin, sa famille et beaucoup d'autres), enregistré comme « prêtre lombard », il s'embarque sur le Solon, puis sur Le Pluton qui le débarque à Corfou, alors sous protectorat britannique, puis tous sont transférés à l'hôpital en raison du choléra qui faisait rage à Venise.
À Paris, il assiste, indigné, au triomphe de la Napoléon III sur la Deuxième République. En Suisse, à Lausanne, il rencontre Mazzini et s'enflamme pour ses idées et il le rejoint à Londres. Au début des années 1850, il est membre du comité mazzinien de Gênes, où il occupe une des premières places avec Medici, Bixio et Cairoli.
Il se détache de Mazzini, comme beaucoup d'autres, après l'échec de l'insurrection du à Milan et parce que Mazzini ne l'aurait pas consulté pour une affiche de propagande.
Il se rapproche des patriotes modérés. En 1854, par exemple, il prend part (avec Montanelli et Ulloa) aux funérailles de la fille de Manin, Emilia, à Paris.
Le soutien à Lucien Murat Sirtori n'est pas un homme à supporter l'inactivité : ses lettres révèlent un esprit inquiet, toujours blessé par l'inactivité prolongée, au cours de ces longues années il imagine se suicider, il veut s'embarquer pour l'Amérique, il souffre, toujours, d'une condition de vie misérable comme la grande majorité des expatriés politiques de ces années-là.
Il ne sait donc pas résister à la première des grandes occasions de rachat qui se présente, et en 1855, il s'engage dans la tentative du prince Lucien Murat (fils de Joachim Murat et cousin de Napoléon III) pour remplacer Ferdinand II de Bourbon.
La tentative a lieu avec le consentement et l'aide de Napoléon III mais elle est ouvertement condamnée par une grande partie des patriotes italiens, des exilés (Manin, Mazzini) et pas Cavour, puisque son succès aurait été un sérieux coup à l'unité de l'Italie et aurait permis à la France d'étendre sa sphère d'influence sur la péninsule sans passer par l'alliance avec le royaume de Sardaigne.
Sirtori, cependant, désireux d'avoir une nouvelle occasion, publie une lettre dans laquelle il n'exclut pas une solution avec Murat, comme une alternative à celle de la Maison de Savoie : la chose fait grand bruit, et à un certain moment, il semble qu'une expédition armée ait été en préparation dans laquelle Sirtori et de Cristoforis auraient servi. D'autres personnalités se rapprochent de Lucien Murat comme Montanelli, Saliceti et Maestri.
Sirtori est fortement critiqué par tous les exilés italiens. Il réagit, pour sa part, avec colère, et dans sa fougue, il s'attire aussi l'hostilité de Lucien Murat. Celui-ci l'irrite et il le fait enfermer dans l'asile parisien de Bicêtre, où on lui applique pendant trois jours, la camisole de force. Il est retrouvé quelques jours plus tard par ses amis exilés qui obligent les autorités à le libérer, avec la menace d'un important scandale. La chose fait du bruit, et même le Times de Londres en parle, le décrivant comme , mais surtout comme , ce qui lui permet de se refaire une virginité.
L'absence lors de la deuxième guerre d'indépendance Rapidement libéré, il retourne dans le Piémont et, début 1859, il demande à être enrôlé même comme simple soldat, mais son passé de républicain, l'hostilité française et l'inimitié du camp mazzinien, l'en empêche. Ainsi, il ne peut participer à la libération de sa ville, Côme, après San Fermo, aux côtés des différents Garibaldiens Medici et Cosenz.
Désormais isolé, il décide alors de se tourner vers le camp monarchique, avec des intentions sans doute sincères. Il est en mesure de faire valoir, en outre, son passé de combattant à Venise et sa loyauté indiscutable pour la cause nationale.
L’organisation de l'expédition des Mille thumb|right|upright|Monument à Giuseppe Sirtori à Milan. En , il est élu député au Parlement du royaume de Sardaigne à Turin pour le collège de Missaglia, alors dans la province de Côme, et pour se procurer un habit correct, il est contraint de demander l'aide de l'un des frères, avec lequel il peut enfin se rapprocher.
C'est le général Garibaldi, qui est en préparation de l'expédition des Mille qui le veut à ses côtés et il le fait embarquer lors de la première expédition qui part de Quarto dans la soirée de .
Peut-être que l'entreprise semblait désespérée et, en fait, il semble que Sirtori, la veille, se soit montré assez sceptique quant à sa réalisation.. En tout cas il s'embarque, âgé de 47 ans, il sent que c'est la dernière occasion de prouver sa valeur.
Le , Cavour est à Gênes afin de se rendre compte personnellement de la situation. Garibaldi ne veut pas traiter avec celui qui vient de céder Nice. et il fait appel à Sirtori.
La réunion a lieu avec Sirtori qui ne cache pas à Cavour les difficultés de l'opération, les moyens limités, le grand danger. Mais une double attaque est planifiée : en Sicile avec Garibaldi, et simultanément dans les Marches ou dans l'Ombrie pontificales. Cavour répond : .
L'expédition des Mille thumb|left|upright|Détail du monument à Giuseppe Sirtori à Milan. Au cours de l'arrêt à Talamone lors du voyage vers Marsala, Garibaldi réorganise la petite troupe, la divisant en deux bataillons. Il confie le premier à Bixio et le second au Sicilien Carini. Les deux autres militaires connus qu'il a à sa disposition (Sirtori et Türr) deviennent, respectivement, chef d'état major et aide de camp.
Lors de la marche de Marsala à Calatafimi, à Salemi, il donne les premiers ordres aux équipes de volontaires siciliens qui se joignent en Sicile à lui : il les baptise les chasseurs de l'Etna.
Le , à Calatafimi, il se bat et est blessé à la jambe. À un de ses frères, il dit avoir sauvé Garibaldi et le drapeau des Bourbon.
Le , pendant l'insurrection de Palerme, avec Carini, il empêche l'entrée dans la ville de Bosco et de Von Mechel jusqu'à ce que ceux-ci soient rejoints par les émissaires du lieutenant général Lanza qui leur communique les modalités de la trêve d'armes en vigueur. Il est promu général et écrit à son frère : .