vignette|Cyclorama de Gettysburg peint par le peintre français Paul Dominique Philippoteaux. vignette|Illustration en vue de coupe de 1886 représentant le cyclorama de Gettysburg.

Un panorama (du grec pan, tout, et horama, spectacle), parfois aussi appelé cyclorama, est une peinture à 360 degrés de grande dimension, dont la production s'étend essentiellement entre la toute fin du , développée sur le mur intérieur d'une rotonde et donnant l'illusion de la réalité par des effets de perspective et de trompe-l'œil. Le bâtiment qui l'abrite a été également appelé panorama ou parfois cyclorama et comprend un dispositif d'immersion (estrade, plancher, système d'éclairage, faux terrain au premier plan). Par extension, bâtiment et procédé tendent à se confondre.

Caractéristiques Les panoramas se présentaient sous la forme suivante : le spectateur était invité à entrer dans la rotonde en empruntant un tunnel plongé dans l'obscurité. Il débouchait alors au milieu d'une peinture circulaire dont il ne pouvait voir ni le haut, caché par un paravent, ni le bas, à cause d'une rambarde qui le maintenait à distance du tableau. La source de lumière était de même masquée par le paravent. La toile, d'au moins de haut et couvrant des murs circulaires de 17 à de diamètre, était exposée le plus souvent lors d'expositions et circulait d'une ville à l'autre, voire d'un pays à l'autre..

Problématique rencontrée vignette|Exemple d'illustration indiquant les points d'intérêt d'un panorama. Affiche réalisée par Henry Aston Barker pour promouvoir le panorama de Leicester Square peint par son père Robert Barker.

Au , les panoramistes furent confronté à une problématique. Par souci de réalisme, un panorama doit être peint en respectant la hiérarchisation des détails visuels et les règles de la peinture réaliste afin d'être le plus immersif possible. Cependant, avec cette méthode, des repères emblématiques (monuments, bâtiments importants) peuvent être réduits à des détails de l’arrière-plan notamment à cause de la technique picturale de la perspective atmosphérique.

Une des solutions trouvées fut de peindre les lointains avec une précision extrême.

L'autre solution fut de produire des descriptifs textuels et des plans de visite. Ainsi, le panoramiste Robert Barker produisit des projections horizontales à l'intention des visiteurs de ses panoramas qui indiquaient tous les points d’intérêts de la vue..

Peintres panoramistes Inventeur vignette|1000px|center|Panorama de Londres de Robert Barker, 1792, vu du haut de la minoterie d'Albion Mills.

Le , le peintre britannique Robert Barker fait breveter son invention, une peinture circulaire qui absorbe l’observateur dans la scène représentée grâce à sa circularité et à l'éclairage particulierG. Bapst, .. Il ouvre une première rotonde à Leicester Square qui présente des centaines de vues jusqu'à sa fermeture en 1861.

Autres peintres Le premier grand panoramiste français est Pierre Prévost (1764-1823)Louis du Chalard & Antoine Gautier, Les panoramas orientaux du peintre Pierre Prévost (1764-1823), in Orients, Bulletin de l'association des anciens élèves et amis des langues orientales, juin 2010, ..

En , Robert Fulton obtient un brevet d'exploitation pour la France de l'invention de Barker et fait construire la première rotonde panoramique à Paris dans les jardins de l'hôtel de Montmorency-Luxembourg où il expose une toile de Prévost intitulée Vue de Paris depuis les TuileriesLe titre proposé à l'époque fut : Le Panorama ou tableau sans bornes, représentant une superbe vue de Paris et de ses environs, prise du haut du Palais des Tuileries, l'adresse était au Jardin dit d´Apollon, boulevard de Montmartre et le prix d´entrée de par personne. qu'il compose avec l'aide des peintres Constant Bourgeois, Jacques-Michel-Denis Delafontaine (1774-1851) et Jean Mouchet(en) Don Herweck, Robert Fulton: Engineer of the Steamboat, Minneapolis, Compass Point Books, 2008, 40 p. , ..

vignette|centré|upright=3|Une esquisse de 1833 représentant le panorama Vue de Paris depuis les Tuileries de Pierre Prévost.

Revendant le brevet à James William Thayer (1763-1835), celui-ci embaucha Prévost, entre autres, pour concevoir les grands panneaux, et fit construire deux rotondes au même endroit. Des dizaines de lieux d'exposition ouvrirent à Paris et en France tout au long du sous forme de rotonde dont les armatures furent d'abord en bois, puis en fonte. Des panoramas peints ont été exécutés par exemple durant le règne de Napoléon pour représenter ses faits militaires.

Jean-Charles Langlois (1789-1870), dit « Le Colonel », connut également le succès avec ses peintures panoramiques. Il fut l'un des premiers à inclure des objets réels pour faire la transition entre la toile et le spectateurG. Bapst, ., comme les personnages en cire qu'évoque Proust (Proust, ), sur wikisource.org.. Le premier panorama qu'il livre au public est celui de la Bataille de Navarin en 1830, puis la Prise d'Alger (1833), la Bataille de la Moskowa (1835), l’Incendie de Moscou (1837), la Bataille de Wagram (1840), la Bataille de Montereau (1842), la Bataille d'Eylau (1844), la Bataille des Pyramides (1853), le Siège de Sébastopol (1860), la Bataille de Solférino (1865). À sa mort, Langlois préparait la Bataille de Marengo.

Théophile Poilpot (1848-1915) fut réputé pour ses panoramas de batailles. Édouard Detaille et Alphonse de Neuville réalisent deux grands panoramas des batailles de Champigny et de Rezonville, qui sont découpés et vendus en tableaux.

Le peintre autrichien Johann Michael Sattler réalise le panorama de Salzbourg en 1829. thumb|center|upright=3|Panorama de Salzbourg, Johann Michael Sattler (1829).

En Allemagne, Louis Braun (1836-1916) est le peintre du panorama de Sedan, présenté à Francfort-sur-le-Main. Anton von Werner présente un panorama de la bataille de Sedan à Berlin, sur l'Alexanderplatz en 1881.

Panorama et cyclorama vignette|Le village néerlandais de Schéveningue, une petite section du panorama Mesdag (1880–1881), avec un faux terrain au premier plan.

: le deuxième terme est courant chez les auteurs anglophones, tandis qu'en France, par exemple, il tend à définir de préférence un dispositif propre à la scénographie théâtrale (voir cyclorama (théâtre)).

On relève que le cyclorama de Jérusalem (Panorama de Jérusalem au moment de la crucifixion du Christ, 1883) de l'artiste Paul Philippoteaux est l'un des plus grands du monde, mesurant de haut sur de long (Sainte-Anne-de-Beaupré, Québec) ; un autre panorama de Philippoteaux, le Gettysburg Cyclorama, fut traduit en quatre versions, dont une longtemps exposée dans la ville de Boston, dans le , un bâtiment construit à cet effet en 1884. Une dizaine d'années plus tôt, Philippoteaux avait commencé à réaliser des peintures en cyclorama avec son père en s'inspirant des événements militaires entre autres de la guerre de 1870 et de la guerre de Sécession Dean S. Thomas, The Gettysburg Cyclorama: A Portrayal of the High Tide of the Confederacy Gettysburg, Pennsylvanie: Thomas Publications, 1989, .. Il ne fut pas le seul : Lucien-Pierre Sergent et Joseph Bertrand illustrèrent également de cette façon certaines batailles de la guerre civile américaine qui eurent un gros succès et furent exposées à New York, Chicago, San Francisco et Tokyo (1891) dans des installations démontables et itinérantes. En 1885, Eugen Bracht présentait dans une rotonde à Philadelphie et à Kansas City la Bataille de Chattanooga.

Le Cinéorama présenté durant l'exposition universelle de 1900 à Paris s'inspire de ce dispositif.

Panoramas subsistants Des centaines de panoramas ont été réalisés, et seulement une trentaine est parvenue jusqu'à nous. L'un des plus récents est celui de la Bataille de Stalingrad exposée à Volgograd, mesurant de haut sur de long, la plus grande peinture existante en Russie.

Bâtiments Allemagne Panorama de la Crucifixion du Christ à Altötting

Belgique

La Rotonde Castellani (1879, Henri Rieck architecte), 10 boulevard Maurice Lemonnier et 19 rue Van Helmont, Bruxelles, est utilisée pour l'exposition de toiles panoramiques circulaires jusqu'en 1924, puis transformée en parking sous le nom de Parking Panorama. La charpente métallique d'origine est visible depuis le troisième étage du parking.

Toujours à Bruxelles, le Pavillon du panorama du Caire (1896, Ernest Van Humbeeck architecte), de style mauresque, est construit dans le parc du Cinquantenaire pour accueillir la toile panoramique circulaire Le Caire et les rives du Nil (1880-1881) de l'artiste peintre belge Émile Wauters, qui avait été exposée précédemment à Vienne (1882), à Munich et à La Haye (1887-1888). Attraction vedette de l'Exposition universelle de 1897, le pavillon et la peinture se détériorent rapidement et subissent des dommages de guerre. Après plusieurs fermetures temporaires et restaurations, une nouvelle restauration étant jugée trop coûteuse, le pavillon du panorama est définitivement fermé en 1963. En 1967, il est offert au roi Fayçal d'Arabie saoudite et transformé en mosquée (1975-1978).

À Waterloo, la toile du panorama de la bataille est toujours accrochée dans le bâtiment originel de 1912, au pied de la butte du Lion.

France À Paris, l'ancien Panorama National (1860, Gabriel Davioud architecte), d'un diamètre de ) subsiste encore. Après avoir été transformé en Palais des Glaces, il abrite actuellement le Théâtre du Rond-Point. C'était la troisième rotonde construite pour le peintre Langlois, après celle bâtie par Hittorff (transformée, puis intégrée au Palais de l'Industrie voisin et disparue avec lui).

La Rotonde Marigny (1882), construite par Charles Garnier dans le carré Marigny dans la partie nord des Jardins des Champs-Élysées a également survécu. En 1883, y est présenté le panorama de la bataille de Buzenval de Poilpot et Jacob. Elle a subi des transformations pour accueillir le Théâtre Marigny.

Le Panorama du Musée Guimet (1882), d'après Jules Chatron architecte) est encore bien visible depuis la place d'Iéna, au troisième étage de la rotonde de la bibliothèque historique du musée. Il a été modifié par le percement de fenêtres pour être transformé en salle d'exposition« Un lieu - La bibliothèque historique » sur le site du Mnaag - musée national des arts asiatiques Guimet guimet.fr..

Ukraine À Sébastopol, l'actuel musée du panorama de Sébastopol est le résultat de la reconstruction d'un musée antérieur du même nom (1905, V.I. Feldman architecte, O.I. Enberg ingénieur, A.A. Popov sculpteur) presque entièrement détruit dans le bombardement de Sébastopol par l'armée allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il avait été construit spécialement pour accueillir Le panorama du siège de Sébastopol (1901/1904) conçu par Franz Roubaud. Cette toile panoramique — également très fortement endommagée — a été reconstituée après la guerre.

Peinture

En Belgique Le Panorama de la bataille de Waterloo, par Louis Dumoulin à Braine-l'Alleud, sur le site de la bataille de Waterloo. Le Panorama du Congo« Le Panorama du Congo est resté dans un bon état, qui permettrait en tout cas d’envisager une restauration et une exposition », Éric Deffet, « L’incroyable histoire du Panorama de la Meuse », Le Soir, 23 avril 2011, page 25. (1911) peint par Alfred Bastien et Paul Mathieu sur instigation du roi Albert et destiné à l'Exposition universelle de Gand de 1913. Trois esquisses de petite dimension sont conservées au Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren. Le Panorama de la bataille de l'Yser (1920-1921) peint par Alfred Bastien existe toujours mais est en mauvais état de conservation (la toile a été rabotée, découpée, pliée et a subi des dégâts causés par l'humidité)« Le Panorama de la Bataille de l’Yser est en pièces. Mais des pièces qui composent malgré tout un témoignage historique important », ibidem..