L'histoire des LGBT aux États-Unis est jusqu'au l'histoire de personnes qui souvent ne peuvent vivre leur orientation sexuelle qu'en cachette, en raison de menaces de poursuites judiciaires, de mépris social et de discrimination. En raison de ce caractère caché, pour lequel se fixe en anglais l'expression , « dans le placard », la recherche historique est confrontée à un manque de sources très important. Jusqu'à la seconde moitié du , la vie des femmes homosexuelles est tout particulièrement mal documentée. À côté de cela, il existe des niches sous-culturelles, dans lesquelles les homosexuels peuvent tout à fait mener leur propre mode de vie, et ceci, avec des témoignages, dès le début du . Comme dans beaucoup d'autres pays, l'appréhension culturelle de l'homosexualité change au cours de l'histoire de « péché », puis « crime », « maladie » jusqu'à « donnée naturelle ».
En raison de la structure fédérale des États-Unis, chaque État possédant ses propres lois pénales, la décriminalisation des conduites homosexuelles s'accomplit en un grand nombre d'étapes indépendantes. L'Illinois est, en 1962, le premier État qui abolit sa loi contre les perversions sexuelles (), parmi lesquelles est comptée l'homosexualité. Jusqu'en 2003, le nombre d'États où l'homosexualité est condamnée décroît. L'évolution socioculturelle suit de loin l'évolution des lois. La mise à égalité des homosexuels fait partie de la libération générale de la sexualité des traditions culturelles, qui perdent au de plus en plus d'importance et s'effacent devant le concept d'autonomie sexuelle. Aux États-Unis, l'émancipation des homosexuels commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec les études Le Comportement sexuel de l'homme (, 1948, réédité en 1998) et Le Comportement sexuel de la femme (, 1953, réédité en 1998) d'Alfred Kinsey. La fondation de la Mattachine Society (1950) et la participation ultérieure de militants homosexuels au mouvement afro-américain des droits civiques (1955-1968), avant les émeutes de Stonewall (1969), constituent des étapes notables. Il s'ensuit la fondation d'organisations de combat et l'élimination de l'homosexualité du catalogue de maladies (DSM) de l'American Psychiatric Association (Association américaine de psychiatrie) en 1973.
La réorientation du mouvement homosexuel pendant la crise du sida à partir de 1981, l'incorporation de minorités comme les personnes transgenres depuis les années 1990 et la bataille politique pour le mariage entre personnes de même sexe, au début du , remportée par l'arrêt Obergefell v. Hodges de la Cour suprême des États-Unis (2015), constituent les importants faits récents. En 2020, Richard Grenell devient le premier membre du cabinet présidentiel ouvertement homosexuel, à la suite de sa nomination à la fonction de directeur du renseignement national par intérim par Donald Trump, avant que la Cour suprême ne rende l'arrêt Bostock v. Clayton County, Georgia, estimant qu'un licenciement sur la base de l'orientation ou identité sexuelle viole le Civil Rights Act de 1964.
Homosexualité et transidentité dans les cultures amérindiennes
vignette|Dance to the Berdache (danse pour le berdache), dessin de George Catlin (1796-1872).
Plus de 130 tribus amérindiennes différentes ont possédé une catégorie spéciale pour des hommes qui s'habillaient en femme, faisaient du travail de femme, comme le tressage de paniers et la poterie, avaient des rapports sexuels avec les hommes, et possédaient au sein de la communauté une fonction spirituelle spéciale. Ces hommes nommés berdaches, n'étaient pas classés comme homosexuels, mais mis dans un troisième ou un quatrième genre, dont la singularité était d'héberger deux esprits dans un même corps. Parmi les premiers Blancs qui les observent et les décrivent sur le territoire des futurs États-Unis, on compte des missionnaires et des explorateurs, comme Álvar Núñez Cabeza de Vaca, Jacques Marquette, Pierre Liette et Pierre-François-Xavier de Charlevoix. Même des Blancs aux intérêts ethnologiques comme l'artiste George Catlin, qui observe, décrit et peint les berdaches dans les années 1830, préconisent leur éradication. Bien que des individus se désignent comme des berdaches encore aujourd'hui, dans le cadre de la résurrection des cultures amérindiennes, cette part de la culture amérindienne a très largement disparu sous l'effet de l'assujettissement aux Européens.
Époque coloniale Du début de la colonisation européenne de l’Amérique du Nord jusque vers la fin du , la perception de l'homosexualité est forgée sur la tradition biblique chrétienne qui considère ce phénomène comme inséparable de la culpabilité de Sodome et Gomorrhe. Cette tradition n'est pas en phase avec le récit biblique qui n'a jamais indiqué de lien entre la destruction des villes de Sodome et Gomorrhe et l'homosexualité. Le nom « sodomie » a été attribué à la pénétration anale et « sodomites » aux homosexuels masculins à cause d'une volonté de fédérer contre les homosexuels masculins (et culpabiliser l'homosexualité en général) en prétendant que cette orientation sexuelle aboutit au courroux divin qui mène à la destruction de civilisations. Mais le judaïsme, qui est resté attaché à ce que les chrétiens appellent « l'Ancien Testament », sait que ces villes n'ont pas été détruites à cause de l'homosexualité mais de la haine perpétuelle que les habitants se vouaient les uns les autres et de l'adoration des idoles avec sacrifices des nouveau-nés pour les servir. En revanche, il existe bien un passage flou dans le Lévitique qui est maladroitement traduit par « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme, c'est une abomination ». La traduction littérale est, en réalité, « Tu ne coucheras pas avec un homme d'une coucherie avec une femme ». Le sens restant obscur, les rabbins ont choisi l'interprétation homophobe de ce passage. Mais si les rabbins orthodoxes, pour le moment, considèrent que l'homosexualité masculine est honnie par Dieu, aucune interdiction n'est faite contre l'homosexualité féminine dans la Torah, ni même dans tout le Tanakh. L'homosexualité féminine n'étant pas mentionnée ni même évoquée, tous en déduisent qu'elle n'est pas interdite. En Amérique centrale, Vasco Núñez de Balboa fait dévorer par des chiens des berdaches lors de leur découverte. En particulier, en Amérique du Nord, les puritains, qui émigrent à partir de 1620 en grand nombre vers la Nouvelle-Angleterre, ont horreur de la fornication homosexuelle (angl. ), et la considèrent comme le pire des péchés, à côté de la zoophilie.
Excepté en Géorgie, où il n'y a pas de limitation juridique sur les actions homosexuelles, la « sodomie » est punissable dans toutes les colonies britanniques qui ont déclaré leur indépendance en 1776. Dans les États de New York, de New Jersey, du Delaware, du Maryland et de Caroline du Nord, elle est longtemps jugée selon la Common law britannique, qui criminalise toute action sexuelle non destinée à la reproduction, sans préjudice du sexe de l'auteur. Le New Hampshire, le Massachusetts, le Rhode Island, le Connecticut, la Virginie et la Caroline du Sud, ont leurs propres lois, dont le libellé suit de près le de Moïse interdisant la sodomie. En Pennsylvanie la situation juridique est encore différente : tant que les Quakers donnent le ton dans cette colonie, la Pennsylvanie est la seule colonie où l'homosexualité masculine n'est pas punie de mort. À part dans le Massachusetts, les femmes sont fondamentalement soumises au même droit que les hommes. Les poursuites judiciaires pour conduite lesbienne sont néanmoins extrêmement rares dans la période coloniale.
Le premier cas rapporté d'un Blanc mis à mort pour « sodomie » sur le futur territoire des États-Unis est celui du traducteur français Guillermo, qui perd la vie en 1625 dans la colonie de Nouvelle-Espagne de Floride. Le premier cas connu dans une des colonies britanniques est celui de Richard Cornish, pendu en 1625, pour avoir violé un autre homme. En 1629, cinq jeunes hommes arrivant dans la colonie de la baie du Massachusetts à bord du Talbot, sont accusés de comportement homosexuel ; les autorités locales face à un crime aussi odieux ne s'estiment pas compétentes pour juger, et renvoient les jeunes pour punition en Angleterre. La première femme sur le sol des colonies britanniques qui a à répondre de relations lesbiennes est en 1648 une habitante de la colonie de la baie du Massachusetts, Elizabeth Johnson. Mais jusqu'à la fin du , on ne connaît que peu de cas de sodomie, si bien qu'ils apparaissent comme des événements extrêmement rares.
Les Libéralisation du droit pénal vignette|The Swimming Hole. Huile (1885) de Thomas Eakins. Beaucoup de représentants du mouvement homosexuel américain donnent aujourd'hui à cette œuvre célèbre un caractère homoérotique. Après la Déclaration d'indépendance des États-Unis, en 1776, les États fondateurs conservent de la période coloniale le droit concernant la sodomie, qui prévoit en règle générale pour les relations homosexuelles entre hommes la peine de mort. Les relations homosexuelles entre femmes sont en principe punies de la même manière, mais jusqu'à la fin du , sont rarement poursuivis, et la plupart du temps moins rigoureusement punies que pour les hommes. Dans la foulée de la libéralisation générale, qui trouvent leur source dans les Lumières et dans la Révolution française, c'est la Pennsylvanie, qui parmi les de l'Union d'alors, est le premier à abolir la peine de mort pour sodomie. À la place, elle institue une peine de de prison et la saisie de tous ses biens. Les autres États d'Amérique en font autant ; cependant les hommes jugés sodomites peuvent encore être condamnés à mort en Caroline du Sud jusqu'en 1873.
Début de la psychiatrisation de l’homosexualité La psychiatrisation de l'homosexualité, c'est-à-dire la conception que l'homosexualité est une maladie mentale, a trouvé son sommet avec la fondation de la psychanalyse (1896). Cependant elle prend racine dès le début du siècle. Dans des publications de pédagogie sexuelle comme (Le guide du jeune homme, par W. A. Alcott, 1833) et (Leçon aux jeunes gens sur la chasteté, par Sylvester Graham, 1834), les comportements sexuels indésirables comme la masturbation ou l'homosexualité sont censés avoir des conséquences redoutables comme la folie, la danse de Saint-Guy, l'épilepsie, l'idiotie, la paralysie, l'apoplexie, la cécité, l'hypochondrie et la consomption.
Formes limites tolérées Aux la poursuite des homosexuels est rendue plus difficile par la naissance du culte de l’amitié, qui s'étend aussi aux États-Unis. Dans les couches de la population avec une certaine culture, les amitiés entre personnes de même sexe peuvent atteindre un caractère exclusif, fortement chargé émotionnellement, et parfois érotique. Cependant elles trouvent une acceptation sociale, car on suppose – à tort selon de nombreux historiens de la littérature – qu'elles ne conduisent pas à de véritables contacts sexuels. On trouve des documents concluants par exemple dans les travaux et legs des écrivains Ralph Waldo Emerson (1803–1882), Henry David Thoreau (1817–1862), Bayard Taylor (1825–1878) et Walt Whitman (1819–1892). À l'inverse, à la même époque, les bals d'anciens esclaves où les hommes revêtent une robe, comme ceux organisés par William Dorsey Swann, font l'objet de descentes de police répétées, et les participants sont condamnés pour travestissement.