Le monastère de Saint-François de Cuburien ou Couvent de Cuburien est situé sur le territoire de la commune de Saint-Martin-des-Champs, dans le Finistère en France, en bordure de la Rivière de Morlaix.

La fondation et les débuts

Situé sur la rive gauche de la Rivière de Morlaix, à environ de la ville de Morlaix, ce couvent a été fondé en 1458 par Alain IX de Rohan (1382-1482), vicomte de Léon et de Rohan"Alain IX de Rohan (1382-1462): un grand seigneur de l'Âge d'Or de la Bretagne" à l'emplacement de l'ancien château de Cuburien, lequel avait appartenu en 1301 à Hervé V de Léon et à Alain IX de Rohan en 1445Une pièce de l'ancien château de Cuburien possède encore un dallage composé de macles, qui sont les armes des Rohan, voir "L'Écho du monde savant : journal analytique des nouvelles et des cours scientifiques", n° du 12 février 1846, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6366173p/f7.image.r=Cuburien?rk=236052;4, fut incendié par le duc Jean IVNorbert Monjaux, "Saint Jean Discalcéat, frère mineur (1279-1349), sa vie, son époque, son ordre en Bretagne : manuscrit inédit du siècle..", 1911, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97585129/f401.image.r=Cuburien?rk=193134;0. Le couvent était possédé par les Cordeliers, les premiers étant venus de l'Île Vierge (dans la commune actuelle de Plouguerneau), « ce lieu estant devenu inhabitable à cause de sa stérilité et du peu de moyen qu'il y avoit de l'avictuailler de la grande terre »Albert Le Grand, " Les vies des saints de la Bretagne Armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques d'icelle... et le catalogue de la pluspart des abbés, blazons de leurs armes et autres curieuses recherches..", édition, 1901, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f1087.image.r=Cuburien?rk=751076;4. La construction des bâtiments a été étudiée par Louis ChaurisLouis Chauris, "Les bâtiments du couvent de Cuburien près de Morlaix. Reflets de l’utilisation pluriséculaire de la pierre en Bretagne littorale", Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome CXXV, 1996.

En 1522, lorsque les Anglais prennent par surprise Morlaix, des arbres abattus dans la forêt de Cuburien et jetés pour faire barrage dans la Rivière de Morlaix aux bateaux anglais qui revenaient de cette ville chargés de butin. C'est probablement alors que le couvent est incendié, ce qui explique la reconstruction de l'église conventuelle entre 1527 et 1530.

Le , une barque remplie de passagers sombra sur la Rivière de Morlaix devant Cuburien et presque tous les passagers (101 personnes) périrentGuillaume Marie Lejean, "Histoire politique et municipale de la ville et de la communauté de Morlaix, depuis les temps reculés jusqu'à la Révolution française", 1846, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5789163j/f264.image.r=Cuburien?rk=171674;4.

En 1611, un texte écrit par un moine de Cuburien fait allusion à des vexations commises contre le couvent par des héritiers des Rohan et les châtelains de Lannuguy (un château voisin de Cuburien), qui étaient devenus protestants. Le même auteur rapporte aussi que des habitants de Morlaix, eux aussi devenus huguenots « rêvaient aussi de s'approprier Cuburien »Joseph Loth, Textes bretons inédits du siècle, revue "Annales de Bretagne", 1905, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k115317q/f148.image.r=Cuburien?rk=536483;2.

La réforme dite des Récollets fut introduite dans le couvent en 1621 et en 1622, les Récollets remplacent les Cordeliers dans le monastère. Ils soignent les Morlaisiens lors des épidémies de peste de 1626 et 1640 et disposent d'une bibliothèque renommée. Albert Le Grand, le célèbre hagiographe auteur de "La vie des saints de la Bretagne Armorique", fut moine au couvent de Cuburien.

Des religieuses de la congrégation Hospitalières de la miséricorde de Jésus tinrent à partir du un hospice dénommé "Notre-Dame-de-la-Victoire de Cuburien"Hippolyte Héliot et Maximilien Bullot, "Dictionnaire des ordres religieux, ou Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires et des congrégations séculières de l'un et de l'autre sexe, qui ont été établies jusqu'à présent", tome 4, 1863, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209855z/f285.image.r=Cuburien.

Françoise de Quisidic, fille de Jacques de Quisidic, seigneur de Kervilsic, en Garlan dans le diocèse de Tréguier, née en 1577, convertie par un sermon de Michel Le Nobletz, après avoir vécu une partie de sa vie à Saint-Michel-en-Grève où elle vit deux apparitions de la Vierge Marie, en 1657 et en , mourut le près du couvent de Cuburien, probablement dans cet hospiceGuy Alexis Lobineau, "Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province , avec une addition à l'Histoire de Bretagne", 1725, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114592x/f498.image.r=Cuburien et, sous la direction de René Laurentin et Patrick Balchiero, "Dictionnaire des apparitions", 2007, consultable https://books.google.fr/books?id=2EPCADgWbNUC&pg=PT494&lpg=PT494&dq=Fran%C3%A7oise+de+Quisidic&source=bl&ots=jbVTY-hA_a&sig=O_e9kuPnYkSSBo0vEvXIFHcYmxM&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjLo_2a887XAhWCyxoKHR4TC8EQ6AEIOTAE#v=onepage&q=Fran%C3%A7oise%20de%20Quisidic&f=false.

Dans la seconde moitié du , le monastère entre en décadence, certains moines s'adonnant à des « débauches bacchiques qui dégradent même l'humanité » et à des « dissipations scandaleuses au dehors ».

Une des premières imprimeries bretonnes thumb|left|Livre en breton imprimé en 1576 au monastère de Cuburien Une imprimerie, qui fut l'une des premières imprimeries bretonnes, dont la création est autorisée par le roi Louis XIV en 1653, existe dans le monastère dès 1570Xavier Barral, "Artistes, artisans et production artistique en Bretagne au Moyen Âge Xavier Barral", imprimerie Altet, 1983 et fonctionne jusqu'en 1595, date de la mort de Christophe de Penfeuntenio. Les livres imprimés sont en "moyen breton" (langue bretonne de cette époque), les religieux de Cuburien participant à un mouvement de défense de la langue bretonne afin de réagir contre les efforts des moines d'origine gallo pour imposer la langue françaiseThéodore Hersart de La Villemarqué, "Essai sur l'histoire de la langue bretonne, précédé d'une étude comparée des idiomes bretons et gaëls", 1847, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58324831/f43.image.r=Cuburien?rk=364808;4.

Les principaux ouvrages qui y furent imprimés sont : Christophe de Penfeuntenio ("Cheffontaines" en français) : Les quatre fins de L'homme (en vers bretons) ; ce fut le premier livre imprimé au monastèreLéon Degeorge, " Les premières productions typographiques et les premiers imprimeurs : l'imprimerie en Europe aux ", 1892, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4328911/f86.image.r=Cuburien?rk=343349;2. Jean L'ArcherPoète breton né à Plougonven : Le miroir de la mort (1575) ; Vie de saint Efflam, imprimé en 1575Arthur Le Moyne de La Borderie, "Saint Efflam : texte de sa vie latine ancienne et inédite", 1892, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k103028q/f39.image.r=Cuburien?rk=150215;2 ; Vie de sainte Catherine, imprimé en 1576Pierre Le Roux, La syntaxe du verbe dans "La vie de sainte Catherine", "Mélanges bretons et celtiques offerts à M. J. Loth, membre de l'Institut, professeur au Collège de France", 1927, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1153314/f45.image.r=Cuburien?rk=858373;2 ; Vie de saint François.

La Révolution française et le

Le couvent fut déclaré bien national en 1792 et les moines chassés de leur couvent. Le monastère est transformé en atelier de fabrique de salpêtre, puis de travail du plomb et ensuite du bois pour la marine. Le couvent est très dégradé lorsqu'il est racheté vers 1834 par les Dames chanoinesses hospitalières venues de Quimper qui relèvent l'église, de style flamboyant, et en sauvent les vitraux. La maîtresse-vitre présente regroupe des fragments de vitraux de facture et époques variées où l'on distingue une Résurrection, le martyre de saint Étienne et plusieurs scènes de la vie de la Vierge, de celle de saint François et quelques écussons coloriés.

À ces restaurations, les mêmes religieuses ont ajouté une infirmerie où elles soignent les femmes infirmes et âgées. Ces religieuses créent aussi un pensionnat pour jeunes filles et une maison de retraite pour les personnes âgées (hospice). L'établissement est désormais connu sous le nom de "Monastère Notre-Dame-de-la-Victoire"..

En 1899, les immeubles appartenant aux religieuses hospitalières de Cuburien furent saisis par le fisc"Bulletin des congrégations", n° du 30 juillet 1899, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5758034b/f1.image.r=Cuburien?rk=21459;2?

Notes et références

http://www.infobretagne.com/morlaix-couvent-cuburien.htm

Catégorie:Monastère dans le Finistère Catégorie:Édifice religieux du XVIe siècle en Bretagne