Les Mines de potasse d'Alsace, ou MDPA, anciennement Mines domaniales de potasse d'Alsace, est l'entité ayant assuré l'exploitation, durant le , des mines du bassin potassique du nord de Mulhouse dans le but d'extraire la potasse à des fins commerciales.
Géographie vignette|gauche|Localisation du bassin potassique dans le Haut-Rhin.
L’exploitation est située dans l'est de la France, dans une zone naturelle de l'Alsace en région Grand Est, au centre du département du Haut-Rhin, et au nord de la banlieue de Mulhouse.
vignette|centre|redresse=2.5|Carte du bassin potassique.
Géologie thumb|Échantillon de potasse.
Le bassin potassique est composé de deux couches de chlorure de potassium distantes l'une de l'autre d'une vingtaine de mètres. Ces deux couches se situent à des profondeurs allant de . La première couche atteint deux mètres d’épaisseur et contient environ 40 % de chlorure de potassium ; la seconde couche atteint d’épaisseur et contient environ 30 % de chlorure de potassium. Ces deux couches possèdent également 60 % de chlorure de sodium.
Histoire
Contexte Amélie Zurcher, née en 1858 à Bollwiller, fille du propriétaire de l'usine textile de Bollwiller, est connue dans le sud de l'Alsace pour avoir été l'instigatrice de la découverte de la potasse dans le sous-sol sud-alsacien. Propriétaire de la ferme du Lützelhof, près de Cernay, Amélie Zurcher doit chercher de nouveaux moyens pour éviter la ruine après une terrible sécheresse en 1893. L'année suivante, elle fait la connaissance de Joseph Vogt, directeur d'une fonderie. Apprenant la possibilité de faire des forages souterrains, elle se heurte cependant aux doutes de ses proches, qui ne partagent nullement son avis, elle qui pense que le sous-sol de ses propriétés recèlerait des richesses géologiques.
Pourtant, après dix années d'insistance, elle parvient à convaincre Joseph Vogt et Jean-Baptiste Grisez, spécialiste des sondages souterrains, de faire le premier sondage entre Cernay et Lutterbach, dans les environs de Mulhouse. Ils espèrent alors trouver de la houille.
Découverte
Le est créée la « Société en participation pour la recherche de gisement de houille en Alsace », on recherchait notamment une éventuelle continuité des houillères de Ronchamp.
Le , le premier coup de sonde est donné. Alors que Vogt se décourage assez rapidement, Amélie Zurcher le convainc de persévérer et, finalement, c'est une analyse du laboratoire de Strasbourg qui annonce la nouvelle : le tube carottier a traversé des couches de potasse d'excellente teneur.
Exploitation de la potasse Après la découverte du bassin potassique, les prospections continueront jusqu’en 1910, avant que la totalité du bassin ne soit achetée par la compagnie allemande Deutsche Kaliwerke.
Le fut créée la compagnie « Gewerkschaft Amélie » qui entreprit pas moins de 150 sondages ainsi que la construction du premier puits, le , baptisé Amélie , dont l'exploitation commence en .
En 1911, la Gewerkschaft Amélie cède toutes ses concessions à la compagnie allemande Deutsche Kaliwerke (Bernterode, Saxe). Cette compagnie en cède à son tour une partie, le gisement alsacien se retrouve ainsi exploité par trois groupes à capitaux majoritairement allemands :
Groupe Deutsche Kaliwerke : mines Amélie, Max, Marie-Louise, Joseph-Else, Groupe Hohenzollern : mine Fernand (Reichsland) et Anna, Groupe Wintershall : mines Théodore et Eugène.
Par ailleurs, Joseph Vogt, propriétaire des concessions du nord du gisement, réalise des sondages et crée en 1910, avec des associés lorrains, les Mines de Kali Sainte-Thérèse (KST), société française de droit allemand, enregistrée à Mulhouse le , dirigée par son fils Fernand Vogt. Cette compagnie exploitera les mines Alex, Ensisheim, Rodolphe et Ungersheim qui lui fournisse d'engrais en 1914.
L'année 1918 voit la fin de la Première Guerre mondiale et la victoire de la France. L'Alsace redevient alors française et les puits allemands sont confisqués par la France. En 1924, toutes les mines reviennent à l'État français et, dans les années qui suivent, de nombreux immigrants polonais arrivent dans la région pour travailler dans les mines.
Le , l’État français acquiert dix mines et les regroupe dans une compagnie publique : les Mines domaniales de potasse d'Alsace. Les mines alsaciennes ne sont donc désormais plus exploitées que par deux sociétés, l'une à capitaux publics, l'autre, la société Kali Sainte-Thérèse, à capitaux privés.
En mai 1936, une forte grève éclate juste avant l'arrivée au pouvoir du Front populaire. Les mineurs luttent en raison de leurs conditions de travail et de vie pendant la crise. Les Mines domaniales de potasse d'Alsace (MDPA) transforment alors la région. Au cours du reste du , l’exploitation de la potasse continuera avec plusieurs grands puits d’extraction, tel que le puits Rodolphe.
En 1940, l'Alsace est annexée au Troisième Reich. Les nazis décident de regrouper l'ensemble des mines de potasse dans une entité juridique unique : les Elsässische Kaliwerke. C'est pendant l'occupation allemande que le plus important accident a lieu à la mine Rodolphe : un coup de mur et un dégagement de grisou tuent . Le bassin potassique est libéré par les Alliés le . Les installations ont subi d'importantes destructions durant les combats de la plaine d'Alsace.
Les années 1950 et 1960 voient l'arrivée de nouvelles techniques d'exploitation minière (machines d'abattage, havage intégral, généralisation des soutènements marchants hydrauliques) et de traitement du minerai avec la mise en service de la première grande usine de traitement par flottation à la mine Théodore, remplaçant en partie le traitement thermique plus onéreux.
Depuis les années 1960 déjà, l'épuisement du bassin se fait sentir et l'on songe alors à se diversifier dans d'autres secteurs d'activités afin de favoriser la reconversion des mineurs.
Le , les Mines domaniales de potasse d’Alsace sont intégrées à l’Entreprise minière et chimique (EMC). Elles deviennent alors les Mines de potasse d’Alsace..
En 1999, le réseau ferré des MDPA est repris par VFLI, une filiale de la SNCF.
L’exploitation sera finalement stoppée en 2004. La plupart des installations seront démantelées puis démolies mais certains bâtiments témoignant du passé subsistent. Des monuments seront édifiés pour rendre hommage aux mineurs et aux découvreurs de la potasse qui ont contribué à l’essor industriel de l’Alsace.
Entre 1910 et 2002, près de de tonnes de sel brut auront été extraites du sous-sol alsacien.
Puits Commune Profondeur Fonçage Démarrage Arrêt Remblayage Abattage Hauteur chevalement Observation(s) Amélie I Wittelsheim 694 m 1908 1910 2002 2006 2008 68 m Puits le plus ancien Amélie II Wittelsheim 680 m 1911 1914 2002 - 2009 - - Alex Feldkirch 653 m 1911 1913 1954 1984 1984 33 m - Anna Est Wittenheim 448 m 1914 1923 1973 1981 1983 42 m Puits le moins profond Anna Ouest Wittenheim 449 m 1914 1923 1973 1981 1983 54 m - Berrwiller Berrwiller 607 m 1958 1961 2001 2002 2003 42 m Puits de service du puits de Staffelfelden Ensisheim I Ensisheim 870 m 1912 1920 1961 1989 1999 - - Ensisheim II Ensisheim 1033 m 1912 1922 1961 1981 1981 - Puits le plus profond Ensisheim III Ensisheim 713 m 1929 1932 1961 1981 1981 - - Else Wittelsheim 491 m 1911 1912 1966 - - 50 m Exploité par Stocamine Eugène Wittenheim 583 m 1911 1912 1986 1990 1992 - - Fernand Est Wittenheim 539 m 1911 1913 1972 1978 1980 - - Fernand Ouest Wittenheim 540 m 1911 1913 1972 1978 1980 43 m - Joseph Wittelsheim 532 m 1911 1912 1966 - - 50 m Exploité par Stocamine Marie Staffelfelden 643 m 1911 1913 1998 1999 2004 50 m Puits de service. Marie-Louise Staffelfelden 643 m 1911 1913 1998 1999 2004 50 m Puits d'extraction Max Richwiller 516 m 1910 1912 1952 2009 2009 - Puits de service à partir de 1952 Rodolphe I Ungersheim 697 m 1911 1913 1976 1984 Chevalement conservé - - Rodolphe II Ungersheim 729 m 1925 1929 1976 1984 Chevalement conservé - - Staffelfelden Staffelfelden 786 m 1968 1972 2001 2002 2003 74 m Plus haut chevalement de France Schoenensteinbach Wittenheim 901 m 1971 1973 1998 1999 1999 - Puits d'aérage pour la mine Marie-Louise Théodore Wittenheim 584 m 1911 1912 1986 1990 Chevalement conservé 64 m - Ungersheim I Ungersheim 751 m 1928 1931 1997 1999 2000 - - Ungersheim II Ungersheim 751 m 1929 1933 1997 1999 2000 - -
Mine Exploitation Nombre de puits Puits Tonnage extrait (millions de tonnes) Traitement du minerai KCl Autres productions Observation(s) Mine Amélie 1910-2002 3 Amélie I, II et Max 167,5 Thermique (1919-1991), flottation (1986-2002) Sel de déneigement, brome - Mine Alex - Rodolphe 1913-1976 3 Alex, Rodolphe I, II 48,5 Thermique - - Mine Anna 1923-1973 2 Anna Est et Ouest 30,8 Thermique Sel de cuisine (1963-1973) - Mine Ensisheim 1920-1961 3 Ensisheim I, II et III 16,2 Thermique - - Mine Fernand 1913-1972 2 Fernand Est et Ouest 29,4 Thermique - - Mine Joseph-Else 1912-1966 2 Joseph, Else 22,2 Flottation (1950-1969)), lévigation (1953-1964) - - Mine Marie-Louise 1913-2001 5 Marie, Marie-Louise, Schoenensteinbach, Staffelfelden, Berrwiller 179,7 Thermique (1913-1998) Sel de déneigement, brome - Mine Théodore 1913-1986 2 Eugène, Théodore 67,8 Thermique (1918-1960), flottation (1960-1986) Brome (1933) - Mine Ungersheim 1913-1997 2 Ungersheim I, II 5,5 Minerai traité à la mine Marie-Louise - Exploitation discontinue (1933, 1946-1949 et 1986-1997)
Évolution des effectifs Année 1914 1920 1930 1940 1948 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2003 2006 Effectif 2 752 8 000 11 548 9 948 13 880 12 760 12 583 9 048 5 806 3 442 1 092 600 50
Les communes minières Berrwiller
De 1958 à 1961, un puits de mine de de profondeur est foncé à environ deux kilomètres au sud-est du village. Les bains-douches seront ajoutés en 1963. Ce puits de service faisait partie de la division minière Marie-Louise Ouest, dont le minerai était extrait par le puits Staffelfelden.
L'activité cessera en 2001. Le puits est remblayé en 2002 et les bâtiments sont démolis en 2003.
De nos jours, une dalle en béton sur le puits remblayé est la dernière trace de cette installation. Le carreau, où un portail subsiste, reste aujourd'hui un terrain vague accueillant régulièrement des gens du voyage.
Un important accident est survenu le : l'effondrement d'un faux plancher précipite au fond du puits.
Bollwiller Le puits d'Alex Von Pflaum sera foncé de 1911 à 1913 jusqu'à de profondeur, le chevalement de de hauteur sera construit en 1912. L'activité cesse en 1954. Le chevalement est abattu le et la plupart des bâtiments attenants seront démolis la même année.
De nos jours, le bâtiment administratif, les ateliers, la machine d'extraction ainsi que la loge de garde ont été conservés.
Ensisheim et Pulversheim thumb|Salle des Machines du puits Ensisheim . thumb|left|Localisation des puits à Ensisheim.
La concession d'Ensisheim est détenue par une société privée, Kali Sainte Thérèse.
Le puits Ensisheim a été foncé en 1912 et mis en exploitation en 1920. Arrêté en 1961, le puits a été remblayé en 1989 et les installations d'extraction ont été détruites en 1999. La salle des machines du puits Ensisheim 1 est encore visible en 2011. Quatre autres bâtiments sont également conservés sur le site.
Le puits Ensisheim a été ajouté en 1912. D'une profondeur de , il a été le puits le plus profond du bassin. Ses installations ont été détruites en 1981. La gendarmerie d'Ensisheim se trouve aujourd'hui sur son emplacement. Un bâtiment de la mine est encore visible et sert pour diverses entreprises.
Situé à l'extrémité nord-est du ban de la commune de Pulversheim, le puits Ensisheim a été creusé en 1929 et mis en exploitation en 1932. Fermé en 1961, le puits, profond de , a été remblayé et les installations ont été détruites en 1981. Le site ne possède plus de bâtiments.
Kingersheim