La révolte de 2011 au Burkina Faso commence le , à la suite de la mort suspecte d’un élève (Justin Zongo) battu par des policiers de Koudougou. Les manifestations, demandant une enquête sur sa mort et réclamant la fin de l’impunité pour les violences policières, sont réprimées dans le sang en février, et s’amplifient en émeutes au mois de mars. En avril, de nombreuses mutineries éclatent dans les forces de l’ordre, armée et CRS. En mai, la contestation se maintient de façon diffuse.

La révolte, ou les révoltes simultanées, ont des points communs avec les révolutions arabes : la mort d’un jeune comme élément déclencheur, dans un contexte de misère populaire et de pouvoir autoritaire qui ne se renouvelle pas ; le slogan « Dégage ! » ; le favoritisme qui gangrène la société. Mais, au contraire des révolutions arabes, les différentes contestations restent dispersées, et ne se rassemblent pas en un mouvement unitaire, comme en témoigne la manifestation du , les partis d’opposition étant trop faibles pour agréger ces différentes cohortes de mécontents.

Contexte

Les violences policières et les meurtres d’opposants au président Blaise Compaoré scandent les décennies 1990 et 2000 : Dabo Boukary en 1990 ; deux élèves en 1995 ; Flavien Nébié, élève en classe de CM2, 12 ans, en 2000 . Tous étaient militants ou manifestants. Le Burkina connaît aussi des mouvements d’émeutes : en 1998, en 2006 avec l'arrestation de certains étudiants à la suite d'une conférence de presse à l'université de Ouaga, en 2008 contre la vie chère. Alors que le monde arabe est secoué par une vague de protestations et de révolutions, le syndicat des avocats dénonce le le laxisme de l’État face aux abus policiers, trois ans après la grève massive de l’université de Ouagadougou (), qui s’était soldée par une reprise en main brutale de l’université par le pouvoir : suppression de toutes les prestations sociales étudiantes (bourses, restauration, résidences universitaires vidées en deux jours) après tirs à balles réelles sur les étudiants.

Régulièrement, des étudiants sont assassinés sans que leur mort soit élucidée. Le Burkina Faso est très pauvre : 80 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Récemment, il a encore été appauvri par le retour de 500 000 travailleurs qui travaillaient en Côte d’Ivoire et qui ont fui la guerre entre partisans d’Alassanne Ouattara et ceux de Laurent Gbagbo. Ils ne font plus de transferts de fonds et ne trouvent pas de travail au Burkina.

Enfin, bien que le président Compaoré soit apprécié car il assure une certaine paix civile, l’enrichissement de sa famille et la corruption entament de plus en plus sa popularité. Son projet de modification de l’article 37 de la Constitution afin de lui permettre d’être réélu indéfiniment provoque également un fort mécontentement.

Le début de la révolte en février

La mort de Justin Zongo, élève de Koudougou, apparemment lynché par les policiers dans le poste de police de Koudougou, est l’élément déclencheur de la révolte. La jeunesse se soulève à partir du , après sa mort. Cette affaire succède à plusieurs cas similaires. La police affirme qu’il est mort d’une méningite et réprime en tirant sur les manifestants, qui incendient le gouvernorat de la province. Les manifestations des élèves se succèdent du 22 au , soutenues par les commerçants et les ouvriers. Très rapidement, la répression déterminée fait sept morts.

Le , la révolte s’étend avec la mise à sac des commissariats de Koudougou, Réo et Léo (dans cette dernière localité, les manifestants délaissent la gendarmerie, les gendarmes jouissant d’une certaine estime). Des émeutes ont aussi lieu à Poa, Ouahigouya, et à la capitale Ouagadougou.

Reprise de la contestation en mars vignette|Blaise Compaoré, président du Burkina Faso de 1987 à 2014. Le mouvement de contestation connaît une pause début mars, avec le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco)Burkina Faso : l’embrasement généralisé et des annonces, limogeage de responsables de la région et ouvertures d’enquête.

Mais dès le Fespaco achevé, les manifestations reprennent. Le , ce sont les commissariats de Koupéla, Yako, Pouytenga, Gourcy, Dori qui sont incendiés, et des manifestations ont également lieu à Bobo-Dioulasso, Koudougou, Fada N'Gourma, Tenkodogo, Pô, Léo et à Gaoua, où un élève est tué.

Le , la manifestation à Ouahigouya met à sac les administrations, le siège local du CDP (parti au pouvoir), la résidence du gouverneur, tous les locaux de police, le conseil régional, la mairie, la douane, le palais de Justice. Seule la prison n’est pas prise d’assaut ; à Diapaga, le commissariat et le gouvernorat sont incendiés, des affrontements ont lieu entre manifestants et policiers à Bogandé et Fada N’Gourma, d’autres manifestations ont lieu à Boussé, Ziniaré et à Manga.

Les six morts sont quatre élèves, un policier lynché après la mort d’un élève, et un passant tué par la police.

Le principal syndicat étudiant, l'Union générale des Étudiants burkinabè (UGEB) à travers sa section nationale de la ville de Ouagadougou à savoir l’Association nationale des Étudiants burkinabés (ANEB/ Ouaga), tente d’organiser le mouvement contestataire et appelle à une marche le  à Ouagadougou. Cette manifestation a lieu dans une ville quadrillée par les forces de l’ordre et reste pacifique jusqu’à l’intervention de la police qui la disperse violemment, tuant un enfant par un tir à la tête et blessant au moins neuf manifestants. À la suite de cela, l’ANEB appelle à une grève de 72 heures. La résidence du gouverneur de Ouahigouya est incendiée le 11.

La première déclaration du chef de l’État a lieu le , dans laquelle il stigmatise les manifestations qui seraient manipulées par l’opposition, qui comploterait pour prendre le pouvoir par la violence, et considère l’ANEB comme irresponsable.

Le championnat de football national est suspendu par la Fédération burkinabé de football à partir du , à la suite de ces émeutes.

La coalition nationale de lutte contre la vie chère lance, le , un appel à une journée de lutte le , pour la justice et la vérité sur l’affaire de la mort de Justin Zongo à Koudougou, sur celle de Norbert Zongo, et sur celles de bien d’autres opposants ou morts suspectes. La manifestation demandera également les libertés d’expression et de manifestation, la fin de la torture et des zones rouges. Du côté social, Tolé Sagnon exige la suppression de taxes et une hausse des revenus dépendants de l’État.

Dans la nuit du 22 au , des militaires mécontents d'une décision de justice, qui condamne cinq militaires à la prison pour une rixe avec des civils, prennent les armes à Ouagadougou. Ils libèrent les militaires détenus à la MACO (maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou). Les premiers tirs débutent le  vers 20 h et se poursuivent toute la nuit. Les rafales de kalachnikovs se font entendre et les magasins et stations d'essence sont pillés par les militaires ; les tirs tuent une jeune fille de 15 ansManifestation des militaires : la petite Madina est décédée et font douze blessésICG, CrisisWatch Database, avril 2011. Au réveil, le , le calme revenu, les commerçants ouagalais, dont les boutiques ont été endommagées durant la nuit, bloquent les rues et entament des manifestations, faisant craindre un nouveau déploiement des forces militaires, notamment sur l'avenue Kwamé N'Kruma et le rond-point des Nations-Unies. Des militaires se mutinent dans tout le pays et dans la nuit du 28 au , des militaires agressent le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, qui s'en tire sans grave blessure«  Burkina Faso: le président Compaoré condamne l’action des militaires », RFI, 30 mars 2011, consulté le 10 avril 2011.

Extension des mouvements en avril

Le , un couvre-feu est décrété de 21 à 6 heures du matin, qui permet de ramener le calme, même si le à Tenkodogo, les élèves incendient le Haut-commissariat et le Gouvernorat, le siège du Congrès pour la démocratie et le progrès, parti au pouvoir, et les résidences de deux ministres, Alain Bédouma Yoda et Marie-Odile Bonkoungou« La furie incendiaire se poursuit au Burkina-Faso », Afrik.com, publié le 31 mars 2011, consulté le 10 avril.

La contestation militaire est désamorcée par la libération des condamnés, ce qui provoque les protestations de la magistrature, en grève du P. Boureima Salouka, « Burkina Faso : Blaise Compaoré entre le marteau et l’enclume », Afrik.com, publié le avril 2011, consulté le 10 avril au . Le couvre-feu est levé le 3, même si l'opposition continue à réclamer le départ du président Blaise CompaoréP. Boureima Salouka, « Burkina Faso : en attendant la prochaine crise... », Afrik.com, publié le 4 avril 2011, consulté le 10 avril et qu’entre et des dizaines de milliers de personnes manifestent contre la vie chère et pour la justice dans l’affaire Justin Zongo le Burkina Faso : grande marche contre la vie chèreJacques Théodore Balima, Marche-meeting de la CCVC: «Non à l’impunité et à la vie chère», Fasozine, 8 avril 2011« Un printemps qui pourrait toucher Ouagadougou », Courrier international, republié le 19 avril 2011, consulté le 25 mai 2011.

Le , une grève éclate dans l’enseignement, à l’appel du Syndicat national des enseignants du secondaire et du supérieur (SNESS) et le Syndicat national des travailleurs de l’éducation et de la recherche (SYNTER), pour obtenir des augmentations de salaire promises depuis cinq ans. Elle est très suivie.

Une nouvelle mutinerie éclate jeudi : ce sont les soldats du régiment de la garde présidentielle qui réclament le paiement d’indemnités non-versées et le départ de leur commandant. Les soldats mettent à sac le logement de Gilbert Diendiéré, chef d'état-major particulier du président. Puis, rejoints par des soldats de trois casernes de Ouagadougou, ils pillent des commerces en centre-ville. Le président Blaise Campaoré prend la fuite dans la nuit, d’abord dans l’ancien palais présidentiel à Ouagadougou, puis à Ziniaré. Les négociations entamées le lendemain, vendredi , permettent de satisfaire les revendications des soldats. Dans la soirée du , le chef d’état-major général des armées et le chef de la garde présidentielle sont changés, et le gouvernement Tertius Zongo est dissous.

Malgré ces mesures, l’agitation perdure : les 16 et , de nouvelles mutineries éclatent à Pô et Tenkodogo, puis à Kaya le 17. Les militaires pillent des commerces à Kaya, et saccagent les domiciles des officiers chef de corps et de région militaire. En riposte aux pillages de leurs boutiques par les militaires, les commerçants de Ouagadougou pillent eux aussi des bâtiments publics de la capitale, le samedi . Si le calme revient dans les casernes de province le matin du lundi 18, les étudiants de Koudougou relancent leur mouvement et, lors d'une manifestation, brûlent le siège du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), la résidence de l’ex-Premier ministre et d’autres bâtiments. Dans la nuit, c’est la résidence d’un chef du parti d’opposition, l’UNDD, qui est visée par des incendiaires du parti au pouvoirLes partis politiques s'en mêlent. Le même jour, une autre mutinerie éclate à Ouagadougou. Le bilan humain du week-end est de 45 blessés au moins. Un couvre-feu est imposé, de 19 heures à 6 heures du matinL’heure devrait être repoussée aujourd’hui.

Nouveau gouvernement, nouvelles manifestations