Honório Hermeto Carneiro Leão, marquis de Paraná, ( - ) est un homme d'État brésilien, diplomate, juge et monarchiste de la période de l'empire du Brésil (1822-1889). Paraná est né dans une famille de São Carlos do Jacuí dans ce qui était la capitainerie du Minas Gerais. Après avoir étudié à l'université de Coimbra au Portugal, Paraná revient au Brésil où il est nommé juge de cour d’appel en 1826. En 1830, il est élu pour représenter le Minas Gerais à la chambre des députés ; il y est réélu en 1834 et en 1838 et conserve son poste jusqu'en 1841.

À la suite de l'abdication de Pierre en 1831, son fils, Pierre II, monte sur le trône. Comme il n'a que six ans, une régence est mise en place mais le pays sombre rapidement dans le chaos. Paraná fonde un parti politique en 1837 appelé le parti réactionnaire qui évolue en parti de l'ordre au début des années 1840 puis en parti conservateur au milieu des années 1850. Sa défense inconditionnelle de la constitution permet au pays de traverser une régence troublée par les révoltes et les luttes de pouvoir qui auraient facilement pu déboucher sur l'instauration d'une dictature. Nommé président de la province de Rio de Janeiro en 1841, Paraná réprime une révolte menée par le parti libéral l'année suivante. En 1842, il est élu sénateur du Minas Gerais et est nommé au conseil privé de Pierre II. En 1843, il devient de facto le premier président (premier ministre) du conseil des ministres mais il démissionne à la suite d'une querelle avec l'empereur.

Après plusieurs années dans l'opposition, Paraná est nommé président de la province de Pernambouc par le gouvernement national pour enquêter sur une révolte libérale ayant eu lieu l'année précédente et mettre en place un procès équitable des rebelles. Ayant perdu une grande partie de son influence au sein de son parti, Paraná accepte le poste en espérant pouvoir regagner son pouvoir. Le Brésil étant pacifié, il est envoyé en Uruguay en 1851 pour forger une alliance avec ce pays et les provinces argentines rebelles de Corrientes et d'Entre Ríos contre la confédération argentine. L'alliance est victorieuse et l'empereur anoblit Paraná.

En 1853, Paraná est de nouveau nommé président du conseil des ministres à la tête d'un cabinet efficace et il devient l'homme politique le plus puissant du pays. Il défend une réforme électorale qui affaiblit le pouvoir législatif et doit faire face une forte opposition de ses collègues qui débouche sur une quasi-scission du parti conservateur. Il décède subitement le alors qu'il est toujours au pouvoir et à l'apogée de sa carrière politique. Il est largement considéré par les historiens comme l'un des hommes politiques les plus influents de son époque et l'un des plus grands hommes d'état de l'histoire brésilienne.

Jeunesse Naissance et enfance Honório Hermeto Carneiro Leão est né le dans la freguesia (paroisse) de São Carlos do Jacuí, Minas Gerais, alors une capitainerie (puis province) de la colonie portugaise du Brésil. Nommé d'après Saint Honorata, Honório Hermeto était le fils d'Antônio Neto Carneiro Leão et de Joana Severina Augusta de Lemos. Du côté de son père, il descendait du puissant clan portugais des Carneiro Leão qui s'était établi au Brésil au . Antônio Neto était cependant moins prospère que les membres de sa famille car en 1801, il n'était qu'un officier pauvre de l'armée avec le grade de sergent-fourrier. Son caractère irritable et sa forte personnalité étaient un obstacle à son avancement et entraînèrent, à une occasion, son arrestation pour insubordination.

Honório Hermeto habita un temps à Paracatu avant de déménager à Vila Rica (aujourd'hui Ouro Preto), alors la capitale du Minas Gerais, où il passa sa jeunesse et son adolescence. Sa mère mourut le et son père se remaria le avec Rita de Cássia Soares do Couto, la fille de la sœur de son ancienne épouse. Honório Hermeto considérait Rita de Cássia comme sa mère et son père, le colonel Nicolau Soares Couto, fut son véritable tuteur. Honório Hermeto avait une sœur aînée, Balbina, ainsi que trois demi-sœurs et un demi-frère, Nicolau Neto Carneiro Leão (par la suite baron de Santa Maria), issus du second mariage de son père.

Éducation À l'âge de 16 ans, Honório Hermeto devint lieutenant et porte-drapeau du second régiment de cavalerie milicienne de Vila Rica. Antônio Neto fit de gros efforts pour que son fils reçoive une éducation supérieure à ce que les ressources financières limitées de sa famille pouvaient laisser espérer. La promotion d'Antônio Neto au grade de capitaine en 1819 améliora ses finances et lui permit d'envoyer son fils aîné au Portugal à la faculté de droit de l'université de Coimbra en 1820 mettant ainsi un terme à la courte carrière militaire d'Honório Hermeto. Il se révéla un excellent étudiant et il rencontra plusieurs Brésiliens à Coimbra dont Paulino Soares de Sousa (qui devint l'un de ses meilleurs alliés et plus tard vicomte d'Uruguai) et Aureliano de Sousa Oliveira Coutinho (plus tard vicomte de Sepetiba).

Durant la révolution libérale portugaise de 1820, il défendit les constitutionnalistes qui promouvaient une constitution nationale pour limiter les pouvoirs de la monarchie portugaise contre les absolutistes qui privilégiaient une monarchie absolue. On ne sait cependant pas s'il prit activement part au soulevement et si oui, dans quelle mesure. Honório Hermeto fut membre d'une société secrète appelée A Gruta (La Tanière) fondée par des étudiants brésiliens à Coimbra dont l'objectif était de transformer le Brésil en république. Son républicanisme s'affaiblit avec le temps et il devint ensuite un fervent monarchiste.

Honório Hermeto obtint son baccalauréat universitaire en droit en 1824 et sa licence le . Il avait également travaillé dans un cabinet d'avocats durant quelques mois. Il rentra au Brésil le avec d'autres diplômés dont Aureliano Coutinho et Joaquim Rodrigues Torres (qui fonda par la suite le parti conservateur avec Honório Hermeto et devint vicomte d'Itaboraí). Durant le séjour d'Honório Hermeto en Europe, son pays natal avait obtenu son indépendance du Portugal et était devenu l'empire du Brésil.

Entrée en politique Magistrat et homme politique Le , Honório Hermeto épousa sa cousine germaine âgée de 17 ans, Maria Henriqueta Neto, la fille de João Neto Carneiro Leme, le frère de son père. À la différence de son frère, João Neto était un homme riche et influent. Honório Hermeto et Maria Henriqueta eurent cinq enfants : Honório, Henrique (par la suite baron de Paraná), Maria Emília, Maria Henriqueta et Pedro. Cette union avantageuse permit à Honório Hermeto de devenir propriétaire d'esclaves en reprenant les activités de son oncle parmi lesquelles figuraient le commerce des esclaves et dans les années 1830, il acheta une ferme productrice de café dans la province de Rio de Janeiro. Le café devint rapidement le principal produit d'exportation du Brésil et sa culture devint très lucrative.

Honório Hermeto suivit le parcours typique des Brésiliens de l'époque qui devinrent riches grâce à leurs connexions familiales et au clientélisme : une carrière judiciaire avec l'espoir d'entrer en politique. Le , il fut nommé pour trois ans au poste de Juiz de Fora (magistrat) d'une juridiction de trois villages dans la province de São Paulo. Le 25 aout 1828, Honório Hermeto quitta São Paulo après avoir été promu au poste dAuditor da Marinha (juge de l'Amirauté) à Rio de Janeiro, la capitale impériale située dans la province du même nom. Ses activités à São Paulo et Rio de Janeiro lui permirent d'élargir ses connexions. L'empereur Pierre le nomma Ouvidor (juge supérieur) à la fin de l'année 1828 et Desembargador (juge d'appel régional) en 1829, un poste qu'Honório Hermeto conserva jusqu'à sa retraite en 1848.

Bien établi dans la capitale impériale, Honório Hermeto fit campagne en 1829 pour devenir député général (membre de la chambre des députés, la chambre basse du parlement brésilien) représentant son Minas Gerais natal. Il fut élu et son mandat commença en . Il devint membre du parti libéral qui s'opposait à Pierre et à ses politiques. En tant que député, Honório Hermeto resta discret durant les deux premières années car il était éclipsé par Bernardo Pereira de Vasconcelos, le chef des députés représentant le Minas Gerais. Petit, mince et affligé d'un trouble de la parole, Honório Hermeto apparaissait comme un personnage anodin au premier abord. Comme son père, il était entêté, opiniâtre et souvent blessant. Il possédait cependant une forte confiance en soi et un puissant charisme et son énergie, son intelligence et sa perspicacité en faisaient un chef né.

Défenseur de la constitution thumb|left|250px|alt=Dessin en couleur représentant des personnages assis en demi-cercle autour d'une table drapée de vert dans une grande pièce voutée.|La chambre des députés, la chambre basse du parlement de l'empire du Brésil. Du fait de l'affaiblissement de sa position politique et de ses propres motivations personnelles, Pierre abdiqua le et s'embarqua pour l'Europe. Sans la présence de l'ancien empereur, l'aile radicale du parti libéral fit sécession. Pour se différencier de ces radicaux, le parti libéral se renomma parti modéré. Comme le nouvel empereur, Pierre II, n'avait que cinq ans, une régence sans réels pouvoirs fut instaurée. Cela déboucha sur neuf années de chaos durant lesquelles le pays fut ravagé par les révoltes et les tentatives de coup d'état fomentées par diverses factions politiques. Honório Hermeto joua un rôle décisif dans la gestion de deux crises importantes. La première eut lieu le lorsqu'un groupe de radicaux et d'officiers de l’armée présentèrent à la chambre des députés une liste de 89 Brésiliens, dont des sénateurs, devant être exilés. À ce moment, Honório Hermeto se leva et prit la parole. Devenu adulte, Pierre II se rappela que son .

Honório Hermeto réalisa quatre discours au cours de cette journée dans lesquels il pressa le gouvernement de refuser ces demandes illégales. Il affirma que et conclut que la . Tous les députés sauf un soutinrent Honório Hermeto ; l'incident fut réglé et plusieurs unités de l'armée furent dissoutes.

La seconde crise eut lieu le . Un amendement constitutionnel en faveur de plus larges réformes fut voté et approuvé par la chambre des députés mais devait faire face à une forte opposition du sénat. Diogo Antônio Feijó et Aureliano Coutinho, deux modérés, planifièrent un coup d'État pour donner au premier des pouvoirs dictatoriaux afin de contourner le sénat et faire appliquer immédiatement l'amendement. Certains députés modérés, de concert avec Feijó, présentèrent une proposition devant la chambre pour transformer le parlement en assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution. Honório Hermeto appela ses collègues députés à défendre la constitution et à ne faire des changements que par les processus légaux : . Il supplia ensuite, . Il rallia les députés à sa vision et la tentative de coup d'état échoua lors du rejet de la proposition inconstitutionnelle.

Évolution vers le conservatisme Genèse du parti conservateur thumb|250px|alt=Gravure représentant une large étable sans murs avec des hommes torses nus rassemblés autour d'un chaudron au premier plan. D'autres personnages sont engagés dans diverses activités à l'arrière-plan et des cavaliers entrent dans le bâtiment sur la gauche de l'image.|Esclaves se reposant sur le chemin des fermes des propriétaires terriens qui les avaient achetés. Le parti politique d'Honório Hermeto avait des liens étroits avec les familles de planteurs et de marchands pour lesquelles l'esclavage était un élément clé de leurs opérations. Honório Hermeto, alors un homme politique influent, fut nommé ministre de la justice le le plaçant ainsi de fait à la tête du cabinet. Il démissionna au bout de huit mois pour éviter d'être impliqué dans les conséquences d'un soulèvement au Minas Gerais auquel avait participé l'un des membres de sa famille. Vasconcelos