thumb|upright=1.2|La place de la Révolution, le 21 janvier. thumb|upright=1.2|Le pont Battant. thumb|upright=1.2|La Grande Rue.

La crue du Doubs de 1910 à Besançon est une crue historique de la rivière franco-suisse du Doubs, survenue les 20 et au cœur de la capitale de la Franche-Comté, qui est ceinturée par ce cours d'eau. Elle est la plus importante inondation de l'histoire de la ville, frappant de nombreux secteurs du centre historique composés à l'époque des quartiers de La Boucle et de Battant, et de nombreux lieux-dits, qui furent touchés à des degrés divers. Bien que la cité eut écho de l'exceptionnelle montée des eaux en aval de la rivière, les habitants et les autorités ne s'inquiétèrent que peu, estimant qu'il était impossible que cette crue dépasse les limites atteintes par les précédentes, et notamment celle de 1882, alors la plus importante.

Cependant, le vendredi à du matin, la cote de 1882 est largement dépassée, la crue s'élevant, avec , au-dessus. Submergée par plus d'un mètre et demi d'eau à certains endroits, la ville se paralyse : extinction de l'éclairage public, arrêt de toutes les activités et transports, traversée des ponts et de certaines voies interdites, etc. Après une nuit sous les eaux, au petit matin la décrue s'amorce et commence à révéler une ville dévastée : fossés dans les rues, bâtiments fortement endommagés, mobilier urbain arraché et objets manufacturés ou du quotidien éparpillés dans toute la ville. La situation est décrite comme chaotique à Besançon, et de nombreux médias régionaux et nationaux en font leurs titres. Le coût des dommages est chiffré à plus de deux millions de francs de l'époque, soit près de d'euros, mais sans qu'aucune victime dans la ville ou ses environs ne soit recensée.

Les jours suivants, les reconstructions de premières nécessités commencent, et les principaux commerces et administrations rouvrent progressivement. Il faudra six mois à la capitale franc-comtoise pour réparer les dégâts et totalement effacer les derniers stigmates de l'inondation, mais la ville décide de garder de nombreux témoins de cette crue en mémoire de cet événement historique, encore visibles aujourd'hui. 1910 est devenu une référence sur le sujet dans la ville, et sert aux études locales de prévention de pareils événements. Bien que nettement moins médiatisée et étudiée historiquement que la crue de la Seine de 1910 qui a sévi en Île-de-France, l'inondation de la ville par le Doubs est encore à l'heure actuelle une des plus importantes crues de l'histoire de France.

Contexte

La place du Doubs à Besançon thumb|left|Le cœur historique ceinturé par le Doubs.

La ville de Besançon s'inscrit dans un important méandre du Doubs de près d'un kilomètre de diamètre parfois comparé à une presqu'île, prenant la forme d'une boucle presque parfaite fermée et surplombée par le mont Saint-Étienne, un haut plateau ouvert sur le Jura.. Puis la ville a débordé de ce cadre initial pour s'étendre dans une cuvette entourée de sept collines : Chaudanne (), Bregille (), Saint-Étienne (), la roche d'Or (), Planoise (), Rosemont (), Fort-Benoit (). Ce site spécifique a ainsi pendant longtemps été un emplacement idéal de développement urbain, tant d'un point de vue stratégique et militaire (site défensif) qu'économique et commercial (débouché fluvial, forêts, agriculture et élevage).

thumb|right|Témoin de crue, pont de la République.

Le centre de cette ville, composé des zones de La Boucle et de Battant, est fortement urbanisé et peuplé ; en 1906, vivent dans un noyau ancien constitué d'un ensemble architectural homogène et dense d'immeubles d'habitation et d'édifices publics.. La topographie particulière de la ville et son organisation, composant ses principaux atouts, apparaissent également comme un fort inconvénient lors d'inondations. En effet, les quartiers de La Boucle, de Battant et de Velotte, ainsi que de nombreux secteurs proches comme Rivotte, Tarragnoz, Chamars, La Gare-d'Eau et les communes limitrophes d'Avanne-Aveney et de Chalezeule sont bordés par cette rivièreCartes IGN consultées sur Géoportail. et sont particulièrement vulnérables lors de ces catastrophes.

Précédentes crues importantes dans la ville La ville de Besançon fut touchée à des degrés divers par de nombreuses crues au cours de son histoire.

Les plus anciens documents font mention d'inondations importantes en 1364, en 1456 et en 1570 lorsque les flots envahirent les rues Gustave-Courbet, des Boucheries et Claude Pouillet, et atteignirent les autels des Cordeliers et du temple du Saint-Esprit.. Puis au sept crues sont enregistrées, notamment une le qui a détruit les deux tiers du pont de Bregille, et une autre les 26 et qui emporta le reste de l'ouvrage d'origine. Au , c'est la crue du et surtout celle de 1882 qui restent présentes dans les mémoires avec quelques dégâts notables pour cette dernière.

Mais aucune inondation n'est comparable à la crue de 1910 avec ses d'eau et ses dégâts considérables, bien au-dessus de la précédente cote historique de relevée en 1882, que personne n'aurait cru un jour voir dépassée.

Chronologie Prémices de la crue thumb|left|Le parcours du Doubs en France.

Les circonstances de la crue s'inscrivent dans un contexte climatique exceptionnelCommuniqué officiel de la ville de Besançon, page 8.André Gibert, Les Études rhodaniennes volume 6, page 308.. En effet, dès le début de l'année 1910, de nombreuses inondations ont lieu partout en France : la crue de la Seine en Île-de-France, d'autres à Chambéry, Troyes et Morez ainsi que dans de nombreuses autres villes de faits divers volume 1 : hors-série de L'Est républicain (Alsace-Lorraine et Franche-Comté), 2009, page 149.. Les ports de Marseille et de Toulon sont pour leur part sérieusement endommagés par une tempête historiqueLa crue du Doubs de 1910 sur le site officiel du BVV (consulté le 21 mars 2011).. Dans l'Est de la France, c'est depuis le que l'on enregistre une pluviométrie et des chutes de neige abondantes, qui vont s'intensifier entre le 16 et le . Le vent chaud du sud-ouest et les pluies pléthoriques de cette période amplifient le phénomène, car ces conditions permettent à cette neige massive de fondre rapidement, entraînant une saturation des sols et un ruissellement de l'eau jusque dans les fonds de vallée. En seulement quelques heures, l'ensemble des cours d'eau de la région est en crue et plusieurs villes sont en alerteCommuniqué officiel de la ville de Besançon, page 5..

thumb|right|Crue de la Seine à Saint-Denis et Épinay.

Le service hydrographique de la municipalité de Besançon est prévenu par les communes en amont, et plus particulièrement celles de la haute vallée, qu'une importante crue est imminente, d'abord semblable à celle de 1896, puis similaire à celle de 1882 avant que les prévisions ne rapportent des cotes encore plus importantes. Les mesures bisontines le confirment, puisque le mardi à , les relevés à Besançon indiquent que le niveau du Doubs est de , alors que le jeudi 19 à la même heure la cote atteint déjà . Cependant, la veille, personne ne s'inquiète vraiment, les habitants sont habitués aux débordements du Doubs et ne craignent pas d'inondations majeures et surtout supérieures à celle de 1882. D'ailleurs, les journaux locaux annoncent seulement quelques averses pour le lendemain , excepté l'Éclair comtois qui titre :

Jeudi 20 janvier Crépuscule - thumb|left|Le square Saint-Amour.

À , les mesures du niveau d'eau au moulin Saint-Paul indiquent que la rivière a dépassé les , et relayées par les dépêches et les télégraphes en provenance de Voujeaucourt et d'Audincourt, les autorités préviennent les habitants de la capitale franc-comtoise à l'aide de trompe de chasse du danger qui arriveCommuniqué officiel de la ville de Besançon, page 3.. L'eau, qui s'est donc élevée de par heure pendant la nuit selon les estimations.., avait déjà inondé les caves de la partie basse de la ville au petit matin, notamment sur la place de la Révolution. De nombreux tenanciers, de l'eau jusqu'à la taille, tentent désespérément de sauver les quelques marchandises récupérables qui étaient entreposées dans les caves ; de là commence la prise de conscience de l'importance de la crue. Une cellule de crise est alors créée à l'hôtel de ville, sous l'égide du secrétaire général de la mairie et du commandant des sapeurs-pompiers qui dirigent quinze employés qui se relaient..

Même des élus locaux, dont les adjoints Durant et Siffert, sillonnent la ville.. À neuf heures, il est annoncé que le niveau atteint puis à dix heures, les secours (soldats et agents de police) interdisent l'accès au pont de Bregille en partie à cause de la dangerosité du niveau et du courant du Doubs, mais aussi et surtout à cause de morceaux de bois, de meubles ou encore de débris de maison qui s'écrasent sur l'infrastructure, la menaçant directement. La plupart des secteurs de la ville disparaissent sous les flots, comme la rue Claude Pouillet, la place de la Révolution, côté passage des quais, la promenade Micaud ou encore Chamars, la rue des Archives ainsi qu'une partie de la rue Charles-Nodier.

thumb|right|La rue Jean-Petit.

Alors que les transports, tramway électrique et gare de la Mouillère dont la ligne ferroviaire Besançon-Morteau en tête s'interrompent, les hommes du génie tentent de sauver le matériel de l'École des Ponts. Les commerces ferment les uns après les autres, et la plupart des habitations sont évacuées. Les habitants s'alarment alors vraiment, et commencent à faire des provisions et à déménager les caves, tout en s'informant et en observant la montée de la rivière. À partir de quatorze heures, les autorités essaient de fermer la poterne du moulin Saint-Paul afin de retarder l'inondation, pendant que les chemins de halage de Rivotte sont submergés par près d'un mètre d'eau. La situation est déjà plus grave dans le secteur de Tarragnoz, puisque les soldats doivent désormais utiliser des barques pour transporter les personnes. La place de la Révolution devient totalement inaccessible sauf en canot, et les habitants de la rue Claude Pouillet sont évacués.

Dès dix-sept heures, un nouveau bilan fait état d'un niveau de l'eau atteignant , la traversée des ponts nécessitant l'aide des prolonges d'artillerieCommuniqué officiel de la ville de Besançon, page 6.. Puis on tente d'établir des pontons dans la rue Claude Pouillet afin de contenir l'eau, mais tous s'avéreront inefficaces. Le barrage de la poterne Saint-Paul cède, et le courant électrique public est coupé après que la chaufferie de l'usine électrique de Casamène ait été touchée. L'eau envahit inexorablement la ville, inondant parfois jusqu'au premier étage des immeubles, obligeant les habitants à se réfugier plus en hauteur. Puis, les flots envahissent petit à petit le reste de la ville, alors qu'ils ne touchaient auparavant que les zones connues comme potentiellement inondables. L'inondation s'étend au cœur de La Boucle en passant de la place de la Révolution par le passage dit des « Huit Trous » à la rue des Boucheries, pour déboucher sur la Grande Rue puis rue Pasteur et aboutir enfin rue du Lycée ; s'ajoute à ce point d'entrée un autre torrent descendant du pont Battant, qui rejoint la place de la Révolution et redescend la rue Pointune en emportant les pavés et divers autres débris pour former un énorme barrage.

thumb|left|La rue du lycée.