vignette|Autel funéraire du vétéran Marcus Titus Helvinius, enterré à Lugdunum La Legio VI Victrix (litt: Sixième légion, victorieuse) Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994) ). fut levée par Octave en 41 av. J.-C. sur le modèle de la sixième légion de César. Elle combattit les troupes de Pompée en Espagne et était présente lors de la bataille d’Actium en 31 av. J.-C.

Après le triomphe d’Octave devenu Auguste, elle fut envoyée en Hispania Terraconensis participer à la campagne contre les Cantabres de 25 à 13 av. J.-C. Elle devait y rester pendant près d’un siècle et se mériter le surnom (cognomen) d’Hispaniensis. Après le suicide de Néron et la victoire de Vespasien, la légion fut envoyée en Germanie participer à la répression de la révolte des Bataves.

En 122, Hadrien, venu visiter la frontière de Germanie, décida de se rendre en Bretagne accompagné de Platorius Nepos; la légion suivit son commandant. Celle-ci fut chargée de la construction du Mur d’Hadrien, délimitant la frontière entre la Bretagne et les territoires des Pictes et Gaëls dans le nord. Elle devait y rester jusqu’à sa disparition, toujours en butte aux incursions de ces deux peuples. Après avoir fait brièvement sécession lors de la création de l’éphémère Empire des Gaules, la province fut réincorporée dans l’Empire romain par Constance Chlore qui mourut à York, alors quartier général de la légion en 306. Toutefois, la domination romaine sur la Bretagne était de plus en plus fragile alors que sur le continent, l’empire faisait face à la menace d’Alaric. En 402, Stilicho, alors commandant en chef des forces romaines en Europe occidentale retira l’ensemble des troupes de Bretagne malgré les supplications des autorités romaines auprès de l’empereur. Ce qui restait de troupes, sous la conduite d’un usurpateur qui prit le nom de Constantin III fit alors défection, mais fut finalement battu par Honorius à Arles en 411.

Histoire de la légion

Sous la dynastie julio-claudienne

La Legio VI Victrix fut recrutée par Octave (le futur empereur Auguste) en 41 av. J.-C. sur le modèle de la Legio VI Ferrata constituée par César mais qui faisait maintenant partie des forces de Marc Antoine. Nombre de ses légionnaires démobilisés l’année précédente furent du reste recrutés dans cette nouvelle légion qui garda les traditions de l’ancienne Lendering (2002) para 1.. L’année même de sa formation, elle prit part à la bataille de Pérouse Keppie (1998) ., puis combattit Sextus Pompée qui, s’étant emparé de la Sicile, menaçait l’approvisionnement en blé de Rome.

thumb|left|Territoire où se déroulèrent les guerres cantabres.

En 31 av. J.-C., elle se trouvait à Actium, mais ne participa guère aux opérations entre les armées de Marc Antoine et d’Octave, celles-ci se déroulant essentiellement sur la mer. L’année suivante, elle fut envoyée en Hispania Terraconensis, où elle prit part aux guerres cantabres qui se déroulèrent de 25 à 13 av. J.-C. et impliquèrent un grand nombre de légionsLes légions I Germanica, II Augusta, IIII Macedonica, V Alaudae, VIIII Hispana, X Gemina, XX Valeria Victrix et, possiblement, VIII Augusta.Lendering (2002) para 2..

Pendant cette guerre, la légion fut cantonnée avec la légion X Gemina quelque part dans les Asturies. Par la suite, la Legio VI Victrix fut déplacée vraisemblablement vers Léon alors que la X Gemina était transférée à Petavonium (Rosinos de Vidriales). Des légionnaires de ces deux légions, de même que de la légion IIII Macedonica figurent parmi les premiers colons installés dans la Colonia Caesaraugusta (Saragosse). Également à cette époque, les légionnaires furent employés à la construction de nombreuses routes et ponts rattachés à la Via AugustaBowman (1996) .. La légion devait rester une centaine d’années en Espagne où elle reçut le surnom (cognomen) d’ HispaniensisAdkins (2004) .. Ce n’est que dans la première moitié du qu’elle reçut le cognomen de Victrix, attesté pour la première fois sous NéronRüpke (2005) ..

Pendant l’Année des quatre empereurs et sous les Flaviens

Au fil des ans et jusqu’en 68 apr. J.-C., les légions romaines furent progressivement retirées d’Espagne à l’exception de la Legio VI Victrix. Durant l’été 68, Servius Sulpicius Galba (68-69), gouverneur de l’Hispanie Tarraconaise, déjà mis à la retraite par Néron qu’il soupçonnait de vouloir l’éliminer, apprit l'insurrection de Julius Vindex, légat de la Gaule lyonnaise. Sachant que l’opposition est prête à déposer Néron et les Prétoriens à le proclamer empereur, il hésita quelques semaines après la défaite et la mort de Vindex, mais se décida à marcher sur Rome le 8 juin avec la toute nouvelle Legio VII Galbiana, la veille du suicide de Néron. La Legio VI Victrix demeura en Espagne et ne participera donc pas aux combats qui marquèrent l’Année des Quatre EmpereursSuétone, Vie des Douze Césars, « Galba », 11Zosso (2009) « Galba » ..

thumb|right|La frontière du Rhin en 70 indiquant la location des forts romains et du territoire batave.

Sous Vespasien (69-79), la légion fut transférée sur le RhinLepelley (2001) . où le limes avait été laissé sans protection par les légions prenant part aux combats qui se livraient en Italie et où les Bataves, sous la direction de leur prince, Caius Julius Civilis (nom latin adopté lors de son recrutement dans l’armée), étaient en révolte. Ce dernier était un vétéran ayant servi à la tête d’une cohorte romaine pendant 25 ans qui avait joué un rôle important lors de l’invasion romaine de la Grande-Bretagne (43-46). De retour chez lui, Civilis avait commandé en 69 les troupes auxiliaires (auxillia) bataves de la région du Rhin, mais se montrait de plus en plus hostile aux exactions commises par les Romains contre son peuple. Il incita les Cananefates, tribu germanique vivant dans le delta du Rhin à se soulever et à attaquer plusieurs forts romains, incluant Trajectum (Utrecht aux Pays-Bas). La plupart des troupes étant engagées dans la guerre civile à Rome, les Romains ne purent réagir. Civilis prit alors la tête de la rébellion qui regroupait des Trévires, des Lingons et des Bataves, et vint assiéger deux légions romaines dans le double camp de légionnaires de Vetera (près de l'actuel Xanten). Vespasien, qui s’était débarrassé à la fois de Galba et de Vitellius, nomma alors Quintus Petillius Cerialis commandement des forces armées de la province de Germanie inférieure, lequel avec huit légions parmi lesquelles figurait la Legio VI Victrix parvint à vaincre Civilis près de TrèveTacite, Histoires romaines, 4, 26-30, 68-69.Lendering (2002) para 7.. Après quoi, la légion demeura en Germanie inférieure et fut stationnée au camp de Novaesium (Neuss en Allemagne)Lepelley (2001) .. Ce camp ayant été détruit pendant la campagne, elle construisit une nouvelle forteresse, en pierre celle-là, au même emplacement que précédemmentAE 1905, 00135; CIL 13, 08549; CIL 13, 08550; CIL 13, 08551.. En 89, Lucius Antonius Saturninus, le gouverneur de Germanie supérieure, se révolta contre Domitien (81-96). Les légions de Germanie inférieure (I Minervia, VI Victrix, X Gemina, XXII Primigenia) marchèrent alors sur Mogontiacum (Mayence en Allemagne) et mirent fin à la rébellion. En reconnaissance, Domitien accorda à ces légions le cognomen Pia Fidelis Domitiana (litt : Consciente de son devoir et fidèle à Domitien). Après la mort de l’empereur et la damnatio memoriae La damnatio memoriae était votée par le Sénat romain à l'encontre d'un personnage politique. Elle consistait par exemple en l'annulation de ses honneurs, l'effacement de son nom des monuments publics, la déclaration de son anniversaire comme jour néfaste ou le renversement de ses statues qui s’ensuivit, la portion Domitiana fut abandonnée en 96Lendering (2002) para 9..

thumb|left|Inscription venant du camp de Novaesium, portant la mention Legio VI VIC P F.

À Aix-la-Chapelle (Aachen en Allemagne), la légion construisit en pierre les bains de sources thermales du camp fortifié au en plus d’une canalisation amenant l’eau jusqu’à Burtscheid (en français Borcette, municipalité faisant aujourd’hui partie d’Aix), comme l’attestent les briques marquées du sceau de la légion « VI VIC P F ».

Sous la dynastie des Antonins

À partir de 99, des unités furent envoyées au camp Vetera II (Xanten) que la Legio XXII Primigenia avait quitté quelques années auparavant. Elles furent utilisées dans la construction de la nouvelle colonie fondée par Trajan (98-117), dite Colonia Ulpia Traiana.

thumb|right| Implantation autour de l'actuelle ville de Xanten des deux camps Castra Vetera I et II ainsi que de la colonie de Trajan, Colonia Ulpia Traiana.

En 103, l’ensemble de la légion put quitter le camp de Novaesium pour s’établir dans celui, stratégiquement plus important, de VeteraRunde (2003) . Autour de l’an 100, diverses unités furent stationnées à Brohl (en Rhénanie-Palatinat) dans les monts de l’Eifel pour y exploiter les matériaux nécessaires aux travaux de construction Horster (2001) ; voir aussi CIL 13, 7695; CIL 13, 7696; CIL 13, 7715; CIL 13, 7716..

Un détachement des légions VI Victrix, I Minervia et X Gemina fut envoyé sur le limes danubien dont les forces étaient utilisées par Trajan dans ses campagnes contre les Daces (101/102 et 105/106)Lendering (2002) para 10..

En 121, l’empereur Hadrien (117-138) venu visiter la Germanie inférieure ordonna la construction d'un limes Au sens strict, le mot limes signifie chemin, mais en vint rapidement à signifier une voie militaire le long de laquelle étaient établies des fortifications à intervalles plus ou moins réguliers et, finalement, correspondra à la frontière elle-même. Hadrien, abandonnant la politique expansionniste de Trajan, s’emploiera à consolider ces frontières et abandonnera les provinces trop difficiles à défendre (Adkins (2004) sur le Bas-Rhin. Les travaux furent conduits par le gouverneur Platorius Nepos, ami personnel d’Hadrien qui suivit l’empereur en Angleterre accompagné de la VI Victrix. Elle fut remplacée par la IX Hispania qui était elle-même stationnée en Angleterre .

thumb|left|SOLI INVICTO VEXILLATIO LEG VI VIC P F F SVB CVRA SEX CALPVRNI AGRICO LAE LEG AVG PR PR (litt : Au dieu solaire invaincu (Mithra) d’un détachement de la légion VI Victrix Pia Fidelis élevé par les soins du gouverneur Calpurnius Agricola). Inscription trouvée à Curiosopidum (Corbridge, Northumberland)