Le Special Collection Service (SCS) est un service de renseignement géré conjointement par la Central Intelligence Agency (CIA) et la National Security Agency (NSA), et spécialisé dans la collecte de renseignement d'origine électromagnétique de manière clandestine. Pour cela, il opère notamment de petites stations d'écoute situées dans les représentations diplomatiques des États-Unis et place clandestinement des équipements d'interception dans des endroits difficiles d'accès ; (passage ).
Histoire La CIA créa le son propre service spécialisé dans le renseignement d'origine électromagnétique, le Staff DIl y avait au début des années 1950 quatre staffs placés sous l'autorité de l'Assistant Director for Special Operations (ADSO) : Staff A (opérations de renseignement étranger), Staff B (planification d'opérations à long terme), Staff C (contre-espionnage) et Staff D. ( Tom Mangold, Cold Warrior: James Jesus Angleton: The CIA's Master Spy Hunter, Simon & Schuster, 1991, .). En , le Staff D (formellement Foreign Intelligence/Staff D ou FI/D) fut attaché au Directorate of Plans nouvellement créé et son directeur était Frank B. Rowlett, qui avait quitté la NSA à cause d'un différend avec son directeur. En , le Staff D fut renommé Division D Matthew Aid, « The CIA SIGINT program and its relations with the NSA », conférence Landscapes of Secrecy: The CIA in History, Fiction and Memory, University of Nottingham, 29 avril – mai 2011 (à 12:12 et 13:45). Le Staff D avait pour rôles l'acquisition d'informations pouvant aider le travail de décryptage de la NSA (en volant du matériel cryptographique, en recrutant des employés du chiffre de pays étrangers, ou en implantant des micros dans les salles de codes ; Victor Marchetti et John D. Marks, La CIA et le culte du renseignement [« The CIA and the Cult of Intelligence »], Robert Laffont, coll. « Notre époque », 1975 ), de recevoir les renseignements venant de la NSA Nigel West, Venona: The Greatest Secret of the Cold War, Harper Collins, Londres, 2000 ; Robert Louis Benson et Michael Warner, Venona: Soviet Espionage and The American Response 1939-1957, CIA/NSA, Washington, D.C., 1996 ; Joseph Burkholder Smith, Portrait of a Cold Warrior, Putnam, 1976 , et de mener des opérations clandestines d'interception de communications.
En , trois techniciens de la CIA furent arrêtés à La Havane alors qu'ils posaient des micros dans une agence de presse chinoise. Un des agents, David L. Christ, un des poseurs de micros les plus expérimentés de la CIA, avait travaillé pour la Division D et avait la réputation de s'être infiltré dans des dizaines d'ambassades européennes et asiatiques.
Fin 1972, la Division D intercepta des communications téléphoniques internationales entre New York et l'Amérique latine, sans mandat d'écoute, dans le but de trouver des informations sur le trafic de stupéfiants. L'opération fut annulée car manifestement illégale Chef de la division D, mémorandum « Potentially Embarrassing Activities Conducted by Division D », 7 mai 1973, intégré au dossier des Family Jewels de la CIA, p. 533-539.
Création du SCS En 1976, Charles Snodgrass, chef du House Appropriations Committee (HAC), avait constaté une duplication sans coordination des efforts de la CIA et de la NSA en matière de SIGINT, et imposa que la NSA supervise les opérations de SIGINT de la CIA ; . En , la Division D fut fusionnée avec l’Office of ELINT (OEL) du Directorate of Science and Technology (DS&T) pour former l’Office of SIGINT Operations (OSO), attaché au DS&T Jeffrey T. Richelson, The Wizards of Langley, .L'OSO a été fusionné en 1993 avec l’Office of Special Projects (OSP) (service spécialisé dans les senseurs abandonnés) pour former l’Office of Technical Collection (OTC) qui a depuis autorité sur le SCS. (Richelson, The Wizards of Langley, ).
Les opérations d'écoutes de la CIA et de la NSA à partir d'ambassades furent fusionnées en 1978 par un accord entre le directeur de la NSA Bobby Inman, et Barry Kelly, le chef de l'OSO. Le service commun ainsi créé, appelé Special Collection Service (SCS), serait tour à tour dirigé par un officier de la CIA et de la NSA. Le premier directeur fut Roy Burks de la CIA, qui avait été nommé chef du groupe d'opérations de l'OSO à sa création, secondé par William Black de la NSA. Cette fusion ne fut pas sans difficultés, la CIA refusant par exemple de partager des documents car à l'époque le personnel de la NSA ne passait pas systématiquement au détecteur de mensonge. Le personnel de la CIA estimait que le but des postes d'écoutes dans les ambassades était de soutenir les opérations en surveillant l'activité des services de police et de contre-espionnage locaux, alors que ceux de la NSA était d'acquérir directement du renseignement Jeffrey T. Richelson, The Wizards of Langley, . Le poste d'écoute permettait également de détecter d'éventuels micros adverses placés dans l'ambassade transmettant vers l'extérieur.
À la mi-1994, du personnel des forces armées fut assignée au SCS, après que les problèmes de couverture diplomatique eurent été résolus. Quatre candidats de l' (AIA), service de renseignement de l'US Air Force, furent sélectionnées pour participer au programme, appelé Sensor Silver Jeffrey T. Richelson, The Wizards of Langley, (note 73) d'après Joyce M. Hons, Juan R. Jimenez, Gabriell G. Marshall et Johnny D. Ford, History of the Air Intelligence Agency, 1 January - 31 December 1994, Volume I, San Antonio, Texas, Air Intelligence Agency (AIA), décembre 1995, . Le , un employé du SCS, Gary C. Durell, et un secrétaire du consulat de Karachi furent tués dans un attentat au Pakistan. Ce pourrait être des représailles à l'arrestation de Ramzi Yousef. Il ne semble pas que les agresseurs connaissaient le rôle de Durell.
Divers auteurs ont conclu depuis la fin de la guerre froide que le renseignement d'origine électromagnétique traditionnel devenait progressivement moins performant, et qu'il était nécessaire de se concentrer sur les méthodes de SIGINT clandestin, qui est la spécialité du SCS Angelo Codevilla, Informing Statecraft: Intelligence for a New Century, New York, The Free Press (Simon & Schuster), 1992, 512 p. , ; ; Matthew M. Aid, « All Glory is Fleeting », .. Le SCS souffrirait toujours de rivalité entre la CIA et la NSA, au point qu'un responsable raconta ne pas pouvoir réunir les représentants des deux agences pour un briefing, repris dans . Dans les mois suivant les attentats du , le SCS fut particulièrement actif James Bamford, Body of Secrets, ; . Les postes d'écoutes du SCS situé dans les ambassades et consulats ont été décrits en 2010 comme produisant des renseignements « excellents » en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.
Opérations Interceptions à partir d'ambassades vignette|Localisations des sites du Special Collection Service, 13 août 2010. L'existence d'un poste d'écoute dans l'ambassade des États-Unis de Moscou remonte au moins à 1962 Matthew M. Aid, The Secret Sentry, . La note associée (note 60 ) fait référence à The President's Intelligence Checklist du 18 octobre 1962, . En 1966, le New York Times publia une série d'articles sur la collecte SIGINT à partir de l'ambassade des États-Unis de Moscou. Cet ouvrage cite comme une source un autre ouvrage de la NSA, sans donner de références plus précises sur les articles du New York Times. Dans les années 1960 et 1970, la station d'écoute installée dans l'ambassade de Moscou intercepta des conversations tenues par des membres du Politburo sur les radiotéléphones de leurs limousines. Après que cette opération, appelée Gamma Guppy, eut été révélée dans un article en , les Soviétiques cryptèrent leurs radiotéléphones Jeffrey T. Richelson, The Wizards of Langley, , d'après Jack Anderson, « CIA Eavesdrops on Kremlin Chiefs », Washington Post, 16 septembre 1971 ; Laurence Stern, « U.S. Tapped Top Russian's Car Phones », Washington Post, 5 décembre 1973 ; Ernest Volkman, « U.S. Spies Lend an Ear to Soviets », Newsday, 12 juillet 1977 ; Bill Gertz, « CIA Upset Because Perle Detailed Eavesdropping », Washington Times, 15 avril 1987. Matthew M. Aid, The Secret Sentry, , d'après ; David Kahn, « Big Ear or Big Brother? », dans New York Times Magazine, 16 mai 1976, ; « Eavesdropping on the World's Secrets », dans US News & World Report, 26 juin 1978, ; Walter Andrews, « Kissinger Allegedly Withheld Soviet Plan to Violate SALT I », Washington Times, 6 avril 1984 ; et Bill Gertz, « CIA Upset Because Perle Detailed Eavesdropping », Washington Times, 15 avril 1987. Voir aussi « Interview with David J. Fischer », The Foreign Affairs Oral History Collection, Association for Diplomatic Studies and Training, 6 mars 1998 ; John M. McConnell, « The Evolution of Intelligence and the Public Policy Debate on Encryption », Seminar on Intelligence, Command, and Control, Harvard University, janvier 1997 . Par ailleurs, ils avaient mis en place depuis le début des années 1960 un bombardement de l'ambassade par micro-ondes pour brouiller les interceptions « Implications for US-Soviet Relations of Certain Soviet Activities », Interagency Intelligence Memorandum NIO IIM 76-030J, juin 1976, .
Malgré ces difficultés, les Américains parvinrent à intercepter une conversation où Andreï Gretchko donnait des indications importantes à Léonid Brejnev sur les capacités des missiles SS-19 peu avant la signature du traité SALT I en . Cependant, en général, les conversations interceptées étaient moins intéressantes, traitant souvent de commérages, mais donnant de bonnes informations sur les personnalités des dirigeants soviétiques. Les Soviétiques intensifièrent le brouillage en 1975 par l'emploi d'équipement supplémentaire permettant un bombardement à la puissance et à la durée nettement augmentées. Cela conduisit à des protestations diplomatiques début 1976, notamment en raison de craintes pour la santé du personnel américain, et au retrait d'une antenne dans l'espoir d'obtenir une action réciproque soviétique. Cela n'eut pas d'effet immédiat, et il n'y eut plus de négociations à ce sujet Robert M. Gates, From the Shadows, . À partir de 1978, les Soviétiques dénoncèrent publiquement l'ampleur de l'opération, qui selon eux portait le nom de code Cobra Ace d'après un article de V. Bourmine, Izvestia, 30 mars 1980. Finalement, l'ambassade américaine annonça en que le bombardement avait cessé.
Au milieu des années 1970, les techniciens surveillant les signaux radio à Moscou découvrirent un système de communications par micro-ondes qui reliait le laboratoire Krasnaïa Pakhra de Troïtsk au ministère de la défense à Moscou. Le signal n'aurait dû être captable que par un récepteur situé entre deux antennes-relais et n'apparaissait que lorsqu'il pleuvait, et les techniciens conclurent que les gouttes d'eau causaient assez de diffraction pour qu'une partie des ondes soit déviée de cet axe et se réfléchisse sur les toits métalliques de la ville. Après quelques années, les Soviétiques remplacèrent ce système par des câbles enterrés, que la CIA parvint à mettre sur écoute de 1979 à 1985 au cours d’une opération appelée CKTAW Robert Wallace et H. Keith Melton, Spycraft, ; . Lors du putsch de Moscou en , le poste d'écoute de l'ambassade de Moscou intercepta des communications des bureaux du directeur du KGB et du ministère de la défense soviétique Jeffrey T. Richelson, The Wizards of Langley, , d'après .
Quand les États-Unis ouvrirent un bureau de liaison à Pékin en 1973, la CIA plaça des équipements d'écoute sur le toit pour surveiller les mouvements d'avions et intercepter les communications militaires et civiles.