Le HMS Rodney (numéro de coque 29) était un cuirassé de la Royal Navy ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a été baptisé en l'honneur de l'amiral George Brydges Rodney. C'est le second et dernier navire de la classe Nelson.

Il a participé notamment à la destruction du cuirassé allemand BismarckLincoln P. Paine, Ships of the World, An Historical Encyclopedia, Houghton Mifflin Company, USA, 1997, , page 435..

Conception À la fin de la Première Guerre mondiale, la Royal Navy envisage de construire quatre croiseurs de bataille afin de contrer le lancement des navires japonais Nagato et Mutsu. Le cuirassé de classe « Nelson » était essentiellement une version plus petite, avec une vitesse limitée à 23 nœuds, des croiseurs de la Classe G3 qui avait été annulés pour avoir dépassé les contraintes du Traité naval de Washington de 1922. La conception, qui avait été approuvée six mois après la signature du traité, disposait d'un armement principal de canons de 16 pouces pour correspondre à la puissance de feu de la Classe Colorado américaine et de la classe Nagato japonaise dans un navire ne déplaçant pas plus de 35000 tonnesRaven et Roberts, p. 109.. Avec l'entrée en vigueur du traité de Washington de 1922, l'amirauté décide de construire seulement deux cuirassés de la classe Nelson. Le calibre de l'artillerie principale est de , équivalent à celui des navires japonais et américains. Le coût du HMS Rodney était de .

Silhouette inhabituelle En raison des limitations du traité de Washington l'artillerie principale est répartie en seulement trois tourelles, rassemblées sur l'avant et au centre du navire. Les superstructures (mâts, cheminées, bloc passerelle de commandement) sont rejetées sur l'arrière, donnant au HMS Rodney et à son navire-jumeau, le HMS Nelson, une silhouette pour le moins bizarre, ressemblant vaguement à celle d'un pétrolier ravitailleur d'escadre. Dans la Royal Navy, les pétroliers ravitailleurs ont traditionnellement des noms terminées par le suffixe ol. Il n'en faudra pas plus pour que les matelots anglais affublent plaisamment les deux cuirassés, considérés comme très disgracieux, des sobriquets HMS Rodnol et HMS Nelsol.

L'armement L'artillerie principale

Les tourelles principales, d'un poids de , sont construites par la société Armstrong Whitworth. Les canons de de 45 calibres (18,3 m), d'un poids de 109,7 tonnes chacun peuvent lancer un obus perforant de toutes les à . Le HMS Rodney emporte 405 obus. Les tourelles sont nommées A, B et X. La tourelle X est placée exactement au centre du navire. La direction de tir est assurée par deux télémètres principaux plus un secondaire pour chaque tourelle.

Tableau de tir et de pénétration du blindage pour un projectile perforant pesant 929 kg avec une vitesse initiale de 770 m/s.Angle d'élévation du canon Portée Temps de vol (en s) Vitesse de chute Angle d'incidence pénétration d'armure, en mm mètres yards m/s pieds/s ceinture pont2,3° 4570 5000 6,32 685 2248 2,5° 5,1° 9140 10 000 13,42 608 1996 5,9° 8,5° 13 720 15 000 21 542 1778 10,2° 366 5012,5° 18 290 20 000 31,05 490 1606 16,5° 310 7217,5° 22 860 25 000 41,87 453 1486 24,6° 261 9923,7° 27 430 30 000 54,65 436 1431 33,5° 224 13032,4° 32 000 35 000 70,95 443 1453 43,7° 193 16539,2° 34 290 37 500 82,84 458 1503 50,5° 40° 34 750 38 000  —  —  —  — —

L'artillerie secondaire : canon de thumb|Tourelles de canons 6 pouces (152 mm). Les canons navals BL 6 pouces Mk XXII sont construits par la société Vickers. Ils ont une portée maximum de . La vitesse de l'obus à la sortie de canon est de 898 m/s. À l'origine, le canon tirait un obus de , qui était le poids standard des obus pour les canons de six pouces depuis 1880. À partir de 1942, le canon tirait un obus de 51 kg introduit pour le dernier Canon Mk XXIIIDiGiulian.. Les chiffres dans le tableau ci-dessous concernent l'obus de 45 kg. La cadence de tir est de 5 tirs par minute. Il y a obus dans les soutes. La direction de tir nécessite quatre télémètres.

PortéeCampbell, p.37. Elevation Temps de vol Descente Vitesse à l'impact 5000 yd (4.6 km) 2° 5.2′ 6.20 sec 2° 48′ 2029 ft/s (618 m/s) 10000 yd (9.1 km) 5° 37.2′ 15.22 sec 9° 13′ 1390 ft/s (424 m/s) 15000 yd (14 km) 12° 5.4′ 28.55 sec 23° 2′ 1094 ft/s (333 m/s) 20000 yd (18 km) 22° 54′ 46.14 sec 39° 46′ 1056 ft/s (322 m/s) 25000 yd (22.86 km) 42° 37′ 74.92 sec 59° 0′ 1148 ft/s (350 m/s)

L'artillerie anti-aérien Canon de 120 mm Ce canon est destiné à la lutte anti-aérienne. La portée de ces canons est avec une vitesse de 8–12 tirs par minute. Le HMS Rodney emporte obus HE (High-Explosive) de . Le Mark VIII était constitué d'un tube intérieur conique de 40 calibres, d'une gaine et d'un anneau de culasse utilisant un mécanisme coulissant horizontal. Les canons pouvaient fonctionner en mode de tir rapide (QF) ou semi-automatique (SA). En mode QF, la culasse était ouverte manuellement après le tir en déplaçant un levier qui éjectait également la cartouche usé. En mode SA, la culasse s'ouvrait automatiquement après le tir et éjectait la cartouche usé. Pendant le chargement, le mécanisme de culasse se fermait partiellement lorsque le bord de la douille touchait les éjecteurs, puis se fermait complètement lorsque le plateau de chargement était relevé.

Canon de « PomPom » vignette|gauche|Affût octuple pom-pom sur le Rodney, vu de dessous. La portée maximale est de . L'affut octuple peut tirer 115 coups par minute. Il y a obus par tube dans les soutes.

Calibre : 40 mm L/39. Poids des obus explosifs : 2 lb. (980 g) ou 1.8 lb. (820 g) pour les obus Haute-Vélocité (HV) Portée effective : 3,800 yards (3,475 m) ou 5,000 yards (4,572 m) HV. Plafond effectif (HV) : 13,300 feet (3,960 m). Vitesse à la bouche : 2,040 ft/s (622 m/s) ou 2400 ft/s (732 m/s) pour HVCampbell,Naval Weapons of WW2, p. 71.Pour plus d'informations, voir 2-pdr Mark VIII at Navweaps.com..

Renforcement de la capacité anti-aérienne À partir de 1932 et jusqu'en 1943, l'armement antiaérien augmente régulièrement. 11 affûts octuples de canon « PomPom » sont rajoutés ainsi que 76 canons Oerlikon en affût simple et 10 canons de en affûts doubles.

Tubes lance-torpilles Les deux tubes lance-torpilles sont placés de part et d'autre de l'étrave. La torpille de a une longueur de et pèse . Elle a une portée maximale de (20,000 yd) à (56 km/h) et de (15,000 yd) à (65 km/h). Elle délivre une charge de (743 livres) de TNT. Elles sont propulsées par de l'air comprimé enrichi à l’oxygène.

Histoire Le Rodney, nommé d'après George Brydges Rodney, 1er baron Rodney, vainqueur de la bataille navale du cap Saint-Vincent, a été mis sur cale le chez Cammell Laird à Birkenhead. Le baptême et la mise à l'eau ont eu lieu le . Le , le navire fut mis en service pour la 2e escadre de combat de la flotte de l'Atlantique sous le commandement du capitaine Henry Kitson. les coûts de construction s'élevèrent à 7,617 millions de livres sterling.

Après de nouveaux essais en mer, il rejoignit la flotte de l'Atlantique le . Le , Kitson fut remplacé par le capitaine Francis Tottenham. Jusqu'en , il remplaça son navire jumeau, le Nelson, en tant que navire amiral. En 1929, le Rodney participa aux manœuvres annuelles combinées des flottes de l'Atlantique et de la Méditerranée en Méditerranée. Lors de sa visite à Torquay en juillet, le Rodney reçut l'ordre de venir en aide à H47, qui était entré en collision avec un autre sous-marin le au large de Milford Haven. Après l'arrivée du Rodney sur le site de l'accident le au soir, aucun survivant n'a pu être sauvé.

Le navire se rendit ensuite à Portsmouth, où il fut soumis à une révision qui dura jusqu'à la fin de l'année. Après avoir été remplacé par le capitaine Andrew Cunningham le , Tottenham a transporté une délégation du Parlement britannique à Reykjavík en , à l'occasion du millénaire du Parlement islandais. Le , Cunningham a été remplacé par Roger Bellairs, qui a été impliqué dans la mutinerie d'Invergordon à la mi-, au cours de laquelle l'équipage du Rodney a refusé de s'acquitter de ses obligations en raison de réductions de solde.

Mécontent de la manière dont Bellairs avait traité l'équipage pendant la mutinerie, l'amirauté ordonna qu'il soit remplacé par le capitaine John Tovey le . Dans le cadre de la restructuration de la flotte en , l'Atlantic Fleet fut rebaptisée Home Fleet, ce qui permit au Rodney de faire partie de cette nouvelle flotte. Après l'échouage du Nelson à Portsmouth en , le Rodney reprit les fonctions de navire amiral de la flotte sous le commandement de l'amiral William Boyle.

Avec le reste de la flotte, il a visité les Caraïbes et la Norvège. Le , le capitaine Tovey a été remplacé par Wilfred Custance. L'année suivante, elle visita à nouveau les Caraïbes, les Açores et Gibraltar entre le et le . Le capitaine William Whitworth a remplacé Custance le , qui a lui-même été remplacé par le capitaine Ronald Halifax le . Le , le Rodney participa à la revue navale à l'occasion du 25e anniversaire du trône du roi George V à Spithead. Entre et , il remplaça à nouveau le Nelson comme navire amiral. En février également, il visita Lisbonne en compagnie du Nelson. En , il visita Oslo et le , le capitaine Witworth fut remplacé par Edward Syfret.

Seconde Guerre mondiale

Le début de la guerre

Lorsque la Grande-Bretagne déclara la guerre à l'Allemagne nazie le , la mission du HMS Rodney est d'empêcher la flotte de raiders de l'Allemagne de sortir en Atlantique. Le , il fait partie des navires de la Home Fleet qui a quitté Scapa Flow pour patrouiller entre l'Écosse, l'Islande et la Norvège..

Le le sous-marin , en patrouille dans la Baie de Heligoland, fut gravement endommagé par des charges de profondeur allemandes. Incapable de se submerger, il a demandé de l'aide et la flotte a répondu avec deux destroyers et l'escortant et le reste de la flotte fournissant une couverture. Les Allemands repérèrent le gros de la Home Fleet et celle-ci fut attaquée par cinq bombardiers Junkers Ju 88 du Kampfgeschwader 30. Le radar du Rodney a fourni une alerte en temps opportun et les avions n'ont infligé aucun dommage aux navires britanniques. Le est raté de peu et le a été touché par une bombe qui n'a pas explosé.

Le , il fait partie de la couverture avec le et le du Convoi Narvik 1 de 12 cargos de minerai de fer qui quitta Narvik, en Norvège, le et arriva à Methil le .

Alors qu'elle est à la poursuite du Scharnhorst et du Gneisenau, le vers 10 heures, à l'ouest des Orcades et de retour vers la Clyde, la Home Fleet composée du HMS Nelson, du HMS Rodney, du HMS Hood et de 5 destroyers, s'est heurtée à une ligne de 4 sous-marins (U-56, U-57, U-58 et U-59) . LU-56 a tiré trois torpilles sur HMS Nelson et toutes les trois ont touché la cible, deux se sont brisées en le touchant et la dernière n'a pas explosé. L'équipage du HMS Nelson et les autres navires de la Flotte n'étaient pas au courant de l'attaquehttps://uboat.net/boats/u56.htm.https://uboat.net/allies/warships/ship/4069.html..

Le , à 9 heures, la flotte est arrivée dans la Clyde au large de Greenock. La Home Fleet a alors reçu la visite du First Sea Lord, Winston Churchill, de l'amiral de la flotte, Sir Dudley Pound et du chef d'état-major adjoint de l'Air, le maréchal de l'Air Sir Richard Peirse. Le commandant Syfret a été relevé par le capitaine Frederick Dalrymple-Hamilton le .

Le , vers midi, les croiseurs de bataille allemands Scharnhorst et Gneisenau, escortés par les croiseurs légers Köln et Leipzig et de destroyers d'escorte, quittèrent Wilhelmshaven pour un raid dans le Atlantique Nord, il s'agissait de soulager la pression du cuirassé de poche Admiral Graf Spee opérant dans l'Atlantique Sud.