La vallée de la Géla, ou vallée de la Gela, se situe dans les Pyrénées centrales, dans le département des Hautes-Pyrénées, en région Occitanie. C’est une des branches de la haute vallée d'Aure.

L’origine du nom est le mot « geler », ou « gelée »Dupleich, Nicole et Christian Lacour, Dictionnaire français-pyrénéen et pyrénéen-français, Lacour, 1991 (réimpression d'un Dictionnaire patois-français, sans nom d'auteur, paru en 1843). Il s’écrit sans accent.

Géographie Situation Fermée par la crête frontière qui la sépare de l’Espagne, et adossée au cirque de Troumouse, la vallée de la Géla correspond au bassin de la Neste de la Géla, le nom « Neste » désignant dans la vallée d’Aure les rivières ou les torrents. Ayant reçu la Neste de Badet puis la Neste de Saux, la Neste de la Géla devient, à d’altitude, en amont du village d’Aragnouet, la Neste d’Aragnouet, laquelle, ayant reçu en aval la Neste de Couplan, devient la Neste d’Aure. Elle se situe dans le territoire administratif de la commune d’Aragnouet. On y accède en remontant la Vallée d'Aure par la route D 929.

Topographie thumb|alt=Carte des vallées de la Géla et de Saux|Carte des vallées de la Géla et de Saux : topographie et géologie; le tireté bleu foncé indique un projet d’installation de remontées mécaniques

Lorsqu’on remonte la valléeLouis Audoubert et Hubert Odier, Lacs des Pyrénées, 100 itinéraires de randonnées, Milan, 1991, p. 72., on en traverse successivement trois parties différentes.

Partie aval Dans sa partie la plus basse, vers d’altitude, à hauteur des confluents de la Neste de la Géla avec les Nestes de Badet et de Saux, et des hameaux de Chaubère et du Plan, la vallée est large et couverte de prairies.

C’est là que se situe, au bord de la rivière, un peu en amont du hameau de Chaubère et en aval du hameau du Plan, la chapelle Notre-Dame-de-l'Assomption-du-Plan qui faisait partie d’un ancien hospice hospitalier aujourd’hui disparu, sorte de refuge qui, au débouché des sentiers de plusieurs ports (port de Bielsa, port Vieux, port de Barroude), offrait le gîte et le couvert aux voyageurs qui venaient de franchir à pied la crête frontière.

Du premier virage en épingle à cheveux de la route (D 173) qui monte au tunnel Aragnouet-Bielsa, à du carrefour D 173-D 118, se détache, à d'altitude, une piste qui remonte la vallée sur son flanc droit. Au bout d'un à deux kilomètres elle devient un chemin charretier dont la pente est forte et la chaussée parfois rocheuse. La vallée devient une gorge et dans une forêt de hêtres, mêlés à des bouleaux, des sorbiers et des sapins, le chemin domine de haut le torrent au flanc d’une pente très raide. Il coupe, à un moment donné, un couloir d’avalanche. Sur les bords du chemin la flore est riche et variée : ancolie, euphorbe, pavot du Pays de Galles, etc. C’est un paradis pour les botanistes.

Au sortir des sous-bois, le chemin, devenu horizontal, se rapproche du torrent. On aperçoit déjà la masse rocheuse du pic de la Géla et le col de la Géla ().

Partie médiane C’est le grand replat de la vallée de la GélaLucien Briet, « Autour du Mont-Perdu, La Géla et le cirque de Barrosa », Bulletin de la Société Ramond, 1902, p. 23 à 36.

thumb|alt=Montagnes vues de l’entrée du grand replat de la vallée de la Géla|De l’extrémité nord du grand replat de la vallée de la Géla, vue sur la haute montagne du fond de la vallée : pic de Port Vieux, à gauche, et muraille de Barroude sous le soleil matinal

Au un détour du chemin, à d’altitude, au sortir d’un court rétrécissement où une passerelle donne accès au sentier du port de Barroude, s’ouvre un large et long replat au fond duquel on commence à découvrir les sommets qui ferment la vallée. Le torrent serpente dans la prairie, plus loin dans la pierraille, où, à certains endroits, il se perd.

Une multitude de vaches occupent l’été cet immense replat dénommé Ribère et les vastes pelouses des deux flancs de la vallée, dont l’un, le droit, porte un nom qui confirme la vocation agropastorale de la vallée : la Hourmagerie, qui veut dire la fromagerie dans le patois local. Trois cabanes de bergers occupent la rive droite dont une de construction récenteArticle de La Dépêche du Midi du 16 août 2009 : "une cabane pastorale". On trouve des vestiges d’autres cabanes sur la rive gauche, au bord du sentier de Barroude. Les archéologues en décèlent beaucoup d’autres qui témoignent d’une présence humaine très ancienne dans ces estives.

Il n’est pas rare d'y voir aussi des isards et des marmottes.

Au-dessus de ces pelouses, au fond de la vallée, la crête qui la ferme forme un décor de haute montagne. Dans l’axe du replat trône le pic de Port Vieux (). À droite, au-dessus d’un escarpement, mi-rocheux, mi-herbeux (dit les Pichous de Barroude, le nom Pichous signifiant pisserole), la vallée est barrée par la grande muraille rocheuse de Barroude, quasi verticale, longue de près de , et haute de , taillée dans un calcaire, ou un marbre, blanc, mais noirâtre à sa base. Culminant au pic de Troumouse (), qui est aussi le point culminant de la vallée, elle sépare la vallée du cirque de Troumouse. Elle porte haut dans sa partie moyenne, sculptée dans un schiste sombre, la dent du pic de Gerbats (), emblématique de la valléeLucien Briet, « Autour du Mont-Perdu. La Géla et le cirque de Barrosa », Bulletin de la Société Ramond, trimestre 1902, p. 71 à 85. À l’ouest domine la masse du pic de la Géla ().

thumb|alt=Pâturages dans la vallée de la Géla, sous la muraille de Barroude|Pâturages dans la vallée de la Géla, sous le Pichous de Barroude, sombre, à gauche, et la muraille de Barroude, coiffée du Pic Gerbats

Au fond du replat, à l’est, au pied du pic de Port Vieux, débouche le vallon qui descend du Port Vieux (). C’est un des ports, ou cols, qu’ont franchi pendant des siècles, par un chemin muletier, les habitants de la vallée d’Aure et ceux de la vallée espagnole de Bielsa dans le cadre d’échanges de tous ordres entre les deux versants, dont les ressources sont complémentaires, codifiés par une charte librement consentie par eux, portant le nom de « lies et passeries ». Ce chemin a servi aussi au transport du minerai de plomb argentifère extrait d’anciennes minesPhilippe Vivez, Les sentiers du fer et de l’argent dans les hautes vallées d’Aure et du Cinca, Revue pyrénéenne, 94, 2/2001, p. 19 à 22., les mines de la Géla dont on peut voir les vestiges dans ce vallon. C’est par ce chemin que sont également passés, pendant la Guerre d'Espagne, en , dans la neige, civils fuyant la « bolsa de Bielsa », poche de résistance des républicains espagnols à l’avancée franquiste.

À l’ouest, entre le pic de la Géla et le pic de Piau, s'ouvre la hourquette de Chermentas (), col franchi par un sentier qui, venant de la vallée de Badet, donne accès à la région de Barroude.

Partie amont C’est le « balcon » de BarroudeAlain Bourneton, Horizons pyrénéens, Glénat, 2002, p. 38 à 39..

Au-dessus de l’escarpement des « Pichous », au pied de la muraille de Barroude pour sa partie ouest, du Port de Barroude (de Barrosa pour les espagnols), et du pic de Port Vieux pour sa partie est, s’étend, entre et d’altitude, un large () et long (presque ) replat, sorte de « balcon » en surplomb au-dessus du grand replat de la vallée de la Géla.

thumb|alt=Vue plongeante sur les pâturages de la vallée de la Géla|Depuis le Pichous de Barroude, vue plongeante sur les grands pâturages de la vallée de la Géla, en particulier sur la Hourmagerie, au pied du pic de Bourgade

On y accède par un sentier qui, depuis l’entrée de ce replat, remonte insensiblement l’immense pelouse du flanc gauche de la vallée pour atteindre, en surmontant par une série de courts lacets, dans une pente rocheuse raide, le ressaut des « Pichous », l’extrémité ouest du balcon, sous le profond couloir qui entaille la face est du pic de la Géla.

Dominé par la grande muraille, le sentier traverse d’abord un chaos de gros rochers éboulés, et côtoie de petits lacs, avant de faire découvrir le grand lac de Barroude (), d’où est issue la Neste de la Géla, particulier par ses rives découpées et ses nombreux îlots ou presqu’îles rocheux. Au-dessus de sa rive sud une belle moraine témoigne de la présence dans le passé d’un ancien glacier au pied du pic de Troumouse.

Un refuge détruit par un incendie en dominait la rive nord du lac, à proximité d’un autre lac plus petit. Son emplacement accessible aussi par la Hourquette de Chermentas, permet l’ascension facile du pic de Port Vieux () et des croupes du pic espagnol de Barrosa (), d’où le panorama est immense. De cet endroit on peut aussi faire l’ascension, plus longue et assez difficile, du pic de la Munia () par l’arête est du pic de Troumouse (), à l’aplomb du port de Barroude, ou encore celle du pic de la Robiñera (), avec retour par le cirque de Barrosa et une partie du chemin des mines. Il peut aussi servir de base pour l’escalade difficile ou très difficile de voies ouvertes dans les dalles de la muraille.

thumb|alt=Le balcon de Barroude|Depuis le port de barroude, vue sur le balcon de Barroude, avec ses lacs et son refuge, au pied de la muraille, dans l’ombre, surmontée du pic Gerbats

Après avoir traversé le déversoir du grand lac le sentier monte au port de BarroudeDocteur Verdun, Quelques courses dans le nord de l’Aragon (Espagne), Annuaire du Club alpin français, année 1903, p. 5 à 10 ( ; de Barrosa pour les espagnols). Très large, il est ouvert dans les débris d’une roche friable et noirâtre (l’ampélite des géologues), entre la muraille de Barroude à l’ouest (prolongée sur le versant espagnol par les falaises du cirque de Barrosa), et la croupe qui, à l’est, relie le pic de Port Vieux au pic de Barrosa. Cette sombre croupe est égayée à la fin du printemps par des fleurs au ras des cailloux : la frêle pensée de Lapeyrouse, l’ibéris spatulé, la douglasia de Vital. Côté espagnol le sentier descend dans le fond du cirque de Barrosa, et dans la vallée de Bielsa.

Aux abords du port de Barroude on trouve les vestiges d’un ancien « chemin des mines » (Camino de Las Pardas pour les Espagnols). Il peut encore être parcouru par des montagnards aguerris. Autrefois il permettait le transport, quasi horizontalement à travers le cirque, sur une corniche naturelle de ses falaises, du minerai de plomb argentifère extrait des mines du pic Liena qu’on aperçoit au loin, ou les déplacements du personnel français qui venait de France travailler dans ces mines espagnoles au début du . Du port on voit son prolongement du côté français, construit à travers les roches orangé (nommée diorite par les géologues) d’une large bosse de l’extrémité est du balcon.

Géologie Comme dans le cirque de Barrosa voisin, la vallée de la GélaR. Mirouse et P. Barrère, Carte géologique de la France à 1/, Vielle-Aure, BRGM, 1993, creusée dans la chaîne axiale des Pyrénées est à cheval sur le plan de chevauchement de la nappe de charriage dite nappe de GavarnieA. Bresson, Études sur les formations anciennes des Hautes et Basses Pyrénées (Haute chaîne), Bulletin du service de la carte géologique de la France, tome XIV,  93, 1903, p. 265. sur le substratum constitué par l’unité chevauchante sous-jacente. Mais ici, au lieu d’être horizontal, ce plan plonge vers le nord. Ce qui fait que lorsqu’on remonte la partie basse de la vallée on est dans du calcaire dévonien de la nappe de Gavarnie, puis que, à l’entrée du grand replat, on passe dans les schistes cambro-ordoviciens du substratum, schistes qui forment la plus grande partie du pic de Port Vieux et les escarpements des Pichous de Barroude, sous le balcon du même nom.

thumb|alt=Schéma de la structure géologique de la vallée de la Géla|Schéma de la structure géologique des parties moyenne et haute de la vallée de la Géla.