thumb|200px|Œil de la source de Saint-Christau de Benquet.
Le département français des Landes compte 256 fontaines ou sources dites « guérisseuses » (également appelées « de dévotion », ou « miraculeuses »), soit plus de 10 % des 2000 fontaines christianisées recensées en FranceSud Ouest, Le Mag, juillet 2011... Près de cent trente sont recensées uniquement dans la partie forestière du départementL'Almanach du Landais 2007, éditions CPE, ., qui compte parmi les régions françaises possédant la plus forte densité de fontaines de dévotion, après le Limousin, l’Auvergne et le Périgord.. Elles constituent des éléments remarquables du petit patrimoine rural du département.
Étymologie « Source » et « fontaine » ont dans les Landes un sens proche. Cette particularité s'explique par le terme gascon Hont (et ses variantes locales Houn ou Font), qui désignent indifféremment une source et une fontaineL'Almanach du Landais 2009, éditions CPE, .. Quand il veut être plus précis, le gascon emploie les expressions : « l'uelh de la hont » (l'œil de la fontaine) pour désigner la source à ciel ouvert et non aménagée, « ygaas », « tosse » (abreuvoir) pour désigner des aménagements ; il n'est pas impossible par exemple de trouver un lavoir à proximité de la source, lieu de la bugade (lessive) d'autrefoisFontaine Saint-Clair, panneau de présentation de la fontaine d'Ygos rédigé par la communauté de communes du Pays Morcenais, consulté sur site..
L'aménagement, quand il existe, est plus ou moins élaboré. Le plus souvent rudimentaire, il est fait d’une simple margelle en pierres, d’un abri et d’un canal d’évacuation, qui distingue la fontaine du simple trou d’eau caractéristique de la source..
Mais dans le langage courant, cette différence n’est pas toujours respectée, et un même site peut être indifféremment désigné sous l’appellation « source » ou « fontaine » par les populations qui le côtoient.
Présentation Les Landes de Gascogne sont un pays d'eau. L’omniprésence de cet élément a laissé sa marque dans le toponyme de la région Aquitaine (issu du latin Aquitania, le pays de l’eau)Encyclopédie Larousse du , Paris, 1932., ou de villes comme Dax (dont le premier nom fut Aquæ Tarbellicæ, qui signifie « les eaux des Tarbelles »), ou encore Hontanx (dérivé de « Hont »)Panneau de présentation de l'église, consulté sur site, réalisé par Claire Desqueyroux, architecte, et les Amis des églises anciennes du département des Landes.. Mais, selon leur nature, les eaux y sont perçues : soit comme néfastes : eaux stagnantes, croupissantes et malsaines des lagunes et marais de jadis, contre lesquelles l'Homme a lutté pendant des sièclesVoir la loi du 19 juin 1857 relative à l'assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne., soit comme bienfaisantes : eaux vives et bénéfiques des sources thermales et des fontaines, depuis longtemps connues par la population pour leurs vertus curatives.
Si les sources et fontaines de dévotion de Chalosse offrent un débit régulier, celles des Landes de Gascogne sont souvent à débit plus faible. À côté des rivières et des ruisseaux, elles sont souvent des résurgences ou le résultat de ruissellements qui forment une étendue d'eau naturelle. La faiblesse du débit et un écoulement lent en ternissent parfois l'aspect. Souvent, de simples vasques ont été aménagées, alimentées par les eaux récupérées par une canalisation, créant un bassin destiné aux ablutions. Les fontaines et leurs eaux prennent différents aspects : certaines sont de type artésien et laissent apparaître des remous de sable venu des profondeurs (exemple : fontaine Sainte-Marie-Madeleine de Sindères). d'autres brassent des particules ferrugineuses qui produisent une couleur rouille (le fer abondait dans le sous-sol landais en raison de la présence de garluche, exploitée par l'industrie sidérurgiques des anciennes forges : forge de Brocas, forge d'Uza, forge de Pontenx, forge de Pissos, forge de Castets (exemple : fontaine Saint-Jean d'Onesse-et-Laharie) d'autres enfin, comme dans les eaux thermales, contiennent du soufre (fontaine de Suzan).
Historique Depuis la nuit des temps, l’homme vit sur la terre, cette planète ronde avec cet élément mystérieux, fuyant et indispensable : l’eau. Ce sont les eaux chaudes, apaisantes et bienfaisantes, qui ont le plus fasciné les hommes qui sont venus à leur rencontre.
De là vient le thermalisme. Au fil des siècles, cette pratique n’a cessé de se développer partout dans le monde. Des modes, des rites et parfois des déboires ont accompagné l’histoire des sources chaudes. Les Gaulois, les celtes, les Étrusques, les Égyptiens et les Grecs les avaient adoptés bien avant les Romains. Puis, l’Histoire nous apprend que ces bains chauds furent un véritable art de vivre pour les Romains. En conquérant la Gaule et ses sources chaudes à la fois brûlantes et fragiles, ils nous ont laissé de nombreuses traces de leur passage dont ici dans les Landes.
Avant l'arrivée de la médecine moderne, les habitants des villages landais ont longtemps pratiqué une forme rudimentaire d’hydrothérapie en fréquentant les fontaines dites « guérisseuses » (hont guaridora, medicinaira ou pregandaire)., ou les eaux de l'océan. Selon une ancienne croyance populaire à Mimizan, aller se tremper les pieds dans le golfe de Gascogne le premier mai pouvait présenter des vertus curatives..
Le monde moderne attestera dans certains cas les vertus préventives prêtées à l'eau et les reprendra à son compte sous diverses formes. Le voit le développement du thermalisme autour de la fontaine chaude de Dax ou des sources d'Eugénie-les-Bains, entérinant une pratique déjà ancienne. À partir de la deuxième moitié du et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les bains de mer à visée thérapeutique deviennent à la mode et les stations balnéaires naissantes se dotent d'établissements destinés à soulager les maladies pulmonaires. C'est notamment le cas du préventorium Sainte-Eugénie à Capbreton ou de l'hydrothérapie de Mimizan. L'après-guerre voit le développement de la thalassothérapie et la commercialisation d'eaux minérales accompagnant une recherche nouvelle du bien-être..
Concernant les eaux de source aux qualités ferrugineuses et sulfureuses, elles faisaient partie des faibles moyens thérapeutiques qui ont pendant des siècles accompagné hommes et femmes de leur naissance à leur mort, révélateurs de leurs conditions sanitaires précaires, du manque d’hygiène et des carences alimentaires dans les Landes d'autrefois.
La fréquentation de ces sources remonte sans doute aux temps préhistoriques, comme semblent en attester les pierres polies découvertes à proximité (cas notamment à la source Saint-Clair d’Ygos). Des fouilles ont également mis en évidence la présence de pièces de monnaie de différentes époques, laissées près des fontaines en offrande.
Cachées dans les bois ou à l'inverse visibles en lisière de forêt, les fontaines prennent tour à tour la forme d'un oratoire dédié à la Vierge Marie ou au saint tutélaire, d'un bassin, d'un lavoir, ou d'une simple source signalée par un panneau, une croix, un tronc à offrandes ou un bouquet de fleurs coupées. Toutes les fontaines ne possèdent en effet pas de bâti maçonné, elles sont souvent captées dans une vasque et sont le plus généralement à ciel ouvert. Dans certains cas, une chapelle (capèra en gascon) a été construite à proximité de la source (comme celle de Suzan, la chapelle Notre-Dame-d'Arosse ou la chapelle des Trois Fontaines d'Ychoux) comme point de départ de processions religieuses.
La fréquentation des fontaines dans un but curatif, superposant ferveur religieuse et antiques pratiques païennes, a ainsi perduré dans les campagnes landaises les plus reculées jusqu'à la fin des années 1960, avant que la fin des superstitions, la généralisation de la médecine moderne, le recul de la pratique religieuse et l’exode rural n’y mettent un terme. Si les sources restent de nos jours fréquentées par quelques fidèles, les processions avec bénédiction organisées à l'occasion de la fête du saint tutélaire conduites par le prêtre de la paroisse sont devenues très rares. Néanmoins, les communes rurales s’intéressent à nouveau à ce petit patrimoine local au début des années 2000 et tentent de le remettre en valeur afin de le sauvegarder de l’oubli et de dynamiser la fréquentation touristique.
Pratiques Ces fontaines, souvent placées sous le patronage d’un saint chrétien, étaient peu onéreuses et faciles à utiliser. Les populations locales s'y rendaient : soit à date fixe, en pèlerinages qui prenaient la forme de processions religieuses menées par le prêtre de la paroisse, parfois associées avec le temps à des fêtes profanes ou des foires, principal mode de communication de la Haute-Lande à l'époque (c'est notamment le cas de l'assembladeUne assemblade est une foire typique des Landes de Gascogne mêlant marchands, commerçants, forains et visiteurs en pèlerinage sur un lieu de dévotion. de la Saint-Michel autour de la source Saint-Jean-Baptiste à Ousse-Suzan)Rites et signes religieux, panneau de présentation de la fontaine Notre-Dame des douleurs de Garrosse rédigé par la communauté de communes du Pays Morcenais, consulté sur place le 20 septembre 2012. ou bien à un autre moment de l'année, au moins une fois par an, sur démarche individuelle et souvent discrète.
Il était possible, si l'on ne pouvait soi-même se rendre sur les lieux, de demander à quelqu'un de faire « le voyage », certaines personnes faisant la profession de pèlerinPanneau de présentation de la fontaine Saint-Clair, à Saint-Paul-en-Born, consulté sur site en juillet 2015.. Les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle de passage y faisaient quant à eux étape pour y soulager leurs maux.
On y vénérait le saint patron gardien de la fontaine, on demandait également la pluie, un conjoint, une descendance, mais surtout, la santé. Dans ce dernier cas, on y procédait à des ablutions ou on s'y immergeait, afin de guérir les maladies de peau, favoriser la maternité ou la lactation, ou encore soigner diverses douleurs. Dans certains cas, les malades pouvaient se dévêtir dans des abris bâtis en dur autour de la fontaine les protégeant des regards.
Trois sources s'échelonnent auprès du ruisseau d'Escource, près de Cap de Pin sur la comme d'Escource.. Avant de choisir, il fallait préalablement passer devant une « recommandeuse » (« recommandayre » en gascon) qui, comme son nom l'indique, recommandait la fontaine à utiliser et le rituel à suivre selon la maladie à traiter pour obtenir la guérison (Saint-Antoine de Traverse pour les affections de la peau, Sainte-Luce pour les yeux, Saint-Cô pour le cœur, « co » signifiant « cœur » en gascon), sans quoi les vertus des saints restaient inopérantesLes sources de Saint-Antoine, panneau de présentation consulté sur place..
Par endroits, le nombre de chiffons disposés sur les croix ou les arbustes environnants témoigne de la fréquentation des lieux encore de nos jours. Le rite veut en effet que le patient imprègne un linge de l'eau de la source et le passe sur la partie du corps à traiter, puis accroche ce linge près de la fontaine dans l'espoir d'y laisser leurs maux ou comme un ex-voto. Les autres malades doivent s'abstenir de toucher ces linges, au risque d'attraper la maladie qu'ils ont aidé à soigner.
Cultes et croyances
Les rapports sacrés que l’Homme entretient avec l’eau, le feu, les pierres ou les arbres, remonte à la Préhistoire et le culte de l’eau est un héritage païen. Les Gaulois vénéraient l'eau de source, dont la présence est associée à l'idée de vie et de bienfait. Sources et rivières font l'objet d'un culte important, que l’Église finit par intégrer à ses rites (baptême, lavement des pieds), faute d’avoir pu complètement l’interdire, en dépit de siècles de condamnation..