thumb|George Eliot, ca.1865 Adam Bede est le premier roman de la femme de lettres anglaise George Eliot, publié en 1859 alors qu'elle a trente-huit ans. Bien que déjà connue et respectée en tant qu'intellectuelle et auteur, George Eliot, de son vrai nom Mary Ann Evans, préfère rester anonyme. Le roman est immédiatement apprécié pour son réalisme et sa description de la vie rurale.. Andrew Sanders rapporte que la reine Victoria elle-même, conquise par sa lecture, passa commande de deux tableaux illustrant certaines scènes..
Adam Bede, présente la vie d'Hayslope, communauté rurale (fictive) très unie de l'Angleterre profonde en 1799, et aussi, mais dans une moindre mesure, celle du comté voisin, le , aride et minier. Le roman s'organise autour d'un rectangle d'amour constitué par la ravissante Hetty Sorrel, à peine sortie de l'enfance et trop innocemment vaniteuse pour résister au charme du jeune squire, le capitaine Arthur Donnithorne, ainsi qu'Adam Bede, qui donne son nom au livre, son soupirant malheureux, et Dinah Morris, sa cousine prédicatrice méthodiste, dont la beauté et la ferveur n'ont d'égales que la vertu.
Sur le fond de campagne idyllique se greffe une histoire de séduction et d'infanticide, qui permet aux deux personnages naturellement vertueux, Adam Bede et Dinah Morris, de s'unir après de nombreuses tribulations marquées par la passion, la violence et l'égoïsme d'autrui. Ces deux personnages, chacun à sa manière, représentent une forme d'héroïsme de la rectitude, fondé sur les valeurs morales et les habitudes de vie propres au milieu rural. D'après Sanders, il y a là un remodelage du mythe de la province cher à Walter Scott. Le roman, en effet, célèbre une Angleterre disparue, qu'ont remplacée les ..
Depuis sa parution, l'ouvrage n'a jamais connu d'éclipse et a constamment été réédité. ; de plus, il figure régulièrement au programme des écoles secondaires et des universités tant au Royaume-Uni que dans les pays étrangers anglophones ou autres... En France, il a été plusieurs fois à l'honneur aux concours du CAPES et de l'Agrégation d'anglais..
Résumé et réception dAdam Bede L'histoire Texte sur Gallica
Le roman se déroule essentiellement dans ce qui est aujourd'hui les Midlands de l'Est, dont les grandes villes sont : Derby, Leicester, Nottingham et Northampton., au sein de la communauté rurale de Hayslope (littéralement : « talus de foin »). Hetty Sorrel, mais écervelée, vaniteuse et égocentrique, est la nièce de Martin Poyser, chaleureux fermier de Hall Farm, dont la femme, Mrs Poyser, ressemble à bien des égards à un personnage de Dickens, par exemple à la Mrs Gamp de Martin Chuzzlewit (1843-1844)..
Elle est aimée d'Adam Bede, charpentier au village, homme de cœur et de grande dignité. Malgré les efforts qu'il déploie pour l'en dissuader, Hetty se laisse attirer, puis séduire par le jeune squire Arthur Donnithorne. Une fois parvenu à ses fins, Arthur rompt bientôt toute relation avec elle. Au désespoir, elle accepte alors d'épouser Adam. Peu avant le mariage, cependant, découvrant qu'elle est enceinte, elle s'enfuit, se lançant dans une vaine recherche d'Arthur qui la conduit vers le sud jusque dans le Berkshire près de Windsor.. Arrêtée par la police, elle se voit accusée d'infanticide, jugée et condamnée à la potence. Seule, l'intervention in extremis d'Arthur la sauve de la pendaison, la sentence étant commuée en réclusion à perpétuité, puis en relégation. Dans l'épilogue du roman, une courte phrase apprend au lecteur que est morte au-delà des mers.
Lors de son séjour en prison, elle reçoit le soutien moral de sa cousine Dinah Morris, prédicatrice méthodiste de grande beauté, dont le sérieux et la force de caractère sont tout au long du roman proposés en opposition à sa vaine futilité. Les derniers chapitres révèlent à Adam que Dinah est profondément éprise de lui. Dans un ultime acte de générosité, Seth, le frère d'Adam, amoureux de toujours de Dinah, mais sans espoir, s'efface à son profit, et les deux véritables héros de l'histoire, Adam Bede et Dinah Morris, s'unissent par les liens d'un mariage au bonheur garanti par la maturité et le respect mutuel..
La réception critique Dès sa parution, Adam Bede accède au statut d'œuvre littéraire majeure. Le The Athenaeum et The Times le décrivent en 1859 comme un . Les critiques, souvent nostalgiques du tournant du siècle que présente le livre, s'enthousiasment en particulier pour son réalisme rural. Charles Dickens écrit : Charles Dickens, « Lettre à Sally Hunter », Correspondance, .Pour la correspondance entre Dickens et Sally Hunter, voir : .. De fait, ces premières critiques font souvent abstraction de la tragédie de l'infanticide pour ne retenir que la tranquillité apparemment idyllique de cette campagne anglaise et le pittoresque chaleureux de ses personnages.. thumb|left|upright=0.8|« [C]e bas-bleu à la tête de cheval » par Samuel Laurence (c. 1860). D'autres critiques se sont montrés moins généreux. Henry James, qui déclare pourtant (George Eliot)Cité par . reproche à l'auteure ses constantes interventions dans le récit.. Le chapitre XV, en particulier, est souvent cité pour son militantisme narratif, proche de la manipulation, par lequel l'auteure-narrateur cherche lourdement à influencer le jugement du lecteur sur Hetty et Dinah. D'autre part, l'intervention miraculeuse de l'absent Arthur Donnithorne, soudain deus ex machina pris de remords, est critiquée comme a contrario des leçons morales préalablement formulées. Sans ce répit acquis à l'ultime minute, les souffrances d'Adam, de Hetty et celles d'Arthur eussent été consommées de façon plus conforme à la logique induite par les précédents développements. De la même façon, le mariage de Adam et Dinah paraît forgé de toutes pièces par l'intervention de l'auteure : en effet, si Dinah aime Adam, ce dernier n'a jusqu'alors éprouvé pour elle qu'un bienveillant et amical respect. En somme, tout est bien qui finit bien, alors que, logiquement, tout eût dû se terminer dans les pleurs et les larmes..
Enfin, peu après cette première réception somme toute favorable, l'attention se porte sur l'identité réelle de l'auteure, que l'on pense être ; on en attribue même la paternité à l'imposteur littéraire Joseph Liggins (vers 1806–1872)Citation concernant Liggins : L'Écho de l'Ïle de Man, feuille hebdomadaire, n'hésita pas à déclarer que l'auteur des Scènes n'était autre que M. Liggins. Liggins commença par nier doucement ; mais, après l'apparition dAdam Bede, il semble avoir succombé à la tentation. Comment le pauvre homme aurait-il résisté ? Lui, auquel personne ne faisait attention, recevait maintenant des invitations pour tous les dîners ; on le plaçait à la droite de la maîtresse de maison ; les plus jolies femmes faisaient cercle autour de lui ; on organisa même une souscription pour lui offrir une plume d'or et un encrier d'argent! Deux ministres dissidents arrivèrent de Coventry pour « interviewer » le « grand auteur » et pour savoir si c'était bien réellement lui qui avait écrit Adam Bede, il répondit : « Si ce n'est pas moi, c'est le diable ! » Hélas, pauvre Liggins, la vérité éclata trop vite, et, lorsque la lumière fut faite, le malheureux geai, dépouillé de son faux plumage, retomba dans l'obscurité et dans la misère, et finit tristement ses jours dans une maison de charité. Finalement, la vraie George Eliot révèle son identité, Mary Ann Evans Lewes ».Roaiai do Posta-Vice de Heosseï, « George Eliot : La Femme, le Romancier, le Poète », Le Livre, Archive des Écrits de ce temps : bibliographie rétrospective, dixième année, Revue du monde littéraire, Paris, Maison Quantin, 1888, .Joseph Liggins and Adam Bede, Lettre à l'éditeur du London Times, 19 février 1885, The New York Times, ..
Genèse du roman George Eliot a rédigé les deux tiers de son roman lors d'un voyage en Allemagne, à Dresde puis à Munich.. Le cadre naturel des événements qu'elle raconte est le plus souvent reconstruit de mémoire. Une tante thumb|upright=0.7|George Eliot vers 1859. George Eliot a aimé son roman et a expliqué dans diverses écrits comment elle l'a conçu et réalisé. Au départ, une anecdote que lui confie sa tante méthodiste Samuel, Joan Bennett, George Eliot: her mind and her art, Cambridge, Cambridge University Press, 1949, . :
Assez rapidement, George Eliot conçoit l'idée d'intégrer à ce premier élément d'intrigue ce qu'elle appelle . Deux personnages, Adam Bede et Dinah Morris, sont alors créés , à l'intérieur de quoi l'histoire va se développer. Dinah Morris . Quant à .
Ainsi, l'histoire est destinée à s'organiser autour de Hetty SorrelHetty est dérivé de « Henriette », du germain haim (maison) et rik (roi) ; Sorrel signifie « oseille », plante acidulée qui titille la langue., que l'amour relie aux deux jeunes personnages masculins, Arthur Donnithorne qui la séduit et qu'elle aime, et Adam Bede qui brûle de passion pour elle. À ce stade, Dinah Morris reste quasi inutile à l'intrigue, comme le souligne l'auteure lorsqu'elle écrit : .
Un compagnon thumb|upright=0.7|left|George Henry Lewes, son compagnon, qui souffle à George Eliot l'union de Dinah et Adam. Que Dinah ne soit pas encore directement rattachée au corps de l'intrigue ne semble pas troubler l'auteure qui n'a aucune intention de lui faire jouer le rôle de consolatrice d'obédience méthodiste. Joan Bennett, George Eliot: her mind and her art, Cambridge, Cambridge University Press, 1949, ..
De fait, même si l'intrigue est d'abord centrée sur Hetty, ce personnage est destiné à disparaître assez vite, puisque la scène de la prison en représente l'apogée. Ainsi, il est loisible de penser que l'intrigue ne constitue pas l'élément principal du roman. En fait, Dinah, l'une des premières femmes du roman à avoir été imaginée, n'y est pas reliée. L'intrigue a donc constitué un point de départ ayant conduit à une étude de caractères, seule préoccupation vraiment légitime pour l'auteure.
Certains jalons de l'histoire ont été suggérés à George Eliot par des parents ou amis : par exemple, la relation de dernière minute et le mariage entre Adam et Dinah, la lutte entre Adam et Arthur dans les bois, etc. Au sujet d'Adam, George Eliot écrit : .
Conceptions préalables Adam Bede est certes un premier roman, mais celui d'une auteure chevronnée ; livre ambitieux, il repose sur un substrat théorique et philosophique qui se retrouve dans l'œuvre postérieure de George Eliot ; entièrement prémédité, il doit être lu ..
Au chapitre XVII du livre II qu'elle intitule , George Eliot se livre à une conversation imaginaire avec un Adam Bede vieilli pour exprimer ses conceptions sur l'art du roman et comment elle les applique à son livre. Elle insiste d'abord sur le fait qu'elle n'éprouve pas de , que son but n'est pas d'illuminer l'humanité en philosophe. Elle ajoute qu'elle ne se croit pas , ce qui, en fait, est un auto-compliment exprimant son refus de manigancer une histoire compliquée, avec des faits déformés (twisted) pour cadrer avec une intrigue artificielle préconçue. En cela, elle va à contre-courant des desiderata d'un public toujours friand de sensationnalisme, surtout après la déjà lointaine vogue gothique ensuite relayée par la Newgate School of Fiction, dont même Dickens (1812-1870) n'est pas exempt, puisqu'à partir de 1859, date de parution dAdam Bede, Dickens publie de nombreux romans à sensation dont Le Conte de deux cités (A Tale of Two Cities), Les Grandes Espérances, L'Ami commun (Our Mutual Friend), Le Mystère d'Edwin Drood resté inachevé, ouvrages dans lesquels un ou plusieurs meurtres sont en effet chaque fois commis.
De cela, il découle qu'elle fuit le romantisme, selon un précepte qu'elle a évoqué dans son essai sur Wielhem Riehl (1823-1897), qui a décrit, lui aussi, la vie paysanne, mais en Allemagne. : Cité par .. En fait, elle n'aspire qu'à ; elle affirme qu'elle .