Maurice Fourré, né à Angers le où il est mort le Acte de naissance à Angers ( arrondissement), , vue 17/48, avec mention marginale de la date et du lieu de décès., est un romancier et poète français, dont la carrière commence tardivement avec la publication en 1950, l’année de ses soixante-quatorze ans, de son premier roman, La Nuit du Rose-Hôtel, préfacé par André Breton.
Biographie Maurice-Jules-Philibert Fourré naît à Angers le dans une famille d’industriels prospères. Son père, Amédée Fourré, né à Niort en 1849, est par son mariage associé à l'entreprise familiale de quincaillerie en gros qu’avait fondée son beau-père Jules Nau, né au Puy-Notre-Dame en 1824. Sa mère est née Valérie Nau en 1853 à Angers, où elle mourra en 1936.
Ce milieu bourgeois et commerçant le situe d'entrée de jeu sous le signe d’une contradiction qui le poursuivra toute sa vie : sous l'« expression épicière », et en dépit d’elle, va se révéler un rêveur impénitent. Et c’est ainsi que, dans les intermittences d’une existence qui le vouait aux affaires, ce fils de famille, ce dandy de la Belle Époque s’ingéniera à faire éclore une œuvre littéraire singulière, désireuse avant tout de « faire naître de belles ombres »La Marraine du Sel, Gallimard, 1955..
Au lycée David d'Angers où il entre en 1887, il est un élève fantaisiste et indiscipliné, n'obtenant ni prix ni accessit, mais bien plutôt, selon ses propres termes « l’accablement scolaire du discrédit, avec une soudaine réussite à l'écrit du baccalauréat où je fus accusé d'avoir corrompu mon voisin de concours, et peut-être même suborné le Président du Sénat ! »Lettre à Jean Petiteau, 1959, in Philippe Audoin, Maurice Fourré, rêveur définitif, Le Soleil Noir, 1978.. Par contre, échec à l’oral :
Suivent quelques mois d'insouciance, auxquelles le service militaire met un terme. « Bon dispensé » en 1896, en tant qu' « ouvrier d'art », car il est apprenti chez un maître-verrier (précisément dans ce but), il ne restera sous les drapeaux que du au .
Après de brèves fiançailles vite rompues (1898) il connaît une nouvelle période d’instabilité (il mène selon ses propres termes une « vie d'aventurier en chapeau melon »). Après avoir éprouvé un vif chagrin d’amour (qui le poussera même à la tentative de suicide, en 1905, semble-t-il), il trouve un emploi de secrétaire particulier auprès du romancier René Bazin, cousin germain (par alliance) de sa mère. Sous son influence et ses conseils, il commence à écrire.
En 1903, il adresse à Bazin une première nouvelle, Une ombre, qui serait parue dans les Annales politiques et littéraires mais dont le texte n'a pu être retrouvé jusqu'ici. En 1907, il publie un récit plus ambitieux, Patte-de-Bois, dans la Revue Hebdomadaire. Ces textes courts (il y en aura plusieurs autres, sans compter tous ceux qui n’ont pu être localisés) resteront longtemps sans lendemain, mais Fourré s’y est fait la main, y a mis beaucoup de lui-même, et l'on peut supposer qu'ils lui ont dans une certaine mesure, révélé sa vocation d’écrivain : Interview Courrier de l’Ouest, 24 juin 1955.
En 1910, s’éloignant de René Bazin, il s'attache brièvement à Gaston Deschamps, qui avait succédé en 1893 à Anatole France comme Ibid du quotidien Le Temps. Deschamps, qui est alors en pleine campagne électorale dans les Deux-Sèvres, promeut Fourré agent électoral et rédacteur en chef de L’Avenir Républicain, organe de l’« Union des éléments modérés ».
C’est par Deschamps, et grâce aussi à Abel Ferry, , que Fourré fera ensuite la connaissance de Paul Cuny (1872-1925), député des Vosges et richissime industriel cotonnier, qui fut parfois associé à Marcel Boussac. Il en sera d’abord, en 1911, le secrétaire politique, avant d'assumer les fonctions de , ce qui le fera beaucoup voyager, dans les Vosges, en « Allemagne » (c'est-à-dire, dans l'Alsace occupée d'avant 1914), peut-être en Russie, et jusqu'en Égypte Sauf pendant les quatre ans de la Première Guerre mondiale, où il est mobilisé (d' à ) dans l'infanterie territoriale, il restera au service de Cuny, jusqu'à la mort prématurée de ce dernier, en 1925, à l'âge de cinquante-trois ans. De son propre aveu, pendant toute cette période, très pris par ses activités professionnelles et ses déplacements, Fourré a complètement cessé d’écrire. .
Ayant donc perdu son emploi, et sans désir réel de relancer une carrière, il choisit de rallier le vaisseau familial. Il revient à Angers, en cette même année 1925, s'installe chez sa mère au 23 quai Gambetta, au bord de la Maine (son père est mort en 1918), reprend des études, de philosophie et de littérature, à l'Université catholique de l'Ouest – et, occasionnellement, du service dans l’entreprise familiale, dont il est, nominalement du moins, l'un des associés de 1925 à 1929. Cette collaboration deviendra permanente en 1939, au moment où son neveu Jean Petiteau, l'un des dirigeants, se trouvera mobilisé, et elle durera, vaille que vaille, jusqu'à la fermeture de l’entreprise en 1954.
C'est vers cette époque aussi qu'il s'attelle très sérieusement à un projet entrepris dès le début des années trente : l'écriture d'un premier roman, La Nuit du Rose-Hôtel, qu'il ne considérera véritablement achevé qu'en 1948 – il le remaniera encore jusqu’au dernier détail la veille même de la publication.
Sa vie va alors connaître un tournant.
À la suite d'une lecture partielle du manuscrit, faite pendant l’été 1944 à certains de ses proches, dont l’accueil est enthousiaste, il se hasarde à le confier à deux intermédiaires de choix : à son ami Stanislas Mitard, magistrat à la cour d'Angers, qui se trouve être un ancien condisciple de Julien Gracq au lycée de Nantes, et aussi son partenaire favori aux échecs ; et, par ailleurs, à un autre ami proche, Michel Carrouges, dont les liens avec l'intelligentsia parisienne en général, et les membres du groupe surréaliste en particulier, sont bien connus. Tous deux auront la même idée : c’est un texte pour Breton ! Par une coïncidence étonnante, le manuscrit parviendra, via Gracq, d'une part, et Carrouges, de l'autre, le même jour de entre les mains d'André Breton. Celui-ci, aussitôt conquis, en fera lire publiquement des extraits au cours d’une soirée organisée à Montparnasse, à l'Hôtel Littré, en présence d’un aréopage représentatif du Tout-Paris des lettres de ce temps-là (Raymond Queneau, Claude Lévi-Strauss, Jean Paulhan, Michel Butor, Julien Gracq, Michel Carrouges), avant de le publier en 1950, dans la collection « Révélation » qu'il vient de créer aux éditions Gallimard — et dont ce sera le seul titre... Il rédigera pour Cette Nuit une préface émerveillée, qui fera date, et contribuera à amener bien des lecteurs à l'œuvre de Fourré. Il envisagera aussi d'insérer un chapitre « Maurice Fourré », dans l'édition révisée de son Anthologie de L'Humour Noir, à paraître cette même année 1950, mais renoncera finalement à ce projet (A. Breton à M. Fourré, lettre du 29 décembre 1949)..
Cette volte-face de Breton est très révélatrice, voire symbolique, de la position ambiguë qu’occupe toute l'œuvre de Fourré dans les années de l'après-guerre, qui se caractérisent, de façon schématique, par une littérature noire et pessimiste, marquée par l’existentialisme et l’engagement politique, et où le surréalisme perd beaucoup de son aura. Si la poésie n’est nullement absente de cette période de création, au contraire, ni d’ailleurs l'humour, plutôt âcre et noir (cf Boris Vian, ou Queneau), Fourré est le seul à avoir proposé cette écriture inimitable, immédiatement reconnaissable entre toutes, tenant tout à la fois du poème et de la prose, empreinte d'un humour noir que masque poliment un éclat rose ; un style faussement désuet, rituel et cérémonieux, post-symboliste – mais pour rire ; une narration dont les références couvertes à l’ésotérisme et à l’alchimie sont multiples ; une action dont la cruauté est accentuée par les mignardises du ton.
Nul n’a su mieux le formuler que Michel Butor, admirateur de la première heure :
Michel Butor, Une œuvre solitaire, in Revue Monde Nouveau, 1956.
S'étant découvert, à près de soixante-quinze ans, « surréaliste sans le savoir », Maurice Fourré écrira encore trois autres romans et en ébauchera un cinquième avant de s’éteindre à Angers, le , dix jours avant son quatre-vingt-troisième anniversaire.
Il laisse une œuvre unique dans son ton et dans sa forme, romans-poèmes (c’est sa propre formule) où, en artificier du langage, il a su transmuer en matière incandescente la réalité le plus souvent banale qu’il tire du cadre de sa propre vie Philippe Audoin, op. cit., en en réenchantant les lieux et les êtres par la vertu d'une verve poétique étourdissante. Œuvre demeurée quasi secrète, confinée dans la pénombre d'une persistante confidentialité, bien qu’ayant suscité l’admiration de Breton et des surréalistes, mais aussi de Cocteau, Bachelard, Gracq, Butor, Paulhan et de bien d'autres. Mais comme l’écrivait à si juste titre André Breton au moment de la mort de Maurice Fourré : .
Œuvres Romans La Nuit du Rose-Hôtel, Gallimard, 1950. Premier (et unique) numéro de la collection Révélation, dirigée par André Breton. Préface d'André Breton. Couverture illustrée en couleurs sur une maquette de Pierre Faucheux. Réédition dans la collection L'Imaginaire avec la préface d'André Breton, sous couverture blanche, titre en couleurs, Gallimard, 1979. La Marraine du sel, Gallimard, Collection blanche, 1955. Réédition du texte intégral, établie et préfacée par Bruno Duval, aux Éditions de L'Arbre vengeur, Bordeaux, 2010. Tête-de-Nègre, Gallimard, Collection blanche, 1960. Réimpression Gallimard, 1981. Le Caméléon mystique, Édition posthume, établie et préfacée par Jean-Pierre Guillon, Calligrammes, Quimper, 1982. Nouvelle édition parue en , chez Ginkgo éditeur, dans la collection « l’Ange du Bizarre » dirigée par P. Laurendeau. Fleur-de-Lune, Roman laissé inachevé (notes et cahiers préparatoires) à la mort de l’auteur, en 1959. Notes transcrites et commentées par J. Simonelli, in Fleur de Lune, n° 30, 31, 32 (2013-2014), puis 41 et 42 (2019)
Nouvelles Patte-de-Bois, Calligrammes (Quimper) 1985, édition établie et préfacée par Jean-Pierre Guillon d’après le texte intégral paru dans La Revue hebdomadaire, dirigée par René Bazin, en 1907. Il fait chaud !, Récit paru le dans la rubrique Contes d’Anjou et d’ailleurs de L’Angevin de Paris, organe hebdomadaire des intérêts de l’Anjou Repris dans le recueil ainsi intitulé (Il fait chaud ! et autres nouvelles), Cahiers Fourré, AAMF Éditions, Paris, 2011. Une conquête, texte paru dans le numéro du de La Nouvelle Revue, et en volume, édition établie et présentée par Jean-Pierre Guillon, avec des croquis de l’auteur relatifs à La Nuit du Rose-Hôtel. Éditions du Fourneau (Paris), 1990. Repris dans le recueil Il fait chaud ! et autres nouvelles, Cahiers Fourré, AAMF Éditions, Paris, 2011. Autour d'un cerceau, texte paru dans L’Angevin de Paris du , dans la rubrique Contes d’Anjou et d’ailleurs. Repris dans le recueil Il fait chaud ! et autres nouvelles, Cahiers Fourré, AAMF Éditions, Paris, 2011. Pèlerinage à Notre-Dame de Charité, texte paru dans le Courrier de l’Ouest, le . Repris dans le recueil Il fait chaud ! et autres nouvelles, Cahiers Fourré, AAMF Éditions, Paris, 2011. Vacances imaginaires, texte paru dans le Courrier de l’Ouest, le . Repris dans le recueil Il fait chaud ! et autres nouvelles, Cahiers Fourré, AAMF Éditions, Paris, 2011. Promenade à la rencontre du soleil, texte paru dans le Courrier de l’Ouest, numéro des samedi 20 et dimanche . Repris dans le recueil Il fait chaud ! et autres nouvelles, Cahiers Fourré, AAMF Éditions, Paris, 2011. Triptyque de souvenirs enfantins, texte paru dans le Courrier de l’Ouest, le . Repris dans le recueil Il fait chaud ! et autres nouvelles, Cahiers Fourré, AAMF Éditions, Paris, 2011.