L’affaire de Plévin est le nom donné à un vol d'explosifs survenu à Plévin, et à ses suites judiciaires.

Un procès a eu lieu devant la cour d'assises spécialement composée de Paris en .

L'affaire est liée aux attentats de Bretagne 1993-2000, notamment l'explosion du McDonald's de Quévert ayant causé la mort d'une employée, les dégradations commises à celui de Pornic, et un attentat manqué contre un bureau de poste à Rennes. Ces faits ont été jugés en par la cour d'assises spécialement composée de Paris.

Deux procès ont eu lieu devant un tribunal spécial à Paris, en pour le dossier Attentats Bretagne 1993-2000 et en pour le dossier Vol d'explosifs de Plévin. Un appel partiel du parquet a été jugé irrecevable dans le dossier Attentats Bretagne 1993-2000 par la cour d'assises d'appel spécialement composée de Paris ; la cour de cassation a confirmé en l'irrecevabilité de cet appel.. Dans le dossier de l'affaire de Plévin, un appel à l'initiative d'un condamné est toujours en attente de jugement. Il sera, lui aussi, examiné par une cour d'assises d'appel spécialement composée.

1999 : vol d'explosifs Vol d'explosifs

Le mardi , à six heures du matin, un commando armé s'introduit dans un dépôt d'explosifs de carrières de la société Titanobel (à l'époque Titanite) à Plévin. Les terroristes neutralisent les chauffeurs qui viennent prendre leur service. Le commando neutralise les alarmes.

8,7 tonnes de dynamite, 6 500 détonateurs et plus de 10 km de cordeau détonant sont volés.

Le personnel donne l'alerte. Un hélicoptère de la gendarmerie survole la région, en vain. La section antiterroriste du parquet de Paris (dirigée par Irène Stoller) est immédiatement saisie. Très vite, l'hypothèse basque est présentée comme la plus vraisemblable, parce que les membres du commando s'exprimaient avec un accent étranger, et que l'un d'eux aurait lancé à l'un de ses complices « Venga ! » (ce qui peut se traduire notamment par « Allez ! », en espagnol)Alain Cabon et Erwan Chartier, Le Dossier FLB - Plongée chez les clandestins bretons, Éditions Coop Breizh, Spézet, novembre 2006, ..

D'après les déclarations du gérant de l'entreprise, auraient été volés : de dynamite (Titadyn 30A)Agrément XG458F, 15 janvier 1999, fabricant Dynamit Nobel Wien Saint Lambrecht Autriche, importateur Titanite Pontailler-sur-Saône, d'après le rapport du commissaire Ejarque (SRPJ de Rennes) du 11 juillet 2002 de nitrate, de cordeau détonant, détonateurs électriques, détonateurs pyrotechniques.

Selon les sources médiatiques, les quantités varient entre 8,3 et "Le Télégramme", lundi 15 novembre 1999 : ; mercredi 29 novembre 2000 : dans un encadré ; plus loin dans la même page, un intertitre avec ; le même journal, jeudi 6 mars 2003, ; "Ouest-France", lundi 15 novembre 2003 : ; site "Breizhoo" : ; "Le Journal du dimanche", 14 novembre 1999 : ; "Diario de Leon", 27 mars 2006 : ..

Arrestation de militants d'ETA

Le mercredi , à Idron, une fourgonnette suspecte est repérée par les policiers à proximité d'un pavillon résidentiel, sur un renseignement provenant de la gendarmerie locale"Ouest-France", cité dans Alain Cabon et Erwan Chartier, Le Dossier FLB - Plongée chez les clandestins bretons, Éditions Coop Breizh, Spézet, novembre 2006, .. Un couple est intercepté alors qu'il part en pleine nuit de la maison en voiture, puis un autre homme, à moto. Deux autres personnes parviennent à quitter la maison sans être repérées. Leur véhicule, une Kangoo, étant tombé en panne, elles l'abandonnent et volent une voiture pour s'enfuir. Les trois personnes arrêtées sont identifiées : il s'agit de Jon Bienzobas, 29 ans, et Francisco Segurola Mayoz, 44 ans, membres de commandos actifs d'ETA, recherchés par les polices française et espagnole. La jeune femme arrêtée en leur compagnie est une militante culturelle bien connue au Pays basque, Mariluz « Argi » Perurena, 28 ans. C'est elle qui aurait loué la maison d'Idron.

Le lendemain, jeudi : Denis Riou, 45 ans, directeur de publication du mensuel Combat Breton, est interpellé à Lanester : il aurait hébergé le commando de Plévin et assuré sa logistique"Le Télégramme", 15 juillet 2002, .. Peu après, Richard Le Faucheux, locataire en titre de l'appartement où le commando aurait été hébergé, est interpellé à Lorient ; il est acquitté en . Charlie Grall, 46 ans, responsable de l'hebdomadaire Breizh-Info, est arrêté alors qu'il prend un verre dans un café de Carhaix avec des amis. À Biarritz, un couple est arrêté : la femme, Sylvie de Artola, serait propriétaire d'une voiture utilisée par le commando pour se rendre en BretagneAlain Cabon et Erwan Chartier, Le Dossier FLB - Plongée chez les clandestins bretons, Éditions Coop Breizh, Spézet, novembre 2006, ..

Découverte des explosifs

Très tôt le , dans la maison d'Idron, la police (DNAT) trouve d'explosifs volées l'avant-veille en Bretagne, ainsi que la quasi-totalité des cordons détonants et détonateurs.

Le même jour, à Séglien, de la dynamite, du nitrate, des détonateurs et des rouleaux de cordeau détonant sont retrouvés dans une fourgonnette, en quantité variable selon les sources : 0,7 à "Le Télégramme", vendredi octobre 1999 : ; le même journal, mercredi 29 novembre 2000 : ; "El Pais", vendredi octobre 1999 : presque ; "Breizh-Info", 8 octobre 1999 : ; "L'Humanité", le 20 avril 2000 : 670 kilos ; site Breizhoo : ; AFP, 28 novembre 2000 : ..

Ces explosifs ne sont pas mentionnés dans le rapport d'expertise.

En , Arnaud Vannier, militant indépendantiste, est mis en examen et écroué.

En , Christian Georgeault, Gaël Roblin, et Pascal Laize sont mis en examen.

Entre le et le , la Guardia Civil, la Policia Nacional et d'autres services espagnols de police récupèrent 657,5 kilogrammes d'explosifs dérobés à PlévinRapport du commissaire Éjarque, 11 juillet 2002..

Fin , l'ARB restitue 98,2 kilos d'explosifs et 440 détonateursDiario de Leon, 27 mars 2006..

C'est la police qui les retrouve en forêt à Perret (Côtes-d'Armor) à la suite d'une communication téléphonique anonyme, selon la version officielleAgence France-Presse, dépêche du 4 avril 2000, citée par Alain Cabon et Erwan Chartier, Le Dossier FLB - Plongée chez les clandestins bretons, Éditions Coop Breizh, Spézet, novembre 2006, .. C'est le juge Thiel en personne qui les reçoit en rencontrant sur place deux militants qui lui remettent tous ces matériels, selon les journalistes Alain Cabon et Erwan ChartierAlain Cabon et Erwan Chartier, Le Dossier FLB - Plongée chez les clandestins bretons, Éditions Coop Breizh, Spézet, novembre 2006, et 277..

Arrestations de militants nationalistes bretons Le vendredi , Alain Solé, 47 ans, militant d'Emgann, est interpellé à son domicile à Fougères. Il est suspecté d'avoir hébergé le commando de Plévin. Contrairement à ce qu'a pu dire la presse au moment de son arrestation, Alain Solé n'a pas été poursuivi pour avoir hébergé des Basques, mais pour avoir loué un camion dont l'enquête établit qu'il n'a pas servi au vol ou à l'évacuation des explosifs volés.

Le , Charlie Grall et Denis Riou sont photographiés par les Renseignements généraux en compagnie de militants basques recherchés par la police, notamment Axier Oiarzabal TxapartegiAlain Cabon et Erwan Chartier, Le Dossier FLB - Plongée chez les clandestins bretons, Éditions Coop Breizh, Spézet, novembre 2006, et 268..

Les Renseignements généraux et leurs collègues de la DNAT disent avoir identifié les Basques le lendemain du rendez-vous du Shamrock, soit le . Le responsable des Renseignements généraux dit avoir prévenu lui-même le chef de la DNAT Roger Marion ce jour-là. Leur identification permet de dire que certains d’entre eux sont recherchés par la justice espagnole (mandat d’arrêt international) et par son homologue française (la juge Laurence Le Vert avait lancé un mandat d’arrêt contre le Basque Axier Oiarzabal Txapartegi au mois de ).

Ces hommes recherchés sont donc identifiés le . À la question posée par le président, lors du procès, à un responsable des Renseignements généraux sur l’attitude des policiers après l’identification des Basques, la réponse a été : « On les a perdus de vue, ils avaient disparu ».

Les policiers souhaitaient peut-être arrêter ces personnes en flagrant délit. Le service des RG les repère à Lorient dans le Morbihan, il les identifie, mais les perd de vue deux jours avant le vol d’explosifs de Plévin. Ils sont retrouvés le lendemain à Idron dans les Pyrénées-Atlantiques, et cela grâce à un renseignement venant d’une « source crédible » que la police tient à garder anonyme.

La version de Roger Marion En 1999, le commissaire Roger Marion est chef de la DNAT. Il affirme qu'une « source sûre et confidentielle » est à l'origine de la surveillance de la maison d’Idron où les accusés basques du vol de Plévin sont repérés. Cette version ne correspond pas à celle donnée par un collègue des Renseignements généraux, ce dernier indiquant que le commando basque est repéré lors de la préparation de leur planque à Idron. C'est par la suite que des Bretons rencontrés à partir du , date du rendez-vous à Lorient, sont inclus dans une procédure de flagrant délit. Ainsi, les services spécialisés de l’antiterrorisme neutralisent un commando repéré d’ETA et, du même coup, plusieurs militants du mouvement breton, les attentats de Belfort et Cintegabelle n’ayant toujours pas été élucidés.

Les interventions de la police à Idron et Lorient pour interpeller le commando et ses hébergeants, et à Biarritz pour interpeller la conductrice du véhicule qui avait conduit le commando en Bretagne, sont rapides et simultanées.

La surveillance policière

D’après les surveillances effectuées sur les militants bretons antérieurement au vol d’explosifs, Denis Riou, Christian Georgeault et un troisième homme non identifié se sont rencontrés dans un café de Carhaix, et cela à deux reprises, le 19 et le . Une des dates données par la police est un dimanche, or ce bar est fermé tous les dimanches depuis fort longtemps. Aucun procès-verbal, pas de notes écrites sur la tenue de ces rendez-vous. Ces policiers étaient venus spécialement de Paris. Ils sont surveillés, chacun de son côté : les deux militants filés se retrouvent à Carhaix les 19 et . Aucune photo de ces rencontres ne figure au dossier. L’accusation se sert des affirmations des policiers pour étayer son « association de malfaiteurs dans le cadre d’une entreprise terroriste ». Les informations des fonctionnaires de la direction générale des Renseignements généraux à leurs collègues de la DNAT sont seulement orales.

Dans le dossier de Plévin figurent une demi-douzaine de photos, prises le au même moment, vers 18 heures, au même endroit, le pub « Shamrock » à Lorient. Denis Riou aurait rencontré « Argi » Perurena dans un restaurant situé près de Carhaix, au Moustoir. Denis Riou affirme y avoir déjà été, mais seul ; vu sa profession, il se déplace souvent dans toute la Bretagne. Les enquêteurs sont passés dans ce restaurant après le vol d’explosifs de Plévin et ont recueilli les témoignages de la propriétaire et d’un employé de cet établissement. Ces témoignages accablent Denis Riou, mais ne sont pas confirmés par les témoins à l’audience.

2000 : attentats en Bretagne

Mort de Laurence Turbec Le vol de Plévin est relié aux attentats qui touchent la Bretagne entre 1993 et 2000. Les explosifs sont utilisés dans l'attentat du contre le McDonald's de Quévert, causant la mort de Laurence TurbecAlain Cabon et Erwan Chartier, Le Dossier FLB - Plongée chez les clandestins bretons, Éditions Coop Breizh, Spézet, novembre 2006, pages 271 à 273..

L'affaire est instruite par le juge Gilbert Thiel, premier juge d'instruction de la section antiterroriste.

Rennes et Quévert : l'érosion progressive de l'accusation

Les coups de feu contre : la brigade de gendarmerie de Guémené-Penfao, le , le Centre régional d'information et de recrutement de la gendarmerie nationale de Nantes, dans la nuit du 15 au ,