Les récepteurs éboueurs (scavengers receptors ou SR) sont une famille de récepteurs de reconnaissance de motifs moléculaires, très divers dans leurs formes. et qui reconnaissent et dégradent les lipoprotéines de basse densité (LDL) modifiées par oxydo-réduction ou acétylation. Ils sont situés à la surface des cellules musculaires lisses (fibroblastes), des macrophages, des cellules dendritiques conventionnelles et des cellules endothéliales.

Introduction Les récepteurs éboueurs ont été initialement identifiés sur les macrophages pour leur rôle dans l’endocytose et la dégradation des lipoprotéines de basse densité modifiées (acétylées).. Ils constituent une superfamille de protéines structurellement hétérogène, regroupant plusieurs classes définies principalement par leur capacité à reconnaître des ligands communs, plutôt que par des similarités structurales.

Les récepteurs éboueurs reconnaissent un large éventail de ligands, incluant des molécules du soi modifiées, des motifs associés aux dommages, des motifs moléculaires conservés associés aux pathogènes tels que le lipopolysaccharide et l’acide lipotéichoïque , ainsi que des protéines endogènes non modifiées, des lipoprotéines, des cellules apoptotiques et divers ligands polyioniques (glucides, protéoglycanes, esters de cholestérol et phospholipides). Les récepteurs scavengers sont des récepteurs de reconnaissance des motifs associés à la membrane.., capables de médier la phagocytose non opsonique directe des microorganismes pathogènes et/ou de leurs produits. Ils peuvent coopérer avec d’autres récepteurs de reconnaissance des motifs, notamment les récepteurs Toll-like, et participer à des fonctions de signalisation en plus de leur activité de capture des ligands.

La reconnaissance des pathogènes par les récepteurs éboueurs exprimés sur les cellules présentatrices d’antigènes induit une réponse inflammatoire, suivie de la phagocytose, du traitement des antigènes et de leur présentation par les molécules du complexe majeur d’histocompatibilité de classe I et II, assurant ainsi le lien entre l’immunité innée et adaptative. Les SR sont exprimés sur de nombreux types cellulaires impliqués dans la défense de l’hôte, notamment les macrophages, les cellules dendritiques, les neutrophiles, la microglie, les lymphocytes B, ainsi que les cellules endothéliales et épithéliales, et jouent un rôle clé dans la reconnaissance précoce des pathogènes et l’activation des réponses immunitaires.

Différents types de récepteur éboueur Les récepteurs éboueurs sont classés en fonction de leur alignement de séquence nucléotidique et de leur structure protéique.. Chaque classe est divisée en sous-classes qui incluent des membres partageant des caractéristiques structurelles. Classe A

Les récepteurs éboueurs de classe A ont un domaine cytoplasmique N-terminal, une seule section transmembranaire et une grande partie C-terminale extracellulaire impliquée dans l'identification du ligand. Les SR de classe A contiennent un domaine de collagène et un domaine riche en cystéine de type A (SRCR) ou un domaine de lectine de type C (CLEC). Les membres comprennent SR-A1 (SCAR-A1 OU MSR1), SR-A3 (SCAR-A3 ou CSR1), SR-A4 (SRCL), SR-A5 (SCAR-A5) et SR-A6 (MACRO) .

Récepteur éboueur A1 (SR-A1) Le récepteur éboueur A1 est le membre le mieux caractérisé. Il reconnaît divers ligands microbiens tels que la lipopolysaccharide, l'acide lipoteichoïque et le CpG oligodeoxynucleotides bactérien, et coopère avec les récepteurs Toll-like pour activer la voie de signalisation NF-κB , induire des cytokines pro-inflammatoires et favoriser la phagocytose des bactéries Gram négatives et Gram positives. Il participe également à la clairance et à la détoxification des endotoxines, à la défense contre plusieurs bactéries (dont Streptococcus, Staphylococcus et Listeria), à la présentation de l’antigène en association avec les protéines HSP70 et à l’élimination des cellules apoptotiques.

Récepteur éboueur A6 (SR-A6) Le récepteur éboueur A6 présente des similarités mais aussi des différences fonctionnelles avec le récepteur éboueur A1. Son domaine SRCR (Scavenger receptor cysteine-rich protein domain) médie la liaison aux bactéries et au lipopolysaccharide, et il coopère avec le récepteur de type Toll 2 et CD14 dans la reconnaissance des glycolipides de Mycobacterium tuberculosis. La déficience en récepteur éboueur A1 ou récepteur éboueur A6 entraîne une désorganisation splénique et une diminution des anticorps circulants dirigés contre les polysaccharides bactériens. Le récepteur éboueur A6 intervient également dans l’adsorption du virus Herpes simplex de type 1 sur les cellules épithéliales. Récepteur éboueur A3 (SR-A3) Le récepteur éboueur A3 est principalement induit par le stress oxydatif et agit comme un gène de réponse cellulaire en piégeant les espèces réactives de l’oxygène ; son expression élevée a été associée aux formes sévères de la maladie main-pied-boucheTian Y, Zhou K, Hu J, Shan MF, Chen HJ, Cheng S, et al. Scavenger receptor class a, member 3 is associated with severity of hand, foot, and mouth disease in a case-control study. Medicine. 2019;98.. Récepteur éboueur A4 (SR-A4) Le récepteur éboueur A4 (SRCL), membre de la famille des collectines, possède un domaine lectine de type C et participe à la phagocytose non opsonique de bactéries, de levures et du zymosan. Récepteur éboueur A5 (SR-A5) Le récepteur éboueur A5 se lie préférentiellement aux lipoprotéines de basse densité modifiées plutôt qu’aux bactéries et exerce un rôle régulateur de l’inflammation en inhibant l’activation de STAT3, suggérant une fonction immunomodulatrice.

Classe B

Les récepteurs éboueurs de classe B se caractérisent par un domaine CD36 hautement conservé et comprennent trois membres : SR-B1 (SCAR-B1), LIMP-2 (SCAR-B2) et CD36 (SCAR-B3). Ils reconnaissent une grande variété de ligands, notamment des bactéries, des virus et les lipoprotéines de haute densité, et sont associés à des processus pathologiques tels que l’athérosclérose, l’infertilité et une immunité innée altérée. Récepteur éboueur B1 (SCAR-B1) Le récepteur éboueur SR-B1 présente deux isoformes (SR-BI et SR-BII) et une structure extracellulaire similaire à CD36. Il lie et internalise diverses bactéries vivantes ou mortes, contribuant à leur clairance et aux réponses inflammatoires . Au niveau hépatique, le récepteur éboueur SR-B1 favorise la clairance du lipopolysacharride et protège contre le sepsis . Il est également impliqué dans l’internalisation du virus de l’hépatite C , l’activation des cellules épithéliales bronchiques en réponse à l’ARN double brin , et facilite l’infection hépatique par Plasmodium Yalaoui S, Huby T, Franetich JF, Gego A, Rametti A, Moreau M, et al. Scavenger receptor BI boosts hepatocyte permissiveness to Plasmodium infection. Cell Host Microbe. 2008;4:283–92. Bien qu’il reconnaisse Mycobacterium tuberculosis in vitro, son rôle in vivo reste limité Schäfer G, Guler R, Murray G, Brombacher F, Brown GD. The role of scavenger receptor B1 in infection with Mycobacterium tuberculosis in a murine model. PLoS ONE. 2009;4.. Récepteur éboueur B2 (SCAR-B2) Le récepteur éboueur B2 ou LIMP-2 est un récepteur éboueur de classe B identifié comme récepteur clé de l’entérovirus 71, capable de lier le virus sous forme soluble et membranaire. L’expression de LIMP-2 dans des lignées cellulaires normalement non permissives rend ces cellules sensibles à l’infection et induit des effets cytopathiques. LIMP-2 sert également de récepteur pour le virus coxsackie A16 , tous deux étroitement associés à la maladie main-pied-bouche . Des cellules L929 exprimant LIMP-2 humain permettent l’entrée et l’infection par plusieurs virus coxsackies (A7, A14, A16), soulignant son rôle essentiel dans l’infection et la propagation virale . Lors de l’infection par l'entérovirus 71, LIMP-2, en association avec un environnement acide, intervient dans la liaison virale, l’internalisation, le décapsidage et améliore ainsi l’efficacité de l’infection .

Récepteur éboueur B3 (SCAR-B3) Le récepteur éboueur B3 ou CD36 est une protéine à deux domaines transmembranaires, avec des extrémités N- et C-terminales cytoplasmiques. Son domaine C-terminal, contenant un motif CXCX5K, interagit avec des kinases de la famille des kinases SRC et active les MAPK. CD36 coopère avec les récepteurs de type Toll 2, les récepteurs de type Toll 4 et les récepteurs de type Toll 6, ainsi qu’avec des intégrines et des tétraspanines, pour induire des réponses inflammatoires, notamment après reconnaissance de l'acide lipotéichoïque ou des lipoprotéines diacylées via le complexe récepteur de type Toll2–récepteur de type Toll 6 . Il joue un rôle clé dans la phagocytose de nombreuses bactéries (E. coli, Klebsiella, Salmonella, Staphylococcus, Enterococcus) via des voies dépendantes des kinases JNK (c-Jun N-terminal kinases) et récepteur de type Toll 2/récepteur de type Toll 4 , participe à la défense antifongique contre Cryptococcus neoformans et module la susceptibilité aux infections mycobactériennes .

Classe C Les récepteurs charognards de classe C n'ont été décrits que chez Drosophila melanogaster et n'ont pas d'équivalents chez les mammifères. Classe D CD 68 CD68 est le seul membre appartenant à la classe D des récepteurs éboueurs. Les récepteurs éboueurs de classe D contiennent un domaine de type mucine, un centre riche en proline, des domaines de glycoprotéine membranaire associée au lysosome (LAMP), un seul transmembranaire et une petite queue cytoplasmique.

CD68 est abondamment exprimé par les cellules immunitaires, notamment les monocytes, les macrophages tissulaires (péritoine, foie, poumons, rate), les cellules de Langerhans et la microglie. Il agit comme récepteur scavenger en liant l’oxLDL, des lectines et des sélectines, et participe à l’endocytose et à la phagocytose. Marqueur classique des macrophages, CD68 intervient dans la différenciation de la lignée monocyte/macrophage.

In vivo, CD68 contribue à la polarisation macrophagique M1/M2, en association avec des facteurs transcriptionnels tels que pSTAT1, CMAF et RBP-J . Bien que le CD68 soit largement utilisé comme marqueur macrophagique, son rôle fonctionnel exact dans l’immunité et l’inflammation demeure partiellement élucidé et nécessite des investigations supplémentaires.

Classe E

Les récepteurs de la classe E appartiennent à la famille des récepteurs de lectine de type C (CLEC) des cellules NK. Il comprend quatre membres : SR-E1 (LOX-1) , SR-E2 (Dectin-1), SR-E3 (MRC1) et SR-E4 (ASGPR1). Récepteur éboueur E1 (SR-E1) Le récepteur éboueur E1 , aussi appelé LOX-1 (lectin-like oxidized low-density lipoprotein receptor-1), est le membre le mieux caractérisé. Chez l’humain, il est constitué d’un domaine cytoplasmique N-terminal, d’un segment transmembranaire, d’un domaine extracellulaire en « col enroulé » (neck) et d’un domaine lectine de type C. Le récepteur éboueur E1 reconnaît de nombreux ligands, notamment des cellules apoptotiques, des bactéries Gram positives et Gram négatives, ainsi que la protéine C-réactive de la phase aiguë. Il participe à la présentation antigénique via le complexe majeur d'histocompatibilité de classe I dans les cellules dendritiques en association avec HSP70 et active la voie NF-κB, jouant ainsi un rôle clé dans les réponses pro-inflammatoires des cellules immunitaires et vasculaires .

In vivo, l’invalidation du récepteur éboueur E1 réduit l’inflammation, l’œdème pulmonaire et l’hyperactivation des neutrophiles lors de la septicémie polymicrobienne, soulignant son rôle central dans la signalisation immunitaire pendant l’infection . Dans le système nerveux central, le récepteur éboueur E1 coopère avec le récepteur éboueur A1 pour induire une réponse antibactérienne, avec une régulation partielle dépendante de récepteur de type Toll 2 . Récepteur éboueur E2 (SR-E2)