Joseph Joffre, né le à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) et mort le à Paris (Seine), est un général, maréchal de France et membre de l’Académie française. Il s'illustre notamment comme généralissime des armées françaises durant la Première Guerre mondiale entre 1914 et 1916.
Après un début de carrière marqué par les expéditions coloniales (Tonkin, Soudan français et Madagascar), il est nommé en 1911 chef d'état-major général de l'Armée, notamment parce qu'il est un spécialiste de la logistique ferroviaire. En 1914, en tant que commandant en chef des armées, il met en œuvre le plan de mobilisation et de concentration (le ), puis fait appliquer le principe de l'« offensive à outrance », alors enseigné à l'École de guerre, qui se révèle extrêmement coûteux en vies humaines, notamment lors de la bataille des Frontières. Il est ensuite l'artisan de la victoire alliée lors de la bataille de la Marne.
Confronté à l'impasse de la guerre de position sur le front de l'Ouest, ses offensives de l'hiver 1914-1915 (en Champagne), du printemps 1915 (en Artois), de l'automne 1915 (de nouveau en Artois et en Champagne) et de l'été 1916 (sur la Somme) échouent. Fin 1916, il est élevé à la dignité de maréchal de France et remplacé par le général Nivelle. En , il conduit avec Viviani la délégation française envoyée aux États-Unis et convainc le président Wilson de hâter la formation et l'envoi de l'armée américaine sur le front. En 1918, il est élu à l'Académie française.
Carrière militaire au service du génie Jeune officier venu du Roussillon vignette|gauche|redresse|Le polytechnicien Joseph Joffre à l'âge de dix-sept ans.|alt=Photographie noir et blanc d'un jeune homme en uniforme de polytechnique. Joseph Joffre naît à Rivesaltes, le , à du matin. La famille, d'origine catalane, est aisée et nombreuse : le père, Gilles Joffre (1823-1899), est tonnelier et la mère, Catherine Plas (1822-1899), mère au foyerDossier personnel de Joseph Jacques Césaire Joffre au château de Vincennes. Légion d'Honneur, . Acte de naissance : Ville de Rivesaltes, extrait des registres de l'état-civil.. Son père, d’abord apprenti tonnelier, crée son propre atelier de tonnellerie avant de se tourner vers la culture de la vigne et acquérir l’aisance nécessaire à l’éducation de ses enfants. Élève brillant, Joseph Joffre fait d'abord ses études secondaires au lycée François-Arago de Perpignan, puis en 1868 au lycée Charlemagne à Paris en classe préparatoire aux grandes écoles. Classé sur 132 au concours d’entrée à l'École polytechniqueOuvrir la , sélectionner l’onglet « Catalogues de la BCX → Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « Joseph Joffre », résultat obtenu : « Joffre, Joseph Jacques ; 1852-1931) ».Durant la même période, d'autres futurs maréchaux de France entrent à Polytechnique pour y être formés : Maunoury en 1867, Foch en 1871, ou encore Fayolle en 1873. de , il est le benjamin de sa promotion car il n'a que dix-sept ans. Un de ses amis dira de lui : .
Il suit l'instruction militaire depuis quelques mois quand la guerre franco-prussienne éclate durant l’. Il est aussitôt affecté au , près de La Villette. Il est déçu par la médiocrité de la défense française. Joseph Joffre participe à la guerre comme sous-lieutenant des , et enfin d'artillerie. En seulement, il retrouve l'École polytechnique avec ses camarades. Durant la semaine sanglante, Joffre se montre hostile à la Commune de ParisBiographie de Joseph Joffre sur le site du ministère de la Défense français..
En , il retrouve une nouvelle fois l'École. À sa sortie de Polytechnique, il choisit le génie militaire et est affecté au à Montpellier en . Promu lieutenant en 1872, il est détaché à l'École d'application de l'artillerie et du génie à Fontainebleau. Il fait la connaissance d'une jeune veuve, Marie-Amélie Pourcheiroux de six ans son aînée, qu'il épouse le mais qui meurt en couches quelques mois après, le à Montpellier. Il demande sa mutation.
Joffre est affecté au à Versailles au cours du . Il participe à la reconstruction de l'enceinte fortifiée de Paris puis il dirige la construction du fort de Montlignon (Val-d'Oise, 1874). Initié franc-maçon en 1875, il fait partie de la loge Alsace-Lorraine. Nommé capitaine, le jeune officier part pour Pontarlier travailler aux fortifications du Jura en 1876, notamment au fort de Joux, puis à celles de Mont-Louis et Villefranche-de-Conflent de 1883 à 1884.
Sa demande de partir pour l'Extrême-Orient est acceptée quelques mois après son dépôt, à la fin de l'année 1884.
Campagnes coloniales vignette|redresse|Joseph Joffre, chef de bataillon (1889).|alt=Photographie noir et blanc d'un homme debout en uniforme, le coude sur un meuble.
Expédition du Tonkin De retour à Paris, le capitaine Joffre reçoit sa mutation en Extrême-Orient, où la France cherche depuis plusieurs années à accroître son emprise économique et militaire. En , il embarque à Marseille et arrive sur l'île de Formose un mois et demi plus tard. Là-bas, il est nommé chef du génie sous les ordres de l'amiral Courbet. Chargé de fortifier la base de Chilung (organiser la communication, fortifier et loger), Joffre suit l'objectif de remporter la mainmise sur le Tonkin dans la guerre franco-chinoise.
Deux ans plus tôt, en , l'Annam avait accordé un protectorat français sur le Tonkin contre l'avis de la Chine. Nommé chef du génie à Hanoï, Joseph Joffre organise les postes de défense du Tonkin septentrional en . Il tente d'améliorer les hôpitaux, d'ouvrir de nouvelles routes, des digues et des bureaux pour l'armée française. Son supérieur écrit :
Au mois de suivant, la Chine abandonne toute prétention sur le Tonkin. Très satisfait de son subalterne, Courbet fait décorer l'officier du génie de la Légion d'honneur le .
En , le capitaine Joffre obtient sa première citation pour sa participation, au sein de la colonne Brissaud, aux opérations contre la position retranchée de Ba Dinh. Il y dirige les travaux de sape contre la citadelle assiégée et joue un rôle dans la victoire : il est cité à l'ordre de la division du Tonkin (). En , il quitte le Tonkin pour faire le tour du monde (Chine, Japon et États-Unis).
De retour en France en , il est attaché au cabinet du directeur du génie et promu au grade de commandant l'année suivante. Chef de bataillon, il est affecté au du génie à Versailles où il se spécialise dans la logistique ferroviaire. En 1891, on le retrouve chargé de cours à l'École d'application de l'artillerie et du génie à Fontainebleau. En , le commandant Joffre est envoyé en Afrique dans la région du Soudan français (aujourd'hui le Mali) réclamé par le colonel Louis Archinard. Là, son objectif est de diriger la construction d'une ligne de chemin de fer entre Kayes, la capitale de la région depuis 1892, et Bamako.
Conquête de Tombouctou vignette|Le fort Bonnier qu'a fait construire le lieutenant-colonel Joffre à Tombouctou.|alt=Photographie noir et blanc de divers hommes blancs inspectant des troupes coloniales. En , Louis Albert Grodet succède au général Archinard comme gouverneur du Soudan français. Paris lui demande d'étendre la conquête française, mais de manière pacifique à la différence de son prédécesseur. En déplacement à Tombouctou avec son secrétaire, le lieutenant Boiteux, en , Grodet est irrité par les officiers français.
Prétextant un danger réel et malgré le refus du gouverneur, le lieutenant-colonel Eugène Bonnier envoie deux colonnes de troupes, terrestre et navale, pour les protéger. La colonne terrestre est confiée au commandant Joffre alors mêlé à « la campagne de 1894 ». Bonnier ayant péri au cours d'une bataille contre les Touaregs, ce sont les hommes de Joffre qui prennent avec succès Tombouctou le .
Le commandant des Forces françaises du Soudan français déclare :
Après la prise armée de Tombouctou et la soumission de ses habitants, Joffre est promu commandant de la région de Kayes-Tombouctou avec le grade de lieutenant-colonel en . À son départ, la région semble au pouvoir des conquérants français. En , il est affecté à l'état-major du génie et devient secrétaire de la commission d'examen des inventions pour l'Armée. Il revoit une ancienne connaissance, Henriette Penon, mariée, avec qui il a une liaison. Un enfant, Germaine, nait le : nul ne saura jamais si l'enfant est bien de Joffre ou du mari de sa maîtresse.
Expédition de Madagascar Nommé colonel deux ans plus tard, il participe sous les ordres du général Joseph Gallieni, gouverneur général de Madagascar, à la campagne de colonisation de l'île lancée depuis les et 1896. Joffre est alors chargé de la fortification du port de Diego-Suarez pour lutter contre la poche de résistance malgache qui irrite beaucoup Gallieni.
À cause d'intrigues politiques, il est contraint de repartir en métropole en À Paris, certains membres du haut commandement et des parlementaires sont hostiles à la promotion de Joffre à Madagascar pour des raisons encore inconnues.. Entre-temps, il est promu général de brigade et rappelé par Gallieni. Joffre est de retour à Madagascar pour achever sa mission en .
Son travail exécuté, il retourne en France au cours du ; il est fait commandeur de la Légion d'honneurA., , ..
À la tête de l'armée française Après un bref passage comme commandant de la de cavalerie à Vincennes, il est nommé directeur du génie au ministère de la Guerre en . Le , âgé de cinquante-trois ans, il épouse civilement Henriette Penon. La même année, il obtient sa troisième étoile de général de division et devient en 1906 le nouveau chef de la d'infanterie à Paris, puis il est nommé inspecteur permanent des écoles militaires en . En , le divisionnaire prend en charge le commandement d'un corps d'armée : le d'armée à Amiens. C'est de ce poste qu'il est chargé par le gouvernement Clemenceau de réprimer, à la tête de de cavalerie, en 1909, la grève des boutonniers de l'Oise, notamment dans le canton de MéruOlt, Début de la grève des boutonniers de l'Oise le , La Brique 2009..
Le général Joffre devient membre du Conseil supérieur de la guerre en . Il prend une part active dans l'élaboration des plans de mobilisation, qui induisent les opérations militaires à mener contre l'Allemagne.
Au Conseil supérieur de la guerre réuni le , le général Michel, chef stratégique des armées (vice-président du Conseil supérieur de la guerre et « Généralissime » en temps de guerre), présente ses propositions pour modifier le de 1909. Pour faire face à l'invasion prévisible de forces allemandes surpuissantes par les plaines belges (entre mer du Nord et massif des Ardennes), le général Michel propose notamment la mise en production d'une industrie lourde performante et le doublement des effectifs combattant en 1ère ligne en associant étroitement unités d'active et unités de réservistes pour défendre en priorité toute la frontière avec la Belgique.. Ce plan est rejeté à l'unanimité par les membres du Conseil. Deux jours après, le , qualifié d' par le ministre de la Guerre Adolphe Messimy, Michel est destitué de ses fonctions en Conseil des ministres.
Messimy réforme alors le haut commandement militaire français. Les fonctions de chef d'état-major général (assurées jusqu'alors par le général Augustin Dubail) et de vice-président du Conseil supérieur de la guerre (généralissime en temps de guerre).. ne font plus qu'une. Dans un premier temps, le général Gallieni, , est consulté pour prendre la tête de l'Armée ; mais il refuse en faisant état de la limite d'âge () et de sa santé fragile. Deux autres généraux sont proposés : Paul Pau et Joseph Joffre. Le général Pau refuse pour deux raisons : son âge également de et le fait que le gouvernement aura son mot à dire sur la nomination de ses officiers généraux. Par défaut, le , c'est Joseph Joffre qui est nommé tandis qu'Augustin Dubail est rétrogradé sous les ordres de Joffre avec le simple titre de Ibid. page 39. Le passé de franc-maçon de Joffre lui a sans doute valu d’être Note biographique de l'Académie française.