Emerald ( en breton, Émeraude en français) est le vingt-troisième album original d'Alan Stivell et son dix-neuvième album studio, sorti le . L'album célèbre les quarante ans de carrière d'Alan Stivell (« noces d'émeraude ») commencée avec Reflets (1970), son premier album chanté professionnel sorti sous le nom « Alan Stivell ».

Étapes de réalisation

Concept Le titre de l'album est en anglais (plutôt qu'Émeraude en français ou Emrodez en breton) car Stivell trouvait qu'il sonnait mieux dans cette langueRonan Le Flécher, Noces d'émeraude pour Alan Stivell : il fête ses 40 ans de carrière avec un album et une tournée, Agence Bretagne Presse, 28 octobre 2009. De plus, il est polysémique : au sens premier c'est le minéral et pierre précieuse d'émeraude, la couleur de la nature et pour les alchimistes, l'émeraude (dans laquelle on aurait taillé le Graal) perce les ténèbres et symbolise la régénération. Pour Alan Stivell, il s'agit aussi de noces d'émeraude, 40 ans après la sortie de son premier album professionnel RefletsRégis Le Sommier, « Alan Stivell, le druide de la musique celtique », Paris Match, 25 novembre 2009, voir un clin d’œil à la côte d'Émeraude située près de son lieu de résidence. La couleur glaz (pays Glazik), un mot breton qui n'a pas d'équivalent en français (bleu-vert), est mise en avant dans le graphisme ; le vert, synonyme de naturel et d'équilibre, et le bleu, synonyme de fraîcheur et de liberté, peuvent également représenter l’optimisme, la sérénité, le calme, le bonheur, l’énergie, la réussiteSignification de la couleur "Vert", toutes-les-couleurs.com. Il choisit de voyager à travers les pays celtiques, à travers le monde (Afrique, Inde, Amérique) et les courants musicaux qui l'ont influencé (rock, électro, traditionnel).

De l'enregistrement à la présentation sur scène thumb|Dom DufF participe au chant à l'album Alan Stivell fini son « travail-passion » de création le 30 juin 2009Citations issues du site officiel d'Alan Stivell consacré à l'album en 2009.. L'enregistrement mêle cornemuses acoustique et MIDI, de même que pour les harpes. Il utilise déjà la cornemuse MIDI dans son précédent album et concernant la harpe MIDI, il réussit à appliquer ce principe à son instrument dès 1987, sur la harpe douze cordes réalisée par Leo Goas. Cependant, pour lui, « la réalité technologique n'avance pas aussi vite que les idées ou que la musique ». La réalisation de l'album montre malgré tout l'évolution technologique depuis ses premiers enregistrements. Le mastering est effectué à Londres mi-juilletpochette de l'album.

Le single Brittany's est disponible sur l'iTunes Store dès le 28 juilletFanch Broudic, Le 23e CD d'Alan Stivell, blog "Langue bretonne", 14 octobre 2009. L'album sort le 22 octobre sous le label Harmonia Mundi. Il est présenté dans l'émission CD'Aujourd'hui le 29 octobre 2009 sur France 2Alan Stivell : Emerald, CD'Aujourd'hui, 29 octobre 2009, france2.fr. En novembre, il donne un concert événement au Bataclan à Paris et une prestation au festival Yaouank à Rennes, avec la présence lors de ce grand fest-noz de Dom DuffYaouank 2009. 7.000 participants au fest-noz géant de Rennes, Le Télégramme, 22 novembre 2009. Dès janvier, Alan Stivell et ses musiciens démarrent au Canada une tournée mondiale qui passe ensuite par la France, puis une rencontre de harpistes en Irlande au printemps, un voyage au Vietnam pour préparer une résidence avec des musiciens vietnamiens, présentée aux Tombées de la Nuit à Rennes en juilletAlan Stivell, l’homme de la mer : Nouvel album, Emerald, RFI Musique, 14 décembre 2009. Le single Brittany's est la musique officielle du 40e Festival interceltique de Lorient 2010, utilisée pour la communication de cette édition où la Bretagne est à l'honneur et Alan Stivell à l'affiche avec Emerald Tour. Au début de 2011, à la suite du MIDEM à Cannes, l'album est distribué dans plusieurs pays européensOn va s’gêner ! - 27/01/11, europe1.fr, consulté le 29 juin 2015.

Réception dans les médias Alan Stivell est l'invité d'honneur de l'émission On va s'gêner présentée par Laurent Ruquier sur Europe 1 le 27 janvier 2011, au cours de laquelle Brittany's est diffusé. Dans l'émission Taratata, diffusée le 17 mai 2011 sur France 2, il interprète Brittany's avec ses musiciens et Robert Le Gall Brittany's", Émission "Taratata" n°385 du 17 mai 2011 (Spécial Celtique). En conclusion de l'interview, le présentateur Nagui déclare à propos de l'album Emerald : Interview Alan Stivell, Émission "Taratata" n°385 du 17 mai 2011.

Dans Télérama, Eliane Azoulay écrit : Eliane Azoulay, Emerald, Télérama, n° 3122, 14/11/2009. Yves Pouchard, dans Le Parisien, estime que Yves Pouchard, Les noces d'émeraude d'Alan Stivell, Le Parisien, 22 octobre 2009.

La revue Musique bretonne compare cet opus au précédent et aux disques des débuts : . Yann Bertrand, l'auteur de la chronique, poursuit avec une autre comparaison : .

Caractéristiques artistiques

Analyse des chansons Brittany's - Ar Bleizi mor (« De Bretagne - Les loups de la mer ») Les paroles écrites par Stivell placent la Bretagne comme un acteur du monde et rappellent le sens de son existence. Il est question de la mer comme trait d’union des pays celtiques, mais aussi la langue comme trait d’union entre les peuples puisque Alan Stivell mélange le breton, l’anglais, le français et le gaéliqueGuillaume Lhénaff, Brittany’s – Ar Bleizi mor, Khimaira, 29 juillet 2009. La musique et l'interprétation présentent un côté breton assez « ethnique », rassembleur autour d'une joie partagée ; . Cela s'exprime par exemple par l'influence de la « gamme vannetaise », le balancement, les anticipations, les ornementations des marches traditionnelles des sonneurs de couple, l'influence du rock anglais et pour les paroles une couleur irlandaise, citation d'Alan Stivell. Le début est un assemblage « fantaisiste » de mots piochés dans un mélange de langues celtiques, ce qui évoque sa vision du monde celteParoles Brittany's (Ar Bleizi Mor), Lyric Wiki. Les assonances en d rendent le début dansant et l'emploi de la flûte irlandaise, du violon et de la bombarde en fait une sorte de nouvel hymne. « Océanais on est », les citoyens de la mer, pourrait être sa devise, car ça exprime à quel point, pour un marin, sa patrie c'est la mer (c'est-à-dire le monde mais c'est aussi son pays, la Bretagne). Le refrain (« Ar Bleizi mor… ») est directement inspiré des chants bretons qu'il chantait chez les scouts Bleimor (« loup de mer »)Ar Bleizi-Mor (Les Loups de Mer) ; paroles et notes du chant collecté par Jean-Marie de Penguern. Au dernier couplet, il revient au breton à des quasi-onomatopées qui ont quand même un sens.

thumb|Ruines du château de Duntulm sur l'île de Skye, siège du clan Mac Donald au .

Lusk Adaptation de l'air écossais et des paroles en breton Luskell va bag de Yann Kerlann, avec une traduction libre en français en sous-titre : « Swing ma barque, vers Skye ». Cette ballade raconte l'échappée du prince Bonnie Charles vers l'île de Skye, grâce à l'aide de la jeune Flora McDonald, après sa défaite à la bataille de Culloden en 1746 : c'est la fin des espoirs de restauration de la lignée des Stuarts sur les trônes d'Écosse et d'AngleterreSkye Boat Song, cornemusique.free.fr. Dans les paroles, Stivell joue avec les deux noms gaéliques de ce chant, pour rappeler son origine de l'île de Skye, mais aussi avec l'onomatopée la plus utilisée dans les Hébrides, hirio, qui signifie en breton « aujourd'hui »Paroles Lusk, Lyric Wiki. Il revendique aussi .

Marionig Déclinaison en slow d'un thème mélodique autrefois sonné dans des concours de bagadoùGérard Simon, Alan Stivell embrase les Nuits Salines à Batz-sur-Mer, Culture & Celtie pour l'Agence Bretagne Presse, 30 juillet 2010. Les paroles sont un hommage à Marion du Faouët (Marionig ar Faoued, 1717-1755)Evain Brice, « La seconde vie de Marion du Faouët », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, janvier 2014 (n° 121-1), p. 85-113, chef d'une bande de voleurs de grand chemin qui ne versaient pas le sang et épargnaient les pauvres, partie en guerre contre les Prévôts du roi de FranceParoles Marionig, Lyric Wiki ; une pour le chanteur.

Tamm ha tamm (« Peu à peu ») Le chant débute avec un écho comme dans les montagnes mais où les tempi hypnotiques de la danse bretonne kost ar c'hoad, proche de la gavotte, sont bien présents. Puis, le dialogue en kan ha diskan fait apparaître le chanteur Dom DufF à la fin de l'Appel à la danse, un peu en surpriseGuillaume Lhénaff, Emerald, Khimaira, 29 juillet 2009. Le chant exprime l'une des préoccupations essentielles pour Stivell : la nécessité de la réunification de la Bretagne, le fait que Nantes (ancienne capitale du duché de Bretagne) doit être, d'évidence, une des trois « capitales » bretonnes, avec Rennes et BrestTamm ha tamm, forum officiel, Traduction du breton « Nous sommes restés des petits enfants, dont les Français ont étouffé la volonté en leur laissant régler les choses dans notre vie. Peu à peu, heureusement, est changé notre sentiment. Maintenant est en nous l'envie de bien garder cette maison »Philippe Argouarch, « Alan Stivell : Encore plus fort », Agence Bretagne Presse, 20 août 2009. Il utilise la harpe pour le thème instrumental mais elle prend également le rôle de guitare électrique solo, qu'elle remplace totalement.

upright|vignette|Avec sa harpe électrique, il utilise des pédales d'effets, de distorsion, boucle, delay. Gaels' call (Glaoch na nGael) « L'appel des Gaëls » (Galv ar gouezel), « "jig binaire et normale" et round pagan », très rock et subtilement électro. La partie percussions du milieu mêle la harpe qui prend un son de guitare électrique, la cornemuse midi électronique et traditionnelle, la batterie de Marcus Camus jouée en « rebondissements » à la caisse claire écossaise d'Iwan Ellien du Bagad Gwengamp.

Harplinn Morceau improvisé de harpe, entre inspiration celtique et jazzy (avec parfois des illusions de contrebasse) que Stivell présente ainsi :

Goadec Rock ; une réinterprétation d'une danse plinn en hommage aux chanteuses qui l'ont le plus influencé, où le rythme et la transe de ces danses sont associés à la musique rock, clin d'œil à la fusion déjà présente dans Pop Plinn en 1971.

Eibhlin (Eibhlin a Ruin / Eileen Aroon) « Viendras-tu Eileen, amour ? », chant gaélique d'un dialogue d'un homme et d'une femme, celle-ci qui se trouve déchirée entre sa famille et son amour.

Aquarelle / Er penn all d'al lanneg En ouvrant au hasard la revue Al Liamm, Alan tombe sur le poème O terriñ kleuz (« Autour du talus ») de Jakez Konan (1910-2003) qu'il chante pour s'amuser sur le thème instrumental An hader qu'il connaissait depuis longtemps sans avoir eu l'occasion de l'enregistrer. Et comme le poème , il l'enregistre d'une voix douce à laquelle se joignent violon, harpe, guitare acoustique 12 cordes.

An hirañ noz (« Longue nuit d'hiver ») Chant qui s'inspire du traditionnel gallois (All Through the Night en anglais, A-hed an noz en breton)Paroles A-hed an noz (Au long de la nuit) avec une interprétation telle une berceuse ; l'introduction s'inspire du penillion gallois, une tradition qui consiste à jouer à la harpe un morceau et improviser un chant en superposition. Ce chant nocturne intime est ouvert sur les rêves des enfants et l'espoir timide des adultes, à Noël ou au creux de la nuit du solstice d'hiverCf. le sous-titre « Noël, Espoir / Longue nuit d'hivers, les enfants rêvent, les grands espèrent ».