Le Brésil colonial correspond à l'histoire du Brésil couvrant la période allant de 1500, année de l'arrivée des Portugais sur ce territoire, à 1815. Sa superficie était de en 1750.

En 1815, est institué le Royaume uni de Portugal, du Brésil et des Algarves qui succède à la Vice-royauté du Brésil ((pt) Vice-reino do Brasil), qui prend fin entre 1822, année de l'indépendance, et 1825, année de la reconnaissance par Lisbonne du Brésil impérial.

Au cours de plus de trois siècles d'histoire du Brésil colonial, le développement économique de ce vaste territoire reposa d'abord sur l'exploitation du bois-brésil (), puis sur la production de sucre () et, enfin, sur la recherche d'or et de diamants (). Les esclaves, en particulier ceux venus d'Afrique, fournissaient la plus grande partie de la main-d’œuvre de l'économie brésilo-portugaise.

Contrairement aux anciennes colonies espagnoles voisines qui se sont fragmentées, l'ancienne colonie portugaise a gardé son intégrité territoriale et son unité linguistique après son indépendance, donnant lieu à la création du plus grand pays de la région, le Brésil.

Le début de l'ère coloniale (1500-1530) Le Portugal et l'Espagne ont été les pionniers européens de la découverte des routes maritimes qui ont permis de relier entre eux tous les continents du monde, marquant le début du processus de mondialisation. En plus d'être une période aventureuse de découverte et de colonisation de terres lointaines, ces années connaissent d'importants progrès en cartographie, construction navale et instruments de navigation, domaines dans lesquels explorateurs portugais et espagnols ont pris rapidement l'avantage.

En 1494, les deux royaumes de la péninsule Ibérique se partagent le nouveau monde par le traité de Tordesillas et, en 1500, le navigateur Pedro Alvares Cabral débarque sur l'actuel Brésil et tout de suite en prend possession au nom du roi Manuel de Portugal. Les Portugais commencent très vite à exploiter le bois-brésil pour la qualité de son bois et le colorant rouge qu'il contient.

L'époque de l'exploration La découverte du Brésil par les Européens a été précédée par une série de traités entre les rois du Portugal et de Castille, qui étaient les souverains des deux principales puissances maritimes à l'époque. Le plus important de ces traités est le traité de Tordesillas, signé en 1494, qui crée le « méridien de Tordesillas », divisant le monde entre ces deux royaumes. Toutes les terres découvertes ou à découvrir à l'est de ce méridien doivent devenir biens du Portugal, toutes celles à l'ouest, de l'Espagne.

Le méridien de Tordesillas partage l'Amérique du Sud en deux parties, laissant une grande partie des terres à exploiter aux Espagnols. Le traité de Tordesillas est sans doute l'événement le plus décisif de toute l'histoire du Brésil, car il est le seul à décider qu'une partie de l'Amérique du Sud doit être colonisée par le Portugal et non l'Espagne.

Découverte et premiers peuplements Le , sous le règne de Manuel , une flotte dirigée par le navigateur Pedro Alvares Cabral débarque au Brésil et en prend possession au nom du roi. Bien qu'on débatte encore pour savoir si des explorateurs portugais avaient pris pied antérieurement au Brésil, cette date est largement acceptée comme le jour de la découverte du territoire par les Européens. Cabral était à la tête d'une flotte de et de plus de empruntant le chemin suivi par Vasco de Gama pour se rendre en Inde en contournant l'Afrique. Le point d'arrivée de Cabral est maintenant connu sous le nom de dans le nord du Brésil.

Après le voyage de Cabral, le Portugal concentre ses efforts sur ses possessions lucratives en Afrique et en Inde et s'intéresse peu au Brésil. Entre 1500 et 1530, relativement peu d'expéditions portugaises viennent en explorer les côtes ou récupérer le bois. En Europe, ce bois est utilisé pour produire un colorant utilisé pour teinter les textiles de luxe. Pour récupérer le bois de cette forêt tropicale humide, les Portugais et autres Européens comptent sur le travail des indigènes, qui travaillent en échange de produits européens comme des miroirs, des ciseaux, des couteaux et des haches.

vignette|200px|Le bois-brésil, qui a donné son nom au Brésil, a un bois sombre recherché et fournit une teinture rouge. À ce stade précoce de la colonisation, mais aussi plus tard, les Portugais comptent souvent sur l'aide d'aventuriers européens qui vivent avec les Aborigènes et qui en connaissent les langues et la culture. Les plus célèbres d'entre eux étaient les Portugais João Ramalho, qui a vécu parmi les Guaianaz près de l'actuel São Paulo, et Diogo Álvares Correia, surnommé Caramuru, qui a vécu parmi les indigènes Tupinamba près de Salvador de Bahia.

Comme le temps passe, les Portugais réalisent que certains pays européens, en particulier la France, envoient également des expéditions vers le nouveau pays pour en ramener du bois-brésil. Préoccupée par les incursions étrangères et espérant découvrir des richesses minières, la couronne portugaise décide d'envoyer des missions de grande envergure pour prendre possession de la terre et combattre les Français. En 1530, une expédition menée par Martim Afonso de Sousa arrive à patrouiller tout le long de la côte, à en chasser les Français et à créer les premiers villages coloniaux, comme São Vicente, situé sur la côte.

Colonisation Dans un premier temps, le Brésil met en place une quinzaine de capitaineries héréditaires privées. Celle de Pernambouc réussit dans la culture de la canne à sucre. Celle de São Vicente prospère en vendant les autochtones comme esclaves. Les treize autres capitaineries échouent, conduisant le roi à faire de la colonisation une affaire royale plutôt qu'une affaire privée. En 1549, Tomé de Sousa fait voile vers le Brésil pour créer un gouvernement central. De Sousa amène avec lui des Jésuites, qui créent des missions, sauvent beaucoup d'indigènes de l'esclavage, étudient les langues indigènes et convertissent au catholicisme de nombreux autochtones. Les travaux des Jésuites pour pacifier une tribu hostile aide les Portugais à chasser les Français installés sur une colonie établie sur l'actuelle Rio de Janeiro.

Capitaineries vignette|200px|Carte (1574) de Luís Teixeira, montrant la localisation des capitaineries brésiliennes. Pour coloniser le Brésil, le Portugal commence par créer des (capitaineries héréditaires), système qui a déjà été utilisé avec succès dans la colonisation de l'île de Madère. Les coûts de la colonisation étant transférés au secteur privé permettent à la couronne portugaise de faire d'importantes économies. Aussi, entre 1534 et 1536 le roi Jean III partage le Brésil en 15 capitaineries qui sont attribuées aux nobles portugais qui en veulent et ont les moyens d'administrer et d'explorer leur concession. Les capitaines bénéficient d'amples pouvoirs pour administrer et tirer profit de leurs possessions.

Des 15 capitaineries d'origine, seulement deux, Pernambouc et São Vicente, peuvent prospérer. L'échec de la plupart des autres capitaineries est lié à la résistance des peuples autochtones, aux naufrages et aux conflits internes entre les colonisateurs. Pernambouc, la capitainerie qui a le mieux réussi, appartient à Duarte Coelho, qui a fondé la ville d'Olinda en 1536. Sa capitainerie prospère avec la construction de sucreries à partir de 1542. Le sucre est une marchandise qui se vend très bien en Europe et sa production devient la principale ressource du pays au cours des 150 années suivantes.

La capitainerie de São Vicente, propriété de Martim Afonso de Sousa, produit aussi du sucre mais sa principale activité économique est la traite des esclaves autochtones.

Gouvernement général À la suite de l'échec de la plupart des capitaineries et face à la présence menaçante de navires français sur les côtes brésiliennes, le gouvernement du roi Jean décide de faire de la colonisation du Brésil une entreprise royale. En 1549, une grande flotte dirigée par Tomé de Sousa met les voiles sur le Brésil où il est chargé d'établir un gouvernement central dans la colonie. Tomé de Sousa, le premier gouverneur général du Brésil, a des instructions détaillées, préparées par l'entourage du roi, sur la façon d'administrer et de favoriser le développement de la colonie. Son premier acte est la fondation de la capitale, Salvador da Bahia, dans le nord du Brésil, dans l'état actuel de Bahia. La ville est construite sur les pentes d'une colline surplombant la baie de (Tous les Saints) et est divisée en une zone supérieure administrative et une zone inférieure commerciale avec un port. Tomé de Sousa visite également les capitaineries pour réparer les villages et réorganiser leurs économies. En 1551, la colonie devient un diocèse dont le siège est à Salvador.

Le deuxième gouverneur général, Duarte da Costa (1553-1557), connait des conflits avec les Amérindiens et de graves différends avec des colons et l'évêque. Les guerres contre les indigènes autour de Salvador absorbent une grande partie de son gouvernement. Le fait que le premier évêque du Brésil, Pero Fernandes Sardinha, soit tué et mangé par les indigènes Caeté après un naufrage en 1556 illustre à quel point la situation est tendue entre les Portugais et de nombreux autochtones. thumb|right|250px|Le centre historique de Salvador de Bahia a une architecture typiquement portugaise. Le troisième gouverneur général du Brésil est Mem de Sá (1557-1573), un administrateur efficace qui réussit à vaincre les Aborigènes et, avec l'aide des jésuites, à expulser les calvinistes français qui ont établi une colonie à Rio de Janeiro (la France antarctique). Son neveu, Estácio de Sá, fonda la ville de Rio de Janeiro en 1565.

La grande taille du Brésil conduit à la division de la colonie en deux (États) en 1621, lorsque le roi Philippe crée l’, la plus importante colonie qui a Salvador comme capitale, et l’, avec comme capitale. L'état du Maranhão est divisé en 1737 en et avec comme capitale. Chaque état est dirigé par un gouverneur.

Après 1640, les gouverneurs du Brésil sont des nobles de haut rang qui commencent à utiliser le titre de (vice-roi). En 1763, la capitale de l’ est transférée de Salvador à Rio de Janeiro. En 1775, les trois États (Brésil, Maranhão et Grão-Pará) sont unifiés dans la vice-royauté du Brésil, avec Rio de Janeiro comme capitale, et le titre de représentant du roi est officiellement remplacé par celui de vice-roi du Brésil.

Comme au Portugal, chaque village et ville colonial a un conseil municipal (), dont les membres sont des personnalités de la société coloniale (propriétaires terriens, commerçants, marchands d'esclaves). Les conseils municipaux coloniaux sont responsables de la réglementation du commerce, des infrastructures publiques, des artisans, des prisons, etc.

Les missions des Jésuites Tomé de Sousa, premier gouverneur général du Brésil, amène avec lui le premier groupe de jésuites de la colonieFor a comprehensive history of the Jesuits in Brazil see Serafim Leite, S.J. História de Companhia de Jesus no Brasil. 10 vols. Lisbon 1938–50.. Plus que tout autre ordre religieux, les Jésuites représentent le côté spirituel de la colonisation et jouent un rôle central dans l'histoire coloniale du Brésil. La conversion au catholicisme sert de justification importante aux conquêtes des Portugais et les Jésuites sont officiellement soutenus par le roi, qui ordonne à Tomé de Sousa de leur donner tout le soutien nécessaire pour christianiser les peuples autochtones.