Iberia est une suite pour piano écrite par Isaac Albéniz entre 1905 et 1909.

Genèse Iberia, « douze nouvelles impressions en quatre cahiers », est une suite de douze morceaux de piano répartis en quatre cahiers, dont chacun comporte trois pièces. La suite, qui consiste essentiellement en une évocation musicale de l’Andalousie, a été composée de façon échelonnée entre 1905 et 1909 alors que le musicien était malade.

L'exécution intégrale des quatre cahiers dIberia dure un peu plus d'une heure trente.

Il s’agit de son œuvre la plus connue, encensée de son temps par Claude Debussy, qui écrit en 1913 :

Olivier Messiaen considère qu’elle « représente peut-être le chef-d'œuvre de l’écriture pour piano ». Après-guerre, les enregistrements d'Alicia de Larrocha en 1962 (EMI), 1972 (Decca) et 1986 (Decca) réalisent une osmose parfaite entre la partition et son interprète et popularisent l'œuvre définitivement<ref>Diapason d'octobre 2007</ref>.

Composition Cahier I Les trois pièces sont dédicacées à Jeanne née Escudier, épouse d'Ernest Chausson. Evocación ; El Puerto, évocation de la ville de El Puerto de Santa María dans la province de Cadix ; Corpus Christi en Sevilla (Fête-Dieu à Séville), évocation d'une procession, rythmée par les tambours, qui s’éloigne progressivement.

Cahier II

Les trois pièces sont dédicacées à Blanche Selva. Rondeña, évocation de la ville de Ronda dans la province de Malaga, ou encore danse inspirée du flamenco ; Almería, du nom de la ville Almería ; Triana, qui reprend une danse inspirée du flamenco sévillan.

Cahier III Les trois pièces sont dédicacées à , fille du compositeur Alphonse Hasselmans et maîtresse du compositeur Gabriel Fauré. El Albaicín, évocation du quartier gitan de Grenade ; El Polo, quartier populaire de Madrid, mais aussi le nom d’une danse d’Andalousie ; Lavapiés, autre quartier populaire de Madrid, la seule pièce dont le titre ne s'inspire pas de l’Andalousie, mais reprenant tout de même une rythmique de tango andalou.

Cahier IV Les trois pièces sont dédicacées à l'épouse du critique musical Pierre Lalo. Málaga, inspirée par la ville de Malaga ; Jérez, inspirée par la ville de Jerez de la Frontera ; Eritaña, qui est une auberge située hors les murs de Séville.

Premières auditions Le calendrier des premières auditions d’Iberia d’Albéniz est si complexe que « les musicologues ont eu […] de la peine à donner les lieux et les dates exacts de toutes ces créations » indique Guy Selva, biographe de Blanche Selva. Il précise qu'Henri Collet, un des premiers biographes d'Albéniz, a commis « plusieurs erreurs, qui ont été par la suite reprises par d’autres auteurs ». Neuf des douze pièces ont été créées par la pianiste française Blanche Selva, au fur et à mesure de leur composition, les trois autres pièces ayant été données en première audition par Joaquim Malats (Triana) et par Clara Sansoni (Lavapiés et Jérez) : premier cahier : le , création à Bruxelles aux concerts de La Libre Esthétique par Blanche Selva ; le , première audition privée à Paris par Blanche Selva dans le salon de la princesse de Polignac ; le , première audition publique à Paris, Salle Pleyel, par Blanche Selva ; deuxième cahier : création en trois temps : le , au Teatro principal de Barcelone, création de la pièce n°3 Triana par Joaquim Malats ; le à Saint-Jean-de-Luz, création de la pièce n°2 Almería par Blanche Selva ; le à Saint-Jean-de-Luz, création de la pièce n°1 Rondeña par Blanche Selva ; troisième cahier : création des deux premiers morceaux par Blanche Selva en deux temps à Saint-Jean-de-Luz, le pour le morceau n°2 El Polo, et le pour le morceau n°1 El Albaicín ; création du morceau n°3 Lavapiés par Clara Sansoni le à la Salle Érard lors d'un concert à la mémoire d'Albéniz ; quatrième cahier : le , création des morceaux n°1 et 3 Málaga et Eritaña par Blanche Selva au Grand Palais à une séance musicale du Salon d'Automne organisée par Armand Parent à la mémoire d'Albéniz ; le , création du morceau n°2 Jérez par Clara Sansoni à la Salle Érard lors d'un concert à la mémoire d'Albéniz.

Principaux interprètes Si les trois premiers interprètes dIberia ont été les pianistes Blanche Selva, Joaquim Malats et Clara Sansoni, la suite est entrée rapidement au répertoire de nombreux pianistes dont Lucette Descaves, José Iturbi, François Lang, Lazare-Lévy, Marguerite Long, Yvonne Loriod, Alexandre Ribó, Arthur Rubinstein, Robert Schmitz, Magda Tagliaferro, Joaquín Turina, José Vianna da Motta, Ricardo Viñes qui joua très souvent Triana au cours de sa carrière.

Parmi les enregistrements intégraux, on peut citer Esteban Sánchez, Alicia de Larrocha (à trois reprises : 1962, 1973, 1986), Ricardo Requejo, Aldo Ciccolini, Jean-François Heisser, Olivier Chauzu, Bernard Job, Hervé Billaut, Rafael Orozco, Aldo Ciccolini et Kotaro Fukuma. Claudio Arrau a enregistré les deux premiers cahiers, comme Daniel Barenboïm ou Esteban Sánchez.

Orchestrations

Désiré-Émile Inghelbrecht a orchestré trois morceaux d'''Iberia (El Puerto, El Albaicín, Fête-Dieu à Séville) pour un ballet intitulé Iberia (scènes espagnoles) et créé le par les Ballets suédois de Rolf de Maré au Théâtre des Champs-Élysées, avec une chorégraphie de Jean Börlin.

Fin juin 1928, Maurice Ravel a envisagé d’orchestrer six des douze morceaux d’Iberia pour composer la musique d’un ballet espagnol commandé par Ida Rubinstein, comme il en a fait la demande à la veuve d’Isaac Albéniz :

En effet, Arbós est l'orchestrateur depuis les années 1910 de plusieurs pièces de Iberia : El Puerto, Fête-Dieu à Séville, Triana, El Albaicín, Évocation et trois de ces morceaux orchestrés, El Albaicín, Fête-Dieu à Séville et Triana, ont été regroupés pour former un ballet intitulé Triana, fantaisie chorégraphique sévillane en trois tableaux, créé à l'Opéra-Comique le par La Argentina et ses Ballets espagnols. L'été 1928, Ravel a finalement décidé de renoncer à l'orchestration de Iberia d'Albéniz pour composer une œuvre de son cru, Bolero, entre juillet et octobre 1928.

Si l'orchestration de la suite Iberia par Enrique Fernández Arbós est la plus connue, d'autres compositeurs en ont également orchestré des morceaux dont Leopold Stokowski qui a orchestré Fête-Dieu à Séville et l'a enregistré le avec l'Orchestre de Philadelphie pour le label La Voix de son maître ; Carles Suriñach ; Francisco Guerrero qui a orchestré cinq pièces tirées de Iberia ; Peter Breiner qui a orchestré la suite intégrale de Iberia.

Transcriptions et arrangements Il existe un enregistrement d'une version pour trois guitares d'El Polo, Triana et El Albaïcin avec Paco de Lucía. Une intégrale pour deux guitares, enregistrée en re-recording, a été réalisée par Jean-Marc Zvellenreuther.

Discographie

Alicia de Larrocha Hispavox, 1962, Decca, 1973, Decca, 1986. Ricardo Requejo Claves, 1986, Diapason d'Or. Rafael Orozco Naïve, 1992. Esteban Sánchez Brilliant Classics, 2004, Diapason d'Or. Marc-André Hamelin Hyperion, 2004, version élue par La Tribune des critiques de disques de France Musique, 2018. Olivier Chauzu Calliope, 2006, Diapason d'Or. Bernard Job Perspectives Musicales 2008 Kotaro Fukuma Hortus, 2012 Nelson Goerner Alpha Classics, 2022.

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

Iberia Catégorie:Œuvre d'Isaac Albéniz Catégorie:Transcription pour orchestre d'harmonie Catégorie:Œuvre musicale composée en 1909