est un film japonais réalisé par Mikio Naruse, sorti en 1957 et adapté d'un roman homonyme de Shūsei Tokuda publié en feuilleton dans le journal Yomiuri Shimbun en 1915.

Synopsis Au début de l'ère Taishō, à Tokyo, la jeune Ōshima est la seconde épouse de Tsuru, un homme aisé qui la traite comme une domestique. Celui-ci a une maîtresse, Oyū, mariée elle aussi. Lorsque Ōshima fait une fausse couche en tombant dans l’escalier après une violente dispute, elle est renvoyée dans sa famille adoptive.

Elle part travailler à l’auberge d'une ville de montagne pour rembourser les dettes de son frère. Elle y noue une liaison avec Hamaya, le propriétaire des lieux, marié et père de deux enfants ; découverte par la tenancière, elle est reléguée dans une station thermale où elle lave le linge à la rivière. Son père, la croyant tombée dans la prostitution, vient la ramener à Tokyo et la sépare de son amant.

De retour dans la capitale, elle se met en ménage avec Onoda, un tailleur, et ouvre avec lui un atelier de couture exploitant le marché naissant du prêt-à-porter occidental. Femme énergique et combative, Ōshima se querelle — parfois jusqu'aux mains — avec son mari. Elle se rend dans les montagnes pour rembourser une dette à Hamaya, et y apprend qu'il est mort de la tuberculose.

Quand elle découvre que cette même Oyū est la maîtresse de son mari, une violente altercation éclate entre les deux femmes. Ōshima décide de quitter le foyer, téléphone à Kimura, le jeune tailleur récemment embauché par le couple, et lui propose de partir avec elle monter une nouvelle affaire en embauchant aussi le meilleur apprenti de l’atelier.

Fiche technique Titre français : Une femme indomptable Titre alternatif : Une femme indomptée Titre original : あらくれ (arakure) est la nominalisation du verbe 荒くれる (arakureru) et désigne un tempérament ou un comportement rude et violent, ou une personne de ce caractère (« 荒くれ男 ») Titre anglais : Untamed ou Untamed Woman Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Yōko Mizuki d'après un roman de Shūsei Tokuda Musique : Ichirō Saitō Photographie : Lumière : Montage : Eiji Ooi Assistant réalisateur : Masayoshi Kawanishi Consultant historique : Shōhachi Kimura Producteur : Tomoyuki Tanaka Société de production : Tōhō Pays de production : Langue originale : japonais Genre : drame Format : noir et blanc — 1,37:1 — Format 35 mm — son mono Durée : — (métrage : 12 bobines - ) Date de sortie : Japon : . (sortie limitée) — (sortie générale)

Distribution Hideko Takamine : Ōshima Ken Uehara : Tsuru, son premier mari Masayuki Mori : Hamaya, son amant Daisuke Katō : Onoda, son second mari Eijirō Tōno : le père d'Ōshima Seiji Miyaguchi : Sotaro, le frère aîné d'Ōshima Teruko Kishi : la mère d'Ōshima Chieko Nakakita : Osuzu, la sœur aînée d'Ōshima Takeshi Sakamoto (Shōchiku) : Kisuke, le père adoptif d'Ōshima Noriko Honma : Otora, sa femme : le vieux maître retraité de la pépinière Uegen Haruo Tanaka : Fusakichi, son fils Mitsuko Miura (Toei) : Oyū, la "rivale" d'Ōshima Takashi Shimura : le propriétaire d'un moulin à riz Tatsuya Nakadai : Kimura, le jeune couturier Yatsuko Tan'ami : la professeur d'ikebana Sadako Sawamura : la tante d'Ōshima Bokuzen Hidari : le vieil homme qui tient la confiserie Kokuten Kōdō : Kinshichi, le père d'Onoda : le propriétaire du ryokan : Sato, l’épouse du propriétaire du ryokan : un benshi qui bonimente un film muet Natsuko Kahara : Otoku, une voisine Yaeko Izumo : la coiffeuse (Daiei) : Oshin (Shintōhō) : le grand-père (famille Hamaya) Noriko Sengoku : Okimi, la femme de Hamaya : Junkichi, le garçon (crédité Tsuneo Miura) : la vieille femme qui tient la confiserie : l'artisan du magasin Shiba : l'artisan du magasin Nezu : le gardien de l'école : un employé de l’atelier de couture : un employé de l’atelier de couture

Autour du film Audie Bock écrit à propos du film que « Naruse souhaitait réaliser un film sur une femme forte, mais se plaignait que le public ne s'intéresserait qu'aux héroïnes maltraitées et pathétiques. Cette héroïne tombe amoureuse et se laisse facilement tromper. Croyant agir à sa guise, elle finit par être victime des circonstances. »

Naruse rend ici un hommage teinté d'humour aux benshi, les bonimenteurs du cinéma muet japonais. Vers le milieu du film, Ōshima et Hamaya assistent à une projection : à l'écran, deux amants — dont la femme semble être un onnagata — conversent sur une plage, tandis que la voix du benshi accompagne la scène. Le benshi est aussi montré en pleine performance. La séquence se poursuit jusqu'à ce que la pellicule se déchire, interrompant brutalement la projection.

Analyse Selon Catherine Russell dans , Une femme indomptable occupe une place singulière dans l'œuvre tardive de Mikio Naruse. Adapté par Yōko Mizuki du roman naturaliste de Shūsei Tokuda (1915), le film suit Ōshima, incarnée par Hideko Takamine dans l'une de ses interprétations « les plus actives et les plus énergiques », un personnage que Russell tient pour « l'un des plus libérés de toute l'œuvre de Naruse ». Couturière qui monte sa propre affaire, se bat à coups de poings, roule à bicyclette et rejette les hommes qui la déçoivent, Ōshima incarne la figure de la « femme nouvelle » que Naruse avait explorée dès les années 1930.

Le paradoxe central du film ne tient pas à un déplacement de l'intrigue vers le passé : le roman de Shūsei Tokuda, publié en 1915, est déjà ancré dans cette époqueLa traduction anglaise du roman par Richard Torrance — Rough Living (University of Hawai'i Press, 2001) — situe explicitement l'intrigue dans le Japon Meiji, en suivant la vie d'Ōshima de 1884 à 1910., et le film place son carton d'ouverture au « début de l'ère Taishō »Les caractères japonais en surimpression sont : .. Russell s'appuie sur le critique Richard Torrance, selon qui Tokuda n'était pas tant un défenseur des droits des femmes qu'un auteur fasciné par « un nouveau type d'être humain… qui ne se souciait d'aucune convention sociale ». Le corps, le jeu et l'énergie de Hideko Takamine sont manifestement ceux des années 1950, mais elle se trouve « lâchée dans le Japon d'il y a quarante ans » ; le film, écrit Russell, « déplace ainsi son énergie féministe sur une représentation datée de la modernité ». Ce décalage n'est pas fortuit : Naruse reconnaît lui-même que « le thème d'une héroïne indépendante et volontaire n'avait guère de succès au box-office ». Le cadre d'époque, déjà donné par le roman, devient alors un abri commode — un moyen de faire exister une femme moderne là où le présent des années 1950 ne semblait plus vouloir d'elle. Ses énergies, conclut Russell, sont « dirigées vers le passé plutôt que vers l'avenir » — comme si Naruse, dans un présent devenu « mélancolique et sombre », ne parvenait plus à trouver de place pour une telle femme.

Russell insiste sur la vitesse du récit comme forme même de la modernité : le film « passe si brusquement d'une phase de la vie d'Ōshima à la suivante que la rapidité de la modernisation s'y trouve littéralement mise en scène ». Chutes et ascensions sociales s'enchaînent, marquées par les coiffures et surtout par les vêtements. La mode joue ici un rôle décisif : en s'appuyant sur Walter Benjamin, pour qui « l'éternel est plutôt un volant à une robe qu'une idée », Russell voit dans le spectacle d'Ōshima « l'annonce de la fin d'une époque ».

Le film contient enfin sa propre réflexivité. Lors de la séquence du cinéma dans le cinéma, la pellicule se rompt et « l'écran vire au blanc » ; Naruse interrompt le réalisme narratif par un « procédé réflexif habile ». Russell y lit un indice ambigu : ce geste vers l'avant-garde reste « un geste plutôt qu'une action ».

Récompenses et distinctions 1958 : Prix du film Mainichi de la meilleure actrice pour Hideko Takamine (conjointement pour Chronique d'un couple avec joie et tristesse de Keisuke Kinoshita).

Notes et références

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