Les sièges de Buda sont deux épisodes de la campagne de Hongrie qui oppose la Sainte Ligue et l’Empire ottoman. Ils font suite au second siège de Vienne entrepris par les Turcs en 1683, qui marque la reprise de la guerre austro-turque (1683-1699). Victorieux à la bataille de Vienne, les Habsbourg lancent une vaste contre-offensive pour conquérir la Hongrie et sa capitale, Buda, ottomane depuis plus d'un siècle. Après un demi-échec sanglant devant la ville en 1684, la Sainte Ligue mobilise deux ans plus tard une armée importante et s'empare de Buda après un long siège.

La Sainte Ligue Formation de la Sainte Ligue Lors du , la capitale du royaume de Hongrie était tombée aux mains des Turcs. Au cours des qui suivent, elle est gouvernée par les Ottomans, qui y imposent le système administratif de leur empire.

À la suite de la défaite ottomane devant Vienne en 1683, l’empereur Léopold juge opportun de contre-attaquer plus à l’est, transformant ainsi la victoire tactique que constitue la levée du siège de Vienne en victoire stratégique, destinée à permettre la conquête de la plaine hongroise. Avec l’appui du pape Innocent XI, il participe à la formation d'une Sainte Ligue contre la grande puissance musulmane, unissant sous sa bannière le roi Sobieski de Pologne et la république de Venise, officialisée le .

Composition

La Sainte-Ligue est une coalition de princes chrétiens, catholiques et protestants, dirigée contre la présence ottomane en Europe. Elle regroupe le Saint-Empire, représentés par les États héréditaires des Habsbourg, les électorats de Saxe, de Bavière et de Brandenbourg.

À cette coalition d'États monarchiques s'ajoutent des volontaires venus de toute l'Europe, notamment , attirés par l'esprit de croisade, ainsi que des compagnies venues des cercles impériaux.

Cette coalition est soutenue financièrement par le Pape et l'Espagne, qui fournissent l'argent nécessaire à l'entretien de l'armée coalisée.

Armée

L'armée rassemblée par la Ligue pour la conquête de Buda regroupe, le , , appartenant à des détachements envoyés par les princes chrétiens.

C'est donc une armée de vétérans qui se prépare à conquérir la ville de Buda en 1686.

Buda, objectif de la Sainte-Ligue

Capitale du royaume de Hongrie, la ville foyer culturel au , la ville occupe au milieu de un site stratégique sur le Danube, inexpugnable avec les moyens de l'époque; la ville fait l'objet, entre 1541 et 1684, de cinq tentatives de reconquête menées par les Habsbourg, toutes vouées à l'échec.

Cependant, au fil des hostilités qui se prolongent et en dépit des exhortations du Saint-SiègeLe Saint-Siège subventionne la campagne à hauteur de florins., la conquête de Buda ne constitue plus un objectif essentiel pour l'Autriche, dont les généraux développent différentes stratégies pour la conduite de la guerre.

Le premier siège en 1684 Opérations autour de la ville La ville d'Esztergom, capitale du sandjak éponyme, est prise après un court siège (du 22 au ), assurant à l'armée impériale une base solide au nord de BudaAugustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 932 à 939. Au printemps 1684, une armée d'environ , commandée par Charles V de Lorraine, marche sur Buda pour la libérer des Turcs. Le , les Impériaux apprennent que le serasker est arrivé à Buda pour prendre la tête des opérationsAugustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 965-966.

Le pont sur le Danube à Esztergom ayant été rétabli le , la tête de l'armée impériale, commandée par et le général de cavalerie Louis-Guillaume de Bade-Bade atteint les murs de Visegrád le . La ville, située en face d'Esztergom sur la rive gauche du Danube, est prise d'assaut ; une diversion ottomane vers Esztergom, le , reste sans effet, et la citadelle de Visegrád capitule le Augustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 969 à 972.

Le , à Vác, l’armée impériale tombe sur un le corps d'armée turc, fort de . Alors que les Turcs se sont retranchés sur une position favorable, Charles V, à l'issue d'une préparation d'artillerie, part à l’assaut des positions ottomanes. Le centre de l'armée impériale, mené par Maximilien von Starhemberg, met l'ennemi en fuite à l'issue de la brève bataille de Vác. La ville tombe aux mains des Autrichiens le soir même.

Prise de Pest et opérations à Buda vignette|350px|Siège de Buda, peinture anonyme (v. 1700) Le , le gros de l’armée impériale entre dans la cité de Pest, que les Turcs ont incendiée en la quittant. Repassant le Danube à Vác, les Autrichiens mettent le siège devant Buda, tenue par Turcs. L’armée impériale, forte de , entreprend le bombardement de la forteresse avec le , date anniversaire du début du siège de Vienne. la conduite du siège est confié au maréchal von Starhemberg, le défenseur héroïque de Vienne.

Le , Charles de Lorraine s'installe avec son armée sur les hauteurs qui entourent Buda, laissant l'assaut de la ville aux soins de Stahremberg. Le même jour, l'armée du serasker tente une attaque sur les arrières des Impériaux tandis que les janissaires de la garnison de Buda, par un mouvement concerté, font une sortie contre les assiégeants ; cette attaque reste sans effetAugustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 981-982. Le , l’armée impériale envahit la partie basse de la ville de Buda, mais, faute d'un contingent suffisant pour l'occuper, le maréchal von Starhemberg ordonne d'incendier les maisons.

Le , le gouverneur de Buda, Kara Mohammed Pacha, est tué par une bombe ; Cheytan Ibrahim Pacha lui succède et tient en échec les assaillantsJ. de Hammer, Histoire de l'Empire Ottoman depuis son origine jusqu’à nos jours, vol. 12, p. 155. Au cours des mois de juillet et d'août, l’armée impériale multiplie les assauts contre la citadelle, mais est chaque fois repoussée. Au début du mois de septembre, un général autrichien signale à l’état-major que le nombre de combattants valides a fondu à et que le moral des troupes est au plus bas. Le , un corps d'armée de réserve atteint Buda, et on organise la relève.

Du 22 au , une armée de secours ottomane commandée par le serasker tente plusieurs attaques contre les lignes extérieures des assiégeants, appuyées par des sorties de la place. L'arrivée de renforts allemands commandés par l’Électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière amène le serasker à se retirer. Le , l’Électeur envoie un émissaire au pacha de Buda pour le sommer de capituler : le pacha lui fait voir ses fortifications, ses troupes et ses provisions pour lui montrer qu'il n'a aucune raison de se rendreAugustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 990 à 994. Au fil des assauts, rendus encore plus meurtriers par les tirs de la garnison assiégée, l’armée impériale perd l'espoir. Le maréchal von Starhemberg, grièvement blessé, perd la confiance de la troupe : il est alors relevé de son commandement.

Le mois d'octobre est marqué par des pluies incessantes, ce qui accélère la décision de repli. Charles de Lorraine, malade, laisse le commandement à l’Électeur de Bavière et au comte de Caprara. Le , l’armée autrichienne lève le camp après de siège, non sans avoir rasé la ville de Pest et les faubourgs de Buda pour ne pas les laisser à l'ennemi. Elle a été décimée pour plusieurs raisons : multiples escarmouches, dysenterie, épidémie de fièvre, des tranchées mal dessinées, et divers mécomptes tactiques. La retraite est rendue encore plus difficile par le harcèlement de la cavalerie turque, la crue du Danube qui complique la circulation des péniches et la rupture du pont d'Esztergom qui ne sera rétabli que le . Les pertes de l'armée chrétienne sont évaluées entre et Augustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 995 à 997.

Le second siège en 1686 vignette|droite|450px|L'armée impériale pénétrant dans Buda : Charles V de Lorraine (à cheval, à gauche) et Eugène de Savoie (à cheval, à droite) devant le corps du général ottoman Abdurrahman Abdi Pacha. Peinture de Gyula Benczúr, 1896 Préparation Instruit par l'échec de 1684, Charles de Lorraine ne relance les opérations qu'à l'issue d'une minutieuse préparation ; la campagne de 1685 donne aux troupes impériales, en dépit de succès en apparence modestes, de solides bases de départ en vue du siège, mettant la ville presque sur la ligne de front austro-turque. La prise de Neuhaeusel (Nové Zámky, Érsekújvár, Uyvar), capitale du pachalik d'Uyvar, le , assure ses communications au nordAugustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 1026 à 1029.

En 1686, deux années après le premier siège avorté de Buda, la Couronne d'Autriche lance une nouvelle campagne d'invasion de la Hongrie ottomane. Cette fois, l'armée de la Sainte Ligue, deux fois plus nombreuse qu'en 1684, compte de toutes nationalités, des artilleurs et des officiers en grand nombre. L'état-major impérial songe d'abord à s'emparer de Stuhlweissenburg (Székesfehérvár) ou d'Erlau (Eger), ou à mener un raid contre le pont d'Osijek, voie de passage vitale de l'armée ottomane sur la Drave ; mais la sécheresse cause une pénurie de fourrage pour la cavalerie et retarde le début des opérationsAugustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 1045 à 1049. Le , le chancelier impérial donne l'ordre de reprendre le siège de Buda.

Opérations Les opérations pour la prise de la ville débutent le contre des forces ottomanes composées de troupes de forteresse et de la garnison de Buda. Selon des prisonniers ottomans, la garnison se compose de janissaires et autres soldats sous un chef âgé mais résolu, Abdurrahman Abdi Pacha.

La place est investie à partir du par des unités de cavalerie, rapidement rejointes par les unités d'infanterie. Le siège proprement dit commence le 18 par les travaux de terrassement, destinés à protéger les assaillants d'une attaque de l'extérieur, mais la tranchée est ouverte seulement le 20, marquant le début officiel du siège, tandis que l'artillerie de siège arrive dans le camp chrétien.

Face à ces préparatifs de siège, les Ottomans ne restent pas inactifs. En effet, dès le , la cavalerie alliée doit repousser une tentative de secours de la ville menée depuis les confins ottomans; un détachement de est ainsi détaché pour la protection des pionniers, chargés des travaux de terrassement, indispensables à la prise de la ville. Le prince Eugène et ses dragons couvrent l'arrière-garde autrichienne contre l'armée de secours turque.

La brèche est ouverte dans la ville basse, à la suite d'un intense pilonnage sur les murailles de la ville. La ville basse est prise d'assaut le , les Ottomans se repliant dans la ville haute, dans l'attente de l'armée de secours.

La ville haute subit un intense bombardement, créant des brèches dans la muraille de la citadelle et touchant notamment la poudrière. Un assaut est alors ordonné, à l'issue duquel des unités allemandes parviennent à conquérir une partie de la première muraille de la citadelle.

Le , on annonce l'arrivée d'une armée de secours ottomane de sous le commandement du grand vizir . En fait, seul un détachement de et se présente devant les lignes des Impériaux le ; il est repoussé et sont tués. Une nouvelle tentative pour faire entrer des renforts dans la place, le , est encore un échec. Le grand vizir livre une série d'escarmouches au sud de Buda avant de se replier sur Esseck (Osijek) et abandonner la forteresse à son sortAugustin Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, p. 1087 à 1110.

Une fois les armées de secours ottomanes écartées, le siège reprend avec plus d'intensité à partir du , réduisant une à une les défenses de la ville.

Négociations avec le pacha Parallèlement aux opérations militaires, Charles de Lorraine, l'un des commandants de l'armée chrétienne, souhaite obtenir la reddition de la ville, encerclée par un triple réseau de tranchées et de fortifications.