Petronella Moens, née à Kûbaard en Frise le et morte à Utrecht le , est une écrivaine néerlandaiseGobbers, ..
Introduction Si, à l'âge de quatre ans, elle était déjà presque aveugle, elle devint néanmoins l'une des plus célèbres écrivaines de son temps. D'abord, elle dictait à ses amis les textes de ses œuvres ; plus tard, elle engagea une secrétaire afin de l'aider à les écrire. Son œuvre se compose de plus de 150 titres : des poèmes (de circonstance), des articles de revues, des pièces de théâtre, des romans moralisateurs (qui appartiennent au courant de fond du romanticisme aux Pays-Bas) ainsi que des romans épistolaires, des récits, des discours moralisateurs et religieux, des contributions à des almanachs, des pamphlets politiques et de la littérature pour enfantsKlapwijk (réd.)..
Biographie Enfance et éducation vignette|L'église de Kûbaard, le village où Petronella Moens naquit en 1762.vignette|L'église réformée néerlandaise d'Ysendyck, la ville où Petronella Moens séjournait lorsqu'elle subit une attaque sévère de variole, qui eut comme conséquence qu'elle devint malvoyante.Fille de Petrus Moens (1732-1803), un prédicant, et de Maria Albertina Lyklama Nijholt (1732-1766), Petronella Moens resta célibataire. Des quatre enfants de ses parents, y compris un fils Josiah mort peu après sa naissance en 1761, elle était la deuxième fille. Ayant atteint l'âge de deux ans, Petronella déménagea avec ses parents et sa sœur Adriana, âgée de trois ans de plus, de Kûbaard (près de Franeker) à AardenburgHagen. en Flandre zélandaise, où son père avait été appelé comme ministreVan Gemert, .. En 1766 mourut sa mère en couches à la naissance de son quatrième enfant, Baukje Maria. La même année, lorsqu'elle séjournait chez un oncle et une tante à Ysendyck, Petronella subit une attaque sévère de variole, qui eut comme conséquence qu'elle devint malvoyante à jamais. Ce handicap n'entravait pourtant guère son développement. Petronella, dont le surnom était (« Pierrot le Potentat, le déterminé »), avait un caractère très vif. De son père, elle apprit à écrire des lettres. À lui, elle devait son amour d'auteurs tels que Hooft et Vondel. Amatrice de livres, elle se fit lire beaucoup par des parents et des amis, dont Adriana van Overstraten et Rebekka Dresselaer-Ooremans. Petronella faisait preuve de dons intellectuels par une mémoire fabuleuse et par ses aptitudes verbales.
Les sociétés poétiques vignette|La synagogue portugaise d'Amsterdam, représentée sur une estampe d'après Jan Schouten (coll. des Archives de la ville d'Amsterdam). À la demande de ses parnassim, les poétesses Moens et Van Overstraten écrivirent l'épopée biblique Esther (1786).vignette|droite|Frontispice de la (Le Printemps en trois chants), de Petronella Moens, ouvrage publié chez Arend Fokke à Amsterdam en 1788. Le leitmotiv de son œuvre est son engagement social. Presque tous ses écrits sont consacrés à la patrie. Incessamment, Moens propageait les vertus, bien connues au , de la piété et du patriotisme, ce qu'elle fit plus particulièrement dans les sociétés poétiques où sa carrière avait commencé. En 1783, lorsqu'elle atteignit l'âge de 21 ans, le (La diligence est la mère des arts) de Rotterdam l'invita à devenir membre honoraire. Cette société poétique était devenue un rempart des patriotes, où l'on estimait que Moens s'avérerait un excellent propagandiste politiqueDe Vries, .. Ravie, Moens se décrivit elle-même humblement comme « […] une rimeuse, ignorante dans l'art ou la métrique, qui, trop souvent emportée par ses pulsions, se perd et qui ne peint ses tableaux que par le moyen de l'imagination Petronella Moens, cité dans Klapwijk (réd.). ».
Il ne lui manquait d'ailleurs pas d'imagination. Elle excellait dans la poésie dramatique et les dialogues. Ce fut en partie grâce à ce talent qu'en 1785, à l'âge de 23 ans, elle remporta la médaille d'or au concours annoncé par une société littéraire et poétique d'Amsterdam, l', pour son poème (Le Vrai Chrétien)De Vries, ..
Peu de temps après, elle commença sa collaboration avec Adriana van Overstraten, fille d'un bourgmestre de Berg-op-Zoom, avec qui elle écrivit Esther, en quatre livres (1786), qui leur valut une médaille d'or, décernée par les parnassim de la synagogue portugaise d'AmsterdamJ.D./L., .. Cinq autres publications collectives suivirent, entre autres l’ de Moens (1788), œuvre pour laquelle elle reçut un plateau d'argent de l'administration communale d'Aardenburg. Dans le dernier recueil qu'elle publia en collaboration avec Van Overstraten, (Mélanges poétiques, 1791), sont incluses ses (Pensées poétiques sur la traite d'esclaves) : un poème qui reflète le parcours patriotique que Moens suivait de plus en plus vers la fin des années 1780 et qui entraîna probablement la séparation de Van Overstraten d'avec elle.
Pour (Les Fleurs d'or, ou soucis officinals [?]), une des huit sociétés poétiques patriotiques auxquelles Moens était affiliée, elle composa un monologue de la reine égyptienne Cléopâtre qui permet au lecteur d'apprendre ce qu'est le vrai patriotisme : Cléopâtre, refusant de se rendre à l'empereur romain Auguste, choisit de se suicider. Lorsque Moens s'occupe du personnage historique Jan van Oldenbarnevelt, homme d'État néerlandais, elle le représente montant sur l'échafaud pour être décapité, disant adieu à son épouse et à ses enfants, qui étaient sa consolation, parce qu'en eux, son patriotisme se perpétue.
Moens et les révolutions française et batave vignette|Gravure de Reinier Vinkeles, représentant Bernardus Bosch, le ministre chez qui Petronella Moens habitait à partir de 1792. vignette|Nombreuses furent les contributions de Petronella Moens au périodique (Le Philanthrope), cofondé par Martinus Nieuwenhuyzen, ici représenté dans un portrait peint par Adriaan de Lelie, conservé à l'hôtel de ville de Haarlem.Au début des années 1790 commença une période troublée pour Moens. À partir de 1792, elle et sa sœur habitaient chez le ministre Bernardus Bosch, qui était un patriote aussi radical qu'elle. Bosch, ayant dû quitter son poste à Diemen, avait déménagé à Berg-op-Zoom, ville où il avait fondé une filiale d'une société du bien public, la . Il s'efforçait de produire autant de propagande que possible contre le stathouder. Moens et lui formèrent bientôt un partenariat étroit d'écrivains ; ensemble, ils publièrent, entre autres, quelques louanges sur la nouvelle constitution de France, , ainsi qu'un chant de fête pour la Société néerlandaise du bien public, (1792). En outre, Moens collabora à la revue Jensen, . (Le Philanthrope, 1793-1797) de Bosch. Ensemble, ils écrivirent, entre autres, (L'Amour désintéressé et la Vraie Amitié, 1791) et (Notre devoir de travailler dans l'intérêt de la société, 1791). À l'été de 1792, l'écrivaine entama une nouvelle étape de sa vie, très peu conventionnelle, en quittant Aardenburg avec sa sœur Baukje Maria pour emménager chez Bosch. Par une mesure de contrainte judiciaire, son père indigné essaya, non sans résultat, de forcer ses filles de rentrer à la maison.
Bien que leur relation peu commune fît l'objet de ragots, Moens et Bosch restaient avant tout connus comme un collectif d'écrivains. Ils développaient conjointement des activités, notamment dans le domaine spectatorial. Moens envoya des articles au (L'Ami de la religion, 1789-1793) et à une revue très critique, (Le Babillard instructif, 1790-1792), où les deux cohabitants réitéraient leur protestation contre la traite des esclaves. Cette revue fut temporairement soumise à la censure ; en raison de propos incendiaires contre l'administration de l'État, sa successeuse, (Le Babillard patriotique, 1793 ; également de Moens et de Bosch), fut déjà interdit après la parution du premier fascicule. Avec Bosch, Moens formait la rédaction de (Mélanges, 1793), et elle collaborait peut-être à une revue du genre spectatorial, (Le Spectateur du monde), dont Bosch était le rédacteur (1794-1795).
Nombreuses furent les contributions de Moens au périodique fondé par Bosch et Martinus Nieuwenhuyzen, (Le Philanthrope, 1788-1797). Elle y exprimait son soutien inconditionnel à la Révolution batave de 1795. Elle dénonçait l'hérédité des titres de noblesse, appelait ses compatriotes à bien étudier la nouvelle constitution et se montrait un partisan du droit de vote actif et passif des femmes dans la mesure où celles-ci disposaient des compétences nécessaires. Sauf dans les revues, Moens pratiqua, pendant cette période, de la propagande politique dans de nombreux pamphlets et poèmes, comme (Les Patriotes victorieux aux Pays-Bas : première année de la liberté batave, 1795).
vignette|Petronella Moens et Antonia (Antje) Elisabeth Camphuis (1807-1808/1842), par Margaretha Cornelia Boellaard (coll. du musée central d'Utrecht).En 1796, Petronella Moens, de qui les revenus consistaient en partie d'une annuité de 300 florins, provenant d'investissements que son oncle Adriaan Moens faisait pour elleBaar-de Weerd, ., devint rédactrice en chef du . Entretemps, Nieuwenhuyzen était décédé, et Bosch fut nommé représentant du peuple à l'Assemblée nationale de la République batave cette année-là. Un peu plus tard, Moens mit fin à son amitié avec Bosch en raison d'un différend commercial. Elle dut remplir la revue toute seuleJensen, . ; pour elle, ce fut sans doute une expérience enrichissante. Elle commença à publier sa propre revue patriotique, le « spectator » (L'Amie de la patrie), l'une des premières revues écrites par une femme, publiée dans les années 1798-1799Jensen, ., et dans l'introduction duquel elle promit aux lecteurs de ne pas les fatiguer par des questions d'actualité politique. En réalité, la spectatrice traitait presque uniquement de cette matière-là. Presque tous les 52 fascicules étaient consacrés aux efforts des représentants du peuple à venir à une constitution. Moens y voyait une mission, notamment celle d'expliquer ce processus complexe et chaotique aux citoyens communs, « patriotiques et honnêtes ». Sa revue avait une dimension émancipatrice, car elle faisait autant appel aux lecteurs qu'aux lectrices. En publiant à plusieurs reprises des lettres de lectrices fictives, soi-disant envoyées par des « citoyennes » soucieuses du bien-être de la nation, elle voulait préciser que les femmes, elles aussi, pouvaient s'intéresser à la politique. Cela revêtait une importance capitale pour la cohésion de la patrie, car, selon Moens, il appartient aux femmes d'éduquerJensen, . « la prochaine génération » pour en faire des « citoyens utiles et vraiment nobles ». Étant donné la baisse d'intérêt du public pour la politique à La Haye, Moens dut renoncer à son hebdomadaire en 1799.
Après 1800 vignette|Petronella Moens (entre 1820 et 1824), portrait par Margaretha Cornelia Boellaard (coll. du musée central d'Utrecht).vignette|Petronella Moens, portrait lithographié par Hilmar Johannes Backer, frontispice de l'ouvrage de Willem Hendrik Warnsinck et Johannes. Decker Zimmerman sur Petronella Moens, publié à Amsterdam en 1843.
Après 1800, Moens, qui entretenait également des contacts avec des chambres de rhétorique d'Anvers, de Bruges, de Gand et de Middelburg en Flandre, écrivit beaucoup de littérature enfantine sans toutefois négliger son engagement politique.
Dans le roman (Aardenburg, ou la colonie inconnue en Amérique, 1817), elle évoque une société utopique, meilleure que celle des Pays-Bas du . Moens continua à publier des ouvrages à tendance politique, entre autres celui, versifié, sur l'attaque sur le sol batave par les Britanniques et les Russes et sur la retraite honteuse de ceux-ci, (1799, 1800) et (Réflexions sur l'Europe, 1802). Cependant, après 1800, prise par une vague de dépolitisation de la vie publique, elle plaida vigoureusement en faveur de la réconciliation nationale. De cette époque datent ses premiers livres pour enfants, (Bouquet littéraire pour les enfants sages et aimables, 1806) et (La Petite Suse Bronkhorst, 1808).