Robert Louis Courtine dit Robert Julien (ou Jullien) Courtine, est un écrivain, journaliste gastronomique et parolier français, né le à Paris, mort le à Colombes (Hauts-de-Seine).

Pendant l'Occupation, il signe « Jean-Louis VannierJean-Louis Vannier, » une contribution à une publication violemment antisémite et collabore, principalement avec des rubriques littéraires et des critiques de spectacles, à des journaux et revues anti-juives et antimaçonniques, à la radio. Il publie beaucoup après la Seconde Guerre mondiale sous son nom, ainsi que sous les pseudonymes de La Reynière (chronique dans Le Monde notamment) et Savarin.

Biographie La jeunesse parisienne et banlieusarde de Robert J. Courtine (« J » pour Julien ou Jullien pour le nom de sa mère) est peu connueSelon son acte de naissance, consultable en ligne, il est déclaré à l'état civil du arrondissement de Paris le 18 mai 1910 sous les prénoms de Robert Louis, fils de Joseph Benjamin Courtine (employé de commerce) et de Marthe Émilie Rosalie Julien (sans profession) - Acte . Grands-parents ardéchois « montés à Paris », père gazé pendant la Grande Guerre mort précocementLe registre d'état civil de Paris arrondissement, porte en mention marginale de son acte de naissance () la mention : « Adopté par la nation en vertu d'un jugement rendu par le tribunal civil de la Seine le 5 mai 1926 », mère maladive : surtout élevé par sa grand-mère, probablement à Asnières, il ne poursuit pas longtemps sa scolarité. Un article sur trois pages du Nouvel Observateur, daté du jour où ses soixante-dix ans étaient fêtés au Fouquet's (), article d'Alain Schiffres pour une bonne part laudatif empruntant d’évidence à ses dires, renseigne de façon lacunaire et anecdotique, le disant employé d’une banque, du PMU, faisant ses débuts de critique littéraire au Petit Echo d'Asnières-Genneviliers…

Rien de substantiel jusqu’en 1940-1941. Courtine semble ensuite avoir vécu deux vies bien distinctes, séparées par cinq ans d'emprisonnement.

Des proches, tels qu'Albert Simonin, familier comme lui d'Henry Coston, qui devint son préfacier, des relations « de travail » pendant l’occupation (Simenon, par exemple, lui adressant La Veuve Couderc et sans doute d’autres œuvres, en service de presse) sont au courant, mais se taisent. Roger Grenier, ancien résistant et l’un des journalistes du Combat d'Albert Camus, passé à France Dimanche en 1948, admet dans le numéro de juillet- de la Revue des Deux Mondes :

Les innombrables lecteurs du chroniqueur et auteur gastronomique signant Courtine ou La Reynière, les grands chefs cuisiniers qui l’ont en amitié et/ou le craignent, ne semblent pas vraiment conscients, pendant plus de trente ans, de son activité pendant l'occupation. Des rumeurs courent au sujet d’une condamnation à la Libération, certes, mais en chuchotis entre journalistes et chroniqueurs copinant plus ou moins avec lui, notamment au sein du jury du prix Marco-Polo Casanova : il publie hebdomadairement dans Le Monde jusqu’en 1993 (il a alors ), mais on ne lit d’informations plus ou moins « sourcées » dans les médias que cinq ans après, à sa mort.

Les livres, les biographies et les pamphlets qui concernèrent Le Monde lorsque Courtine y collaborait , note la journaliste Raphaëlle Bacqué.

De l’Action française à la presse collaborationniste Membre de la Ligue d’Action française à dix-huit ans, il adhère à sa section d’Asnières, en devient secrétaire adjoint (ou secrétaire ?), . Il s'en éloigne ou démissionne en 1935 selon le dossier d'instruction de la procédure menée contre lui en . L'Action française signale en qu'il n'eut droit qu'à une cérémonie religieuse dans la sacristie d'une église par un prêtre in nigris (c'est-à-dire sans surplis ni étole) pour son mariage avec Elise Josephine Mauron le en raison de son , puisque l'AF subit depuis 1926 une condamnation pontificale. . Est-il Camelot du roi ? Pour Jean Hérold-Paquis cela paraît aller de soi. S’il publie des critiques littéraires dans des journaux d’audience limitée, tel le Soleil du Centre de Clermont-Ferrand, il ne se singularise pas dans l’univers médiatique jusqu’à sa mobilisation, en 1939.

Rendu à la vie civile, Robert Courtine obtient un emploi de chroniqueur (vie parisienne, critiques) au quotidien collaborationniste La France au travail, dont le journaliste violemment antisémite Henry Coston est un certain temps secrétaire de rédaction. Il a pu s'en prendre aux Juifs et aux francs-maçons dans ce journal . En 1941, il rédige auprès de Coston, sous le nom de Jean-Louis VannierEn clin d'œil pour rares initiés, dont son préfacier Albert Simonin, Courtine dénomme « Vannier » l'agent secret des romans d'action qu'il publie en 1958-59, œuvres sans fond politique, semées d'argot assez forcé dans un style « pré-007 », comme le nota François Forestier., les pages « historiques » et divers encadrés d'une forte brochure haineuse, premier numéro des Cahiers de la France nouvelle : Les Juifs en France. Sur une demi-douzaine de pages grand format, il juxtapose des textes sommaires témoignant d'un antisémitisme virulent.

En , il postule à un emploi auprès du Commissariat général aux questions juives, écrivant à Xavier Vallat: . Il adhère à l'Association des journalistes antisémites et, peut-être, au Parti populaire français (il le nia lors de son audition en 1946)Collectif, L'antisémitisme de plume, op. cit.. En 1944, dans Je vous hais, la brochure éditée par Maurice-Yvan Sicard, futur Saint-Paulien et qui est rédigée principalement par Coston, il dénonce sur deux pages « une organisation juive et maçonnique de combat », la LICA (association qui deviendra la LICRA, bien après la Libération) dont l'influence dans les milieux syndicalistes avait mené « le prolétariat français à accepter la guerre fraîche et joyeuse pour Israël […] ».

Il écrit, parfois sous pseudonymes (Jean-Louis Vannier, Marc Airelle, Marc Aurelle, Roger Charmoy), pour divers autres journaux collaborationnistes,  pour L'Appel - il y entre en comme critique littéraire et devient son secrétaire de rédaction, chargé des pages consacrées aux spectacles et à la littérature - et Au Pilori notamment, ainsi qu'au Pariser Zeitung. Il est familier des milieux du spectacle, des cabarets, auxquels il consacre des critiques, des chroniques. Il participe au Rythme du temps, émission à grande audience de Radio-Paris animée par Georges Oltramare,

Parodie de Goncourt et prix Drumont Le jury du Goncourt ayant décidé de ne pas attribuer son prix en 1944 (le « Goncourt 1944 » sera remis en 1945 à Elsa Triolet), un jury de neuf fantaisistes présidé par un clown, l’« auguste » Béby, s’y substitue, en début d’année, et décerne un « Prix des Dix » de à René Barjavel. Courtine (qui évoquera « Barjavel le merveilleux » dans un de ses livres, vingt ans après) en fait partie avec l’acteur Max Révol, les chansonniers Jean Rigaux et Georgius, des journalistes de La Gerbe, d'Au Pilori, de L'Appel, de Radio-Paris . La rubrique « Entre les lignes » du des Lettres françaises (publication clandestine de ) évoque ce jury surtout constitué de collaborationnistes, en nommant : « R. Jullien-Courthine (du Pilori) ».

Le , Courtine fait partie du jury du prix Drumont couronnant une œuvre évoquant la question juive, avec Henry Coston, George Montandon, « admirable savant » selon Céline, responsable de l’Institut d’étude des questions juives, du journaliste d’extrême droite Claude Jeantet. Les sont attribués à Joseph-Marie Rouault, auteur de La Vision de Drumont éditée par le Mercure de France, par ailleurs collaborateur de L’Appel et d’Au Pilori.

La fuite, l’arrestation Courtine quitte précipitamment Paris avec son épouse à la mi-août 1944, alors que les forces alliées approchent, avec l’intention initiale de se rendre à Nancy, se retrouve à Metz, d’où il gagne Baden-BadenCf., notamment, l’article de Michael Lenoire dans L'Antisémitisme de plume.. Dans cette ville d'eau du pays de Bade, il accueille bientôt, « au nom des autorités allemandes », des collaborationnistes tels que Jean Hérold-Paquis, dont le récit, non sans parti-pris, est précieux. Il se rend à Sigmaringen, où il ne s'entend pas avec Jean Luchaire, s’installe à Bad Mergentheim pour y collaborer (rubriques culturelles, semble-t-il), à Radio Patrie. Cette station animée par un petit groupe de Français assez isolés, au « fuyant idéal », marquée par l’influence du PPF, est à peine en place lors de la mort de Doriot.

Il fuit ensuite en Italie, à l'instar de plusieurs personnalités du régime de Vichy. Il y est arrêté, non loin de l’Autriche, dans la station thermale de Mérano, le . Ramené en France en mars aux côtés du dessinateur Ralph Soupault , interrogé aussitôt par les Renseignements généraux, il est condamné  en , à une peine de dix ans de travaux forcés, réduite en 1948 à cinq ans de prison.

Chroniqueur gastronomique d'influence et auteur prolifique En 1952, alors qu'il n'avait publié que quelques piges après sa libération, notamment dans Le Parisien libéré, Courtine entre au journal Le Monde, directement engagé par Hubert Beuve-Méry semble-t-il. Sous le pseudonyme de « La Reynière » (inspiré de Grimod de La Reynière), il en tient la rubrique gastronomique hebdomadaire jusqu'en 1993, tout en multipliant les collaborations journalistiques et les publications de livres. Celles-ci, qui se succèdent à une cadence ahurissante, sont souvent saluées par ses confrères, et parfois par les critiques littéraires, dont Bernard Frank, qu'il rencontra souvent lors de manifestations gastronomiques et réceptions de presse, et qui nota, dans Le Monde du :

Des dizaines de cuisiniers, certains parmi les plus célèbres de l'époque, des échotiers et le Tout-Paris se pressent dans le vaste salon du Fouquet's, mis à sa disposition par Maurice Casanova, alors maître des lieux, pour y fêter ses 70 ans. « Quand il éternue sur une mauvaise sauce, la cuisine française s'enrhume, note Alain Schifres dans le Nouvel Observateur. »

Robert Courtine est un polygraphe étonnamment prolifique, auteur de près d'une trentaine d'ouvrages consacrés à la gastronomie, les uns pratiques, sélections de bonnes adresses plus ou moins longuement commentées, guides avec digressions, les autres, ouvrages parfois d'érudition, souvent de compilation plus ou moins soignée. Il ne craint pas de reprendre ses textes en les réécrivant rapidement et en les actualisant, à l'instar de nombreux chroniqueurs gastronomiques. Ami redouté des plus grands chefs, familier des cuisiniers lyonnais comme des « mères », polémiste dénigrant les excès de la nouvelle cuisine (anti Gault-Millau), défenseur des terroirs, partisan d'une cuisine traditionnelle allégée, de plats dits bourgeois, dénonciateur acharné de la restauration rapide à l'américaine, Courtine conquiert avec ses livres, les quelque du Monde (estimation faite dans le Nouvel Observateur, en ) et dans bien d'autres supports (Cuisine et Vins de France, Paris Match, etc.), une célébrité dans l'univers gastronomique culminant au cours des années 1970 et au début de la décennie suivante.