L'Abbaye Notre-Dame-du-Réconfort, dite aussi de la Consolation de la Sainte Vierge, est une ancienne abbaye de cisterciennes située dans la commune de Saizy, dans la Nièvre.
Fondée en 1235 par Mathilde de Courtenay, comtesse de Nevers, elle dépendait de l'ancien diocèse d'Autun. En grande partie détruite après la Révolution (abbatiale) et fortement remaniée au cours du (bâtiments conventuels), il s'agit aujourd'hui d'une maison de convalescence.
Localisation L'ancienne abbaye est localisée au lieu-dit Le Réconfort sur la commune de Saizy, à douze kilomètres de Corbigny et à environ soixante-dix kilomètres de Nevers.
Elle est implantée au cœur d'une petite vallée boisée (au bord du ruisseau de Fontenelle), choix évident et idéal pour une abbaye cistercienne.
Toponymie On relève les mentions suivantes du nom de l'abbaye : Monasterium quod dicitur Consolatio Beate Virginis cisterciensis ordinis (1237), Le Confort (1277), Conventus sanctimonialium de Consolatione Beate-Marie (1293), Nostre Dame-de-Confort (1544), Le Reconfort (1709)Georges de Soultrait, Dictionnaire topographique du département de la Nièvre, Paris, Imprimerie Impériale, 1865, p. 156..
Réconfort, que l'on retrouve dans le nom de l'église paroissiale et dans celui du château de Saizy, est une référence à la Vierge Marie, dont le culte insistait sur ses vertus consolatricesGéraud Lavergne, « Les noms de lieux d'origine ecclésiasticque » (sic), Revue d'histoire de l'Église de France, Tome 15, , 1929, 323..
Historique
Moyen Âge D'après la Gallia Christiana, l'abbaye du Réconfort, est fondée en 1235 par Mahaut de CourtenayCollectif (dom de Sainte-Marthe), Gallia Christiana, in provincias ecclesiasticas distributa ; qua series omnium archiepiscoporum episcoporum et abbatum Francia (...) ubi de provincia Lugdunensi, IV, Paris, Imprimerie royale, 1770, diocèse d’Autun col. 505..
Deux ans plus tard, en juin 1237, le pape Grégoire IX adresse une bulle à tous les fidèles de la province de Lyon (dont le diocèse d'Autun fait partie) et accorde des indulgences à tous ceux qui donneraient des aumônes aux moniales pour la reconstruction du monastère de novo aidificare incoeperint et aux besoins des religieuses vivant déjà dans les bâtiments habitablesCollectif (dom de Sainte-Marthe), Gallia Christiana, in provincias ecclesiasticas distributa ; qua series omnium archiepiscoporum episcoporum et abbatum Francia (...) ubi de provincia Lugdunensi, IV, Paris, Imprimerie royale, 1770, instrumenta col. 99-100..
Dans une charte datée du 1244, Mahaut de Courtenay fait de nombreuses donations à l'abbaye, rappelle rapidement l'histoire de sa fondation (la comtesse avait acheté à Étienne Tondu un bois situé près d'un lieu nommé Maretum, proche de son château de Monceaux) et place le monastère et ses religieuses sous sa protection et celle de ses successeursAugustin-Joseph Crosnier, Congrégations religieuses de femmes dans le diocèse de Nevers, Nevers, Michot, 1881, p. 42-44..
En avril 1245, Innocent IV confirme la donation de Mahaut et menace d'anathèmes les éventuels perturbateurs de la tranquillité de l'abbayeCollectif (dom de Sainte-Marthe), Gallia Christiana, in provincias ecclesiasticas distributa ; qua series omnium archiepiscoporum episcoporum et abbatum Francia (...) ubi de provincia Lugdunensi, IV, Paris, Imprimerie royale, 1770, diocèse d’Autun instrumenta col. 105.. La construction de cette dernière est probablement bien avancée puisqu'en septembre de la même année, les abbés de Pontigny, Corbigny, Bourras et l'évêque d'Autun s'y retrouvent pour évoquer une dette que doit l'abbé de Molesme à MahautMichel de Marolles, Georges de Soultrait (ed.), Inventaires des titres de Nevers, Société nivernaise, Nevers, Imprimerie de Paulin-Fay, 1873, p. 73..
Dans son testament daté du , Mahaut de Courtenay demande à être enterrée dans l'abbaye du Réconfort dans laquelle elle fonde une messe quotidienne à perpétuité (dans son premier testament, elle et son mari Hervé de Donzy, avaient pourtant élu sépulture dans l'abbaye de Pontigny)Louis-Albert Morlon, Promenades en Morvan, tome II, Nevers, Ropiteau, 1921, p. 163-167.. Après son décès, le , elle est donc enterrée dans l'établissement qu'elle a fondé.
Le , un accord est passé entre la chartreuse de Basseville et les religieuses du Réconfort d'une part, et Guillaume Faulquier, prieur curé de Thury, d'autre part, au sujet du partage des dîmes de la paroisse de Thury. Cet accord est évoqué un peu moins de deux siècles plus tard, en 1659Victor Gueneau, Cartulaire de la chartreuse de Basseville, Issoudun, Imprimerie Motte, 1893, p. 34-36 et 77-78..
Époque moderne Il semble que l'abbaye connaisse plusieurs difficultés au début du , elle se relève néanmoins grâce à l'abbesse Angélique de Vievre de Launay. Son épitaphe, reproduite dans la Gallia, revient sur ses actions : Cy gist dame Angélique de Vievre de Launay, religieuse professe de Faremoutiers, qui fut abbesse de céans l'an 1634, laquelle ayant trouvé cette maison en ruiné totale, la releva depuis les fondements avec l'assistance des bienfaits de M. de Launay, son père, y rétablit le service divin, et n'ayant trouvé aucune religieuse, en reçut nombre suffisant pour le continuer, et après avoir vescu avec beaucoup d'exemple, pleine de vertu, fit choix de madame Elisabeth de Saint-Aubin, sa religieuse et parente, pour lui succéder, et rendit saintement son âme à Dieu le 9 septembre 1651Augustin-Joseph Crosnier, Congrégations religieuses de femmes dans le diocèse de Nevers, Nevers, Michot, 1881, p. 49..Prenant possession de l'abbaye le , elle s'adresse dès le aux échevins et aux chanoines de Tannay pour qu'elle et ses religieuses puissent venir s'établir dans cette ville pendant les réparations des bâtiments du Réconfort ; ce qui lui est accordéMichel de Marolles, Georges de Soultrait (ed.), Inventaires des titres de Nevers, Société nivernaise, Nevers, Imprimerie de Paulin-Fay, 1873, p. 459..
L'abbaye, relevée, compte 21 religieuses en 1693 et 23 en 1710.
Le , sous l'abbatiat de Madelaine Hurault de l'Hospital, Edmond Martène, religieux bénédictin effectuant une tournée littéraire à travers la France dans le but de rassembler des matériaux pour la nouvelle édition d'une Gallia Christiana, s'arrête deux jours dans l'abbaye. Voici en intégralité le récit de son passage au Réconfort :Le jour suivant j'allai à l'abbaye du Réconfort fondée pour des religieuses de l'ordre de Cîteaux l'an 1234 par Mathilde comtesse de Nevers. Deux heures après mon arrivée, l'abbesse qui revenait de Paris, où elle avait gagné deux procès de conséquence, y arriva aussi, et je connus par les cris de joie de ses religieuses, qu'elle en était fort aimée. Je ne voulus point troubler le plaisir que ses sœurs avaient de la recevoir, et j'attendis au lendemain à la saluer. Je lui montrai les lettres de recommandation que j'avais de monsieur de Cîteaux, et aussitôt elle m'ouvrit son monastère, me communiqua sa fondation, et me fit voir tout ce qu'elle avait de titres. Cette maison est presque redevable de tout ce qu'elle est aujourd'hui à madame Angélique de Vievre de Launay religieuse de Faremoutiers, qui en ayant été faite abbesse l'an 1634, y rétablit la régularité avec l'office divin, et en rebâtit les lieux réguliers. Aussi sa mémoire y est-elle en bénédictionEdmond Martène et Ursin Durand, Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de St-Maur, Paris, vol. 1., 1717, p. 51-52..
La Révolution vignette|Signatures des religieuses en 1791, ADN 1 Q 922. D'après un document du , le revenu de l'abbaye est de 12 439 livresJules Charrier, Histoire religieuse du département de la Nièvre pendant la Révolution, tome II, 1795-1803, Paris, Guitard, 1926, p. 270-273..
Autour de l'abbesse Marguerite de Seveyrac (55 ans) la communauté est composée de :
dix religieuses : Agathe Barré (prieure, 70 ans), Marie Boulet de Sembrèves (sous-prieure, 75 ans), Madeleine Breton de Beauvoisin (chantre, 65 ans), Claudine Marion de la Môle (cellérière, 64 ans), Pétronille Bogne (sacristine, 46 ans), Reine Claire (infirmière, 46 ans), Rose Duverne (33 ans), Marie Grille (22 ans), Anne Aubry (36 ans) et Jeanne Michelin (32 ans) ; trois converses : Elisabeth Perraux (70 ans), Jeanne Charle (67 ans) et Thérèse Petit (43 ans) ; trois frères donnés : Sébastien Droin (65 ans), Pierre Charle (61 ans) et Léonard Caladin (58 ans) ; une sœur donnée : Marie Guenot (36 ans).
Parmi les familiers, on compte également : un laquais, une femme de chambre, une servante d'abbatiale, une servante de cuisine, une servante de tour et une servante d'infirmerie.
Les religieuses et leurs familiers sont dispersées le Marcel Anfray, La cathédrale de Nevers et les églises gothiques du Nivernais, Paris, Picard, 1964, p. 140 et ADN : H 417/1..
Époque contemporaine Vide de ses religieuses, l'ancienne abbaye est achetée par le M. Bardet, de Neuffontaines, qui la détruit pour en vendre les matériaux. Arrêté dans cette opération par les chefs du district de Corbigny, il cède le monastère à M. Brunier, qui l'occupe en 1823.
En 1825, le baron Charles Dupin acquiert les restes et dépendances de l'ancienne abbaye, et après les avoir restaurés et aménagés, en fait sa résidence. Il bâtit les communs, la ferme, crée le parc, l'étang, l'allée d'entrée où il place la grille d'honneur du château de Brèves et termine la terrasse. Entre 1873 et 1898, son gendre, le comte Ferdinand du Hamelle de Breuil transforme les trois salles voûtées de l'entresol de gauche en six caves et six pièces en dessus avec couloir voûté au milieu, restaure dans le style Louis XIII les quatre façades, élève le porche de la chapelle et la porte d'honneur. De 1898 à 1949, son petit fils André termine la restauration des façades, refait tout l'intérieur, augmente les communs, rétablit la salle capitulaire et en fait la chapelle actuelle.
L'ancienne abbaye est finalement réhabilitée en 1987 en maison de convalescence. En 2007, un bâtiment est construit pour accueillir quatre-vingt patients en soins de suite et de réadaptation.
Architecture
Général
En 1865, Soultrait évoque les restes de l'abbaye dans son répertoire archéologique : Grand corps de logis, à pignons en escalier, élevé au , mais tout à fait modifié par des remaniements modernes ; au rez-de-chaussée, une salle bien conservée, la salle capitulaire, qui donnait dans le cloître ; deux nefs égales de trois travées, voûtées sur membrures diagonales et arcs-doubleaux à arrête, colonnes rondes à chapiteaux décorés de feuillagesGeorges de Soultrait, Répertoire archéologique du département de la Nièvre, Paris, Imprimerie Nationale, 1875, p. 64..Aujourd'hui encore, la salle capitulaire et la sacristie sont les seuls vestiges du .
L'église abbatiale et le cloître Un procès verbal datant du , constate la démolition de plusieurs bâtimentsADN : 1 Q 922 :
le corps de bâtiment nommé le vieux pavillon tenant d'une part à la grande cour et d'autre part à l'église est détruit ; l'église a été découverte ; le corps de bâtiment tenant à l'église du côté du couchant est détruit ; les cloîtres sont découverts.
Salle capitulaire Elle mesure dix-neuf mètres sur vingt-quatre et est, suivant un parti fréquemment en usage chez les cisterciens, divisée en deux nefs par deux colonnes plantées sur l'axe médian nord sud et couverte de six croisées d'ogives retombant sur les deux colonnes trapues couronnées de chapiteaux garnis de crochets et de feuilles de vigne avec tailloirs octogonaux moulurés en larmier, et, le long des murs, sur des culots. Nervures et doubleaux sont formés d'un tore en amande sur bandeau élégi de deux cavetsMarcel Anfray, La cathédrale de Nevers et les églises gothiques du Nivernais, Paris, Picard, 1964, p. 140-141..
Sacristie Voûtée en berceau, elle communiquait avec le cloître et l'église.
Autres bâtiments