Egmont est une pièce de théâtre de Johann Wolfgang von Goethe, écrite en 1788, dont la dramaturgie est largement inspirée des tragédies de Shakespeare.
Son sujet est tiré d'un épisode tragique du soulèvement des Pays-Bas contre Philippe II, l'exécution, le , des comtes d'Egmont et de Hornes à la suite de leur condamnation à mort par un tribunal d'exception créé par le duc d'Albe, chargé par Philippe II de rétablir l'ordre.
Le personnage principal d’Egmont est un homme qui a foi en la bonté humaine. À ce titre il est dans la ligne du mouvement Sturm und Drang (« Tempête et passion », ou « Tempête et élan », en tout cas quelque chose de pressant). La pièce est également un manifeste politique pour la justice et la liberté face à l’oppression d’un despote.
Éléments historiques Le lieu de la pièce est la ville de Bruxelles, où se trouvaient alors les organes centraux du gouvernement des Pays-Bas, qui, avant la proclamation d'indépendance des Provinces-Unies (1581), s'étendaient de l'Artois à la Frise. C'était notamment la résidence de la régente Marguerite de Parme, demi-sœur de Philippe, en place depuis 1559.
Goethe reprend de nombreux événements historiques, mais le temps subit une contraction : au début, on est au moment de la crise iconoclaste dans le comté de Flandre () ; très rapidement (dans la pièce) le duc d'Albe arrive à Bruxelles (en réalité en , une année plus tard).
Le comte Lamoral d’Egmont, prince de Gavre (1522-1568), était un noble néerlandais de haut rang, gouverneur du comté de Flandre et membre de l'ordre de la Toison d'or (faits signalés dans la pièce), mais aussi membre du Conseil d'État, où il était lié avec le comte de Hornes et avec Guillaume d'Orange, « le Taciturne » (personnage de la pièce). Ces trois hommes y ont formé, de 1560 à 1566, l'opposition nobiliaire face aux représentants de Philippe II, notamment le cardinal Granvelle.
En 1567, à la suite des troubles liés à la révolte des Gueux (des nobles néerlandais) et à la furie iconoclaste (des calvinistes), le duc d'Albe, Ferdinand Alvare de Tolède, est envoyé par Philippe II, souverainPhilippe II n'est pas roi des Pays-Bas, mais duc de Brabant, comte de Flandre, etc. (au total dix-sept provinces), en tant que descendant de Charles le Téméraire. Il est roi d'Espagne en tant que descendant des Rois Catholiques. Les Pays-Bas ne font donc juridiquement pas partie du royaume d'Espagne, ni de ses colonies. des Pays-Bas, avec une armée de aguerris, pour rétablir l'ordre. Son arrivée marginalise la régente qui se retire assez vite, lui laissant la place de gouverneur, qu'il occupera jusqu'en 1573.
Arrivé à Bruxelles le , il fait arrêter les comtes d'Egmont et de Hornes le , dans des conditions peu honorables pour luiIl les avait invités à une rencontre pour discuter de la situation du pays., et institue le Conseil des troubles le 20. Condamnés à mort pour haute trahison (en fait pour s'être opposé à Philippe et avoir été tolérants envers le culte calviniste), les deux hommes sont exécutés le Après la victoire remportée le 23 mai à Heiligerlee par les troupes mises sur pied par Guillaume d'Orange.. Guillaume d'Orange échappe au même sort parce qu'il a eu la prudence de quitter les Pays-Bas avant l'arrivée du duc d'Albe (fait signalé dans la pièce).
La pièce Les personnages Personnages historiques : Marguerite de Parme le comte d'Egmont Guillaume d'Orange (« le Taciturne ») le duc d'Albe Ferdinand, fils naturel du duc d'Albe
Autres Machiavel, secrétaire de Marguerite (le vrai Machiavel est mort en 1527) Richard, secrétaire d'Egmont Claire, maîtresse d'Egmont la mère de Claire Brackenbourg, jeune Bruxellois amoureux de Claire Buyck (en référence au bourgmestre d'Amsterdam Joost Buyck, ou plus probablement Jean Buyck, commandant de la flotte flamande), soldat sous le commandement d'Egmont.
Le peuple de Bruxelles les bourgeois de Bruxelles : Soest (mercier), Jetter (tailleur), un charpentier, un savonnier Ruysum, invalide, ancien soldat d'Egmont, notamment à Gravelines Vansen, copiste, militant des libertés néerlandaises, opposé à Philippe II gens du peuple (figurants)
Argument Goethe décrit le combat du comte d'Egmont contre le duc d’Albe, représentant despotique d'un souverain intransigeant.
Egmont, arrêté et emprisonné, est abandonné par la régente et par le peuple qui se montre lâche. Malgré les efforts de sa maîtresse, une jeune femme de Bruxelles, il est condamné à mort. De désespoir, celle-ci met fin à ses jours.
La pièce se termine avec un appel à l’indépendance d'Egmont. Sa mort en martyr apparaît alors comme une victoire contre l’oppression.
Genèse de l'œuvre Cette pièce n’est pas sortie d’un jet de la plume de Goethe. Dès l’âge de 26 ans (en 1775), pour se distraire d’un chagrin d’amour, il avait esquissé la pièce et écrit la scène principale. C’est en 1782 qu’il envoya l’ébauche à Justus Moeser en le priant de lui donner son jugement sur l’ouvrageBloch, 1900. Peu satisfait, il laissa de côté le manuscrit jusqu'en 1787, date à laquelle il publia une édition complète de ses œuvres. En quatre semaines de travail, seuls quelques changements furent opérés sur le texte de 1782. Il écrivait ainsi deux mois plus tard à un ami :
Critique Egmont n'est pas une victime de la fatalité, ni intérieure, ni extérieure. Si Goethe avait voulu faire une pièce sur la fatalité, il aurait bien raté son objectif.
La langue est pleine d’originalité et de verdeur dans les premières scènes, se rapprochant davantage du style idéalisant d’Iphigénie et de Tasso à partir du . Goethe abuse un peu des termes français. Moins originale que Götz von Berlichingen, inférieure à Iphigénie et à Torquoto Tasso, la tragédie Egmont – qui n’a rien de tragique – est une œuvre gracieuse et touchante. L’intérêt en est soutenu, et, par ses qualités comme par ses défauts, elle est plus abordable que les chefs-d’œuvre dramatiques de Goethe.
Mise en musique En lisant la pièce, Beethoven fut saisi d’une grande envie d’écrire une musique inspirée de ce thème de liberté. Le , il écrit à ses éditeurs Breitkopf et Härtel son désir de mettre Egmont en musique. Il leur demande à cette occasion une édition des œuvres complètes de Goethe. D’après le musicologue Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, son contemporain, Brigitte et Jean Massin, Ludwig van Beethoven, Paris, Fayard, 1967, p. 669..
Notes et références
Bibliographie Egmont précédé de l'étude de Schiller Egmont, avec une introduction et des notes par Henri Bloch, Paris, Garnier Frères, 1900, disponible en ligne sur Gallica
Catégorie:Pièce de théâtre de Johann Wolfgang von Goethe Catégorie:Pièce de théâtre des années 1780 Catégorie:Pièce de théâtre se déroulant à l'époque moderne Catégorie:Œuvre littéraire se déroulant aux Pays-Bas