Vladimir Ze'ev Jabotinsky (en , Vladimir Ievguéniévitch Jabotinski ; en , Ze'ev Žabotinski), né le à Odessa, dans le gouvernement de Kherson de l'Empire russe (aujourd'hui en Ukraine) et mort le , à Hunter, village de l'État de New York aux États-Unis, est le fondateur de la Légion juive combattant l'Empire ottoman aux côtés du Royaume-Uni durant la Première Guerre mondiale, et un chef de file du mouvement sioniste.
Il crée en 1925 le Parti révisionniste, principal parti sioniste qui réclame un État binational juif et arabe sur les deux rives du fleuve Jourdain, intégrant aussi la Transjordanie, actuelle Jordanie.
En opposition avec la gauche qui domine alors le mouvement sioniste, lui et son parti quittent l'Organisation sioniste mondiale en 1935.
Il sera le principal inspirateur politique de l'organisation combattante clandestine sioniste, l'Irgoun.
Jeunesse Odessa était l'un des principaux ports de l'Empire russe et un important foyer de la culture juive ashkénaze, décrite par Isaac Babel. Jabotinsky y reçoit un enseignement religieux durant son enfance, mais s'éloigne vite du judaïsme orthodoxe, qu'il considère insuffisamment critique.
Après des études de droit en Italie et en Suisse, il devient journaliste sous le nom de plume d', travaillant pour des journaux en langue russe, puis en yiddish, et plus tard en hébreu.
Il rejoint le mouvement sioniste peu après le pogrom de Kichinev en 1903. La même année, il est élu au sioniste. Il acquiert rapidement la réputation d'un brillant orateur, et s'impose comme un des leaders du mouvement. Il se met à l'hébreu moderne, et organise des unités destinées à répondre aux pogroms qui sévissent alors en Russie.
De ses études en Italie, Jabotinsky gardera une forte admiration pour le nationalisme italien du risorgimento (unité italienne). Parmi ses héros, on trouve donc Giuseppe Garibaldi, Giuseppe Giusti et le poète Giacomo Leopardi. Il exprime en revanche une forte antipathie pour les leaders charismatiques pratiquant le culte de la personnalité, dont Mussolini.
La Première Guerre mondiale et la légion juive Durant la Première Guerre mondiale, Jabotinsky considère que les Juifs doivent aider les Britanniques à s'emparer de la Palestine, alors territoire ottoman, dans l'espoir que le Royaume-Uni favorisera l'établissement d'un dans cette région. Il conçoit alors l'idée d'une force militaire juive, la Légion juive.
Celle-ci n'existera jamais officiellement. Début 1915, Jabotinsky et Joseph Trumpeldor parviennent à convaincre les Britanniques de former le corps des muletiers de Sion. Cette unité de 562 hommes se distingue à la bataille de Gallipoli, sous les ordres du lieutenant-colonel Patterson, avant d'être dissoute fin 1915.
Après une intense activité de Jabotinsky, les Britanniques acceptent en 1917 la formation de plusieurs unités juives : les , et (dans lesquels se battra également David Ben Gourion). Jabotinsky obtient le grade de lieutenantWalter Laqueur : Le sionisme, t. II, chap VII, éd. Gallimard, Tel, 1994, . Les unités juives ne seront engagées que quelques mois avant la fin de la guerre, à partir de la fin 1917. À cette date, une bonne partie de la Palestine est déjà tombée aux mains des Britanniques.
Jabotinsky lui-même se bat contre les Ottomans dans la vallée du Jourdain en 1918.
Entre et , les Britanniques, reniant la déclaration Balfour de 1917, dissolvent ces unités (5 000 hommes à cette date), à la grande fureur de Jabotinsky, qui voulait en faire l'embryon d'une armée juive. En 1920, Jabotinsky reçoit une décoration pour son rôle pendant la guerre, décoration qu'il rend peu après.
Il fonde alors à Jérusalem un groupe d'autodéfense autour du club de sport des Maccabées. Celui-ci rassemble environ deux cents membres et interviendra lors des émeutes de Jérusalem début afin de défendre les Juifs des violences physiques commises à leur égard. À la suite de ces émeutes, Jabotinsky est condamné à quinze ans de prison. Sa peine est rapidement commuée à un an de prison, et il est emprisonné à la prison d'AcreBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, 2003, pp. 113-114. Tom Segev, One Palestine, Complete, 2001, chap.1.6 - Nebi Mussa.. Il est libéré le , sur ordre du nouveau Haut-Commissaire, Herbert Samuel Tom Segev, One Palestine, Complete, 2001, p.156., à la suite de la prise de poste de celui-ci, le .
La formation du parti sioniste révisionniste En 1921, Jabotinsky est élu membre de la direction de l'Organisation sioniste mondiale (OSM), direction qu'il quittera en 1923, à la suite de divergences de vue profondes avec Chaim Weizmann, autre père du sionisme, et avec la gauche sioniste.
La divergence débuta par l'acceptation en 1923 par l'OSM du retrait de l'émirat de Transjordanie (actuelle Jordanie), des terres susceptibles d'accueillir l'immigration juive et le « foyer national juif de Palestine ». La gauche comme la droite avaient protesté contre cette interprétation de la déclaration Balfour, mais sous la pression britannique Chaim Weizmann avait fini par accepter et la ratifier.
Ce n'est cependant pas directement sur cette question que s'est faite la rupture de 1923, mais sur l'affaire Petlioura.
L'affaire Petlioura (1921-1923)
L' atamanOtaman (отаман en ukrainien) ne doit pas être confondu avec le titre de hetman (гетьман), qui a une signification différente. Simon Petlioura fut le chef du gouvernement indépendantiste ukrainien à partir de 1919 pendant la guerre civile russe. Sous le cri de guerre « mort aux Juifs et aux Bolchéviques »Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.70., des unités indépendantistes participaient à des pogroms antisémites, dont le nombre de victimes est évalué par certains à 40 000 morts (elles ne furent pas les seules : toutes les forces participant dans la guerre civile, y compris les bolchéviques, furent impliquées dans les pogroms sanglants à caractère antisémite). Petlioura, qui condamnait les pogroms publiquement, ne parvint pas à les faire cesser. Les polémiques sur le nombre de morts, le rôle exact des armées ukrainiennes ou l'implication de Petlioura dans les actions de ses subordonnées ont été et restent aujourd'hui très vivesVoir sur ces sujets Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.70, ou Saul S. Friedman, Pogromchik: The assassination of Simon Petlura, 1976. Mais au-delà de ces divergences quant à son rôle exact, Petlioura a été perçu dans les milieux juifs de l'époque comme un « ennemi des Juifs », et cette perception explique l'ampleur de la polémique contre Jabotinsky.
En , le gouvernement ukrainien en exil prit en effet contact avec ce dernier, sachant qu’il avait des sympathies pour la cause indépendantiste ukrainienne. Petlioura lui annonça une prochaine offensive contre le régime soviétique (prédécesseur de l’URSS) qui finalement n'eut pas lieu. Petlioura proposait à Jabotinsky la création d'une « gendarmerie juive » chargée de sécuriser les zones juives pendant la reconquête de l'Ukraine (sans se mêler aux combats), pour que fussent évités de nouveaux pogroms.
En , Jabotinsky signa un accord sans en référer à la direction de l'OSM, dont il était membre. Il le justifia par la volonté de protéger les Juifs contre de nouveaux massacres.
Le rejet de l'accord fut très large au sein de la diaspora. La gauche, mais pas seulement elle, accusa Jabotinsky de se lier par anticommunisme à un massacreur de Juifs.
Le , le Comité d'action sioniste (l'exécutif élargi de l'OSM) décida la création d'une commission d'enquête, et demanda à auditionner Jabotinsky. Celui-ci refusa et démissionna de l'exécutif, accusant la gauche d'avoir cherché à le détruire.
Jusqu'à sa mort, Jabotinsky défendit avec vigueur cet accord.
La « Muraille d'acier » En , Jabotinsky publie un texte fondamental dans la structuration de sa pensée : la « Muraille d'acier ». Dans ce texte, Jabotinsky critique la démarche du courant sioniste majoritaire, et entend promouvoir une politique alternative en Palestine.
Le cœur de sa réflexion est la résistance arabe au sionisme, qui pour lui ne pourra que s'amplifier avec la colonisation juive. Il se demande quelle réponse le sionisme doit lui apporter : « Sur le plan émotionnel, j'éprouve à l'égard des Arabes les mêmes sentiments qu'envers les autres peuples : une indifférence polie. Sur un plan politique, [...] je considère qu'il est non seulement techniquement impossible, mais absolument amoral d'expulser de quelque manière que ce soit les Arabes de Palestine, où devront toujours vivre ces deux peuplesCité par Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.84-86. ».
Mais il ne faut pas se faire d'illusion : « les Arabes de Palestine n'accepteront jamais la transformation de la Palestine arabe en un pays à majorité juive. [...] Que le lecteur passe en revue tous les exemples de colonisation dans d'autres contrées. Il n'en trouvera pas un seul où elle se soit faite avec l'accord des indigènes ».
Jabotinsky se moque de ceux qui prendraient les Arabes pour des « imbéciles qu'on peut escroquer. [...] Ils sont aussi fins psychologues que nous. On peut leur raconter ce qu'on voudra, ils lisent aussi bien dans notre cœur que nous dans le leur ».
Ceux qui croient possible un accord avec les Arabes, croient que ceux-ci donneront leur pays aux Juifs en échange de la promesse de l'égalité et d'une amélioration de leur niveau de vie. Pour Jabotinsky, cette idée est ridicule, et ses partisans ont au fond un « mépris fondamental », bien que dissimulé, pour les Arabes. Ils ne voient finalement en eux qu'« une populace avide, disposée à vendre sa patrie pour une ligne de chemin de fer. [...] La Palestine n'en demeurerait pas moins aux yeux des Arabes palestiniens le centre et la base de leur existence nationale indépendante ».
Le sionisme devra donc s'imposer grâce à une « Muraille d'acier », une armée juive. On retrouve ici le thème de la légion juive, qui est au cœur de l'analyse politique de Jabotinsky.
Jabotinsky ne rejette pas la coopération avec le Royaume-Uni : il souhaite son aide pour ériger cette « Muraille d'acier ». Il ne rejette pas non plus un accord diplomatique avec les Arabes. On peut au contraire discuter avec eux « d'une garantie contre l'expulsion, et de l'égalité des droits. [...] Je crois et j'espère sincèrement que nous pourrons leur donner ces garanties [...] mais la muraille d'acier est le seul moyen d'y parvenir ». Il n'y aura un accord que lorsque le rapport de force sera clairement établi en faveur des sionistes : « autrement dit, le seul moyen d'obtenir un accord dans l'avenir, c'est de totalement renoncer à en obtenir un dans le présent ».
Vouloir bâtir un rapport de force sur le terrain n'est pas spécifique à Jabotinsky. Les meneurs sionistes de toute obédience perçoivent l'immigration juive et la Haganah comme les outils de ce rapport de force. La spécificité de Jabotinsky réside dans la brutalité avec laquelle il pose le problème, et dans son insistance sur le volet militaire du rapport de force à créer.
Les suites de la rupture
Après la rupture de 1923, Jabotinsky se retrouve le chef de la tendance la plus nationaliste au sein du sionisme, et la plus hostile à la gauche sioniste.
En 1925, il fonde formellement l'« Union mondiale des sionistes révisionnistes » au Café du Panthéon, dans le Quartier Latin, à Paris. L'organisation a son siège à Paris.
Le parti révisionniste va alors se positionner comme le représentant d'une droite nationaliste intransigeante. Il a pour idéologie : Un État juif s'étendant sur les deux rives du fleuve Jourdain, qui correspond à la Palestine mandataire de 1920-1922 (y compris la Jordanie actuelle). La défense du libéralisme économique face aux idées socialistes qui dominent à l’époque le Yichouv (communauté juive en Palestine).