Keiko Fujimori Higuchi, née le à Lima, est une femme d'État péruvienne, présidente de la république depuis le 28 juillet 2026.

Fille du président autoritaire Alberto Fujimori et de Susana Higuchi, elle est Première dame du Pérou de 1994 à 2000 après le divorce de ses parents.

En 2006, elle est élue au Congrès de la République. Quatre ans plus tard, elle prend la présidence du parti libéral-conservateur Force populaire (FP) et s'impose comme la figure du fujimorisme, courant lancé par son père et qui structure la vie politique péruvienne contemporaine.

Après avoir été défaite de justesse au second tour des élections présidentielles de 2011 (48,6 % face à Ollanta Humala) et de 2016 (49,9 % face à Pedro Pablo Kuczynski), elle est placée en détention provisoire pour corruption entre 2018 et 2021, avant de bénéficier de décisions controversées du Tribunal constitutionnel. À l'élection présidentielle de 2021, elle est une nouvelle fois battue de très peu (49,9 % face à Pedro Castillo).

Lors de l'élection présidentielle de 2026, elle se qualifie pour une quatrième fois consécutive au second tour et l'emporte dans un duel à nouveau très serré, cette fois face à Roberto Sánchez, avec 50,1 % des suffrages exprimés. Elle devient ainsi la première femme élue à la présidence du Pérou.

Origines et jeunesse Keiko Sofía Fujimori Higuchi, née en 1975 à Lima, est la fille aînée d’Alberto Fujimori, président de la République de 1990 à 2000, et de Susana Higuchi, tous deux enfants d'immigrés japonais. En 1994, à la suite du divorce de ses parents, elle devient en substitution de sa mère la Première dame du Pérou...

Condamné en 2009, son père purge une peine de pour des crimes contre l'humanité lors de sa présidence. Durant l'élection présidentielle de 2011, Keiko Fujimori garde un certain recul vis-à-vis de sa filiationKeiko Fujimori au second tour des élections au Pérou: où sont les soutiens ?, Sciences Po. En 2013, une demande de grâce formulée par les quatre enfants de l'ancien dirigeant est rejetée par le président Ollanta Humala après qu'un examen médical eut prouvé qu'il n'était pas atteint d'un cancerMarie Sanz, Pérou: l'ex-président Alberto Fujimori restera en prison, Yahoo! News/AFP, 7 juin 2013.. Pour Keiko Fujimori, son père est "Son père était "l'otage de ses ennemis politiques", Yahoo! News/AFP, 7 juin 2013. En 2017, alors que son autorité sur le courant fujimoriste est remise en cause, elle se montre cependant réservée sur la grâce présidentielle accordée à son père par Pedro Pablo Kuczynski. Après le retour en prison de celui-ci, elle promet en 2021 de le gracier en cas d’élection à la présidence du Pérou.

Première dame du Pérou En 1994, la mère de Keiko accuse son mari d'avoir tenté de la réduire au silence et de la torturer. Elle dénonce en outre des stratagèmes de corruption au sein du gouvernement. Alberto, pour sa part, s'est défendu en rejetant les accusations, arguant que son épouse était « instable ». Alberto et Susana se sont séparés la même année, ce qui a fait perdre à celle-ci son titre protocolaire. Sur ce, Keiko interrompit ses études à Stony Brook et rentra au Pérou et, le , elle devint Première dame, la plus jeune des Amériques. Parallèlement à ses fonctions symboliques, comme accompagner son père dans ses engagements publics, elle crée elle-même au cours de l'année 1996 une fondation pour opérer les enfants atteints de maladies congénitales et cardiaques.

En , elle termine ses études à l'université de Boston, où elle obtient un baccalauréat en administration des affaires. Au cours de ses études dans cette université, qui ont débuté en , elle a simultanément rempli ses obligations d'étudiante et de Première dame. Au cours des trois années suivantes, elle a pu s'acquitter de ses fonctions protocolaires et a accompagné son père lors de divers voyages, représentant le pays lors de conférences tenues à Santiago, Ottawa et Carthagène des Indes. En tant que Première dame, elle a traversé trois polémiques majeures : L'accusation de détournement de vêtements donnés à des œuvres caritatives par les Japonais, portée plus tard par la Cour suprême. Celle de faire peindre en rose les chambres du Palais du Gouvernement. Et ce qui a été considéré par ses adversaires comme une faute, pour ne pas avoir défendu sa mère lorsqu'elle a dénoncé avoir été harcelée et persécutée par le président.

Par rapport à cette dernière polémique, Keiko s'est défendue en affirmant que les maltraitances subies par sa mère étaent « une légende ». Les deux femmes se sont réconciliées en 2004, Susana a déclaré qu'elle avait demandé à Keiko de devenir la Première dame du pays et l'avait soutenue dans ses campagnes électorales.

En 1998, alors qu'Alberto tente de briguer une nouvelle réélection, Keiko se prononce contre l'initiative de son père en signant un document préparé par l'opposition. Elle a ensuite déclaré : « En tant que fille, je préférerais que mon père se repose, mais en tant que citoyenne, je pense que le pays a besoin de lui ». Cependant, Keiko a aidé son père à se présenter aux élections en , comme lors de la campagne de 1995. En , Alberto s'est enfui au Japon alors qu'il se rendait au Brunei et a démissionné de son poste de président au milieu d'un scandale de corruption qui a rendu l'exercice de ces fonctions intenable. À cette époque, Keiko demande à son père de ne pas démissionner et de retourner au Pérou pour se défendre. Cela a finalement été annulé par le Congrès, ce qui a contraint Keiko à quitter la Casa de Pizarro le . En , elle s'est rendue à Tokyo pour rencontrer son père, qui dispose de la double nationalité nippo-péruvienne, pour demander au Japon de rejeter les demandes d'extradition. Par la suite, l'ancien président a déménagé au Chili avec l'intention de retourner au Pérou et de se présenter à nouveau comme candidat à la présidence.

Parcours politique Députée de Lima vignette|redresse|Keiko Fujimori au Congrès de la République .

Au début de l’, à la suite de l’extradition au Pérou d’Alberto Fujimori après cinq années d’exil, les fujimoristes créent la coalition Alliance pour l'avenir (AF) en vue des élections générales à venir. De retour des États-Unis, Keiko Fujimori prend la tête de la formation et se fait élire au Congrès de la République en avec plus de , un score jusque-là jamais atteint pour des élections parlementaires au Pérou..

Alors que l’AF constitue la quatrième force du Congrès, Keiko Fujimori siège comme députée pour Lima. Elle fait partie de l’opposition au président Alan García mais accepte de passer des compromis avec celui-ci, qui ne dispose pas d'une majorité. En , elle est à l’origine d’une vingtaine de propositions de loi, notamment pour durcir les dispositions du code pénal. Elle prend un congé maternité après la naissance de ses filles et voyage fréquemment à l’étranger, en particulier pour finir son master à l’université Columbia...

Lors des procès de son père pour des faits de corruption et crimes contre l'humanité qui auraient été commis durant sa présidence, elle organise des manifestations pour le soutenir, dénonce un manque de preuves à son encontre et déclare que la justice péruvienne n’est ni impartiale, ni indépendante du pouvoir politique en place.

À la fin de la législature, en 2011, elle ne sollicite pas un second mandat de parlementaire.

Élection présidentielle de 2011

vignette|Façade d'un bâtiment marquant son soutien à la candidature présidentielle de Keiko Fujimori .

En vue des élections générales de 2011, Keiko Fujimori lance le parti Force 2011 , au côté des autres formations fujimoristes que sont Cambio 90 et Nouvelle Majorité, composantes de l’ex-Alliance pour l'avenir. Alors que son père ne peut se représenter, Keiko Fujimori annonce qu’elle brigue la présidence de la République à l’occasion de ces échéances électorales.

Selon l'universitaire Immanuel Wallerstein, elle bénéficie de l'appui des États-Unis, dont l’ambassadrice Rose Likins fait ouvertement campagne en sa faveur.. En 2018, l’ancien directeur d’Odebrecht à Lima, Jorge Barata, affirmera que l'entreprise a financé la campagne présidentielle de Keiko Fujimori à hauteur de de dollars..

Elle se qualifie au second tour de l'élection présidentielle en arrivant en deuxième position, avec 23,5 % des voix« Pérou: Humala reste en tête, Fujimori deuxième de la présidentielle », sur leparisien.fr, 10 avril 2011.Chrystelle Barbier, « Duel virulent et indécis au Pérou entre Ollanta Humala et Keiko Fujimori », sur lemonde.fr, 2 juin 2011.. Le elle est battue de justesse par Ollanta Humala, qui recueille un peu plus de 51 % des voix.Chystelle Barbier, « Pérou : Keiko Fujimori reconnaît la victoire d'Ollanta Humala à la présidentielle », sur lemonde.fr, 7 juin 2011..

Élection présidentielle de 2016

Keiko Fujimori est candidate de Force populaire à l'élection présidentielle de 2016. Durant la campagne, elle prend ses distances avec la politique de son père et s'engage à respecter les libertés et l'État de droit. Par rapport à sa candidature de 2011, elle s'appuie cette fois sur un parti centralisé et a effectué un travail de terrain dans tout le pays. Même s'il a évolué, le « fujimorisme » reste l'objet de critiques virulentes de ses adversaires autant que mystique chez ses partisansPaulo A. Paranagua, « Au Pérou, Keiko Fujimori vit son "moment Marine Le Pen" », lemonde.fr, 11 avril 2016.. Perçue comme proche du peuple, proposant notamment un programme social (doubler le salaire des professeurs, insérer les jeunes dans les entreprises), elle conserve une image populiste et autoritaire (proposant de rétablir la peine de mort)Frédéric Faux, « Au Pérou, le front du "tout sauf Keiko" », Le Figaro, samedi 4 / dimanche 5 juin 2016, page 6..

vignette|Keiko Fujimori durant sa campagne présidentielle . Le , elle arrive largement en tête du premier tour avec 39,9 % des voix, devant Pedro Pablo Kuczynski (21,0 %), la candidate de gauche Verónika Mendoza (18,7 %), Alfredo Barnechea (7,0 %) et l’ancien président Alan García (5,8 %). Le procureur général annonce, le , que les services « blanchiment d’argent » du parquet général enquêtent sur près d'un million de dollars de fonds que le parti de Keiko Fujimori aurait reçus, ainsi que sur l’achat de terres par son mari. Les résultats du second tour, qui se tient le , la donnent battue de justesse par Pedro Pablo Kuczynski, crédité de 50,12 % des voix contre 49,88 % en sa faveur.. Alors qu’il s'agit de l'élection présidentielle la plus serrée de l'histoire du Pérou., elle invoque des fraudes, avant d’accepter le résultat du scrutin..

Elle met à profit sa majorité au Congrès pour exercer une constante pression contre le président et le renverser. Cette tactique s'avère payante et conduit à la démission de Pedro Pablo Kuczynski en , puis à la destitution de son successeur et ancien vice-président Martín Vizcarra en .

Elle entre en conflit avec son frère Kenji Fujimori, qui, bien que membre du même parti qu'elle, s'allie au président Pedro Pablo Kuczynski ; Kenji Fujimori quitte ensuite la vie politique après avoir échoué à renverser sa sœur. En parallèle, Keiko Fujimori tente en 2017 d’empêcher Pedro Pablo Kuczynski de gracier son père, qu'elle percevrait comme une menace pour sa position à la tête du parti fujimoriste..

Élection présidentielle de 2021

Keiko Fujimori présente sa troisième candidature présidentielle en 2021, après avoir passé seize mois en détention provisoire dans le cadre d’une enquête pour corruption. Le parquet a requis trente ans d’emprisonnement à son encontre.

vignette|Bulletin de vote pour le second tour de l’élection présidentielle de 2021.