Les terrains de parachutage creusois sont des terrains homologués par les services alliés durant la Seconde Guerre mondiale, destinés à recevoir les livraisons d'armes et matériel par parachutages. 500px|thumb|right|Paysage creusois qualifié par les spécialistes de la RAF de mal pavé, mais qui a permis de nombreuses opérations de parachutage durant la Seconde Guerre mondiale
Généralités sur les parachutages Quelques repères historiques 400px|right| Carte de l'organisation territoriale de la Résistance intérieure française
Très rapidement après la mise en place des services spéciaux britanniques (SOE) et français (BCRA), ces structures ont cherché un moyen d'infiltrer des agents et du matériel en zone occupée, et plus généralement en métropole. Les opérations aériennes se sont révélées comme un des moyens les plus efficaces. Dès 1940, plusieurs agents sont parachutés en métropole. C'est notamment le cas de Maurice Duclos, agent du BCRA, en .
Les officiers de liaisons mis en place par Jean Moulin parviennent à organiser en zone sud les premières opérations aériennes avec un succès suffisant pour inciter la Royal Air Force à poursuivre sur cette voie. Le Service des opérations aériennes et maritimes (SOAM) est mis en place en . Pour les zones nord et ouest, le Bureau des opérations aériennes assure la même mission. Parallèlement, les Britanniques agissent via leurs propres réseaux. Le premier parachutage d'armes est effectué dans la nuit du 13 au , à l'initiative de Pierre de Vomécourt (agent français du SOE) dans sa propriété familiale du hameau de Bas soleil à à l'est de Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne).
Au printemps 1943, le groupe dirigeant du SOAM est "grillé". Londres doit le remplacer au plus vite. Une nouvelle équipe est expédiée et, en , le SOAM devient Centre d'opérations de parachutage et d'atterrissage (COPA). La structuration se fait sur la base des régions de l'Armée secrète (c.f. carte ci-contre). Après les arrestations de Caluire de , par mesure de sécurité, le COPA devient Section des atterrissages et des parachutages (SAP). À partir d', au fur et à mesure de la formation de nouveaux agents, les structures régionales sont renforcées jusqu'à former un maillage très fin allant du responsable national au responsable de terrain. Ils sont placés sous l'autorité du délégué militaire régional implanté à la même époque.
Les chefs et coordinateurs nationaux Zone sud : Raymond Fassin alias Sif mort en déportation le au camp de Neuengamme Bruno Larat alias Luc arrêté le à Caluire mort en déportation le au camp de Dora Paul Rivière alias Marquis Compagnon de la Libération Zone nord : Alain Grout de Beaufort alias Pair Compagnon de la Libération arrêté le à Paris. Fusillé par la Gestapo le à Domont (Val d'oise) Paul Schmidt alias Kim Compagnon de la Libération Michel Pichard alias Gauss ou Bel Compagnon de la Libération
Les techniques mises en œuvre 400px|thumb|right|Parachutage depuis des appareils B-17 durant la Seconde Guerre mondiale
L'homologation du terrain Les opérations commencent par le repérage du terrain qui doit être de préférence rectangulaire. Il doit se trouver dans un lieu discret, si possible à proximité d'un bois qui pourra cacher le comité de réception. Le terrain doit ensuite être homologué. Cela consiste à le faire répertorier par les services alliés et à lui attribuer un code et une phrase conventionnelle utilisée pour annoncer le parachutage. Dans les premiers temps, l'ensemble de la procédure d'homologation est centralisée par les services londoniens. Après l'accroissement de l'ampleur des opérations, les décisions sont plus déconcentrées. C'est notamment le cas pour la détermination des phrases conventionnelles.
Le conditionnement des livraisons Selon les besoins, les dotations de matériels sont conditionnées dans des containers de différents formats et dans des paquets. Il existe plusieurs typesréférence, M.R.D. Foot, Des Anglais dans la Résistance Le service secret britannique d'action SOE en France 1940-1944, Taillandier, 2008, et suivantes de dotations conditionnées en containers utilisées selon les besoins. Elles sont complétées par des paquets. Une fois constituées, les livraisons sont chargées dans les avions (12 containers en moyenne par avion). Il arrive que les parachutages soient mixtes (Agents + matériel). C'est notamment le cas lors de l'infiltration des missions inter-alliées à partir de . On peut par exemple citer l'exemple de la Mission Bergamote parachutée en Creuse : 7 hommes et 72 containers.
L'organisation des communications Le parachutage est annoncé sur les ondes de la BBC dans la série des messages personnels émis tous les soirs à destination des différents groupes de résistants. Dans les 48 heures précédant l'opération, le message conventionnel passe sur les ondes. Les dispositions sont immédiatement prises pour la réception. Dans les premiers temps, les terrains étaient balisés par des feux allumés dans les coins de l'aire de parachutage. Le largage est dans ce cas effectué en aveugle avec une précision très relative. Un code est adressé à l'équipage grâce à une lampe électrique, mais il arrive assez souvent que le code n'est pas vu. L'opération est donc négative. Progressivement, le système va se perfectionner.
Le terrain est balisé grâce à des feux électriques (trois rouges et un blanc en L qui indique le sens du vent). Dans certains cas, le système est plus élaboré notamment grâce à la présence de globes lumineux beaucoup plus visibles. Les terrains sont également progressivement équipés de moyens de communication audio. Le système de balise Eureka permet l'émission et la réception de signaux. Le système S-Phone permet la communication directe entre le comité d'accueil du terrain et l'équipage des avions. L'opération est alors grandement facilitée et peut être effectuée même dans des conditions de visibilité médiocres.
L'organisation de la réception Les opérations sont en principe effectuées dans les périodes de pleine lune pour obtenir une visibilité optimale. Elles sont donc programmées pour les lunes mensuelles. L'amélioration des moyens de communication évoquée au paragraphe précédent permet de décupler le nombre de parachutages. On parle alors de lune et d'inter lune (pour les terrains équipés). C'est le cas en Creuse à partir de . Dès la transmission du message annonçant le parachutage, l'équipe chargée de la réception est mise en alerte. Cette équipe type est généralement composée de la façon suivante : 1 chef de parachutage, 1 homme à l'S-Phone, 1 homme au phare (blanc), 6 hommes aux feux (rouges), 8 hommes pour la garde du terrain, 24 hommes groupés en équipes de 6 pour la récupération et l'acheminement des containersréférence, Roger Thome, Le groupement des bataillons Anne, Lecante, 1989. Cette organisation peut évidemment varier selon les terrains.
Les types d'appareils utilisés
Les types d'armes livrées
Organisation locale thumb|300px|right|Carte détaillée du département de la Creuse avec ses réseaux routiers et hydrologiques principaux Une structure et des hommes L'organisation départementale des opérations aériennes est comme dans les autres départements intimement liée au réseau régional. En , Paul Schmidt alias Kim est responsable des opérations pour les régions R5 (Limoges) et R6 (Clermont-Ferrand). Appelé à de nouvelles fonctions, il est remplacé par Alain Gout de Beaufort alias Pair. Face au développement des activités de la Résistance et de l'augmentation des besoins en moyens, fin 1943, la mission est confiée à un jeune agent de la France Libre âgé de 25 ans André Deglise-Fabre alias Laplace. Il poursuit le travail sur les 11 départements du centre. Malheureusement, le , sa mission s'achève de façon dramatique. Il est arrêté à Limoges par la feldgendarmerie. Il se donne la mort le lendemain dans sa cellule en avalant sa pilule de cyanure. Un nouveau responsable pour la région R5 est parachuté en . Il s'agit de Gérard Hennebert alias Baron ou Gérard I. Son arrivée, accompagnée de celle du Délégué militaire régional (DMR) Eugène Déchelette alias Ellipse ou Chasseigne, va permettre d'étoffer le réseau chargé de l'organisation des parachutages.
En Creuse, c'est tout d'abord Georges Lévèque alias Marguerite, dentiste à Guéret, qui coordonne l'action dans ce domaine à partir de 1943. Fin 1943, début 1944, Robert Grand alias Gérard IIréférence, Témoignage de Robert Grand alias Gérard II Arch. Dép. Creuse 147J37, jeune Français libre originaire de Bellac en Haute-Vienne, prend le relais. Il est à la fois intégré à l'état-major départemental FFI dirigé par le commandant Albert Fossey et au réseau action R5, dirigé par le DMR. Le réseau creusois assure les repérages et la réception des livraisons en liaison avec le responsable régional jusqu'à l'arrivée de la Mission Bergamote en . Grâce à ses liaisons directes, la mission obtient dans le cadre des plans nationaux l'essentiel des livraisons et en coordonne la réception et l'acheminement.
Il faut signaler, que comme au niveau national, les réseaux britanniques assurent leurs propres livraisons. En Creuse, c'est notamment le cas du premier parachutage qui a lieu le , près de Naillat. Ce parachutage réalisé grâce au réseau STATIONNER-HECTOR de Maurice Southgate est préparé et réceptionné par les maquis FTP. C'est également le cas pour les terrains du nord du département dépendant du bataillon du commandant Maldent alias Anne ravitaillé en 1944 par le réseau FIREMAN de Percy Mayer alias Barthelemy ou Edouard.
Enfin, les terrains creusois sont uniquement destinés aux parachutages. Aucun atterrissage d'avion pour le dépôt d'agent n'a eu lieu dans le département. En effet, en raison des paysages de bocage, les autorités de Londres considèrent la zone comme "mal pavée". La présence de haies et de clôtures rendent quasi impossible ce type d'opérations.
Les livraisons pour la Creuse en 1944 Tableau général Les données du tableau ci-dessous sont extraites d'une statistique conservée aux archives nationales dans le fond du BCRAréférence, Arch.Nat. AG3(2)/208
Période d'opération Explosifs (en kg) Armes individuelles (Sten, fusil, pistolet) Fusils mitrailleurs (Bren) Grenades Munitions1943?828208OUIAvant lune de 75949222759OUIAprès lune de 333830812568564OUITOTAL409736552869292 Il faut préciser que sur ces livraisons au moins trois ont été en partie ou totalement perdues. Une partie du parachutage de Bouzogles en a dû être remise aux Allemands pour couvrir les gendarmes qui avaient aidé à la réception. Le , une livraison réceptionnée dans l'Indre près de Bélâbre et acheminée par camion est perdue lors de l'embuscade de Vaussujean tendue par les troupes du Premier régiment de France près de Saint-Sébastien. Enfin, le , le parachutage effectué la nuit précédente sur le terrain Pension de Nadapeyrat est en grande partie perdu lors de l'attaque de la brigade Jesser.
L'exemple du terrain Delco À titre d'exemple tableau des trois livraisons du terrain "Delco"référence, Roger Thome,Op. Cit. situé sur la commune de Lafat. Date d'opération Explosifs (en kg) Pistolets mitrailleurs (Sten) Fusils mitrailleurs (Bren) Fusils Carabines Pistolets Grenades Munitions Divers 41,5 27 6 35 5 50 OUI Habillement 41,5 27 6 35 5 50 OUI Habillement 83 54 12 70 10 100 OUI Habillement
Liste des terrains