L'abbaye Notre-Dame de Melleray, appelée couramment abbaye de Melleray ou Melleray, est une ancienne abbaye cistercienne fondée en 1145. L'abbaye a été, de 1817 à 2015, un monastère trappiste. L'édifice religieux est situé sur le territoire de la commune de La Meilleraye-de-Bretagne dans le département de la Loire-Atlantique.
En 2015-2016, les moines trappistes sont remplacés par la communauté du Chemin Neuf, communauté issue du Renouveau charismatique catholique.
Situation L'abbaye est fondée en Bretagne, alors duché indépendant, dans le pays de la Mée, au sein du Pays nantais. Elle est implantée dans la paroisse d'Auverné, au lieu-dit Vieux-Melleray, dans un lieu à défricher. L'endroit où est installée l'abbaye est appelé « coteau de fer », ligne de partage des eaux entre le Don et l'Erdre. La présence de ruisseaux permet la création d'un étang. Le site est entouré des forêts de Vioreau et d'Ancenis. L'abbaye est bâtie à une altitude d'environ .
Après l'union de la Bretagne à la France en 1532, l'abbaye devient française, et, depuis la création des départements et des communes en 1790, est située à La Meilleraye-de-Bretagne en Loire-Atlantique, dans la région Pays de la Loire depuis 1956. Elle se trouve (à vol d'oiseau) à au sud de Châteaubriant, à au nord de Nantes, à à l'est d'Angers et à au sud de Rennes.
Histoire Fondation L'abbaye est fondée en 1145 par des moines cisterciens conduits par Foulques, abbé de l'abbaye Notre-Dame de Pontron située en Anjou. La Melleray est à l'origine conçue comme une abbaye-fille de l'abbaye de Louroux. Le bâtiment est édifié sur un terrain donné par les seigneurs de Moisdon et rattaché à l'abbaye de Cîteaux en Bourgogne. L'installation est financée, entre 1142 et 1180, par les seigneurs de Rougé, les barons d'Ancenis et de Châteaubriant.
Le , le pape Eugène III accorde à la nouvelle fondation cistercienne une bulle pontificale de prise en protection.
À la même époque, un prieuré bénédictin, le prieuré de Saint-Étienne, émanation de l'abbaye Saint-Florent de Saumur, est établi au bourg de la MeillerayeBulletin et Mémoires de la Société archéologique de Nantes et la Loire-Inférieure, XVI, 84.
Fin du Moyen Âge et Époque moderne Entre 1184 et 1210, l'abbaye bénéficie de 17 donations en biens-fonds, dîmes, rentes en espèces et nature. Ces dons viennent principalement des familles de Châteaubriant, de Rougé et d'Ancenis, ainsi que de la duchesse Constance de Bretagne en 1199. Cette phase s'achève, très peu de donations étant constatées après 1250. Cette année-là, Geoffroy V de Châteaubriant attribue une rente aux moines de la Melleray pour leur permettre d'acheter du froment nécessaire à la confection du pain communautaire. Ce don étaye l'hypothèse de l'aspect limité des revenus de l'abbaye. En 1333, elle est imposée à hauteur de , contre 8 à Pontron, 15 à Villeneuve et 20 à Buzay.
À partir de la fin du le mouvement cistercien perd de la vigueur, supplanté par les ordres mendiants. La guerre de succession de Bretagne touche la région de l'abbaye. Les donations sont réduites, même s'il faut noter celle de faite par le connétable de Clisson dans son testament de 1406. La seconde moitié du est plus favorable. En témoignent la construction ou la rénovation du manoir de Quiheix, le logis de La Marguerite d'Abbaretz, l'appartement de l'abbé, le noviciat, la chapelle de Clisson.
En 1544, le monastère reçoit son premier abbé commendataire ; le pape nomme à la tête des abbayes des membres du clergé séculier. Il arrive que ceux-ci tirent un profit personnel de leur situation, et cela semble avoir été le cas à la Melleray.
Depuis la Révolution Lors de la Révolution française, les religieux sont chassés de l'abbaye, qui est vendue comme bien national à Sylvain Pâris« Paris (Claude-Sylvain) », dans Grands notables du Premier Empire : notices de biographie sociale, volume 8, partie Loire-inférieure, C.N.R.S, 1982, 209..
Elle est rachetée le par Antoine Saulnier de Beauregard qui s'y installe avec ses moines. Il va récupérer peu à peu une partie des terres de l'ancien domaine. Il réhabilite le monastère avec des moines trappistes dont une majorité venue d'Angleterre et d'Irlande, avec lesquels il introduit des techniques agricoles anglaises (instruments aratoires, machine à battre), procède à des défrichements, installe des fermes modernes et procède à la sélection d'élevages nouveaux. Mais, après la révolution de 1830 et l'instauration de la monarchie de Juillet, les Trappistes étrangers, accusés d'avoir soutenu la duchesse de Berry lors de l'insurrection royaliste dans l'Ouest de la France en 1832, sont expulsés de France. Ne demeurent que les religieux français.
À la fin du , l'abbaye expédie de nombreuses charrettes d'écorce de chêne, nécessaire à l'alimentation des fosses à tan, pour les tanneries regroupées le long du quai des Tanneurs à Nantes..
À cette même période, l'abbaye est particulièrement réputée dans le domaine horticole. Le catalogue de l'établissement propose une liste de de graines fourragères et potagères. Un rapport de la Société nantaise d'horticulture, établi en 1899, expose que le site emploie cent religieux, qui exploitent deux jardins clos couvrant et un verger. Un système d'irrigation souterrain permet d'obtenir une production d'une variété et d'une qualité qui suscite l'admiration des horticulteurs nantais..
L'abbaye bénéficie de multiples protections au titre des monuments historiques : un classement le pour les façades et toitures de bâtiments conventuels, la galerie du cloître, les escaliers monumentaux, la salle à manger ; une inscription le pour son église, l'ancien logis abattial et l'infirmerie ; un classement le pour le portail du .
Départ des trappistes et arrivée du Chemin Neuf En 2015, confrontés au manque de vocations, les moines trappistes, en accord avec l'évêque de Nantes, James, décident de faire appel à la communauté du Chemin Neuf pour les remplacer. Cette dernière, issue du Renouveau charismatique, et déjà présente dans trois autres abbayes anciennement cisterciennes (Hautecombe, Les Dombes et Boquen), décide de faire de Melleray un noviciat international pour la communauté .. La cohabitation entre trappistes et Chemin Neuf est prévue pour un an, le temps de la transmission du site, puis les moines ont prévu de quitter les lieux en ., date à laquelle ils rejoignent les moines de l'abbaye Notre-Dame-du-Port-du-Salut à Entrammes..
Architecture Héritage du Structure générale Au l'abbaye est construite autour d'un cloître dans une clôture fermée. L'église, classiquement orientée est-ouest, communique avec le cloître via deux portes, l'une utilisée par les moines, l'autre par les convers. À partir de cette église, on trouve, dans le sens des aiguilles d'une montre, la salle du chapitre, la salle des moines, le chauffoir, le réfectoire, la cuisine, la salle des convers, le cellier. À l'extérieur de ce bloc, à l'est, se trouvent l'infirmerie, la chapelle de l'abbé, l'appartement de l'abbé et le noviciat. Au nord, un peu à l'écart près de l'étang, l'hospitalité était assurée grâce à la porterie, l'hôtellerie et la chapelle de Daille..
Les éléments d'origine
De cette époque sont notamment conservés l'église abbatiale (sans les ajouts ultérieurs) et le portail d'entrée. Ce dernier a été déplacé en 1820, et est le seul vestige de l'entrée de l'abbaye au . Bâti en partie de schiste ardoisier, sa face nord est faite de grès roussard ou grès ferrugineux. Il est constitué de contreforts à trois colonnettes et d'un arc brisé décoré. Du cloître primitif il reste quelques vestiges, notamment des chapiteaux géminés. Ils sont décorés de « feuilles d'eau », et on y trouve des traces de peinture de différentes couleurs.
L'église L'église abbatiale du a connu des modifications du , mais celles entreprises depuis le milieu du tendent à lui rendre son aspect original. Elle est en forme de croix latine. Sa nef est longue, séparée des collatéraux par des piliers en grès roussard, sur lesquels s'appuient des arcades brisées faites de pierre blanche. Au-dessus sont percées des fenêtres en plein cintre. À l'origine, la charpente est apparente. Le chœur est rectangulaire et peu profond.
Au niveau du transept, trois arcades de pierre blanche ouvrent l'espace. Les latérales mènent vers les deux branches du transept qui s'achèvent chacune par une chapelle à fond plat. La troisième, renforcée d'une rangée de grès roussard, encadre le chevet. Celui-ci est sobre, plat, et ne comporte ni déambulatoire ni absidiole.
En haut des murs, 42 vases acoustiques fabriqués en verre sont disposés en ligne. Il semble que leur action de correction d'acoustique soit efficace.
L'abbatiale est dotée d'un clocheton en bois, et sa porte est orientée vers l'ouest. Il est possible qu'un porche ait été construit juste devant cette porte.
Il n'y a ni moulure ni sculpture dans l'église. Le schiste et le grès, découpés en pierres plates, constituent les murs, le tuffeau étant utilisé pour les arcs. Le seul ornement vient du contraste avec le grès roussard employé pour souligner certains points et lignes. L'ensemble est austère mais raffiné, ce qui correspond à l'idéal cistercien.
Transformations des Lorsque Jean Giraud est nommé abbé en 1602, il fait établir un inventaire de l'abbaye. Le manque d'entretien par les abbés commendataires et les exactions commises lors des Guerres de religion et celle menée par la Ligue ont provoqué le délabrement de l'église, de la chapelle de Clisson, du cloître, du cellier, du portail, de la chapelle de Daille et du logement abbatial. Les témoignages situent l'altération du site lors de l'abbatiat de Louis de Buet (1570-1590).
Jean Giraud mène des travaux : destruction des chapelles de Clisson et de Daille, du logement de l'abbé, reconstruction du cloître. Le doute subsiste sur le fait que le clocher et la façade de l'église aient été reconstruits à cette occasion, ou lors des travaux entrepris à la fin du siècle par un autre abbé, Olivier de Verneuil (1689-1738).
L'abbé de Verneuil fait construire le bâtiment est de l'abbaye. La façade est achevée en 1701, date gravée sur le fronton de la lucarne au-dessus de la porte de l'édifice. La construction présente un parti-pris de sobriété et de régularité, au croisement des influences de la Réforme et du style du règne de Louis XIV. Les éléments remarquables sont la travées centrales avec ses trois frontons, les lucarnes à calotte cintrées et l'escalier intérieur à balustres intérieur. La similitude d'aspect du logement destiné à l'abbé commendataire, bâti à l'écart au nord de l'abbaye, avec l'aile est construite sous Olivier de Verneuil laisse penser que les deux bâtiments ont été édifiés lors du même programme.
En 1761, sous l'abbatiat de Vincent-Marie-Gabriel Le Borgne de Kermorvan (1754-1776), le manoir de Quiheix est détruit, et l'aile ouest de l'abbaye est construite. C'est l'architecte nantais Nicolas Portail qui est chargé de l'exécution du projet achevé en 1761. La construction s'inspire des hôtels particuliers de Nantes. Chaque niveau présente treize fenêtres. La façade est rythmée par des pilastres, les corps latéraux sur surmontés de frontons triangulaires. La porte, au centre de la symétrie de l'édifice, est soulignée par un avant-corps et le balcon qui la surplombe est typique de la ferronnerie nantaise. Comme pour les maisons des armateurs de Nantes, un mascaron figure au-dessus de la fenêtre du premier étage.
Transformations du