Le camp de regroupement et de transit de Westerbork est un camp de détention nazi situé dans le nord-est des Pays-Bas. Utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale comme étape vers les camps d'extermination de Pologne occupée, il détenait environ après . Quelque dont Etty Hillesum, Anne Frank ou Settela Steinbach sont passées par ce camp ou y sont décédées.

Historique Internement des réfugiés juifs Dès l'ascension de Hitler au pouvoir, des ressortissants allemands de confession juive traversent la frontière pour trouver refuge aux Pays-Bas. Entre 1933 et 1934, environ juives émigrent depuis le Reich. Pour beaucoup d'entre eux, les Pays-Bas ne constituent qu'une étape sur le chemin de l'exil. En 1939, il reste près de juifs aux Pays-Bas..

Dès le départ, les autorités néerlandaises se montrent très réticentes à accueillir ces réfugiés.. En 1934 déjà, elles prennent des mesures pour limiter leur intégration économique dans la société néerlandaise. Diverses autres mesures allant dans le même sens sont prises dans les années suivantes. Enfin, à partir de 1938, les possibilités légales d'entrer aux Pays-Bas en tant que réfugié sont quasiment inexistantes. De ce fait, l'immigration illégale de réfugiés juifs s'accroit considérablement. En raison des spoliations commises à leur encontre par le régime nazi, une grande partie de ces réfugiés arrivent dans une situation de grand dénuement matériel. Ils dépendent pour leur subsistance de l'aide qui leur est apportée par le Comité voor Joodsche Vluchtelingen (CVJ) - le comité pour les réfugiés juifs. Ce comité est un organisme d'aide financé par l'ensemble de la communauté juive néerlandaise, sur une base volontaire.

Après la nuit de Cristal, le gouvernement néerlandais décide de regrouper les réfugiés dans différents. En 1939, le gouvernement décide de transférer et d'interner l'ensemble de ces réfugiés juifs dans un seul camp, près de Westerbork, au nord-est de la Hollande. Ses premiers habitants y arrivent le .

La construction du camp a coûté un million de florins. Si les autorités néerlandaises ont payé cette somme, il ne s'agit que d'un prêt : les associations juives de bienfaisance ont signé un accord de remboursement sur . Cette décision de faire payer à leurs citoyens juifs la prise en charge financière de ces réfugiés contraste fortement avec la tradition humanitaire du pays. Lors de la première guerre mondiale, le gouvernement néerlandais avait ainsi pris en charge l'intégralité des coûts d'accueil de près d'un million de réfugiés belges.

Westerbork sous administration néerlandaise Le camp de Westerbork se situe à du village homonyme ( au sud de Groningue) et à environ de la frontière allemande. Son nom officiel est Centraal Vluchtelingenkamp Westerbork (littéralement : camp central de réfugiés)..

Le camp est sous la tutelle du ministère de l'Intérieur et est dirigé par D.A. Syswerda du au .

Le camp fait de large sur 600 de long (soit près d'un demi kilomètre carré). La gare la plus proche se trouve à Hooghalen, à près de du camp.. Excentré, mal relié par les transports publics, la situation géographique du camp complique encore davantage les démarches consulaires des internés qui souhaitent quitter le pays. Les internés sont logés dans maisons en bois.

Le , l'armée allemande attaque les Pays-Bas. Après cinq jours de combat, l'armée néerlandaise capitule. Le camp de Westerbork compte alors . Un plan d'évacuation prévoit d'évacuer les internés dans la province du Zeeland en cas d'attaque allemande. Mais sa mise en œuvre échoue, notamment du fait des dommages causés au réseau ferroviaire par l'armée allemande. Arrivés à Leeuwarden, les internés sont renvoyés au camp de Westerbork. !

Le camp reste sous administration néerlandaise mais passe sous le contrôle du ministère de la Justice le . ; c'est désormais la police militaire néerlandaise qui surveille le camp.. Le , alors que la décision de déporter l'ensemble de la population juive résidant aux Pays-Bas a déjà été prise, le camp passe sous administration SS.

Camp de transit sous administration SS À la fin de 1941, les Allemands décident de transformer le camp existant : il s'agit d'en faire un camp étroitement surveillé et en mesure d'héberger davantage de personnes. Le camp change en effet de nature : il devient un camp de regroupement d'où partiront tous les trains pour les camps de la mort à l'est. C'est par Westerbork que transiteront toutes les personnes identifiées comme juives par les nazis sur le sol néerlandais, l'étape ultime avant leur déportation hors des Pays-Bas. Outre les Juifs, quelques centaines de Sinté seront également amenés à Westerbork avant d'être déportés..

vignette|Mirador à Westerbork. Les travaux de transformation du camp en camp de transit s'étalent sur plusieurs mois. Des baraques en bois sont édifiées (il y en aura , mais dans un premier temps, sont construites), le camp est entouré de hauts barbelés, sept miradors sont érigés. À l'été 1942, une voie de chemin de fer est construite, qui relie la gare de Hooghalen au camp lui-même. À partir du , le nom du camp devient Polizeiliches Durchgangslager WesterborkEn allemand, le terme "Lager" (camp) est neutre et polizeilich est un adjectif. La terminaison de polizeilich se décline. Ainsi, vous trouverez dans les sources le terme "das polizeiliche Durchangslager Westerbork", etc. Il ne s'agit pas d'erreurs mais bien du nom officiel accordé en fonction de sa position dans la phrase. (littéralement : camp de transit policier de Westerbork.).

Le camp est surveillé par des unités de SS allemands ainsi que par la police militaire néerlandaise..Le camp est dirigé tour à tour par (juillet et ), Joseph Hugo Dischner ( au ) et Albert Konrad Gemmeker (du jusqu'à la libération du camp)..

Organisation interne et infrastructure Les prisonniers sont pour la plupart logés dans les nouveaux baraquements, qui hébergent chacun plusieurs centaines de personnes. Le couchage est constitué de lits à étages sur trois niveaux.. Les baraquements sont séparés en baraquements masculins et féminins, mais les personnes ont le droit de se voir en journée.

À l'arrière du camp se trouve par ailleurs un quartier disciplinaire, gardé et séparé des autres baraquements par des barbelés. Y sont enfermées les personnes qui ont cherché à échapper à la déportation en entrant en clandestinité ; elles sont déportées en priorité.. À l'extérieur du camp se trouve une ferme appelée Schattenberg, dont les terres sont travaillées par les détenusIbid., p. 239..

L'organisation interne du camp est en grande partie entre les mains des prisonniers juifs d'origine allemande et autrichienne, à savoir des personnes qui sont à Westerbork depuis leur internement décidé par le gouvernement néerlandais. En effet, le premier commandant du camp, Erich Deppner, a supervisé la création de différents services composé de ces prisonniers, dont un service d'ordre (Judischeer Ordnungsdienst). Les autorités allemandes les appellent les Alten Lagerinsassen (vieux détenus) et ils sont provisoirement exemptés de la déportation à l'est.

En , de nouveaux baraquements sont construits ; ils abritent différents ateliers d'industrie où les prisonniers sont entre autres employés à trier des métaux ou démonter des avions. Les prisonnières sont notamment employées dans un atelier de couture..

Le camp fonctionne en partie comme une mini-société. Le camp dispose de sa propre monnaie, il abrite un orphelinat, un jardin d'enfants, la scolarité des enfants est assurée. Des offices religieux juifs et chrétiens ont lieuSi tous les prisonniers du camp de transit de Westerbork sont juifs pour les autorités d'occupation allemande, une partie d'entre eux sont cependant chrétiens, convertis de longue date.. La nourriture est préparée sur place par les détenus, dans une cuisine centrale, puis distribuée dans des réfectoires. La nourriture est de faible qualité mais de quantité suffisante. Le camp a par ailleurs son propre hôpital de plus de ; les personnes qui y sont soignées sont exemptées de la déportation immédiate tant que leur état de santé nécessite une hospitalisation.

Des loisirs sont même organisés : sport et culture. Séances de gymnastique animées par les détenues, matchs de foot et de boxe, course à pied pour les messieurs, autant d'activités autorisées par Gemmeker. Côté culture, le camp dispose de son propre groupe théâtral à partir de l'été 1943 ; celui-ci propose des spectacles de cabaret et compte en son sein des célébrités comme et . Ses représentations ont lieu dans la très grande salle dans laquelle sont enregistrés tous les détenus du camp à leur arrivée. Sur ordre de Gemmeker, ses spectacles doivent être exclusivement en allemand. Ce fait, ainsi que le caractère humoristique des spectacles, est diversement apprécié par les autres détenus. Enfin, Gemmeker autorise aussi les musiciens à jouer, mais uniquement la musique de compositeurs juifs.

Une antenne du Conseil juif d'Amsterdam se trouve dans le camp.

Les internés Plus de ont transité par le camp. La plupart ont succombé ou ont été déportées puis tuées à Sobibor (avant l'été 1943) ou Auschwitz. D'autres y ont séjourné et ont pu être libérées. allemands, réfugiés aux Pays-Bas après un refus d'entrée à Cuba en (voyage sur le Saint-Louis), sont mis en résidence dans ce camp. d'origine juive sont arrêtés le .. Plus de sont amenées au camp à la suite des rafles des 2 et .. Les 6 et , deux convois amènent et , expédiés dès le lendemain à Sobibór et immédiatement exterminés. Philip Mechanicus, journaliste, arrive au camp en , où il reste jusqu'en .. En , les résidents du camp de Bernerweld (environ et membres de la bourgeoisie) sont transférés à Westerbork où ils demeurent environ un an.. Environ néerlandais d'origine séfarade sont transférés au camp en 1943..

C'est aussi dans ce camp qu'est internée Settela Steinbach et sa famille, tsiganes. Ils seront ensuite transférés à Auschwitz.

Edith Stein est internée quelques jours entre le et le ; Etty Hillesum avec ses parents et ses deux frères du au ; et Anne Frank et sa famille du au . Les trois seront déportées vers Auschwitz.

Tensions entre prisonniers néerlandais et allemands

Déportation vignette|Plaque du train effectuant la navette Westerbork-Auschwitz. Au total, sont déportées depuis le camp de transit de Westerbork.. Le premier train de la déportation part pour Auschwitz le , avec à son bord , dont l'écrasante majorité sont des réfugiés juifs ayant fui l'Allemagne, l'Autriche ou la Pologne.. En tout, transporteront vers Birkenau, vers Sobibor, vers Bergen-Belsen et environ vers Theresienstadt.. Jusqu'à , la principale destination des trains était Auschwitz, après cette date, c'est Sobibor qui devient la principale destination. À l'été 1942, les détenus parcourent à pied la distance qui sépare le camp de la gare de Hooghalen, mais dès le mois de , les trains partent directement du camp de Westerbork, la voie ferrée ayant été prolongée jusqu'au camp spécialement dans ce but. Le dernier convoi date du .. Le quai d'embarquement du train à Westerbork est surnommé « Boulevard des misères » par les détenus..

Le transport se fait dans des conditions épouvantables, dans des wagons de marchandises, sans accès à des sanitaires, Extrait du journal tenu par Philip Mechanicus, entrée du , propos traduit du néerlandais en français par Laeticia Decourt, Hinde Kaddour et Gaby Velthuys. :

L'Office central pour l'émigration juive à Amsterdam se charge de convoquer et/ou de faire arrêter les Juifs afin de les amener à Westerbork. Le Judenreferat (département de la Gestapo IVB4) sous la direction d'Adolf Eichmann décide de l'horaire des trains, du nombre de personnes à déporter ainsi que de leur destination ; au Pays-Bas, c'est Wilhelm Zoepf qui dirige l'antenne locale de ce département.

Libération du camp Le camp est libéré le par le d'infanterie de l'artillerie royale canadienne qui y découvre près de ..

Après-guerre