Robert de Melun, né vers 1550 sans doute à Antoing et mort le durant le siège d'Anvers, vicomte de Gand, seigneur puis marquis de Roubaix, est un noble des Pays-Bas de l'époque des Habsbourg, officier durant l'insurrection des Pays-Bas contre Philippe II.

Gouverneur de l'Artois, il est un des chefs les plus ardents des , tout comme son frère Pierre de Melun.

Biographie Origines familiales et titres Robert est le second fils de Hugues II de Melun (vers 1500-1553), prince d'ÉpinoyThéodore Leuridan, Histoire des seigneurs et de la seigneurie de Roubaix, Quarré, 1862, p. 163..

Sa mère est Yolande de Werchin ou de Barbançon (1520-1593), dame de Roubaix, fille de Pierre de Barbançon (vers 1500-1557), baron de Werchin, grand sénéchal de Hainaut, fait chevalier de la Toison d'or en 1546.

En 1566, il signe le Compromis des nobles par lequel de nombreux nobles catholiques ou réformés, rejoints par des bourgeois, demandent une forme de tolérance religieuse et la suppression de l'Inquisition.

Devant, selon le contrat de mariage de ses parents, recevoir en héritage les propriétés de sa mère, il se fait d'abord appeler « seigneur de Roubaix », puis après son mariage avec la veuve de Maximilien de Melun, « vicomte de Gand », titre utilisé jusqu'en 1579 dans les chroniques et mémoires du temps. Ensuite, il est appelé « marquis de Roubaix ».

Sous le gouvernorat du duc d'Albe (1567-1573)

À l'exemple de la plupart des jeunes nobles, Robert choisit la carrière des armes.

Il entre dans l'armée de Philippe II, souverain des Pays-Bas et roi d'Espagne, alors confronté à l'insurrection dirigée depuis 1568 par Guillaume d'Orange-Nassau.

Sous le gouvernorat de Luis de Requesens (1573-1576) Au mois de , Philippe II le nomme chef d'une compagnie d'ordonnance.

Mais Requesens, gouverneur des Pays-Bas après le rappel du duc d'Albe, ajourne la nomination de l'intéressé, qui le , a tué en duel Philippe de Mansfeld, second fils du comte Pierre-Ernest. Au cours de ce duel survenu dans l'hôtel du prince d'Orange à Bruxelles à la suite d'une altercation, Melun porte à son adversaire un coup d'estoc, dont il meurt sur-le-champ, , selon l'expression de .

Melun se réfugie au , où il est protégé par vingt arquebusiers à cheval, prêts à le défendre en cas d'attaque de la famille Mansfeld. Pendant ce temps, des négociations sont menées par Mathieu Moulart, abbé de Saint-Ghislain, afin que le père de la victime ne lance pas de poursuites contre le coupable.

La période intermédiaire (mars-novembre 1576) Après la mort de Requesens en , les Pays-Bas sont laissés sans gouverneur général pendant quelques mois, c'est alors le Conseil d'État et les États généraux, en conflit larvé, qui gouvernent dans des conditions difficiles.

En , il est nommé gouverneur de l'Artois par les États généraux.

Au début de novembre (4-7), a lieu le sac d'Anvers. Il en résulte le pacte de la pacification de Gand du . Robert de Melun souscrit à ce pacte et entre dans l'armée des États. Il est nommé commandant du camp de Malines.

C'est à ce moment que Don Juan d'Autriche, nommé gouverneur général en juin, arrive aux Pays-Bas, à Luxembourg. Les États généraux lui envoient une délégation avec le vicomte de Gand, les seigneurs de Rassenghem et de Villerval, pour lui rendre les honneurs qui lui sont dus et surtout pour pénétrer ses sentiments. Don Juan les reçoit courtoisement, mais les pourparlers n'aboutissent à rien, et, dans un premier temps, don Juan, qui n'a pas d'escorte militaire, reste bloqué à Namur où des négociations doivent se poursuivre.

Sous le gouvernorat de don Juan d'Autriche (novembre 1576-1578)

Le , les États adoptent l'Union de Bruxelles, mise au point par les et de Lalaing, le marquis d'Havré, le sénéchal de Hainaut, le vicomte de Gand, les seigneurs de Champagny et de Hèze, et ordonnèrent la levée d'un corps d'armée sous le commandement du comte de Lalaing, du vicomte de Gand et du seigneur de La MotteBentivoglio, livre X, 1577..

Melun est nommé général de la cavalerie des États le . Venu à [Arras], en qualité de gouverneur de l'Artois, il reçoit un mauvais accueil du peuple de cette ville, et est obligé de se retirer sans avoir rien obtenu.

Don Juan, à qui les États ne laissaient qu'un vain titre dépourvu d'autorité, dissimulant son dépit, s'efforça de s'attacher les principaux seigneurs flamands. Le vicomte de Gand, le même qui obtint depuis le titre de marquis de Roubaix, et qui rendit fidèlement au roi des services si essentiels dans les emplois les plus importants, s'était concilié l'estime générale. Le gouverneur lui témoignait une confiance particulière et, pour lui en donner des preuves, il l'envoya en Angleterre notifier à la reine Élisabeth son entrée dans le gouvernement et lui porter les assurances ordinaires d'amitié et de bon voisinage.

Les États, songeant aux moyens de payer les troupes allemandes afin d'en délivrer le pays, saisirent l'occasion de l'ambassade du vicomte de Gand pour le charger de négocier auprès de la reine d'Angleterre l'emprunt des sommes qui leur manquaient ; mais, soit que don Juan ne trouvât pas convenable qu'on engageât ainsi tous les revenus du pays à Élisabeth, à laquelle on devait déjà des sommes considérables, soit que dans ces circonstances difficiles il ne crût pas sans danger pour lui de laisser éloigner les seules troupes qui lui restaient, il défendit au vicomte de faire ou d'appuyer aucune proposition relative à ce projet d'empruntIbid.. De là, les plaintes les plus vives et les imputations les plus outrageantes de la part des États ; delà, les marques les plus évidentes d'aversion de la part du peuple. On ne tarda pas à apprendre qu'il se tramait une conjuration contre lui. Le vicomte, avant son départ, accourut de Gand en toute diligence pour l'avertir du péril qui le menaçait et l'engager à veiller à sa sûreté.

Lorsque Berg-op-Zoom, Bois-le-Duc, Bréda, tombèrent au pouvoir des troupes de don Juan, qui reprenait l'offensive, l'étonnement des États fut inexprimable : effrayés, ils ordonnèrent la prompte démolition des citadelles de Gand et d'Anvers, réunirent à Wavre une armée dont la cavalerie fut confiée au vicomte de Gand, et appelèrent à Bruxelles le prince d'Orange qu'ils proclamèrent , avec les pouvoirs les plus étendus. Mais ils regrettèrent presque aussitôt d'avoir ainsi livré à l'influence du parti de la réforme les provinces catholiques des Pays-Bas, et offrirent le gouvernement à l'archiduc Mathias, frère de l'empereur germanique Rodolphe II.

Don Juan, à qui le prince de Parme, fils de Marguerite, l'ancienne gouvernante des Pays-Bas, vient d'amener un renfort d'Italie, se disposa à combattre les États généraux. Ceux-ci avaient levé des troupes confiées au commandement général d'Antoine de Goignies, vieux capitaine qui avait fait son apprentissage sous Charles Quint. Les deux armées se rencontrèrent à Gembloux, petite ville située à quelques lieues de Namur. Bien qu'inférieur en nombre, don Juan n'hésita point à livrer bataille. Ce qui le portait à ne pas différer davantage, dit Strada, c'est qu'il était assuré par ses espions que le comte Philippe II de Lalaing, qui conduisait l'infanterie des ennemis, Robert de Melun, vicomte de Gand, qui conduisait la cavalerie, et Valentin de Pardieu, grand-maître de l'artillerie, étaient absents de l'armée, et qu'ils étaient à Bruxelles, sous prétexte d'assister à des noces, mais en réalité, comme le bruit en courait alors, parce qu'ils commençaient à se dégoûter des desseins du prince d'OrangeGuerre de Flandre, première décade, livre IX.. L'armée des États fut taillée en pièces.

Au milieu des divisions et en présence des armées de François de France, duc d'Alençon, du prince Casimir et des États, don Juan, isolé, trop faible pour pouvoir profiter de ses avantages, cherche toujours à gagner les personnages les plus influents : apprenant que le vicomte de Gand s'est retiré en son château de Beuvrages, près de Valenciennes, il lui envoie le sieur de Maulde, porteur de lettres du roi d'Espagne, pour lui marquer son étonnement de ce qu'il ne l'a pas suivi à Namur. Le seigneur de Roubaix s'excusa sur les dangers auxquels il exposerait, sans utilité, sa personne et ses biens. Seul, dénué de tons moyens, pourrait-il être d'aucun secours ? En s'éloignant du Hainaut, ne diminuerait-il pas, au contraire, le nombre de ceux qui pouvaient servir la cause du roi dans le pays ? Il promit de donner bientôt tant de preuves de son zèle et de son dévouement, que le roi aurait tout lieu de croire à sa fidélitéMémoires généalogiques pour servir à l'histoire des familles des Pays-Bas. Mémoires du sieur de Maulde. Amsterdam, 1780, t. I, page 349..

Le sieur de Maulde était aussi chargé d'un message pour Pierre de Melun, prince d'Épinoy, gouverneur de Tournai, frère aîné de Robert de Melun ; mais celui-ci prit parti pour les États généraux et en reçut la commission de chef et gouverneur général de leurs gens d'armes. Il resta inébranlable dans ce parti, malgré les pressantes sollicitations de sa mère, Yolente de Werchin, et malgré les brillantes promesses qui lui furent faitesArchives d'Ypres. — Documents inédits concernant les troubles des Pays-Bas, par Kervyn de Volkaersbeke et Diegerick. Gand, 1849, t. II, page 210..

Sous le gouvernorat d'Alexandre Farnèse (1578-1592) Jusqu'au siège d'Anvers Don Juan meurt le , laissant les affaires du roi d'Espagne en quelque sorte ruinées. Alexandre Farnèse (1545-1592), duc de Parme, arrivé depuis quelques mois au milieu de l'armée espagnole, en prit aussitôt le commandement. Son premier soin fut d'attirer à son parti Robert de Melun, que les États généraux venaient de nommer gouverneur de l'Artois, à l'instigation du prince d'Orange. Outre que le vicomte était riche et de haute naissance, il s'était acquis une grande réputation militaire, et son influence pouvait être d'un grand secours pour attirer les provinces wallonnes ; mais il était ami des honneurs, et malgré la promesse qu'il avait faite à don Juan, il s'était laissé prendre aux séductions des États et de leur conseiller.

Le nouveau gouverneur de l'Artois était arrivé dans cette province avec Charles-Philippe de Croÿ, marquis d'Havré et force gens de guerre, en avait chassé le sieur de Capres et changé toutes choses. Alexandre de Parme lui opposa Mathieu Moulart, évêque d'Arras (1575-1600), homme fidèle et recommandable également par sa piété et par son éloquence, et à qui il suffit de quelques entretiens pour ébranler le vicomte qui, pourtant, ne se laissait pas facilement pénétrer.

À la fin de l'année (1578) Robert ménageait encore le parti duquel il tenait son gouvernement, mais il était bien près d'entrer dans la voie qu'il indiquait lui-même aux États, par sa lettre du :

Pour achever de le gagner, Alexandre écrivit au vicomte une lettre par laquelle il l'exhortait en ami à défendre le parti de son prince et lui offrait de le confirmer, au nom du roi, dans son gouvernement de l'Artois auquel, par conciliation, le sieur de Capres renonçait volontairement. Il en agit de même auprès d'Emmanuel de Lalaing, baron de Montigny, chef des Wallons malcontents. Il réussit à ce point que, gagnés l'un et l'autre, ils envoyèrent bientôt l'assurer qu'ils étaient prêts à joindre leurs armes aux siennes et à mourir pour la religion et pour le roiStrada. Guerre de Flandre, , livre ..

Les États généraux, alarmés, eurent beau conjurer les Wallons de ne point entrer en conférence avec le prince de Parme, ils en reçurent pour réponse des plaintes sur la violation de la pacification de Gand, et une invitation de se joindre à eux pour se réconcilier avec le roi. Le vicomte de Gand et le sieur de Capres signèrent à Béthune, le , une protestation que le baron de Montigny promit d'agréer à leur réquisition.