vignette|Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens levée à l'initiative du comte Joseph de Ferraris vers 1770 : inscription LIEGE L'étymologie du nom de la ville de Liège a suscité, depuis le Moyen Âge, une longue série d'hypothèses.
La dernière révision toponymique permet de situer l'origine de Liège au temps du Bas-Empire romain, en adéquation avec les vestiges de la place Saint-Lambert
Historique onomastique À partir du milieu du apparaissent des études scientifiques de différentes portées et de différentes valeurs, qu'il serait long d'énumérer.
Celles qui embrassent l'ensemble de la question et qui font le point à un moment donné sur la question sont les suivantes : Godefroid Kurth, historien liégeois renommé, a réalisé en 1882 la première synthèse d'ensemble dans Les Origines de la ville de Liège, augmenté d'un autre article sur la LégiaEn 1882, Godefroid Kurth ne connaissait pas la présence de vestiges romains découverts en 1907 : , in . Un demi-siècle plus tard, en 1957, Paul Aebischer publie Les Origines du nom de Liège. En 1980, Jules Herbillon, auteur d'un traité des origines des noms de famille belges, retrace, en la mettant à jour, une Petite histoire du nom de Liège. Louis Deroy, dans ses Nouvelles réflexions sur l'origine du nom de Liège, finalise et compulse l'ensemble de ces différentes réflexions et achève le tour du problème, ne laissant que peu de doutes, en dépit de quelques questions restées ouvertes.
L'hypothèse celtique Citons par exemple celles de Xavier Delamarre.
Selon certains, le nom de Liège serait de même origine que l'ancien nom de Paris :
Lutèce, nom celtique, La forme allemande de Liège, Lüttich, suggère d'ailleurs ce rapprochement. Liège et Lutèce viendraient dès lors de lucotaekia sur lucot-, souris, cf. breton logod, vieil irlandais luch, souris.
Lutetia (sur luto-, marais; cf. gaélique loth, marais. Cet élément semble se retrouver dans la ville de Leuze, jadis Lotusa, d'un possible *Lutosa.
Lîdje Le nom de Liège n'est attesté par des écrits qu'à partir du , lorsque l'évêché de Liège, moins étroitement lié à l'Empire germanique, a noué davantage de relations avec la France. Il en est résulté un afflux de la culture de la langue française dans le Pays de Liège. On peut dès lors croire que la forme wallonne locale était déjà très proche de celle qu'on trouve attestée plus tard, qui est encore aujourd'hui LîdjeJean Haust orthographie Lîdge dans son et modifié dans la dernière édition. Cependant la Société de langue et de littérature wallonnes admet l'orthographe actuelle Lîdje (plus conforme à la phonétique articulatoire actuelle)..
De Leodicum à Leodium Pour remonter dans le passé du nom de Liège, nous ne possédons que les formes latines, dont les plus anciennes sont des , c'est-à-dire l'époque franque. Les rois francs, prenant la succession des Romains en Gaule, ont maintenu les bases romaines de l'organisation antérieure, gardant à leur service les fonctionnaires gallo-romains, et conservant l'usage du latin comme langue de communication générale. Dans ce latin mérovingien, et ensuite carolingien, bon nombre de termes franciques vont s'introduire pour des raisons pratiques. C'est vers le que le double usage va se constituer, l'usage populaire constituant les nombreux dialectes romans. À Liège, le wallon, tout en gardant le latin, en usage dans l'administration et l'église. Ce sont ces documents qui nous ont conservé les anciens noms de Liège vide: les relevés de .
L'appellation latine courante aux est Leodium. Mais on trouve encore plusieurs fois la forme plus ancienne dont elle dérive Leodicum, ainsi qu'une variante Leudicum. Parallèlement, on trouve aussi les formules in vico Leodico et in vico Leudico.
Legia Une autre appellation latine est attestée à partir du : Legia, avec des graphies Ledgia, Letgia, Lethgia, Leggia, qui pourraient être des variations mais aussi des archaïsmes de Legia. Il semble que Legia soit attesté légèrement plus tard que Leodium, mais cela n'indique pas nécessairement que Legia ait été secondaire par rapport à Leodium. En tout cas, dès le , les deux noms sont utilisés parallèlement sans s'exclure ou se confondre. Dans un poème du , on trouve concurremment neuf fois Leodium et huit fois Legia. Il s'agit déjà peut-être d'une figure de styleLutèce pour Paris, par exemple..
Les érudits du Moyen Âge et de la Renaissance ne se sont curieusement pas interrogés sur l'origine des deux noms de la ville, leurs hypothèses étymologiques ayant toujours été évoquées séparément.
Legia et Leodium Hypothèses légendaires Dans la Vita ServatiLa Vita Servatii est composée vers 1080 copie de la Gesta antiquissima, écrit début du , dont une grande partie serait une compilation de lHistoria ecclesiastica Francorum de saint Grégoire de Tours, publié par et répétées dans quelques textes ultérieurs, selon une légende saint Monulphe arrivé sur les hauteurs de Liège, voyant une croix au fond de la vallée aurait prononcé « Voici la place que le Seigneur a choisie — en latin elegit — elle s'égalera aux plus grandes cités ». L'étymologie consistait à proposer le thème leg-, choisir. Quant à Leodium, le même texte donne l'appellation Leo divas, « lion divin » appliquée à Saint-Lambert.
Une autre étymologie du Moyen Âge rattachait legia à legis, génitif de lex, présentant la ville de « la loi ». Le chapitre de Saint-Lambert en 1328 se plaignait auprès du pape que la ville fut devenue legis odium, la haine de la loi …
Au , un érudit Italien, appelé Villani, rapporta que la vieille et noble cité de Legia avait été fondée par les Romains et qu'elle avait ainsi été appelée en référence aux legiones qui y étaient cantonnées.
Selon Hubert Thomas, au , la ville aurait eu, sous un autre nom, une origine lointaine : fondée par un compagnon d'Ulysse, le vieux héros grec Œnops, qui l'aurait appelée Leodium en souvenir de son fils Léiodès, qu'il avait abandonné à Ithaque.
En réalité, le rapport entre Legia et Leodium reste obscur, et cette dualité n'est pas résolue.
Origine de Leodium On considère que l'adjectif leudicus ou leodicus, qui va donner leodium, a été formé à l'époque mérovingienne par suffixation de leudis ou leodis, terme du vieux francique et désignant tout homme qui, dans une tribu ou une nation germanique, n'était pas d'origine étrangère au peuple et libre, par opposition à l'esclavage, et vassal du roi. Tous ces hommes de la nation franque étaient des leutes.
Origine de Legia Il s'agit certainement d'un autre nom, les textes l'utilisent aux . Certains ont alors imaginé qu'il s'agissait du petit ruisseau, appelé maintenant la Légia, qui venant des hauteurs d'Ans, traversant la cité pour rejoindre la Meuse, mais très peu d'anciens historiens la citent comme telle : seul un anonyme en 1118 : et Jean d'Outremeuse au : . Mais si cette hypothèse hydronymique reste plausible (en effet, certains villages ont pris le nom de la rivière comme Amblève, Haine, Lesse, Mehaigne), il n'en resta pas moins que l'origine reste obscure.
En 1584, le géographe Abraham Ortelius donne ce commentaire :
En 1920, Jules Feller suggère que Légia est une invention qui est calquée sur la prononciation populaire Lîdge venant du bas latin lige ou liege, libre de toute charge, et simplement latinisée par les érudits médiévaux. Il démontre que siège (sedicu) devient sîdje, piège (pedicu) pidje etc … Ledicus a suivi la même évolution: *ledigu devient au *leydyu qui devient en vieux français liege et lige, en wallon liégeois lîdje : libre (de toute charges). On utilise encore métaphoriquement « homme lige ».
Ce qui donnerait l'adjectif latin leticus, ou laeticus, dérivé de laetus, au pluriel laeti : les lètes.
Les Laeti, qu'on appelle parfois en français les "lètes", étaient des sortes de colons d'origine germanique installés par l'autorité impériale romaine en diverses régions de l'empire mais particulièrement en Germanie inférieure, pour réduire le risque de nouvelles invasions. Des terres inoccupées leur étaient concédées héréditairement à charge pour eux de les cultiver et au besoin de servir dans l'armée romaine comme auxiliaire pour les défendre. Ils étaient également libres de garder leurs coutumes.
Ce terme apparaît déjà dans des documents de 297 et 311. Cette situation correspond à l'affaiblissement des limes romaines qui organisent un repli vers la Meuse entre 250 et 400, cette période de réorganisation correspondant à l'institution des Lètes. La gestion des terres « létiques », laeticus, est utilisée en 399Le terme est employé par l'empereur Honorius dans un courrier à Messala : …, quitus terrae leticae administrante sunt, … ().
Laeticus, avec le sens "libre, vacant, inoccupé", est passé du latin aux langues germaniques : Moyen néerlandais : ledich: libre Moyen bas allemand : ledich Moyen haut-allemand : ledic, libre; allemand moderne: ledig Moyen anglais : lethi Vieux frison : ledich, letich Norvégien, suédois, danois, :ledig
Un territoire différent On peut aussi se demander si Leodium ne couvrait pas, pour les administrateurs de l'époque, une surface plus importante que Legia. La formule Legia in Leodium pourrait le suggérer.
Lüttich et Luik Ces formes allemandes et néerlandaises viennent de la forme Leudicum.
On trouve Lutheche au . Le néerlandais Luik serait issu, au témoignage de Juste Lipse, de Leodijck et plus vulgairement Luydijck : Leodijck, et magis vulgare Luydijck.
Liége et Liège vignette|Ancienne graphie "Liége" de Liège dans un chapeau Brummel. On sait que la prononciation française ancienne faisait entendre un é (fermé) et qu'après avoir écrit LiegeProche de la prononciation régionale liégeoise Liéch, influencée par le wallon., on a ensuite longtemps écrit Liége, conformément à la prononciation locale, même si, dans la prononciation française normée, é était devenu un è ouvert. C'est seulement en 1878 que l'Académie française a décidé de changer, dans l'orthographe, les finales ége en ège. Cependant, Liège, comme nom de lieu hors de France, n'a pas été tout de suite affecté. C'est en 1946 seulement que la graphie Liège a été entérinée par un arrêté du prince Charles, régent de BelgiqueArrêté du 17 septembre 1946., en dépit de la prononciation locale qui reste communément Liéch. Il faut noter cependant que l'orthographe des communes belges est décidée par le Roi, c'est-à-dire le gouvernement, et non par les autorités localesAndré Goosse La « nouvelle » orthographe, Duculot, Louvain-la-Neuve, 1991, Note 5 page 41 : « C'est en 1946 que les autorités de la ville ont décidé de changer Liége en Liège ». .
Le é reste cependant d'application pour le qualificatif liégeois(e).
Quelques Liégeois restent cependant attachés à l'ancienne graphie, notamment le journal la Gazette de Liége, aujourd'hui publiée comme édition locale de La Libre Belgique.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Germanie inférieure Histoire de la Principauté de Liège Légia Hommage lige
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