L'abbaye de Beaurepart-en-Île (ou Saint-Corneille de Beaurepart, ou abbaye des Saints-Apôtres) est un ancien monastère, en activité entre le et 1796, à Liège, en Belgique.
L'abbaye est construite pour les Frères Mineurs sur une île de Liège, qui la quittent en 1243 pour s'établir près de la place du marché. Le couvent de Beaurepart est alors à la disposition des Chevaliers de l'Ordre teutonique, puis s'y établissent, en 1288, les religieux Prémontrés de Cornillon qui vont l'occuper jusqu'à la période révolutionnaire.
Depuis 1809, l'ancienne abbaye abrite le Grand Séminaire de Liège et le palais épiscopal. En outre, subsistent son église Saint-Corneille du , une seconde église du et son cloître du .
Situation géographique et étymologie L'abbaye de Beaurepart-en-Île, ou bien Saint-Corneille de BeaurepartCarte de Blaeu 1649, Corneil de Beaurepaire , Rue de Beaurepaire et Porte de Beaurepaire , ou encore abbaye des Saints-ApôtresÉmile Poumon, Abbayes de Belgique, Office de Publicité, S. A., éditeurs, Bruxelles, 1954, est située à Liège, en Belgique, dans la province de Liège. Elle fut construite sur une Île formée par deux bras de la Meuse aujourd'hui comblés, la Sauvenière et le boulevard Piercot.
Histoire Beaurepart-en-Île, jadis en wallon å bairpâ est construite au début du pour les Frères Mineurs.
Le bellus reditus des frères Mineurs Le couvent de Beaurepart est bâti sous l'épiscopat de Jean d'Eppes pour y établir des Frères mineurs. Ces religieux l'occupent jusqu'au mois de . Le bâtiment est alors détruit par un incendie et les religieux se retirent alors dans la paroisse de Saint-Hubert. Le couvent ayant été rebâti par Raoul de l'Isle, chevalier, et Gilles Surlet de Hozémont, chanoine de Saint-Lambert, les Frères mineurs y retournent en 1235 ; ce fut pour eux un 'beau-retour' (un bellus-reditus), ce qui donnera au couvent son nom. Toutefois leur second séjour au Beaurepart ne fut pas de longue durée. En 1243, ils s'établirent près du marché dans un lieu nommé Richonfontaine.
Les Chevaliers de l'Ordre teutonique
Tentative d'inviter les chanoines de Saint-Victor L'archidiacre Baldard l'acquit alors de l'évêque et du Chapitre, probablement sous la condition d'y établir des religieux et de les doter; ce qu'il fit par testament en ordonnant d'y établir des chanoines réguliers de Saint-Victor de Paris. Son exécuteur testamentaire Godefroid de Fontaines, chanoine de Saint-Lambert, fait, mais inutilement, des instances auprès des religieux de Saint-Victor pour qu'ils y établissent une communauté de leur ordre. Dès lors, le couvent de Beaurepart fit retour à l'évêque et au Chapitre, qui y établirent en 1288 les religieux Prémontrés de Cornillon qui vont l'occuper jusqu'à la période révolutionnaire.
Installation des Prémontrés de Cornillon à Beaurepart
L'abbaye du Mont Cornillon4 mai 1143. Privilèges du Pape Innocent II à l'abbaye de Cornillon. Cartulaire, Folio 39. et ses biens sont, au , l'objet de tant de déprédations et de dévastations et de brigandage, que les religieux n'ont plus de quoi subsister et songent à abandonner Cornillon pour se retirer dans d'autres maisons de leur ordre. Jean de Flandre, l'évêque de Liège ainsi que le Chapitre de la Cathédrale Saint Lambert viennent à leur secours. Ils organisent avec eux un grand échange de biens en 1288 et leur cèdent, entre autres, le couvent abandonné de Beaurepart en Isle, sur les bords de la Meuse. Les Prémontrés en prennent possession la même année; ils en augmentent sa surface par l'achat de la maison dite de l'abbaye de Floreffe, maison qui provient de Henri de Flémalle, chevalier, et qui deviendra la demeure des évêques de LiègeEn 1124, une charte d'Alberon, évêque de Liège, comprend la dotation primitive du couvent. Cartul. fol. 47..
Les neuf paroisses des Prémontrés de Beaurepart L'abbaye de Beaurepart, où s'installent les Prémontrés de Cornillon va agir comme le séminaire qui fournit des curés et des vicaires à de nombreuses églises. Aussi les études de philosophie et de théologie n'ont-elles cessé d'être cultivées dans cette maison.
Dès leur installation, les Prémontrés de Cornillon, eurent plusieurs églises à desservir: celles de Notre-Dame à Jupille, de Saint-Nicolas Outre-Meuse, Saint-Bavon de Loverval, de Saint-Nicolas à Archis, de Saint-Remy de Simpelvelt, de Saint-Lambert de Soumagne, de Grimby (Opgrimbie), de Rekem (Reckheim), de Saint-Lambert de Borsu et celle du couvent des Augustines (ou Norbertines).
Les premières églises paroissiales que les Prémontrés de Cornillon aient reçues à desservir, sont celles de Riche (Rechain) et de Gonherys (Gonrieux) ; on les trouve citées dans une bulle d'Innocent II.
Albéron, évêque de Verdun, y ajouta en 1152 l'église de Notre-Dame, à Jupille, qui avait été bâtie et dotée par Thierry, évêque de Verdun. Jupille était à cette époque une seigneurie de l'église de Verdun qui y possédait aussi de grands biens et un château, Jupillo était en 1008 un domaine de la couronne impériale d'Allemagne. Henri II le donna, cette année-là, à l'église de Verdun. Plus tard, l’église paroissiale de Jupille, étant incorporées au décanat de Notre-Dame à Aix-la-Chapelle, le doyen Garsilius en confia en 1274 la déserviture perpétuelle à l'abbé des Prémontrés.
Wedericus de Prato, avoué de Liège, et ses deux nièces, Oda et Beatrix, donnèrent avant l'année 1160 l'église de Saint-Nicolas Outre-Meuse.
Une charte de 1187 précise qu'Albert, grand-prévôt et archidiacre du Hainaut, incorpora à la communauté de Cornillon, deux bénéfices simples ou autels fondés dans l'église de Loverval.
Sous l'abbé Gosuin, le couvent reçoit trois nouvelles églises paroissiales à desservir : celles de Boffoit (Borsu en Condroz), de Simpelvelt et de Soumagne. Nous ignorons à qui les Prémontrés doivent l'église de Borsu, mais celle de Simpelvelt leur est donnée en 1203 par Hugues de Pierrepont Cartulaire des Prémontrés, Fol. 113. vide J. Daris, III, évêque de Liège, et celle de Soumagne leur est cédée en 1204 pour une certaine somme par WinandCartulaire des Prémontrés, Fol. 106. vide J. Daris, III, chevalier de Fechiers (hameau de Fècher proche de Soumagne-les Moines, actuellement Soumagne-Bas).
En 1203, les Prémontrés cèdent à l'évêque leurs terres de Gonrieux près de Couvinsuivant les textes Gonheries, Gonherys, bulle d'Innocent II, le 4 mai 1143 et l'église de cet endroit pour un rente annuelle de six marcs et l'exemption de tout impôt sur leurs terres de Villers-l'Évêque.
Le pape Innocent III confirme, le , toutes les possessions de l'abbaye, notamment l'église de Saint-Nicolas Outre-Meuse, celle de Saint-Bavon à Loverval, celle de Saint-Lambert à Borsu, celle de Saint-Remy à Simpelvelt, celle de Saint-Lambert à Soumagne.
En 1223, l'abbaye des Prémontrés reçut encore une église paroissiale à desservir, celle de Grimby. Wiger, chevalier de Lowaige, en donna le droit de patronage aux religieux Prémontrés, avec le consentement de son épouse Gertrude et de son fils Louis.
Guillaume, seigneur de Bronckhorst et de Reickheim (Rekem), donne en 1260 à l'abbaye des Prémontrés le droit de patronage sur l'église de Rekem.
Développement et apogée de l'abbaye En 1351, les Prémontrés obtiennent du Conseil communal de Liège l'autorisation de faire des constructions le long de la Meuse, même sur les murs de la ville. L'abbé Nicolas exécuta les constructions qu'avait projetées son prédécesseur et il reçut à cet effet, en 1357, l'autorisation de la ville.
En 1483, Dominique Rovere, légat du Saint-Siège, unit, le , un canonicat de la collégiale Sainte-Croix de Liège à la mense abbatiale. Depuis cette époque les abbés de Beaurepart furent aussi chanoines de Sainte-Croix et y célébrèrent les principaux offices.
Léonard De Limbourg est élu le . Il jette les fondements de la nouvelle église de l'abbaye, mais son décès le ne lui permit pas de l'achever. Elle est continuée par ses successeurs. C'était, d'après Langius et Pierre Lambert de SaumeryPierre Lambert de Saumery (1690-1767): Les délices du païs de Liège, (5 volumes), publiés par L. Kints, imprimeur du prince-évêque, une petite église gothique qui se distinguait par ses belles proportions et ses riches décorations.
Jean De Sart, abbé de 1571 à 1584 va reconstruire une grande partie de son abbaye.
Nicolas De Gomsée, de 1638 à son décès en 1657 va acquérir la terre et seigneurie de Rennes (Hamoir) et fait de grandes réparations à l'église et au couvent. Depuis cette époque, les abbés de Beaurepart portent le titre de seigneurs de Rennes.
Le pape accorde, le , les privilèges de la crosse et de la mitre à l'abbé de Beaurepart.
L'abbé Ambroise Defraine, de 1664 à 1695 reçoit du prince-évêque Maximilien-Henri de Bavière en 1664, moyennant une rente annuelle d'un chapon, l'autorisation de construire un pont au-dessus de la rue des Prémontrés pour relier la maison au jardin situé au-delà de la rue. Dès que le pont couvert fut achevé, l'abbé mit ce jardin à la disposition de ses religieux pour y prendre l'air et faire leurs promenades. Ce terrain, occupé par plusieurs maisons, avait été acquis successivement par l'abbaye dans le courant du et converti plus tard en jardin. L'abbé Defraine eut un long procès à soutenir contre François Gobert d'Aspremont comte de Reckheim. Celui-ci, prétendant avoir le droit de patronage sur l'église du village, chasse le curé nommé par l'abbé de Beaurepart et le remplace par un prêtre séculier. Le procès parcourut tous les degrés de juridiction et dura plusieurs années. Le , la Chambre impériale condamne le comte de Reickhem à rétablir le curé légitime dans la possession de son église. L'abbé Defraine meurt le . Son successeur, Pierre Alexandre De Falloize dû continuer ce procès: le comte de Reickhem continuait à revendiquer, même devant le tribunal de la Rote, à Rome, ses prétendus droits sur le patronage de l'église de Reickhem. L'abbé dut se défendre au procès, et ce ne fut qu'en 1703 qu'il parvint à faire reconnaître et sanctionner ses droits.
Norbert Burnenville, élu abbé le au , va de 1733 à 1745 rebâtir l'aile du couvent que baignait alors la Meuse.
La révolution liégeoise Pendant la révolution liégeoise de 1789 à 1791, l'abbaye est contrainte de faire, le , un don patriotique en faveur de la révolution de 292 florins. Ce n'est pas là le seul sacrifice qu'elle doit lui faire: Le , disent les mémoires de l'abbaye, nous avons pris à frais à mademoiselle la veuve Jacques Dechêne deux mille florins à 31/2 pour cent. Les insurgents, non contents de cette somme, ont exigé encore deux mille et le 30 dito nous avons eu encore deux mille florins à la dite demoiselle par acte séparé. En deux créations les États nous ont donné un billet par lequel ils s'engagent à nous payer 4 pour cent
Pendant l'occupation du pays par le général Dumouriez, de au , les soldats français malades ou blessés sont logés dans la nouvelle aile de l'abbaye. Les bureaux de payement pour les fournitures y sont également établis. Dès le , les religieux ont mis leurs archives en sûreté à Maastricht.
Le , l'avant-veille du départ des Français, les révolutionnaires massacrent trois Prémontrés pour avoir refusé de prêter le serment civique. Guidel est enterré dans un caveau particulier de l'église des Prémontrés, Dupuis et Lemoinne dans l'ancienne église de Saint-Pholien, démolie en 1853.
Lorsque les Français s'emparent une seconde fois de Liège au mois de , les Prémontrés émigrent emportant leurs effets précieux et leurs archives en Allemagne; mais ils peuvent rentrer au commencement de 1795, et sont remis dans la possession de leur abbaye.
Fin de l'abbaye des Prémontrés