Le Reichsgau Wartheland ou Warthegau (du nom de la rivière ), à l'origine appelé « Reichsgau Posen », est une circonscription territoriale allemande constituée à partir de plusieurs territoires polonais annexés par le Troisième Reich en 1939.

Composé à partir de la province historique de Posnanie rendue à la Pologne en 1919, le , parfois nommé Warthegau, est créé le en application du décret signé par Hitler le qui organise les territoires polonais échus au Reich. Couvrant une surface de pour en 1941, le Gau est majoritairement peuplé de Polonais, mais comporte une minorité allemande non négligeable.

Confié à Arthur Greiser, ancien président du Sénat de Dantzig, le Reichsgau vit sous un régime légal spécifique aux territoires annexés au Reich. Dans ce cadre, le programme racial nazi est appliqué avec fanatisme : expulsion et extermination des Juifs et des Polonais, destruction des synagogues et des églises polonaises, ainsi que des bibliothèques hébraïques et polonaises, en prélude à la colonisation par des Allemands du Reich ou des Volksdeutsche rapatriés.

Relativement épargné par les combats et les bombardements alliés durant la majeure partie de son existence, le Gau s'enfonce dans le chaos lors de l'offensive soviétique, déclenchée le et disparaît de fait à la suite des succès soviétiques de la fin du mois. Les populations allemandes, que les responsables mis en place en 1939 abandonnent à leur sort, fuient dans le désordre vers l'Ouest, au prix de nombreux morts dus au froid et aux violences de la guerre, tandis que la ville de Posen, encerclée, subit un siège pendant près d'un mois.

Création d'un « Gau exemplaire » Contexte de la mise en place du Reichsgau

Après la conquête de la Pologne, la partie du pays dévolue au en vertu du pacte germano-soviétique est divisée en deux territoires distincts : les régions directement annexées au Reich et celles destinées à former un : le Gouvernement général de Pologne. Préparé dans un contexte marqué par les hésitations d'Hitler sur la nature du cadre administratif destiné à régir les territoires dévolus au Reich, le décret du , destiné à être appliqué le , organise ces territoires annexés : sont créés deux , le de Posnanie, renommé le en Reichsgau du Wartheland, pays de la Warthe, du nom allemand du principal affluent de l'Oder, et le de Dantzig-Prusse Occidentale, tandis que d'autres territoires polonais sont rattachés aux de Basse-Silésie et de Prusse orientale.

Sur le modèle de ce qui avait été fait en Autriche, les deux constitués à partir des territoires annexés héritent d'un statut particulier. Le Gauleiter exerce son autorité à la fois sur le parti nazi et sur les services locaux de l'administration centrale. Cependant, souhaitant façonner un -modèle ou parmi les du Troisième Reich, le Gauleiter Arthur Greiser, affranchi du cadre juridique en vigueur dans l'L' désigne le dans ses frontières de 1937., dispose d'une latitude totale dans l'administration du territoire dont il a la charge. Il érige ainsi son en de l'« ordre nouveau national-socialiste ».

Mise en place des structures administratives

À la fin du mois d', l'administration militaire mise en place lors de la conquête cesse de fonctionner, en vertu des termes du décret du : cette administration cède la place dans un premier temps à un vide juridique, qui est comblé au printemps 1940, puis, dans un second temps, à un régime administratif et légal différent de celui ayant cours dans l'.

Dans ce Reichsgau, une nouvelle administration, appuyée dans un premier temps par les services administratifs de l'armée qui restent sur place, est installée par le , parfois contre l'avis des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, dont les représentants sont renvoyés dans le , à l'image de leurs collègues des autres ministères. Pour remplacer ces fonctionnaires, allemands ou prussiens, Arthur Greiser, affranchi des cadres réglementaires et législatifs de l' et soutenu par Hitler, réorganise l'administration en la peuplant de vétérans du NSDAP, le plus souvent totalement incompétents sur le plan administratif. Devant affronter l'opposition des fonctionnaires, représentants de l'appareil d'État, Greiser défend néanmoins l'idée, le temps du conflit, d'un entre le ministère de l'Intérieur et les représentants nazis sur place. Cette administration participe au maillage du territoire par le régime, le plus dense de tous les territoires polonais contrôlés par le Reich.

L', permis par le renvoi des fonctionnaires de l'État dans l', entraîne la mise en place d'un enchevêtrement de pouvoirs spéciaux, souvent concurrents les uns des autres, et remet en cause le principe de l'unité juridique et administrative du Reich. Dès le mois de , les responsables politiques du Gau constatent par exemple l'autonomie d'action de la SS, ce dont Greiser se plaint devant Goebbels en .

Comme dans l'ensemble des Gaue du Reich, Himmler nomme en effet un chef des SS et de la police, Wilhelm Koppe. Celui-ci, représentant permanent du Reichsstatthalter, hérite des compétences de la SS et de Himmler dans le Gau : il exerce son autorité sur les camps de concentration, les différentes polices et la SS et ses agences, ainsi que sur la politique raciale. Partisan d'une politique radicale, appuyée sur les inflexions de Reinhard Heydrich, tout en restant le représentant sur place de Himmler, il s'affirme dans ce contexte comme un frein à la concurrence de ses subordonnés dans les districts.

Le

thumb|Arthur Greiser à Posen en .|redresse=0.8|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en uniforme, saluant, suivi dans la rue par un autre officier.

Le décret du confère ainsi la dignité de à Arthur Greiser, membre du NSDAP depuis , président du Sénat de Dantzig depuis 1934. Nommé à la demande expresse de Hitler et doté de pouvoirs dictatoriaux, il est secondé par August Jäger, ancien fonctionnaire prussien du ministère des affaires ecclésiastiques et vétéran du .

Proche de Himmler et de Bormann, Greiser cumule, comme Albert Forster, de Dantzig-Prusse Occidentale, ses fonctions de avec celles de , et, à ce titre, exerce rapidement un pouvoir absolu dans sa circonscription. À la fois gouverneur, chef de l'administration d'État, et responsable du parti, il se trouve placé directement sous le contrôle du Führer. Il se voit octroyer au fil du conflit de plus en plus de pouvoirs spéciaux dans les domaines de compétences les plus divers. Ainsi, le , il défend la totalité de ses prérogatives dans un courrier au ministre de l'Intérieur Frick, insistant sur la mission politique et raciale que lui a confiée Hitler, affirmant à cette occasion son rôle dans l'élaboration des projets coloniaux pour le (il aspire à le transformer en grenier à blé du Reich).

Comme beaucoup de responsables nazis en poste dans les territoires annexés ou simplement occupés, il fait preuve de rapacité, allant jusqu'à détourner pour son profit personnel les deux tiers des maigres salaires versés aux travailleurs forcés juifs du ghetto de Łódź.

Un territoire juridique spécifique dans le Reich

Le statut particulier des Gaue constitués par le décret du remet en cause le principe de l'unité administrative du Reich. En effet, doté d'un statut différent des Gaue de l', le Warthegau, le plus vaste des territoires annexés au Reich avec une superficie de , constitue un territoire dans lequel est mise en œuvre une politique de germanisation radicale.

Le décret du définit les obligations des personnes résidant dans les territoires annexés : intégré du point de vue économique, le Reichsgau voit sa population allemande, environ 7 % de la population totale du Reichsgau, privée d'un certain nombre des droits des citoyens de l'Altreich. Conçu comme une zone expérimentale pour la société national-socialiste, ce Reichsgau constitue, avec l'ensemble des territoires polonais annexés au Reich, une zone de non-droit, un : en effet, dans ces territoires intégrés au sein du Reich, les garanties de droit existant pour les citoyens de l'Altreich ne s'appliquent pas, tout comme le code pénal en vigueur dans le Reich. De plus, ces Allemands ne peuvent se déplacer librement dans le Reich qu'après avoir obtenu un laissez-passer particulier tandis que les Polonais et les Juifs ne peuvent que se déplacer dans les limites administratives du Gau.

De même, le droit foncier, théoriquement régi par la loi de , ne peut être appliqué dans le Reichsgau : en effet, les propriétés dépendent de Himmler, commissaire du Reich pour le renforcement de la race allemande, et sont octroyées à titre provisoire, à charge pour le colon et sa descendance de rembourser la dette ainsi contractée ; s'il s'en révèle incapable, sa propriété, révocable, s'apparentant à une tenure, à un fief, lui est reprise par le .

Dans un tout autre domaine, celui de la politique religieuse, le Gau est déclaré , zone exclue du champ d'application du concordat de 1933, permettant la mise en œuvre d'une politique de déchristianisation radicale. Le concordat polonais du est également déclaré caduc, du fait de la disparition de l'État polonais, et la politique de déchristianisation frappe de plein fouet les paroisses polonaises, considérées comme des foyers de résistance potentielle et des piliers de l'identité polonaise.

Allemands et Polonais dans le Gau

Territoire polonais annexé au Reich, le constitue, avec les autres territoires polonais annexés, le premier champ d'expérimentation des projets coloniaux et raciaux nazis, en accord avec les projets exposés par Hitler en . Ainsi, rompant délibérément avec la politique de germanisation des Polonais menée par le Reich entre 1871 et 1918, entraînant, sous couvert de , un processus de , Hitler projette dans un premier temps la prise de possession et la germanisation du sol dont les Polonais sont expulsés au préalable. Sur le terrain, la politique raciale, comprenant la colonisation, les expulsions et l'élimination des juifs, est placée sous la responsabilité de la SS et de son représentant sur place, Wilhelm Koppe, Höherer der SS und Polizeiführer ; dès le , celui-ci met en place deux états-majors spéciaux, compétents l'un pour l'expulsion des Juifs et des Polonais, l'autre pour l'installation dans le Gau des rapatriés des territoires envahis par l'URSS en Pologne, dans les pays baltes (germano-baltes), en Bucovine (Allemands de Bucovine) et en Bessarabie (Allemands de Bessarabie).

Dans le cadre du programme , « un foyer dans le Reich », les responsables allemands du y mènent une politique systématique de spoliation, d'expulsion et d'extermination des populations polonaises et juives, tout en favorisant la minorité allemande. Cette politique brutale en Pologne annexée doit être menée, selon Hitler, selon les principes du , le « combat racial », et ainsi être « affranchie de tout cadre juridique » : Aussi Greiser applique-t-il avec zèle ce que ses subordonnés appellent la (en allemand, ).

Les expulsions, prélude à la germanisation totale thumb|Expulsion des habitants polonais de la ville de Schwartzenau en 1939.|alt=Photographie en noir et blanc d'hommes, femmes et enfants portant quelques colis et marchant dans la même direction.

Conformément aux textes mettant en place le , la politique raciale dans sa totalité relève de la compétence de la SS et de son chef dans la circonscription, Wilhelm Koppe.

Des listes d'habitants polonais et juifs sont ainsi établies, mais se révèlent rapidement peu fiables, en raison des massacres désordonnés perpétrés par les Allemands lors de leur conquête de la Pologne et de la fuite de certains habitants vers la Slovaquie ou l'Union soviétique.