La troisième invasion du Portugal par les troupes françaises de Napoléon commence en juillet 1810 et se termine en avril 1811 avec le retrait des forces françaises vers Ciudad Rodrigo. Des trois tentatives d'invasion en territoire portugais, dont une première en 1807, commandée par Junot, et une seconde en 1809, commandée par Soult, c'est la plus importante en nombre d'hommes. Elle est commandée par le maréchal Masséna, l'un des maréchaux de France les plus réputés. Mais la qualité de l'armée anglo-portugaise commandée par Wellesley, duc de Wellington, ainsi que la stratégie utilisée et développée à partir des lignes de Torres Vedras vaudront un nouvel échec aux Français.
Ce conflit est un épisode de la guerre péninsulaire opposant la France de Napoléon aux anglo-portugais. Il s'explique une nouvelle fois par la volonté de Napoléon d'affaiblir l'alliance anglo-portugaise et d'isoler le Royaume-Uni en envahissant complètement le Portugal.
Antécédents
La seconde invasion française s'est conclue par le retrait du corps du maréchal Jean-de-Dieu Soult vers la Galice. Wellington peut alors se consacrer au corps du maréchal Claude-Victor Perrin, qui se trouve en Estrémadure espagnole ; cela donne lieu à la bataille de Talavera, première offensive britannique en Espagne. La menace sur les lignes de communication avec Lisbonne et le manque de soutien logistique de la part des autorités espagnoles obligent Wellington à se retirer au Portugal malgré la victoire obtenue à Talavera.
Le projet de conquête du Portugal ayant échoué en 1809, Napoléon nomme Masséna commandant de la nouvelle « armée du Portugal », ce qui provoque quelques jalousies qui ne sont pas sans conséquences sur le déroulement des événements. Cette armée est constituée de trois corps d'armée regroupant près de hommes. La réputation de ce maréchal d'Empire et la confiance de Napoléon en sa capacité de mener à terme cette mission sont telles qu'il n'envoie aucun ordre et aucun autre commandant français de la péninsule en soutien. En , à Salamanque, Masséna prend le commandement de cette armée.
Wellesley, alors vicomte de Wellington, évite la confrontation avec les Français après la bataille de Talavera, ayant eu à y déplorer le manque de collaboration des autorités et des généraux espagnols. L'armée espagnole doit assumer seule la défense de l'Andalousie. Il faut dire que Wellington et les autorités espagnoles envisagent de manière très différente la situation dans la péninsule.
Pour défendre la péninsule Ibérique, Wellington considère la défense du Portugal plus importante que celle de l'Andalousie. Ensuite, il estime avoir de meilleures moyens de défense au Portugal ; la construction secrète des lignes de Torres Vedras s'inscrit dans cette perspective. Il considère également avoir une obligation envers le Portugal qui, contrairement à l'Espagne, s'en est remis entièrement aux mains des alliés et a placé tous les moyens, armée incluse, à sa disposition. Contrairement à l'armée espagnole, l'armée portugaise est dans une attitude de subordination envers lui (Wellington avait reçu au Portugal, par décret du , le titre de maréchal-général des armées portugaises ).
C'est donc tout naturellement que Wellington retire ses unités de Badajoz le . Le , il installe son quartier-général à Coimbra, la du général Rowland Hill reste à Abrantes tandis que le reste des troupes est logé le long de la vallée du Mondego.
Une armée venant d'Espagne dispose de trois portes d'entrée différentes au Portugal : la frontière nord (utilisée lors de la seconde invasion française), la frontière nord-est entre le Douro et le Tage et celle au sud-est entre le Tage et le Guadiana.
La vallée creusée par les fleuves qui traversent l'Espagne et le Portugal reste un mauvais choix à cause de la morphologie du terrain et du manque de routes praticables pour le transport de l'artillerie (comme Junot a pu s'en rendre compte lors de sa marche vers Lisbonne à l'occasion de la première invasion française).
La frontière nord, trop éloignée de Lisbonne, leur principal objectif, n'est pas accessible pour les Français qui ne contrôlent pas la Galice. La frontière sud conduit à la rive sud du Tage et ce fleuve représente un obstacle d'autant plus difficile à traverser qu'on approche de Lisbonne. L'invasion par la région de Beira restait donc la solution la plus naturelle pour atteindre rapidement Lisbonne et cela, malgré les nombreux obstacles à surmonter : la place-forte d'Almeida sur la frontière, le terrain et sa morphologie favorables à la défense et le formidable système défensif de la péninsule de Lisbonne connu sous le nom de « lignes de Torres Vedras ». D'autres difficultés imprévues vont surgir.
L'armée d'invasion
vignette|Le maréchal André Masséna, commandant en chef l'armée française du Portugal.
Napoléon met en œuvre des moyens considérables pour cette troisième tentative. Au , elle compte hommes, en incluant les unités de manœuvre et de soutien, les officiers, les sergents et les sans-grades. Ces effectifs importants sous le commandement suprême de Masséna sont organisés de la manière suivante. :
corps d'armée sous le commandement du général Jean-Louis-Ébénézer Reynier ; il est composé de deux divisions d'infanterie, d'une brigade de cavalerie et de troupes de soutien ( hommes). corps d'armée sous le commandement du maréchal Michel Ney ; il est composé de trois divisions d'infanterie, d'une brigade de cavalerie et de troupes de soutien ( hommes). corps d'armée sous le commandement du général Jean-Andoche Junot ; il est composé de trois divisions d'infanterie, d'une brigade de cavalerie et de troupes de soutien ( hommes). Réserve de cavalerie sous le commandement du général Louis Pierre de Montbrun ; elle est composée de trois brigades de cavalerie et d'une batterie d'artillerie à cheval.
Outre ces forces, il existe aussi la réserve d'artillerie, un corps d'ingénieurs, une petite unité de gendarmerie (177 hommes) et l'état-major.. Beaucoup d'officiers et de sans-grades ont déjà participé aux invasions antérieures.
L'armée anglo-portugaise
vignette|Sir Arthur Wellesley, marquis de Wellington, commandant de l'armée anglo-portugaise.
Depuis , les forces portugaises se trouvent, du fait des opérations militaires, sous les ordres de Wellington. Il est donc parfaitement légitime de parler d'une armée anglo-portugaise et non de deux armées distinctes. Les deux forces ont l'avantage d'agir de manière combinée sous un commandement unique.
L'armée de Wellington avait déjà évolué, depuis la bataille de Talavera, vers une organisation en « divisions ». Les forces portugaises utilisaient la même organisation mais maintenaient quelques brigades indépendantes. Les deux forces totalisaient (chiffre obtenu en ajoutant les forces présentes lors de la bataille du Buçaco, le , aux pertes survenues lors de la bataille de la Côa, le ) et étaient organisées de la manière suivante : d'infanterie sous le commandement du général Brent Spencer ; elle est formée de quatre brigades d'infanterie, dont une de la King's German Legion – . d'infanterie sous le commandement du général Rowland Hill ; elle est formée de trois brigades d'infanterie – . d'infanterie sous le commandement du général Thomas Picton ; elle est formée de trois brigades d'infanterie dont une portugaise – . d'infanterie sous le commandement du major-général Galbraith Lowry Cole ; elle est formée de trois brigades d'infanterie dont une portugaise – . d'infanterie sous le commandement du général James Leith ; elle est formée de deux brigades d'infanterie dont une portugaise, de trois bataillons de la Leal Legião Lusitana et deux bataillons du RI 8 (portugais) – . Division légère (Light Division) sous le commandement du général de brigade Robert Craufurd ; elle est formée de deux brigades d'infanterie et chacune d'elles comporte un bataillon de chasseurs portugais – . portugaise sous le commandement du maréchal John Hamilton ; elle est formée de deux brigades d'infanterie – ; les effectifs de cette division, lors de la bataille de Buçaco, seront intégrés à la d'infanterie. portugaise sous le commandement du colonel Carlos Frederico Lecor ; elle est formée de deux brigades, dont une de miliciens – . Trois brigades indépendantes d'infanterie portugaise : sous le commandement du général de brigade Denis Pack – . sous le commandement du général de brigade Archibald Campbell – . sous le commandement du général de brigade Francis John Colleman – . Quatre brigades de cavalerie britannique avec un total de . Une brigade de cavalerie portugaise sous le commandement de Fane – 430 hommes.
À ces forces, il faut ajouter les de l'artillerie et les 506 hommes du corps d'ingénieur et de l'état-major.
L'invasion
L'avancée française jusqu'aux lignes de Torres Vedras
thumb|400px|Carte avec l'itinéraire de l'armée française lors de la troisième invasion du Portugal.
La ville espagnole de Ciudad Rodrigo contrôle la route de la frontière portugaise, c'est pourquoi il est essentiel pour les Français de s'en emparer avant de commencer l'invasion. Sa forteresse abrite une garnison espagnole de près de sous le commandement du maréchal Andrés Perez de Herrasti. Le siège de Ciudad Rodrigo commence le mais ce n'est que le qu'est lancé l'assaut de la forteresse. Les défenseurs résistent jusqu'au . La route est alors ouverte jusqu'à la frontière.
La place forte d'Almeida dans la région de Beira, ne se trouve qu'à de Ciudad Rodrigo. À l'ouest coule le Côa, du sud au nord. Le fort dispose d'une garnison de et de plus de 100 pièces d'artillerie.
Pour avancer, il est donc nécessaire de prendre la place et avant tout d'éloigner la division légère de Craufurd. Le VI CA de Ney est chargé de cette mission. La bataille de la Côa, le , inaugure les combats en territoire portugais entre les deux armées. Craufurd qui tentait de retarder l'avancée française depuis le territoire espagnol est obligé de se retirer malgré une forte résistance. Commence alors le siège d’Almeida (-).
Masséna ne reprend sa marche vers Lisbonne que le . Ses ordres sont d'attendre la fin des grosses chaleurs et surtout de celles des cueillettes. Il en profite donc pour se procurer de quoi approvisionner son armée pendant 15 jours. Initiative judicieuse, étant donné que Wellington a prévu de retirer de leur route tout ce qui peut servir à alimenter les troupes françaises. Il donne l'ordre à la population de cacher ou de brûler tout moyen de subsistance avant de se cacher elle-même: une stratégie de la terre brûlée destinée à contrer l'armée française qui a l'habitude de s'alimenter de ce qu'elle trouve dans les territoires traversés. Les Français vont particulièrement souffrir de cette stratégie, se laissant aller à des actes de violence pour parvenir à se nourrir. Par ailleurs, ils sont harcelés sans cesse par les unités de miliciens sous le commandement du colonel Nicholas Trant, qui les privent de la liberté d'action nécessaire à ce ravitaillement.
En reprenant sa marche, Masséna prend la direction de Coimbra. La route suivie, au nord du Mondego, traverse la zone de Buçaco, excellente position défensive située entre Penacova et Luso, que Wellington saura exploiter pour mener une nouvelle bataille.
vignette|Affrontement entre les troupes britanniques et françaises lors de la bataille de Buçaco, le 27 septembre 1810. Illustration de Richard Simkin.